‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 97 sur 206 · PARTIE OCCIDENTALE DU QUAI DES AUGUSTINS ET DES QUAIS DU PONT-NEUF · texte numérisé non relu

PARTIE OCCIDENTALE DU QUAI DES AUGUSTINS ET DES QUAIS DU PONT-NEUF

La voie publique portant aujourd’hui ce nom n’est, à proprement parler, que la continuation de l’ancien et chemin sur Sainnen, depuis les Augustins jusqu à la porte de Nesle, et le prolongement du quai construit, au commencement du \ue siècle, par ordre de Philippe le Bel, jusqu’au pourpris dans lequel ont été successivement enclos le Grand et le Petit Nesle, les hôtels de Nevers, de Guenégaud, de Conli, la petite place et l’impasse de ce nom, ainsi que l’hôtel des Monnaies. C’était, avant la construction du Pont-Neuf, une partie intégrante du quai des Augustins, au moins jusqu’à la ruelle de Nevers, qui était le terminus oriental du pourpris de Nesle, et au plus jusqu’à la rue Guénégaud, limite réduite de ce pourpris, après aliénation des terrains dont il se composait.

Jusqu’au commencement du xvuc siècle, l’histoire de cette portion occidentale du quai des Augustins semble se confondre avec la portion principale située vers l’orient. On l’en distingue cependant dans les titres : ainsi, une note portant la date de 1/178, recueillie par Berty et insérée dans notre monographie de 1 hôtel de Nesle, parle d’un c logis situé à l’endroict du bout du jardin de 1 liostel de Nesle, avec un jardin au long duquel souloit estre me commune alant des Augustins à la porte joignante de la tour h. Cette crue commune n 11e peut être que notre moderne quai Conli.

Une mention analogue se trouve dans le c procez-verbal des lieux du Grand et

QUAI CONTI

du Petit Nesle dressé par Estienne Grandremy et Léonard Fontaine, maistres des œuvres de massonnerie et charpenterie du Roy» en 1671 ou 1672. Cette pièce, (jue nous avons publiée in extenso dans notre monographie de l'hôtel de Nesle, parle d’un n corps de logis et jeu de paulme sur la rue et chemin tendant le quay des Auguslins , le long de la rivière, à ladicte porte de Nesle. Item, atenant au jeu de paulme, le long dudict chemyn et quay, y a un corps de logis d, etc.M.

La construction du Pont-Neuf eut pour résultat de séparer la portion occidentale du quai des Augustins de la partie orientale, laquelle était de beaucoup la plus considérable. On les confondit toutes deux d’abord sous la dénomination générale de ttquays du Pont-Neuf 11; mais on ne tarda pas à les distinguer, avec d’autant plus de raison que la portion occidentale fut alors l’objet d’importantes modifications, résultant de la réfection de la porte de Nesle et des nombreux remaniements qui s’opéraient dans l’ancien pourpris de ce nom.

En i6ô5, l’entrepreneur llavière s’engage à reconstruire la porte de Nesle cr pl us bas que l’ancienne, par le moïen de laquelle le quai de la ville et celluy du faux-bourg seront raccordez n P).

En 1 6 1j 7 , par mandement du Prévôt des marchands, il est fait injonction (taux propriétaires, détempteurs et autres personnes qui occupent les maisons qui sont aux deux extrémitez du quay qui va du Pont-Neuf à la porte de Nesle, qui empesche qu’on 11e le peut continuer..., d’apporter leurs tittres . . . , sinon et faute de ce faire, il sera faict procéder à la continuation dudict quayiC3'.

En 1662, s’opposant à la construction du collège Mazarin, selon les plans de Le Vau, la ville de Paris fait observer que rcon doit continuer le quay encomînencé du costé du Pont-Neuf, suivant son alignement en droicte ligne jusques à la Tour de Nesle, et, depuis icelle, le conduire aussy eu ligne droicte jusqu’à la rue des Petits-Augustins n ; double travail qui fut exécuté, malgré l’opposition de la Ville, suivant les plans de Le Vau et la volonté du Roi.

La régularisation du quai Conti fut donc la conséquence de la construction du Pont-Neuf, ainsi que des démolitions et reconstructions opérées successivement sur l’emplacement du Grand et du Petit Nesle, le coin le plus tourmenté du vieux Paris. C’est pour ce motif que nous n’avons guère pu séparer l’histoire de ce quai de celle des divers hôtels édifiés sur son parcours. Chacun de ces édifices en a modifié la largeur et la ligne, jusques et y compris fhôtel des Monnaies W.

111 Voir ci-avant, à l’article du pourpris de (ï) Registres du Bureau de la Ville, 1 8 1 4 , fol. 1 39.

Nesle, p, 54. (i) Voirnotre monographie du pourpris de Nesle.

m Voir ci-dessus, p. Gi. p. 37 et suivantes.

Mais, dans la partie du quai voisine du Pont-Neuf, il existait un curieux bâtiment, nommé le Château-Gaillard , bâtiment qui joua un certain rôle au xvii' siècle, et dont la démolition importait à la rectification de cette voie publique. Le Château- Gaillard avait survécu à la construction du Pont-Neuf et faisait une sorte de pendant à la SAMARITAINE; il ne trouva pas grâce devant les architectes des hôtels de Guénégaud, de Conti et du collège Mazarin, ainsi que devant Louis XIV et la Prévôté des marchands. On le sacrifia au coup d’œil, plus encore qu’aux besoins de la circulation.

Le CHÂTEAU-GAILLARD . bâti sur le bord du fleuve, à peu près vis-à-vis du débouché de la rue Guénégaud, devait son nom à la tourelle dont il était flanqué, et son surnom aux agréments du site. On sait que le qualificatif gaillard, diminutif de gai, était appliqué communément aux lieux d’un aspect agréable, où l’on jouissait d’une belle vue et d’un bon air, témoin le Champ-Gaillard , ou versant oriental de la montagne Sainte-Geneviève. Or, notre château justifiait cette épithète : les vues que nous en avons le représentent sous la forme d’une maison de plaisance, avec une tourelle en encorbellement, qui contenait probablement une vis, ou qui pouvait être l’un do ces belvédères, sorte d’observatoires privés assez fréquents autrefois à Paris. Situé à l’extrémité orientale du pourpris de Nesle. il se rattachait peut-être à cet antique manoir, et n’en fut détaché qu’à l’époque où l'on vendit les terrains qui en composaient le pourpris.

Les partisans d’une enceinte ayant existé, sur la rive gauche, antérieurement à celle de Philippe-Auguste, considèrent le Château-Gaillard comme l’une des extrémités du demi-cercle quelle décrivait. Mais nous avons fait observer ailleurs W que rien, ni dans les titres, ni dans le sol, ni dans la tradition, ne confirme cette hypothèse; nous ne renouvellerons donc point ici la discussion que nous avons soutenue au chapitre des Enceintes. Un seul argument pourrait être invoqué par les tenants de l’opinion que nous croyons devoir repousser : ce serait le fait de la possession du Château-Gaillard par la Ville, copropriétaire des murs, allées, fossés, contrescarpes, portes, poternes et autres bâtiments faisant partie des enceintes fortifiées. Dans une délibération du Bureau de la Ville que nous citons plus loin, il est dit que cia Ville a faict concession du Château-Gaillard, et n’eu retire pas grand profit*; mais il ne faut pas oublier que la police des ports et le commerce par eau appartenaient à l’Echevinage parisien, héritier de l'antique corporation des Marchands de l’eau; que la Ville avait, comme elle a encore aujourd’hui, ses bureaux, roulettes et autres installations fiscales sur les bords du fleuve, et qu’en outre les quais, en général, le quai des Augustins, en particulier, — - à l’extrémité occidentale duquel s’élevait le Château-Gaillard — avaient été

' Voir ie chapitre sur les Enceintes, p. 20.

QUAI CONTJ.

établis à ses frais. Il n’y a donc, selon nous, point à arguer de la possession du Château-Gaillard par la ville de Paris, possession qui, d’ailleurs, est mise en doute par d’autres documents

Une particularité qui semble plus étonnante, c'est qu’il ne soit question nulle part d’une réclamation quelconque de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés, à propos de la démolition du Château-Gaillard. Ce bâtiment se trouvait pourtant compris dans la «perche légale r — pertica legalis — que le fameux diplôme de Childe— bcrt Ier lui accordait sur la rive du fleuve.

Quoi qu’il en soit, dès i6ââ, il était question de démolir le Château-Gaillard pour exécuter un plan d’ensemble qui comportait la rectification du quai, la construction d’un mur de soutènement, la destruction de la tour et la réédification de la porte de Nesle. Un traité conclu entre la Mlle et Edme Ravière contient, à cet égard, des stipulations formelles W. Mais il s’écoula dix années avant qu’on portât la main sur le Château-Gaillard.

C’est en i65/i seulement que son existence est sérieusement menacée : Edme Ravière avait fait atermoyer; mais le nouveau propriétaire de la plus grande partie du pourpris de Nesle, Henri de Guénégaud, ne voulait point attendre; si l’un avait charge de «faire la bastonnade d’une autre porte au lieu de celle de Nesle, construire de nouveaux quays, abbreuvoirs et autres ouvrages^, l’autre était fort désireux de régulariser les abords de sou hôtel.

Les magistrats municipaux en conviennent naïvement : «Estant allez, disent-ils, visiter ce qu’il est nécessaire de faire pour l’embellissement et décoration de la ville, le quay de la rivière depuis le bout du Pont-Neuf jusqu es à la porte de Nesle, suivant les résolutions pour ce prises au Bureau de la Ville, à la prière et requête île M. du Plessis de Guénégaud, secrétaire d’Estat; ce considéré que la maison appelée le Chasteau-Gaillard empeschait en quelque façon l’ornement dudit quay, qui ne sert d’ailleurs qu’à des divertissements publicques, parmi lesquels il s’y trouve toujours quelques désordres M, joiuct que la Ville, qui en a fait concession, n’en tire pas grand profit, nous avons, en conséquence d’autres précédentes délibéra—

l; Une pièce officielle insérée dans les Reffislrcs du Bureau de la Ville et publiée par nous aux appendices, parle d’un sieur Ollivier du Bosc, « qui se prétend propriétaire de la maison appelée le Chasteau-Gaillard». Cette pièce est de 1 648.

«Plus sera tenu l'entrepreneur d’abattre et desmolir de fond/, en comble la maison appellée le Chasteaü-Gaillard, cl, au lieu de ladicte maison sera laicle une descente commode pour aller à l'eauë, de largeur convenable..., sans néanlmoins

qu’il puisse estre tenu à aucun dédommagement envers ceux quy jouissent à présent de ladicte maison, en cas qu'il en fusl prétendu aucun, dont la Ville l'acquittera, et lui appartiendront les matériaux desdicles desmolitions. « ( Registres du Bureau de la I ille , H 1807, fol. a5i.)

(3) Les «divertissements publicques v ont reparu de nos jours, h quelques pas de l'emplacement où s’élevait le Château-Gaillard; mais ils n’ont pas eu plus de durée que les farces de Brioché.

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, lions, résolu de le faire abattre et de se servir des démolissions qui en proviendront pour l’establissement d’un quay, qui prendra depuis ledict lieu jusques à la porte de Nesle, en desdommageant les particuliers qui y ont basti par la permission de la Ville i'bi)

Propriétaire du quai des Augustins, ayant le commerce et la police du fleuve et de ses deux rives, la Ville avait donc donné là, comme sur les fossés et allées des murs, des permissions de bâtir qu’elle se voyait obligée de racheter. Les permissionnaires résistèrent sans doute ou, du moins, traînèrent la chose en longueur, car rien n’était encore fait deux ans après, et les magistrats municipaux durent se rendre de nouveau sur les lieux, d’ordre exprès du lloi, renouvelant ainsi la scène d’Etienne Barbette et de Philippe le Bel, en 1 3 1 3

L'affaire fut moins laborieuse, mais beaucoup plus lente : et Nous nous sommes, disent les officiers de ville, transportez sur les quays du Pont-Neut, du costé de la porte de Nesle, entrez dans la maison du Chasteau-Gaillard, pour recognoistre ce qu’il est à propos d’en faire, pour obéir aux ordres du Roy, Sa Majesté désirant que la Ville face continuer lesdietz quays jusques au delà du quay de Malaquais, mesme faire desmolir la tour qui est joignant ladicte porte de Nesle, avec quelques maisons qui empeschent en quelque façon que l’on ne puisse voir, du Louvre, la beauté desdietz quays et les autres beaux bastimens qui sont le long d iceuxW. n

A la suite de telles injonctions, il semble que le Château-Gaillard, définitivement condamné par le Roi et par la Ville, va disparaître à bref délai; mais non; il subsiste encore pendant plus de dix-huit ans, malgré ses puissants ennemis, auxquels se joint le satirique Despréaux Est-ce 1 amour du bouffon et des s divertissements publicquesi) qui prolonge son existence? Non, sans doute; mais Henri de Guénégaud n’est plus secrétaire dÉtat; le Roi n habite point le Louvre et n’éprouve pas le besoin de et voir la beauté des quays d. Les Prévôts des marchands font comme Étienne Barbette , ils temporisent ; de son cote , le Roi ordonne de nouveau, mais beaucoup moins impérieusement que Philippe le Bel.

crVoulant, dit Sa Majesté, procurer à sa bonne ville de Paris tout ce qui peut contribuer à sa décoration et commodité. . . et descharger les quays de plusieurs constructions inutiles . . . , elle enjoint de supprimer l’abreuvoir estant au devant

('! Registres du Bureau de la Ville, H i8i4, — 5 novembre 1 655. — Les rr précédentes délibérations n remontent à 1 654 .

(2) Voir à l’article du quai des Augustins.

(3> Registres du Bureau de la Ville, H i8i/t, fol. i38, — 19 avril 1657.

(l) Dans sa septième Epître , Boileau parle avec dédain de

... la place ou Brioché préside.

<5) Parmi ces rr constructions inutiles»), l’auteur du Paris ridicule plaçait, en 1668, le Château- Gaillard :

J’aperçois là-bas sur la rive Le beau petit Château-Gaillard.

Il faut bien qu’il en ait sa part,

Puisqu’il est de la perspective.

A quoi sers-tu dans ce bourbier?

Est-ce d’abry, de colombier?

Est-ce de phare, ou de lanterne ?

QUAI CONTI. 297

de l’église des Augustins, et d’en faire construire un nouveau à l'endroit où est bastie la maison appellée le Ghasteau-Gaillard, dont Sa Majesté a ordonné la démolition par arrest du vingt huictiesme juillet mil six cens soixante quatorze; enjoignant, Sadite Majesté, aux particuliers qui habitent le Ghasteau-Gaillard d’en vider incessamment et dans quinzaine, pour toutes préfixions et dellavs; après laquelle seront leurs meubles mis sur le carreau M. n

Cette fois, les habitants du Château-Gaillard <2>, et Brioché en particulier, durent imiter les alouettes de la fable : ils délogèrent dans la quinzaine, et, dès le h septembre suivant, «Jean Dattelin, dit Briocher, joueur des menus plaisirs du Rov, n obtenait de la Ville l’autorisation de «faire construire une loge adossée contre la dernière maison du Pont-Marie, du costé d’aval l’eau, suivant allignemens donnez par le maistre des œuvres de ladicte ville, pour servir aux représentations qu’il donne au publicq» (3),

Le Château-Gaillard figure sur les plus anciens plans de Paris. La Tapisserie le représente sous la forme d’un bâtiment rectangulaire élevé au bord de l’eau. Sur le plan de Saint-Victor, il a le même aspect, et la tourelle qui le flanque se termine en toiture conique. Mérian (1 G 1 5 ) le figure, faussement sans doute, à cheval sur le mur du quai; or, nous savons que la partie occidentale des «qnays du Pont-Neuf n’était point construite alors, et que cette construction entraîna la démolition du Château-Gaillard. Quesnel (1609) est plus exact; il figure un rudiment de quai, au bas duquel est ce bâtiment. O11 le trouve encore sur les plans de Gomboust ( 1 G5 2 ) et de Boisseau (i65â); mais il ne figure plus sur ceux de Jouvin de Rochefort (1672), quoiqu’il fût encore debout; il était condamné, et les topographes de ce temps n’en tenaient plus aucun compte. Bullet et Blondel, qui publièrent leur plan en 1676, ne le montrent point; il était alors complètement démoli.

Il no saurait être question ici de l’histoire de Brioché et de ses marionnettes; nous n’avons été amené à en parler qu’à l'occasion du Château-Gaillard, dont il a été l’hôte le plus célèbre. Nous nous bornons à réunir aux appendices quelques documents relatifs au logis qu’il habitait, au genre qu’il exploitait et à quelques particularités de sa vie.

Lu érudit, récemment enlevé à la science, lui a consacré quelques lignes où se

De quoy ? De port ou de soutien ?

Ma foi, si bien je te discerne,

Je crois que tu ne sers de rien. /

( Paris ridicule, par C. Le Petit; Cologne, 1668. in-ia.)

(l) Régis 1res du Bureau de la Ville, H i8a5; fol. 277 el suiv.

f2) Rcg. duBur. de la Ville, U 1 8a5 ; fol. 35o, 35 1 . (,i) Quel que fût le bien ou le mal fondé de leur jouissance, les habitants du Château-Gaillard étaient assez nombreux : l’exploit de l’huissier Raince en énonce huit, y compris Brioché, locataire principal ; puis il ajoute fret autres». Nous publions cet exploit aux appendices.

sont glissées certaines erreurs : «Jean Brioché, ou Briocis, dit-il, avait un théâtre de marionnettes à l’extrémité nord de la rue Guénégaud, en face d’une petite tour en encorbellement, sur la Seine, qu’on appelait le Château-Gaillard, et dont le dernier reste, le cul-de-lampe de la tour même, n’a disparu que dans ces derniers temps, avec l’escalier de l’abreuvoir, auquel il attenait M. »

Le prénom et le surnom seuls sont exacts; quant aux pupazzi, ils ont réellement figuré sur le théâtre de la maison appelée plus tard le Petit Dunkerque; mais ils avaient débuté sur celui du Château-Gaillard, ainsi que le témoigne l’exploit, de l’huissier Raince, chargé de l’éviction des habitants du logis condamné. Cet officier ministériel trbaille assignation à Jean Dattelin, dit Briocher, et ses consorts » ; il le qualifie, à tort sans doute, de s propriétaire de la maison appellée le Chasteau-Gaillard . . . , située sur le quay au bout du Pont-Neuf, vis-àvis la rue de Guénégaud ». Brioché était le principal locataire de 1 immeuble, cai c’est à lui que s’adresse l’huissier, « parlant pour tous à la personne dudit Briocher n, et c’est lui qui signe la copie de l’exploit : et Jean Dattelin, dit Briocher v’ . II eut un fils nommé François, et surnommé Fauchon, qui continua son métier; c’est lui qui dirigeait le théâtre des Marionnettes en 1677, année où parut la septième épître de Boileau, dans laquelle il est désigné.

Une autre rectification est nécessaire : elle est relative au s cul-de-lampe» de la tourelle, qu’Édouard Fournier croit avoir subsisté jusque «dans ces derniers temps». Ce qui attenait à l’abreuvoir, c’était la demi-tourelle, seule ou géminée, qui flanquait chacune des descentes, et qui datait, comme les autres, du xiv' siècle, ainsi que nous l’avons exposé à l’article du quai des Augustins. Le Chateau- Gaillard fut donc bien et dûment démoli en 1 675, puisque ses matériaux servirent à construire le quai; la Ville, d’ailleurs, offrit au comédien une place sur le Pont- Marie pour y établir une logette; ce qui implique une dépossession, pour cause de démolition, et constitue une indemnité en nature.

Il faut, pour compléter l’historique du quai Conti, se reporter tant aux articles du pourpris de Nesle et du quai des Augustins, qu’à ceux des rues Guénégaud et de Nevers, aux angles desquelles s’élevaient des maisons qui se sont trouvées depuis en façade sur le quai, par suite de divers élargissements et réfections. E11 dehors de ces maisons, du Grand, du Petit Nesle et des hôtels qui leur ont succédé , le seul édifice ayant une certaine importance historique était le Château- Gaillard, sur lequel nous avons recueilli toutes les indications topographiques fournies par les documents, rejetant aux appendices les details relatils à Biioché, son principal habitant.

[1) Variétés historiques et littéraires , par Edouard Eoürmer. I , p. 0.79. Registics du lluieau fie la

Ville, H 1825.

RUE DE LA CONTRESCARPE

Page 1