GU
Au moment où ces concessions étaient faites, l’hôtel de Lyon ou ccdu Lyon n , comme le graveur de Berty l’a écrit par erreur, avait été habité par les archevêques de Lyon, et il le fut encore après. L’allée des murs, c’est-à-dire le sol de la rue Contrescarpe, avait été rétrécie aux abords de la porte de Bussy et en face de la tour septentrionale dont elle était flanquée; mais elle reprenait plus loin sa largeur normale. Aujourd’hui encore, la rue Mazet présente un léger rétrécissement et une légère inflexion à son débouché dans la rue Saint-André-des-Ars. La construction de la porte Dauphine et, plus tard, la démolition de la porte de Bussy eurent pour résultat d’en régulariser le parcours.
RUE DAUPHINE'2)
L ouverture de cette rue a été la conséquence de la construction du Pont-Neuf : il fallait, en effet, plusieurs débouchés à cet ouvrage établissant une communication entre la Cité et les deux rives de la Seine. On s’occupa donc de lui en créer sur les trois points qu’il était appelé à desservir, c’est-à-dire à la jonction des quais de la Mégisserie — ancienne Vallée de Misère — et de l’école Saint- Germain-rAuxerrois, à la pointe des Jardins du Roi en la Cité, et à l’endroit où se rencontraient les quais de Nesle et des Augustins.
Malingre, qui écrivait au moment où ces diverses opérations édilitaires eurent lieu, s’en exprime en ces termes : ttOr, après que le Pont-Neuf eut esté parachevé de bastir, plusieurs nouveaux bastiments furent faits, tant au milieu quaux deux extrémités du pont. Et, entre autres, en l’Université, joignant 1 église et maisons des Augustins, a esté bastie de neuf la grande rue de trentecinq pieds de large, appelée communément la rue Dauphine, et ce, en mémoire de la naissance du fils aisné de nostre défunt Boy Henry le Grand, Louis XIII, à présent roi de France et de Navarre et, pour lors, Dauphin de France, par droit d’aînesse (3). v
111 Sauvai., III, p. 63o.
Celte rue a il lé omise par Adolphe Berty, bien que son ouverture soit antérieure, de quelques années, à la date terminale que ce savant s’était fixée (1610).
(3) Antiquités de Paris, p. 3 67.
Raoul Boutrays ( Rodo/phus Botenus ), qui composait son poème h la même époque , donne poétiquement les mêmes détails ; il rappelle le voisinage
du couvent qui portait le nom d’unévêque d’Afrique , le jardin du monastère et le nom princier assigné à la rue :
Nunc ubi lurrita sc fronte palalia tollunt,
Cœnobio fratrum conlermina præsulis Affri ,
Luxuriabat olus, numerosa virebat et arbos,
Lalaquc vcrnabant niliüo viridaria cultu.
Genlibus urbs cum aucla fuit, sic oporluit ædes Condere, cumque viri crevere, Lutetia facta est Altéra , et a veteri longe forraosior urbe.
Pour réaliser une opération de ce genre, le Roi eut recours aux ressources et a l'industrie des particuliers. C’est, à proprement parler, le commencement de ces grandes entreprises qui se succédèrent pendant près dun siecle et qui eurent pour chefs les Ravière, les Marie, les Poultier, les Le Regrattier, les \dledo, les Jean Beausire et autres <r maçons» ou et maîtres des œuvres », aidés par de riches traitants.
Il ne semble pas , à en juger par le silence que gardent sur ce point les Registres du Bureau de la Ville, que l’Échevinage parisien ait participé à cette opération. La première section de la rue Dauphine ne s ouvrit, en effet, qu à travers les jardins de deux établissements monastiques, le couvent des Augustins et l’hôtel des abbés de Saint-Denis, qui furent «récompensés» sur l’ordre du Roi, par les entrepreneurs. La Ville n’intervint que plus tard, lorsqu’il s’agit de prolonger la rue à travers l’allée des murs, l’enceinte de Philippe-Auguste et les fossés, qui étaient son domaine propre, où dont elle partageait la propriété avec le Roi.
La compagnie qui se présenta pour opérer le percement de la nouvelle rue et qui s’ était assuré la protection de Henri IV, avait à sa tête un certain Nicolas Carrel. Elle acheta, en 1606, moyennant soixante-seize mille cinq cents livres, l’ancien hôtel ou collège des abbés de Saint-Denis, ainsi qu une ruelle touchant à l’hôtel de Nevers et une maison dite et la Maison G happes - ; mais cette première acquisition ne suffisait pas; il était nécessaire d’occuper une partie du jardin des Augustins, tant pour avoir un débouché sur les quais, que pour disposer dune zone de terrain indispensable aux constructions quon se proposait delcver en bordure de la voie nouvelle V), Ce second achat lut lait pour le prix de trente mille livres tournois, et aux conditions suivantes :
i° Les matériaux à provenir des démolitions feraient retour aux Augustins; a° Il serait élevé, aux Irais du Roi et de chaque coté de la rue, un mur de trois toises de hauteur, pour isoler la rue du couvent ;
3° Il serait établi, sous le sol de la voie nouvelle, deux voûtes souterraines, pour permettre aux religieux de communiquer avec les maisons qui leur appartenaient du côté de l’hôtel de Nevers
Flaminia est de liligero Delphina vocala,
Quod strata, inque vias fuerit secta ilia minores, Fecundata nova cuin lilia proie fuerunt.
(Lutetia, p. 48.)
11 A propos des légumes et des arbres que perdirent les Augustins, eL que leur jardin produisait en abondance :
Luccuriabat olus , numerosa virebal et arbos , l’Estoille raconte que les Augustins s’attirèrent une plaisante réponse de Henri IV : rr Ils dépu¬
tèrent auprès du Roi, pour l’assurer de leur soumission à son plaisir. Lui ayant remontré qu’ils seroienl doresenavant sans jardin, le Roy leur a dit: Ventre-saint-gris,- mes pères, l'argent que vous retirerez des revenus des maisons vaut bien des choux ! -n
r-) Malingre, ou plutôt Du Rreul, mentionne expressément ces deux galeries souterraines : «Pour la commodité des Religieux à qui les maisons appartiennent, en haussant la rue on avoit pratiqué,
RUE DAUPHINE
Ce genre de passage était dans les mœurs du temps : on sait, en effet, que le poète Vauquelin des Yveteaux en avait établi un sous la rue de la Petite-Seine, ou des Petils-Augustins, afin de pouvoir passer librement dans le jardin qu’il possédait sur le côté occidental de celte voie, et où il se livrait à des divertissements mythologiques qui scandalisaient fort ses contemporains (‘h
Malingre, auteur contemporain, nous apprend en quel état se trouvaient les terrains acquis par Nicolas Carre! : détachés du pourpris de l'hôtel des abbés de Saint-Denis et de celui du couvent des Augustins, ils renfermaient d’anciens bâtiments abandonnés et diverses dépendances tombant en ruines. «Le lieu où ont esté faits ces nouveaux bastimens, dit Malingre, estoit cy-devant comme inutile, estant occupé d'un grand jardin et de plusieurs vieilles masures, lesquelles, par le commandement de Sa Majesté, ont esté abattues et le lieu rehaussé et. applani de gravois, à la hauteur et à l’égal du sol du Pont-Neuf P). Outre ce, a esté abattu l’hostel ou collège de Saint-Denys, estant pour lors tout en ruine et décadence, et d’abondant cinq ou six corps d’hostel servant aux religieux Augustins, lesquels estoient. à l’avenue du Pont-Neuf, au travers desquels passe maintenant la rue Dauphine, avec de nouveaux bastimens faits de part et d’autre, au lieu des vieux<3b „
Ces nouveaux bâtiments, qui remplacèrent les deux murs de clôture, dont les Augustins avaient exigé la construction lors de la vente d’une partie de leurs jardins, furent pendant quelque temps, ainsi que les pavillons de la place Dauphine, l’une des curiosités de Paris. Pierre de l’Estoille, qui en était voisin, puisqu’il habitait la rue des Grands-Augustins, allait visiter et signale, dans son journal, des bastimens des nouvelles maisons de fliostel Saint-Denys et, entre autres, celui de Guillon * W. Une recherche dans les minutes des notaires pourrait seule nous permettre d identifier ce dernier immeuble.
Entre la date de ces constructions et celle du prolongement de la rue Dauphine, il est peu question de cette voie alors livrée aux architectes et aux maçons. Elle a pourtant sa part dans les projets d’amélioration conçus par la Prévôté des mai-
dessous le pavé, deux longues allées voûtées de pierres de taille, qui passent par-dessous la rue et lesdites maisons, pour aller librement de part et d’autre, sans empêchement, chacune de quarantesix pieds de longueur.» ( Antiquités de Paris , p. 368.)
L’auteur, qui écrivait eu iG38, ajoute : -Celle allée n’est [dus. » Les passages souterrains fuient sans doute détruits , comme inutiles , après aliénation des propriétés que les Augustins possédaient sur le côté occidental de la rue Dauphine.
111 Voir le volume du bourg Saint - Germain , p. i5, et celui du faubourg Saint-Germain , p. 257.
Les deux rampes qui montent du quai Conti et de celui des Augustins vers la rue Dauphine, sont un témoignagne de ce rehaussement. Le sol ne présentait auparavant aucune déclivité .; ia berge du fleuve, fort basse en cet endroit, était au même niveau depuis le pont Saint-Michel jusqu’à la Tour de Nesle.
(3) Antiquités de Paris, p. 368.
Journal de l’Estoille, VIII, p. 336.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, chands : en 1620, notamment, Augustin Guillain, chargé de rechercher tten l’Université les lieux et endroiclz où il seroit à propos de placer certaine quantité de fontaines publiques, pour y faire fluer les eaux venant des fontaines de Rougis», indique nie bout de la rue Dauphine, à l’endroict du gros mur de la Ville t>0). Nous ne savons si la fontaine projetée y fut réellement établie; il 11 en est pas question dans le traité dont nous allons parler. Si elle eût existé, il est probable que la Ville en eût stipulé le maintien ou la démolition.
La rue Dauphine coupée par la porte de ce nom, à la hauteur de la rue Contrescarpe. (Fac-similé du plan de J. Boisseau, i65i.)
La rue Dauphine 11 avait été ouverte tout d abord que jusqu à 1 enceinte fortifiée; pour la conduire jusqu’aux chemins sur les fossés et à la rue ainsi qu à la porte de Bussy, sa limite naturelle, il fallait pratiquer, à la hauteur de la rue Contrescarpe, une brèche dans la muraille de Philippe-Auguste, combler le fossé, tout en assurant l’écoulement des eaux, niveler les terrains environnants et faire disparaître les constructions légères dont le Roi et la Ville avaient, à diverses reprises, autorisé l’établissement dans les allées des murs. L’opération regardait la Ville ; mais elle était trop complexe pour que celle-ci l’entreprît elle-même; elle en chargea un
(1) Voir le chapitre des Enceintes, tours et portes.
RUE DAUPHINE
sieur Edme Ravière, qualifié de tt secrétaire de Monseigneur le Prince nW, et conclut avec lui un traité dont nous avons reproduit le texte à l’article de la porte Dauphine. Les parties de ce traité relatives au prolongement de la rue doivent seules trouver place ici.
Ravière s’engage à continuer rr ladicte rue Dauphine au travers du fossé, pour aller, d’un droict allignement, rencontrer les autres rues du fauxbourg Sainct- Germainn. Le texte du registre ajoute ces mots : et laquelle sera nommée ... n ; le reste est en blanc ; ce qui explique le dessein d’attribuer une autre appellation au prolongement de la voie, probablement rue de la Porte ou du Faubourg-Dauphine. Mais la porte n’ayant eu qu’une courte existence, cotte dénomination, si jamais elle a été donnée à l’extrémité méridionale de la rue, n’a pas laissé de traces sur les plans contemporains. Ceux de Quesnel (1 fi o 9) et de Mérian (1 6 1 5) ne distinguent point les deux parlies de la voie situées au delà et en deçà de la porte. 11 est vrai qu’alors le prolongement n’était encore qu’en projet.
Le concessionnaire s’engage, en outre, à rr récompensera, c’est-à-dire à indemniser les propriétaires d’échoppes voisines de la porte à construire, et rt à tirer deux murs à l’issue de ladicte porte au travers du fossé, pour former et construire ladicte rue Dauphine, à la distance l’un de l’autre de cinq thoises ou environ, qui est la largeur de ladicte rue, laquelle passera d’un droict alignement, pour rencontrer les autres rues du fauxbourg 11.
Par une pratique abusive, dont il existe de nombreux exemples, et que les ingénieurs du service municipal constatent encore aujourd’hui, lorsqu’ils opèrent des percements dans les vieux quartiers, Edme Ravière est autorisé à «se servir du dessoubz du passage de la rue, entre lesdietz murs, pour faire caves, à condition que les murs et voultes d’icelles seront basties de pierre de taille, jusques à la hauteur des plus haultes eaues, et d’époisseur capable pour porter lesdictes voultes, alfin qu’il 11’en puisse arriver accident, lorsque les charrois passeront sur icelle, en l’estendue de la ruen.
La Ville impose encore à Ravière l’obligation de « faire ung gros mur au travers du fossé, du costé de la porte de Nesle, lequel prendra depuis la muraille de la ville et sera poursuivi jusques à la rue du fauxbourg, qui descend à la rivièren (rue Mazarine ou de Seine). Elle l’oblige, en outre, à établir un ttcanal ou aqueduc de sept pieds dans œuvre de largeur, et de plus grande haulteur
(l) Registres du Bureau de la Ville, H 1799, fol. h 27 et 4ü8. Il était, en effet, secrétaire du prince de Condé; on le trouve aussi qualifié de R-advocat et bourgeois de Paris n.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, que les lieux le permettront, observant les pailles nécessaires à ce suject, le tout pour recevoir les eaux qui tombent de la porte de Bucyn. Enfin, Ravière devra refaire paver ladicte rue nouvelle ouverte, pour la première fois seulement, comme pareillement le fondz de l’égoust et canal n.
Moyennant quoi, les contractants pour le Roi et la Ville redonnent, délaissent et promettent de faire jouir à l'advenir lcdict Ravière, en plaine propriété, touttes les places qui se trouveront, dans le fossé, des deux costez de ladicte nouvelle rue, depuis la porte de Rucy en deçà, jusques au susdict mur, qui sera faict du costé de ladicte porte de Nesle et tiré de la muraille de ville jusques sur la rue du fauxbourg qui descend de la rivière, en ce compris le mur de la ville aux endroicts desdictes places, et le tout de fond en comble Mu.
C’était, dès 1639, le commencement de la destruction du mur de Philippe- Auguste.
Ravière fit son profit des tr places, pans de muraille, allées des murs et parties de fossés, qui lui étaient donnés; il y construisit plusieurs maisons et conserva, même après la démolition de la porte, le logis qu’il avait fait bâtir pour le portier. En dehors des maisons qu’il fit élever lui-même pour l’indemniser de ses dépenses, diverses constructions s’alignèrent promptement des deux côtés de la voie nouvelle; ce furent ou des bâtiments neufs, ou des appropriations de bâtiments anciens. Nous avons déjà mentionné, aux articles des rues d’Anjou et Christine, des maisons d’angle paraissant nlus anciennes que les deux voies et ayant dépendu de vastes propriétés qui avaient leur entrée sur la rue des Grands- Augustins, ou sur la ruelle dénommée plus tard rue de Nevers. L’examen détaillé des maisons de la rue Dauphine permettrait encore, aujourd’hui, de reconnaître et de distinguer les divers éléments dont cette double ligne de bâtiments se compose.
La nouvelle voie eut d’ailleurs un remaniement partiel à subir, en 1673, lors de la démolition de la porte Dauphine. Bien qu’il soit resté un tr jambage v ou pied-droit de cet édifice jusqu’en 1760, au témoignage de Robert de Vaugondy, les deux bâtiments auxquels il s’appuyait durent être modifiés, et la maison du portier dut disparaître.
Une modification plus importante pouvait et devait être la conséquence de la démolition de la porte Dauphine. Lorsque Louis XIV’ rendit, à Nancy, où il se trouvait alors, l’arrêt par lequel il déclarait vouloir « faciliter la communication du faubourg Saint-Germain avec le quartier des Cordeliers et de Saint-André-
Registres du Bureau de la Ville, H 1 8o5 , fol. /170.
RUE DAUPHINE
des-Arts», il lie songea point à un prolongement tout indiqué et qui pourtant avait échappé, tant en 1607 qu’en 1 63g , à la perspicacité royale et municipale. Nous voulons parler de la continuation de cette voie, en ligne oblique, jusqu’au palais de Médicis, à travers le chemin sur les fossés, les rues des Mauvais- Garçons, du Cœur-Volant, des Boucheries-Saint-Germain, des Quatre-Vents, du Petit-Lion et deTournon.
Plusieurs fois 011 a exprimé le regret qu’un intervalle de quelques années seulement ait séparé l’achèvement du Pont-Neuf de l’ouverture de la première section de la rue Dauphine. Lorsque la reine mère fit construire son château extra muras, le fossé, le mur, l’allée des murs le séparaient du point où aboutissait cette dernière voie, dont le tracé, donné en 1607, 11e pouvait naturellement aboutir au futur palais. Depuis, le projet de continuation a été repris, mais sans pouvoir aboutir; diverses questions de censive, de et récompense n et de perspective en ont empêché la réalisation. Lors de la vente des terrains de l’hôtel de Coudé, le percement de la rue qui fait face à la nouvelle Comédie-Française fut, dans une certaine mesure, le correctif du non-prolongement delà rue Dauphine.
Cette voie a conservé jusqu’à nos jours son ancien aspect et sa dénomination primitive. Elle 11’a changé d’appellation qu’à l’époque révolutionnaire. Le h frimaire an 1, la Commune de Paris lui donna le nom de Tfiiomville, en mémoire de l’héroïque résistance que cette ville venait d’opposer à l’ennemi. Elle a repris son ancien vocable sous la Restauration, et l’a gardé depuis.
CÔTÉ OCCIDENTAL
(du Nt)rd au Sud).
JUSTICE ET CENSIVE DE SAIiNT-GERMAIN-DES-PRES. PAROISSE DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS.
Maison d’angle, existant probablement avant l’ouverture de la rue Dauphine, et ayant été agrandie et appropriée à cette époque.
Maisons sans désignation, construites sur les terrains retranchés du jardin des Grauds-Augustins et ayant, jusqu’au débouché de la rue d’Anjou, leur partie postérieure sur la ruelle de NeversD).
(1) Nous en avons indiqué plusieurs qui existaient antérieurement à l’ouverture des rues Dauphine et d’Anjou. (Voir l’article relatif à cette dernière rue. )
Les anecdotiers ont signalé un certain hôtel,
avec façade sur les rues d’Anjou et Dauphine, ayant abrité les amours de Henri IV et de la belle Gabrielle. Cet hôtel passa, dit-on, à la famille de Genlis, et devint plus lard une maison de jeu. Nous avons déjà fait observer qu’on 11e peut
Maisons formant les deux angles septentrional et méridional de la rue d’Anjou, et construites antérieurement à l’ouverture de cette rue.
Dépendances du Collège ou Hôtel des Abbés de Saint-Denis, lesquelles, au témoignage de Malingre, étaient, à la date de 1607, atout en ruine et décadence 11. Quelques parties de ces dépendances ont dû, après réparation, être conservées au fond des cours, comme arrière-corps de logis; mais les terrains en bordure de la rue se sont couverts de constructions neuves.
Passage Dauphine, ancien chemin suivant le mur de clôture du pourpris des Grands-Augustins, et débouchant autrefois dans l'allée des murs. Il fut prolongé jusqu’au chemin sur les fossés, lors de la destruction de l’enceinte de Philippe- Auguste, et l'on construisit des maisons sur chacun de ses côtés, à l’époque où se peuplèrent les rues Dauphine et Mazarine. C’est de ce temps que date le débouché du passage dans cette dernière rue.
Tour dite Dauphine, subsistant encore dans le passage, et incluse dans une maison portant, depuis plus d’un siècle, l’enseigne du Coq. Il subsiste là des traces évidentes de l’enceinte de Philippe- Auguste, notamment des restes de meurtrières et de mâchicoulis; le mur est dérasé des deux tiers. A ce débris de fortification, dit un chercheur contemporain, attenait un hôtel précédé d’une cour d honneur, qui appartint d'abord à Jérôme Lhuillier, procureur général en la Chambre des comptes. Désireux d’étendre le pourpris de son hôtel, ce personnage obtint de la Ville la concession d’une partie de l’allée des murs, et il la ferma au moyen de deux portes. En 161 3, c’est-à-dire peu après l’ouverture de la rue Dauphine, il transporta son bail à Guillaume Baïf. Les diverses portions de l'allée des murs furent ainsi incorporées aux propriétés ayant façade sur la rue et sur le passage Dauphine (|).
Porte Dauphine, construite en 1639 et démolie en 1673. tt Cette porte, dit
suivre la construction et la transmission de ces immeubles, quen consultant les archives des familles et les minutes des notaires, travail impossible à faire dons son ensemble. Certains chercheurs ont pu indiquer, plus ou moins exactement, les divers propriétaires des maisons les plus importantes parmi celles qui couvrirent le jardin de l’hôtel des abbés de Saint-Denis. On a cité notamment, d’après le plan de Gomboust , un hôtel de la Curée , qui appartint plus tard à un marquis de Mouy, à un neveu de La Heynie, h une famille de Uochebrune,
et qui fut transformé en hôtellerie. On a mentionné également certaines affectations temporaires données h quelques-uns des immeubles construits sur les terrains vendus par l’abbaye de Saint-Denis : sièges de sociétés savantes, loges de francs-maçons, clubs, écoles dramatiques , etc. Nous ne saurions entrer dans celle voie, qui nous éloignerait du vieux Paris, objet principal de nos études, et nous conduirait à l’histoire contemporaine.
(1) Voir ci-avant le chapitre des Enceintes, tours et portes.
RUE DAUPHINE. 313
Le Maire, était vis-à-vis de la rue Contrescarpe; elle aussi a été abattue, et on a mis une table de marbre à l’endroit où elle étoit, avec cette inscription :
Du RÈGNE DE LoUIS-LE-GrAND , LA PORTE DAUPHINE, QUI ÉTOIT EN CE LIEU, A ÉTÉ DÉMOLIE EN L’ANNÉE 1673, PAR l.’0RDRE DE MESSIEURS LES PRÉVÔT DES MARCHANDS ET ÉCHEVINS, EN EXÉCUTION DE L’ARRET DU CONSEIL DU 19 AOUT DUDIT AN; ET LA PRÉSENTE INSCRIPTION APPOSÉE SUIVANT L’ARRET DU CONSEIL DU 29 SEPTEMBRE 1673, POUR MAR¬ QUER L’ENDROIT OÙ ÉTOIT CETTE PORTE, ET SERVIR CE QUE DE RAISON.»
Maisons sans désignation au nord et au sud de la porte Dauphine, dont quelques-unes faisaient face à la rue de la Contrescarpe. Elles avaient été bâties, comme l’hôtel de Jérôme Lhuillier, tant sur l’allée des murs et les terrains qui la bordaient, que sur l’emplacement delà muraille et du fossé. La plupart de ces maisons touchaient, parle fond, à celles de la rue Mazarine; les plus rapprochées de la porte avaient dû être bâties par Edme Ravière, aux termes de son marché avec la Ville, et sur l’emplacement des te eschoppes * , dont il est question dans le traité.
CÔTÉ ORIENTAL
(du Sud au Nord).
Maisons sans désignation, construites tant sur la place ou terrain vague, précédant la porte de Bussy, du côté de la campagne, et ayant été occupé par les ouvrages extérieurs de défense (pont-levis et pont dormant, ravelin, barbacane, etc.), qiîe sur l’emplacement même de la muraille de Philippe-Auguste, puisque le sol de la rue de la Contrescarpe représente l’allée des murs.
La maison formant l’angle de la rue Saint-André-des-Ars a dû être bâtie sur le bord du lossé, les rues Mazarine et de l'Ancienne-Comédie n’étant autre chose que le chemin qui le longeait. Plusieurs anciens bâtiments compris dans le triangle formé par les rues Dauphine, Saint-André et Contrescarpe, particulièrement au débouché septentrional de cette dernière voie, ont du appartenir à I hôtel de Lyon, dont elles formaient les dépendances des deux côtés de la rue, à en juger par 1 alignement de leur partie postérieure, ainsi que par l’ancienneté de leur construction (P.
Maisons sans désignation, touchant au côté oriental de la porte Dauphine, et ayant remplacé les tr eschoppes * dont il est question dans le traité conclu entre la Ville et Edme Ravière.
(I' Voir l’article relatif à la rue Contrescarpe, au petit hôtel de Navarre et d'Orléans, à l’hôtel de Lyon, etc., p. 3oa.
3l/i TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.
Maisons sans désignation, construites sur les terrains du college ou hôtel des abbés de Saint-Denis et touchant, par derrière, à 1 hôtel de Lyon. La tradition place encore ici un logis habité par une des maîtresses de Henri IV, et y rattache diverses anecdoctes qui 11e sont point du domaine de l’histoire topographique.
Maison formant l’angle méridional ou septentrional de la rue Christine, et ayant été occupée, vers la fin du xvue siecle, par le café de la veuve Laurent, ou se réunissaient alors les gens de lettres, comme ils se réunirent, cinquante ans plus tard, au café Procope, dans la rue des Fossés-Saint-Germain, en lace de l’ancienne Comédie-Française W.
Dépendances du couvent des Augustins, conservées en partie par les religieux qui s’étaient fait attribuer les matériaux à provenir de la démolition des masures et corps de logis en ruine. Avec ces matériaux, ils construisirent des « louages d,
<■) Le Café de la veuve Laurent, situé dans la rue Daupliine, au coin de la rue Christine, était, en 1698, la pépinière de toutes les académies. Ceux qui le fréquentaient formaient deux factions, l’une portée pour Jean-Baptiste Rousseau, et l'autre pour La Motte. Le premier avait pour amis les auteurs les plus connus parmi les habitués, entre autres La Fosse et Duché. La Molle avait, de son côté, Saurin , de l’Académie des sciences , etc.
Au mois de février 1710, Rousseau fut accusé d’ôlre l’auteur de plusieurs chansons diffamatoires répandues sous les tables du Café Laurent. Rousseau rejeta l’accusation sur Saurin. De là un premier procès. Par sentence du Châtelet de Paris, du ia décembre 1710, Saurin fut déchargé des accusations contre lui intentées, et Rousseau condamné à /i,ooo livres de dommages et intérêts envers ledit Saurin, et aux dépens du procès.
Ce n’est pas tout : Saurin obtint permission d’informer de la subornation de témoins; ce qu’il lit. L’arrêt définitif rendu le 7 avril 1712 porte: «La Cour, ayant égard à la requête de Saurin, déclare la contumace bien instruite contre Rousseau (Jean-Baptiste); et adjugeant le profit d'icelle, pour les cas résultant du procès, a banni et bannit ledit Rousseau à perpétuité du royaume; déclare tous et un chacun des biens dudit Rousseau situés en pays de confiscation, acquis et confisqués h qui il appartiendra», etc.
E11 1716, le duc d’Orléans, régent, fit sceller des lettres de rappel en faveur de Jean-Baptiste Rousseau ; mais le proscrit les repoussa par ces mots
de Commines : «Je préférerai toujours la condition d’être malheureux avec courage à celle d'être heureux avec infamie. »
Ces détails sont empruntés au tome VIII des Causes célébrés , ouvrage publié par Richer, avocat au Parlement.
Un curieux passage de Montesquieu (Lettres persanes , t. I, p. 1 2 1 ) se rattache évidemment à l’ histoire du Café Laurent. Il s’agit du géomètre Joseph Saurin, qui fut membre de l’Académie des sciences, et qui fréquentait ce lieu, où les savants et les lettrés étaient sûrs de se rencontrer :
«Je passais l’autre jour sur le Pont-Neuf avec un de mes amis ; il rencontra un homme de sa connaissance, qu’il me dit être un géomètre; et il n’y avait rien qui n'y parût, car il était dune reverie profonde. 11 fallut que mon ami le tirât longtemps par la manche et le secouât, pour le faire descendre jusqu’à lui, tant il était occupé d’une courbe qui le tourmentait peut-être depuis plus de huit jours. Ils se firent tous deux beaucoup d’honnêtetés, et s’apprirent réciproquement quelques nouvelles littéraires. Ces discours les menèrent jusque sur la porte d’un café, où j’entrai avec eux.
«Je remarquai que notre géomètre y fut reçu de tout le monde avec empressement, et que les garçons de café en faisaient beaucoup plus de cas que de deux mousquetaires qui étaient dans un coin. Pour lui, il parut qu’il se trouvait dans un lieu agréable, car il dérida un peu son visage, et se mit à rire, comme s’il n’avait pas eu la moindre teinture de géométrie. »
RUE DES CORDELIERS
c'est-à-dire plusieurs corps d’hôtel dont les appartements étaient destinés à des locations particulières. La ligne de ces bâtiments remplaça probablement le mur de clôture que Nicolas Carrel, entrepreneur général du percement de la rue Dauphine, s’était engagé à élever en bordure de la voie nouvelle, pour l’isoler du pourpris des Auguslins. Le Maire, qui écrivait vers 1 6 8 3 , constate que les constructions dont il s’agit se faisaient de son temps : rtLes religieux Augustins, dit-il, font présentement quelques réparations à leur monastère ; ils font rebâtir leurs écoles et quelques lieux commodes pour mettre leur bibliothèque. Ils font rehausser d’un étage le grand corps de logis qui est du côté de la rue Dauphine, pour le louer ensuite à des particuliers. Mais, quelques dépenses que fassent ces religieux mendiants, ils ne peuvent point faire de bâtiments dont la dépense excède trois mille livres, sans avoir obtenu, auparavant, des lettres de chancellerie, ou un arrêt du Parlement h). «
Maison sans désignation, faisant l’angle de la rue Dauphine et du quai des Augustins. Son mode de construction et les lucarnes dont le toit est ajouré autorisent à la considérer comme contemporaine de l’ouverture de la rue, si elle n’en a pas précédé le percement.
11 n’est pas possible de pousser plus loin le parcellaire détaillé de la rue, sans dépasser de beaucoup les limites chronologiques dans lesquelles doit se renfermer une histoire topographique du vieux Paris.
li UE DE L’ÉCOLE-DE-MÉDECINE,
ANCIENNE RUE DES CORDELIERS
Ainsi que nous l’avons dit dans notre chapitre Ier, la rue des Cordeliers, nommée depuis 1790 rue de l’Ecole-de-Médecine, était, selon toute probabilité, le chemin, d’origine gallo-romaine, séparant le clos de Laas des terrains acquis, à une époque que l’on ne saurait préciser, par un particulier du nom de Gibard ou Gibart, Gibert ou Jubert.
Au commencement du xmc siècle, ce n’était point encore une rue proprement dite, puisqu’on ne lui trouve point de dénomination particulière. Les Franciscains, ou disciples de saint François d’Assise, qui s’y établirent en i23o, après avoir habité momentanément un autre quartier de Paris, lui valurent sa première
Pans ancien et nouveau , l, p. 334, 335.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE I)U VIEUX PARIS, appellation : rue des Cordèles ou CordeUes, viens Cordigerorum. Le Livre de la Taille, de 1292, la désigne sous le nom de et rue as freres meneurs 11. Quelques années après, Guillot, dans son Dit des rues de Paris, l’appelle ttrue des Cordeles», mot qui traduisait le latin Cordigeri, et prit plus tard la forme régulière de Cordeliers. Dans le rôle de la Taille de 1 3 1 3 , on la trouve dénommée «rue Saint-Cosme » , à cause de l’église de ce nom bâtie, en 122 h, à son extrémité orientale. Le manuscrit de la bibliothèque Gottonienne (1 4oo) et Guillebert de Metz (1 ^07) disent ttrue des CordeUes »W.
Ces trois dénominations, usitées presque concurremment, prouvent que la rue n’avait point encore un vocable propre, puisque le Journal d’un bourgeois de Paris, contemporain de la description de Guillebert de Metz, a recours à une périphrase pour la désigner : ttrue qui est entre les Cordeliers et la porte Saint-Germain»!2). On peut induire de ce texte que la partie occidentale de la rue, tout au moins, n’était point encore régulièrement dénommée. Ce qui est certain, c’est que le nom de Saint-Côme, appliqué à la partie orientale de cette rue, ne l’a jamais désignée dans son ensemble, et que l’appellation ttdes Cordeliers» s’est étendue, au contraire, à toute la rue. La série des plans de Paris, depuis ceux de la Tapisserie, de Truschet et de Saint-Victor, jusqu’à celui de Vermquet, donne cette seule dénomination. Du Breul dit : «la grand rue qui tend aux Cordeliers (3). »
La rue des Cordeliers a porté, pendant quelque temps, le nom de Saint- Germain, concurremment avec celle de Saint-André-des-Ars. Ce n’est pas, comme le dit SauvaL4), «parce qu’elle tient à la rue et au faubourg Saint-Germain, » mais parce que la fermeture de la porte de Buci, dans les xivc et xvc siècles, en obligeant les habitants du bourg et de la ville à emprunter cette voie pour aller de 1 Abbaye dans la Cité, et réciproquement, a rendu cette appellation toute naturelle.
Sauvai lui a découvert un autre nom, celui de «rue des Étuves»; après avoir rappelé la dénomination de «grant rue Saint-Germain» il ajoute : «Si, en 1255, qu’on fonda le collège des Prémontrés, on l’appelait la rue aux Étuves, ce ne fut que pendant quelques années, et lorsqu’il y avoit des étuvistes (5). » Il y a là une confusion manifeste : la rue des Étuves, supprimée depuis longtemps, était une petite voie transversale qui débouchait dans la rue des Cordeliers, mais qui ne lui a jamais donné son nom. Elle formait, du nord au sud, le prolongement de la
(1) Paris et ses historiens aux xiv' et xvc siècles , P. 176.
(î) tfEn ce temps, firent les bouchiers de Saint- Germain-des-Prez leur boucherie en une rue qui est entre les Cordeliers et la porte Sainct-Germain , en ung lieu, ou manière de celier, où on descendoit
a degrez qui avoient dix marches.” ( Journal dun bourgeois de Paris, édition publiée par Alexandre Tuetey, p. 81, 82.)
(3) Antiquitez de Paris, p. 292.
<4> Idem.
(y> Ihulem.
RUE DES CORDELIERS
rue Mignon et séparait le collège de Bourgogne de celui des Prémontrés. Le rôle delà Taille, de 1292, la mentionne sous le nom de ttrue au Princes, et on la trouve figurée sur le plan dressé par M. Albert Lenoir, d’après les indications de Géraud.
La rue des Etuves a été supprimée vers 129A, lors de la régularisation du pourpris de chacun des deux collèges quelle avait servi à délimiter; ce qui lui valut la qualification de viens obturatus W.
La rue des Cordeliers paraît avoir été l’une des plus négligées de Paris ; dans le Procez verbail el rapport faietpour le nettoyement et pavaige de la ville, fauxbourgs et banlieue de Paris, avec l’ordre nécessaire pour bien et deuement faire ledict nettoyement el pavaige-n (3o avril 1 6 3 6 ) , on lit ce qui suit : rrRue des Cordeliers, avons veù grandz taz d’ordures estans contre les deux portes de l’église desdietz Cordeliers, et plus bas, en ceste rué, aussi veù plusieurs ordures et grauois contre une maison appartenant à M. BoutillierW. d
Jusqu’à la fin du xvm“ siècle, aucune modification de quelque importance ne s’est produite dans la rue des Cordeliers. En 1769, le roi se rendit acquéreur des bâtiments du collège de Bourgogne, et l’architecte Gondouin les démolit pour construire sur leur emplacement de nouveaux amphithéâtres de chirurgie, destinés à remplacer ceux de Saint-Côme. La Faculté de médecine, qui siégeait alors rue de la Bûcherie, et que la Révolution réconcilia avec les chirurgiens, prit possession des bâtiments; ce qui valut à la rue le nom de crue de FEcole-de- Médecine n, qu’elle échangea momentanément (1793) contre celui de crue Marat il, en l’honneur du tribun qui y demeurait et y fut assassiné. Elle reprit, peu après, sa dénomination précédente.
La démolition du couvent des Cordeliers modifia l’aspect et l’alignement de la rue de l’Ecole-de-Médecine ; une place fut ménagée devant la colonnade de Gondouin, et elle a subsisté jusqu’au moment où ont commencé les travaux de reconstruction de l’Ecole pratique.
En 18/16, la rue de l’Ecole-de-Médecine s’est annexé celle des Boucheries- Saint-Germain, située dans le même axe et considérée comme son prolongement. Mais cette usurpation ne lui a pas profité; l’ouverture du boulevard Saint-Germain a fait disparaître complètement l’ancienne rue des Boucheries et supprimé le côté septentrional de celle de l’École-de-Médecine, avec la fontaine qui marquait l’emplacement de l’ancienne porte, depuis la colonnade de Gondouin jusqu’à
(1) Voir ci-après l’article consacré à la rue des Etuves. — (!> Félibies, Preuves, 1, 1 33.
la rue de l’Ancienue-Comédie ; le côté méridional est resté, faisant face au nouveau boulevard. Ce n’est pas la seule mutilation que la vieille rue des Cordeliers
La fontaine des Cordeliers (1676) marquant l’emplacement de l’ancienne porte Saint-Germain, d’après une photographie.
ait été condamnée à subir : la reconstruction de l’Ecole pratique, sur de plus grandes proportions, a nécessité la démolition de la plupart des immeubles du côté méridional, entre l’ancienne place et le boulevard Saint-Michel.
CÔTÉ SEPTENTRIONAL
(d’Occident en Orient).
CENSIVE ET JUSTICE DE SAINT-GERMAIN-DES-PRES
Maison en plusieurs corps ( 1 5 3 1 ) , faisant le coin oriental de la rue du Paon.
RUE DES CORDELIERS
Démembrée et remaniée à diverses époques, elle a subsisté jusqu’à ces dernières années, avec la pittoresque tourelle élevée à l’angle des deux rues. L’ouverture
La tourelle d’angle élevée au coin des rues du Paon (Larrey) et des Cordeliers, d’après une photographie.
de la deuxième section du boulevard Saint-Germain et l'agrandissement de l’Ecole de médecine en ont exigé la démolition.
«Maison à Jehan de Martignv (i53i)h. Cette mention sommaire, provenant d’un censier et consignée dans le texte de Berty, peut être complétée par les indications suivantes relevées dans les notes de ce chercheur :
«î/iig. Maison tenant à une masure au seigneur de Saint-Benoist, aboutissant à l’hostel de Saint-Jehan en Valée, appartenant audict collège (de Bour-
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, gogne), aboutissant audict collège. — Acquisition de cinq maisons, par les moines, de J. de Martigny, en 1/191. — 1618. Maison devant les Cordeliers, tenant audict M‘ Antoine, d’autre part à l'iioslel de Saint-Jehan en Valée, appartenant audit collège, aboutissant audict collège. ■ — 1589. Maison du Dauphin, près et joignant ledict collège (de Bourgogne). — Maison du Dauphin (1657). rue du Paon. — Item, tous les autres manoirs et lieux, tant joignant et prez l’hostel de Reims que prez et environ dudict collège, n
Malgré le vague de ces indications, on peut se rendre compte de l’agencement des immeubles compris entre la maison tren plusieurs corps n, laisant le coin de la rue du Paon, et l’hôtel de Saint-Jean en Vallée, qui tenait à l’hôtel de Bourgogne. Ces immeubles, qui n’étaient peut-être que des démembrements de la grande maison d’angle, avaient issue sur la rue et la ruelle du Paon, ainsi que sur la rue des Cordeliers. Ils joignaient donc le collège de toutes parts, comme disent les anciens titres.
Hostel de Sainct-Jeiian en Vallée, ayant longtemps appartenu à l’abbaye de ce nom, située dans la banlieue de Chartres, in suburbio urbitt Carnotmsis, dit le Gallia christiana. Il est nommé trois fois dans les notes de Berty. Il est dit d’abord appartenir à l’abbaye de Cernay (1/1/19); plus tard on le qualifie de te maison du couvent de Sainct-Jehan en Valée, tenant au collège de Bourgogne n; enfin, il est ainsi localisé dans un censier de i58o : tt Maison de Saint-Jehan en Valée, devant et à l’opposile de la place du couvent des Cordeliers, -a Lorsque le couvent chartrain de Saint-Jean en Vallée eut été livré aux Génovefains, son hôtel parisien fut vendu et démembré; une partie devint I'Hôtel de Caiiors W.
Deux passages de Sauvai, dont Berty ne paraît pas avoir eu connaissance, permettent de remonter au delà de 1 ô/ig , pour l’historique des trois immeubles dont nous venons de parler. Le premier de ces passages est ainsi conçu : cr Guichard, seigneur deBeaujeu, avait son hôtel à la rue des Cordeliers, qui s étendoit jusqu’au jardin de l’hôtel de Reims, et que Pierre, archevêque de Lyon, lui donna entre vifs, en 1 3 1 8 P). 11 Le second passage n’est qu'une note de localisation , complétant la mention précédente : nCet hôtel, y est-il dit, étoit situé tout devant la porte qui aboutissoit à l’hôtel de Reims. i> Nous ne saurions dire si l’hôtel de Guichard, seigneur de Reaujeu, que Berty ne mentionne ni sur son plan ni dans son texte, occupait l’emplacement de l’hôtel de Saint-Jean en Vallée, de la maison de Jean de Martigny, ou du logis à plusieurs corps, qui formait 1 angle des rues du Paon et des Cordeliers; mais il est bien localisé par ses aboutissants. Peut-être comprenait-il originairement les trois immeubles, et a-t-il été, entre
1 C’esl là qu’habitait Marat lorsqu’il fut assassiné. — 1,1 Antiquités de Paris, II, p. a35.
RUE DES CORDELIERS
i .i 1 8 et îkUcf, 1 objet d un démembrement analogue à ceux qui se sont opérés sur tant d’autres points du vieux Paris.
COLLÈGE DE Bourgogne, fondé par Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe le Bon, comtesse de haute Bourgogne (Franche-Comté) et dame de Salins.
G est entre les années t33o et i 3 3 a , c’est-à-dire dans la première moitié du xiv° siècle, qui vit tant de créations du même genre, que fut institué l’établissement auquel est resté, jusqu’en i 769, le nom de sa royale fondatrice. Nous avons dit, dans notre monographie, sommaire de l'hôtel deNesIe, à quelles imputations cette œuvre pie avait donné lieu : Bayle et. le poète Jean Second ont prétendu que Jeanne de Bourgogne devait bien cette réparation aux écoliers, pour tout le mal qu’elle leur avait causé ('>. Nous ne reviendrons point sur ce problème historique, que nous avons cherché à résoudre dans notre monographie du pourpris de Nesle, nous bornant à constater que la fondation dut avoir lieu avec le produit de la vente d’une portion seulement de ce pourpris, et non de l’hôtel entier, comme Du Breul, Du Boullay et Félibien le donnent à entendre.
rr La Reine, dit ce dernier historien, avoit ordonné que son hostel de Nesle seroit vendu, et le prix employé à la fondation d’un collège. . . Les exécuteurs testamentaires achetèrent, des deniers provenant de la vente de l’hostel de Nesle, une maison située auprès des Cordeliers, qu il appelèrent la maison des écoliers de Madame Jeanne de Bourgogne, reine de France W. n Ce texte n’est guère que la traduction de la charte de fondation approuvée, en i3g4, par Guillaume de Clianal . évêque de Paris, et confirmée par une bulle du pape Jean XXII : et Johanna de Burgundia. . . voluerit, disposuerit et mandaverit quod domus sua de Nigella vocata, quam prope muros civitatis Parisiensis liabebat, cum omnibus juribus suis et pertinentiis suis, prout melius posset fieri, venderetur, et pretium exinde recipiendum converteretur totaliter in fondationem unius domus, institutionemque in ea certi collegii W. v
La maison acquise des deniers de la vente d’une partie du pourpris de Nesle est ainsi désignée dans la charte de fondation : crQuandam domum ante et prope locum fratrum dicti ordinis Minorum , Parisiis, sitamjuxta suos confines, emptam l>er nos et predictos coexecutores, juxta voluntatem et intentionem domine regine prefate. . . , cum omnibus juribus et pertinentiis suis, ad opus collegii ... ; ipsamque domum emptam et ad opus collegii seu congregationis hujus modi dispositam ac
01 Voir ci-devant chapitre ni, p. ht et suit. |s> Cliarle de fondation du collège de Bourgogne,
!| Félibien, Preuves ,1, p. 637. — Ch. Jourdain, reteve'e dans les archives du collège et imprimée
Index chartarum, p. 1 13. par Félibien, Preuves, 111, p. 635 et suiv.
’• In
etiam deputatam, Domum scliolarium inclite memone domine regine Johanne de Bur-
gundia intitulamus ac nominamus (’>. s
Quelle était cette maison achetée par les exécuteurs testamentaires <‘2> de Jeanne de Bourgogne, pour la fondation du nouveau collège? Les documents contemporains ne le disent point, et nous ne pouvons suppléer à leur silence. Ce qu’il y a de certain, c’est que les exécuteurs testamentaires ne firent point construire; ils achetèrent une maison toute bâtie, qui était déjà appropriée ou qu ils firent accommoder à usage de collège, et cela sans beaucoup de frais, parce que la vente d une portion du pourpris de Nesle ne dut produire que peu d argent.
Faisons remarquer tout d’abord que la maison dont il s agit ne peut etre 1 hôtel de Saint-Jean en Vallée, puisque cet immeuble figure, avec son nom, dans un censier de 1 44g , plus d’un siècle après la fondation du collège de Bourgogne.
Serait-ce une portion de cet hôtel de Guichard deBeaujeu dont il est question en 1 3 1 8 , c’est-à-dire douze ans seulement avant la fondation du collège de Bourgogne, et qu’on 11e trouve plus mentionné depuis? Berty ne l’a rencontré, en effet, ni dans le censier de i44g, ni dans celui de i58g, sans doute parce que l’hôtel avait perdu ce nom depuis longtemps. L’interposition de l'hôtel de Saint-Jean en Vallée semble, au premier abord, faire obstacle à 1 identification d’un des corps de logis de l'hôtel de Guichard de Beaujeu avec le collège de Bourgogne; mais il faut tenir compte de deux circonstances : l’une, c’est que la première mention de l’hôtel de Saint-Jean en Vallee est de i44g seulement, l’autre, c’est que les propriétés bordant la rue des Cordeliers s’étendaient en profondeur jusqu’à la ruelle de Reims, et semblaient avoir fait originairement partie d’un vaste pourpris. Rien ne s’oppose donc à ce que Ion considère le collège de Bourgogne et l’hôtel de Saint-Jean en Vallée comme deux démembrements du vaste hôtel ayant pour point de départ, à 1 occident, la maison à tourelle qui faisait l’angle des rues du Paon et des Cordeliers , et s étendant peut-etre, veis l’orient, jusqu’à la rue des Etuves.
L’histoire du collège de Bourgogne 11e se distingue point de celle des autres établissements universitaires créés à la même époque. Les archives de cette maison comprennent, comme celles de tous les collèges : la charte de fondation, les statuts originaux, les titres de fondations successives de bourses et de chapellenies; les pièces relatives aux réformes et règlements nouveaux, à la réduction du nombre des boursiers pour augmenter d’autant la quotité de chaque bourse hebdomadaire, à la nomination des principaux et chapelains, à l’entretien et aux
111 Même charte. — Ces exécuteurs étaient le cardinal Pierre Bertrand, ancien évêque dAutun, Thomas de Savoie, chanoine de Notre-Dame de Paris, Nicolas de Lyre et Guillaume de Vading, corcloliers.
RUE DES CORDELIERS. 323
réparations des batiments, aux visites universitaires dont les procès-verbaux, dit Du Boullay, constataient trop souvent majorent disciplina; dissolutionem. Ce sont les incidents ordinaires de la vie de collège, et nous n’avons point à les relater. Nous relevons cependant, dans Yïndex cltronologieus charlarum, de M. Ch. Jourdain, les particularités suivantes :
En i35o, établissement d’une seconde chapellenie et création de quatre nouveaux boursiers par Mc Barthélemy de Bruges, à charge de service funèbre;
En i536 et 1 566 , arrêts du Parlement relatifs à la principalité, aux chapellenies et aux différends qui s’étaient élevés entre les titulaires de ces charges;
En 1 5 8 1 , rétablissement de la communauté après une interruption d’une année, causée par la peste et les maladies;
En î 589, visite universitaire, dont le procès-verbal original est conservé dans les archives du collège;
E11 1607, nouvelle réduction des bourses pour c incongruité n ou insuffisance de portions.
Le collège avait débuté avec vingt pauvres écoliers de la province et comté de Bourgogne (Franche-Comté), devant étudier in logicalibus et naturalibus seulement, ce qui donnait à cet établissement le caractère laïque que n’avaient point la plupart des autres fondations universitaires. Ces vingt écoliers recevaient, pour leur bourse, trois sols par semaine; le double était attribué au maître, au principal et au chapelain. En 1 5 3 6 , deux siècles environ après la fondation, la hourse hebdomadaire est portée à dix sols pour ces deux dignitaires, et à cinq pour les écoliers. Enfin, en 1607, 011 réduit le nombre des bourses à dix; 011 attribue vingt sols par semaine au principal et aux chapelains, et quatorze seulement aux écoliers.
La décadence des études avait marché de pair avec la diminution du revenu des établissements scolaires, au collège de Bourgogne comme ailleurs; les fondations universitaires du xiv° siècle ne se suffisaient plus au xvn°, et elles languirent jusqu à la seconde moitié du xvinc. Si nous en avons dit ici quelques mots, c’est pour n’avoir point à y revenir; toutes se ressemblent en ce point : ab uno disce omnes.
Dans cette meme année 1607, qui vit les boursiers du collège de Bourgogne réduits de vingt à dix, et sans doute cà l’occasion de la gêne où se trouvait i’éta-
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, bassement, il se produisit deux incidents qui ont leur intérêt topographique. L’un des chapelains, nommé Arvisenet, s’était fait bâtir, avec ou sans autorisation, une maison dans l’intérieur du collège et avait employé des matériaux qui en provenaient. Il prétendait à la possession exclusive d’une certaine galerie, ou promenoir, joignant cette maison, mois ayant été jusqu’alors à l’usage du principal, des chapelains et des boursiers. De là un procès, que nous font connaître les Registres du Parlement.
La galerie dont il s’agit était, dit le texte de 1 arrêt, asubtus domum dicti Arvisenet prætendentis dictum ambulatorium esse de pertinentiis suæ domus; præfatis actoribus contrarium sustinentibus, dictumque ambulatorium esse commune primario, capellanis et bursariis ejusdem collegii, tanquam spectans ad hortum communem».
ttDicimus, ajoute l’arrêt, esse de dependeiitiis et pertinentiis domus dicti Arvisenet, primi capellani, sed semper esse et fuisse junclum horto dicti collegii, et reservatum pro communi recreatione primarii, capellanorum et bursanorum ipsius collegii, ad quorum liberam disposilionem dictum ambulatorium spectat et pertinet, nihilque in eo juris peculiaris sibi dictus Arvisenet vindicare potest(l>. -n
11 faut croire que cet arrêt toucha le chapelain Arvisenet, et que l’état de gêne dans lequel se trouvait le collège l’amena, non seulement à se départir de ses prétentions sur la galerie, mais encore à faire à l’établissement le sacrifice de sa maison, qui était bien un peu celle du collège, comme on va le voir.
Le mois suivant, en ellet, n maître François Arvisenet déclare consentir que le corps de logis que lui Arvisenet a fait bâtir et construire de neuf, dans 1 enclos dudit collège, et auquel il a employé quelques matériaux dudict collège, demeure au profit dudit collège, à la charge toutefois que ledit Arvisenet jouira, sa vie durant, tant de l’ancien que du nouveau bâtiment par lui construit...; et pourra d’icelui disposer et le louer, pendant sadite vie naturelle, à personnes qui soient de la qualité portée par les statuts, etc. iî('2L
11 faut croire que la faculté de louer certaines parties des bâtiments du collège de Bourgogne, pour eu augmenter les revenus, fut mise à profit peu de temps après, car Malingre, qui écrivait de i63o à îüùo, s’exprime ainsi : et A présent en ce collège se tient une congrégation appellée de Propaganda fide, et où se lont les disputes de controverse. n Pendant la reconstruction de la Sorbonne, les théologiens de cette maison avaient loué sans doute une ou plusieurs salles au collège de Bourgogne et allaient y argumenter, en attendant que 1 architecte Lemercier eût achevé son œuvre.
Pendant les xvu“ et xvme siècles, les maîtres, chapelains et boursiers du collège
Félibien, Preuves. - — Ibid.
RUE DES CORDELIERS
de Bourgogne, réduits à une portion de plus en plus «congrue», ne lurent désormais qu’une communauté languissante, et, lorsque l’édit de février 1768, rendu après l’expulsion des jésuites, réunit la maison au collège Louis-le-Grand , il ne fit que consommer une ruine déjà passée à l’état de fait accompli.
Les bâtiments, fort négligés pendant les deux derniers siècles, demeurèrent sans emploi de 1768 à 1769. Dans cet intervalle, ils attirèrent l’attention de l'Académie royale de chirurgie, qui se trouvait, dit Jaillot, auteur contemporain, «trop gênée entre l’église des Cordeliers et celle de Saint-Côme ». Elle réclamait, ajoute M. Cli. Jourdain, depuis plusieurs années tries agrandissements, disons mieux, la nouvelle installation que la renommée croissante de ses cours rendait nécessaire, et qui, d’ailleurs, avait été en quelque sorte promise par l’édit du mois de juillet 1 760 ».
Les Ecoles de chirurgie (ancien collège de Bourgogne), le collège des Prémonlrés et une partie du couvent des Cordeliers, d’après le plan de VcrniqueL
Elle reçut enfin pleine satisfaction, d’abord par l’arrêt du Conseil, du 7 décembre 1768, qui nomma des commissaires et les autorisa à faire l’acquisition du collège de Bourgogne, ainsi que de quatre maisons en dépendant; puis par les lettres patentes du 2/1 novembre 1769, enregistrées le 2 décembre suivant et confirmant 1 acquisition, faite au nom du Roi, «des terrains, maison et bâtiments appelés le collège de Bourgogne, pour servir à l’emplacement et établissement du
collège et académie royale de chirurgien. A ces lettres sont annexés le contrat d’acquisition, une délibération du Bureau d’administration du collège Louis-le- Grand, auquel avait été réunie la fondation de Jeanne de Bourgogne, et une lettre de l’architecte du collège sur la valeur des immeubles aliénés.
L’arcbitecte Gondouin, chargé de la construction du nouvel édifice, fit table rase, la maison collégiale et les quatre autres qui en dépendaient ne pouvant entrer dans le plan du palais gréco-romain qu'il voulait élever, et dont il a laissé un état descriptif. Les travaux se prolongèrent beaucoup plus qu’on ne l’avait prévu, et le roi Louis XV n’en vit pas le terme. La première année du règne de Louis XVI, le 27 avril 177b, l’Académie royale de chirurgie, désireuse de prendre possession des nouveaux bâtiments, quoiqu’ils fussent encore inachevés, tint, sous la présidence de La Martinière, premier chirurgien du roi, une séance solennelle d’inauguration dans la grande salle, ou grand amphithéâtre, que l’architecte venait de terminer.
La nouvelle école 11e servit d'ahord qu’aux chirurgiens; mais, eau sortir des orages de la Révolution, dit M. Charles Jourdain, médecins et chirurgiens furent réunis par le législateur dans la même enceinte n. Les vieux bâtiments de la rue de la Bùcherie et l’installation provisoire de la rue du Clos-Bruneau ne pouvaient, en effet, suffire à l’enseignement de la médecine; l'Ecole y était plus à l’étroit que l’Académie de chirurgie dans son amphithéâtre de Saint-Côme.
De nos jours, l’édifice bâti par Gondouin, étant devenu insuffisant, a été complété par des additions monumentales au nord, à l’est, à l’ouest, c’est-à-dire sur les rues du Paon (Larrey) et Ilautefeuille, ainsi que sur l’ancienne rue du Jardinet, absorbée par le boulevard Saint-Germain. Ces additions ont entraîné, ou entraîneront, la démolition de la chapelle et de quelques bâtiments de l'ancien collège des Prémontrés, autre établissement scolaire dont nous parlerons à l’article de la rue Ilautefeuille, sur laquelle il avait, en dernier lieu, son entrée.
1616. — Place, à présent en masure appliquée à deux corps d’hôtel, l’un et le Chauldron », l’autre joignant la chapelle du collège de Bourgogne; ladite place contenant six toises par le milieu, ayant quatre toises cinq pouces de fond, c’est-à-dire de profondeur.
K1g28. Gensive de l’Abbaye. — Maison du Chauldron, tenant de toutes
parts au collège. «
Telles sont les indications sommaires que nous avons pu recueillir dans les notes de Berty; l’inspection de son plan aide à les comprendre. Les deux corps d’hôtel dont il est question doivent être placés tant dans la partie occidentale du rectangle que Berty a figuré, sur la rue des Cordeliers, a lest de la chapelle
HUE UES CORDELIERS
du collège de Bourgogne, que latéralement au collège et sur la rue des Étuves. Un de ces corps d’hôtel joignait la chapelle du collège; l’autre, qui est proprement la Maison du Chauldron, venait après, et était séparé de la rue des Étuves par la
Maison du Havre, ou Hôtel du Havre de Grâce, appartenant au collège de Bourgogne (1673), et formant l'angle occidental de la rue des Etuves à son débouché dans la rue des Cordeliers, par conséquent avant la suppression de ladite rue des Étuves W. Une note de Berty nous apprend que ce logis touchait aux Prémontrés; il n’en était séparé, en effet, que par le sol de la rue des Etuves, avant qu’elle devînt viens obluralus.
Les trois maisons que nous venons d’indiquer complétaient, en le régularisant, le pourpris du collège de Bourgogne. Selon toute apparence, elles ne faisaient point originairement partie du logis acquis par les exécuteurs testamentaires de Jeanne do Bourgogne, lequel est qualifié simplement de maison : quamdam domum. Leur situation, en bordure de la rue des Cordeliers, en faisait des maisons de produit, des k louages n, analogues à ceux des Augustins. Il est donc à croire que les administrateurs du collège les avaient achetées, ou fait bâtir, pour cet usage.
tr Maison qui fut au couvent de Saint-Thierry ( 1 58 1 ) , contiguë au jardin de la maison des Prémontrés, faisant le coin de la rue Hautefeuille. d
Cette note, ambiguë dans sa rédaction, laisse indécise la situation de l’immeuble dont il s’agit. Nous savons que le collège des Prémontrés occupait l’angle des rues Hautefeuille et des Cordeliers; sa chapelle encore debout, mais vouée à la destruction, le témoigne suffisamment; si donc la maison ayant appartenu au couvent de Saint-Thierry formait le coin d’une rue, en 1 5 3 1 , ce ne pouvait être que celui delà rue des Étuves. Le fait est confirmé d’ailleurs par la nomenclature des immeubles bordant cette dernière voie, nomenclature qui comprend la maison ayant appartenu au couvent de Saint-Thierry.
Emplacement delà chapelle des Prémontrés occupé, en 1/1/12, ainsi qu’il résulte d’une note de Berty, par une série de maisonnettes ou masures, accolées aux lianes du collège. Voici le texte de cette note :
tt 1 Zi Zi 2 . — Plusieurs maisons en la rue devant la porte aux Cordelliers tenant, d’une part, aux religieux de Prémontré, jusqu’à la maison Nicolas Leblanc, en la rue de la Barre, jusqu’à la Maison de l’Escurel commençant en la rue des Corde-
(1) Pour cette suppression, voir ci-après, à l'article de la rue des Étuves.
liers, par devant Iesdils religieux de Prémontré, à la maison de maistre Henri de
Salines (P. t
te Partie latérale du collège de Prémontré ayant, en dernier lieu, son entrée sur la rue de Hautefeuille, vis-à-vis celle de Pierre-Sarrazin.il
Jusqu’en l’année 1672, époque où les vieux bâtiments du collège furent démolis et reconstruits, la porte principale de l’établissement s’ouvrait sur la rue des Cordeliers. C’est, en elïet, le long de cette voie et de celle des Étuves que s’alignaient les neuf petites maisons acquises, en 1 12 5 5 , parles Prémontrés, des religieuses de l’abbaye de Saint-Antoine-lez-Paris. La reconstruction, qui eut lieu au \viie siècle (1618-1692), se fit sur un plan qui exigeait le déplacement de la porte. La nouvelle chapelle, dont les fondements furent jetés en 1618, et qui était orientée selon la tradition chrétienne, se profile encore aujourd’hui sur la rue de l’Ecole-de-Médecine M, occupant, avec ses dépendances, une partie de l’emplacement que couvraient les
Neuf maisons acquises, en juillet 1 255, de l’abbesse Guillemette, ayant leur entrée sur la rue des Étuves et leurs dépendances latérales à la rue des Cordeliers. Nous en donnons la nomenclature à l’article de la rue des Étuves, et nous faisons remarquer que, eu égard à la faible étendue de terrain qu’elles occupaient, ce devait être de petites maisons de jardiniers et de cultivateurs, comme il en existait beaucoup dans cette région avant le grand accensement de 1 179. Voici comment elles ont été désignées dans l’acte de vente: ttnovem domos sitas Parisius, juxta domum fratrum Minorum, in vico qui dicitur as Estuves. v
Trente-neuf ans après la vente, c’est-à-dire en 129J1, l’acquisition faite par les Prémontrés fut confirmée par le payement des droits de finance auxquels elle avait donné lieu. Nous citons le texte de celte pièce à l’article de la rue des Etuves, et nous n’en reproduisons ici que la partie relative à la localisation
des immeubles, tant sur cette dernière rue que sur celle des Prémontrés : et .
Ultra Parvum Pontem, prope domum fratrum Minorum, in vico Stupharum, ab opposito vici de Hautefeuille, faciente cuneum vici Fratrum Minorum et vici Stupharum, tendente, ex illo latere, usque ad domum Thesaurarii Belvacensis, contigua ex altéra parle cuidam parve ruelle, que clausa est ad presens, et a parte posteriori domui cpiscopi Remensis.n
n) Notes non classées par l’auteur. — (î) Cette chapelle, appropriée à divers usages et totalement défigurée, est comprise dans le périmètre des agrandissements de l’Ecole de médecine; elle est donc vouée à une destruction prochaine.
RUE DES CORDELIERS
La et ruelle a i’arcevesque de Reims n, ou cul-de-sac du Paon après la suppression de la rue des Etuves, est ici clairement désignée.
Partie postérieure de la maison de l’Image Notre-Dame, tr sise rue Pierre-Sa rrazin, mais aboutissant rue Saint-Gôme, ou partie orientale de la rue des Cordeliers », dit une note de Berty sous la date de i4io.
Partie postérieure du collège de Dainville, ayant son entrée sur la rue Pierre- Sarrazin.
Maison des Imaiges ou aux Ymaiges, faisant encoignure sur la rue de la Harpe. cEn i3o/i, dit Berty, elle s’étendait jusqu’à la rue Ilautefeuille et appartenait aux Prémonlrés.Un document de cette époque la désigne ainsi : «Domurn facientem cuneum vicorum Sanctorum Cosmi et Damiani, ex una parte, et Plasterii, ex altéra parte, domum scholarium Premonstratensium studentium Parisius. * On sait que la rue Hautefeuille, à son extrémité méridionale, portait alors le nom de rue de la Vieille— Plâtrière.
Il résulte du texte que nous venons de citer que la
Maison des Imaïges occupait, sauf quelques petites enclaves, tout le terrain compris entre les rues des Cordeliers, de la Harpe, Hautefeuille et Pierre-Sarraziu, c’est-à-dire le pourpris du futur collège de Dainville, dont les fondateurs en devinrent propriétaires par suite de la vente que leur en firent les Prémontrés. Ces derniers, en effet, séparés par la rue Hautefeuille de cette partie de leur domaine et ayant, d’ailleurs, à payer leurs acquisitions sur la rue des Etuves, aimèrent mieux se défaire de la Maison des Imaïges et unifier le pourpris de leur collège.
N. B. — Voir aux articles des rues des Étuves, de la Harpe, Hautefeuille, Pierre-Sarrazin et de l’impasse de Paon, pour l’étude des immeubles de la rue des Cordeliers s’étendant en profondeur sur ces diverses voies.
CÔTÉ MÉRIDIONAL
(d’Orient en Occident).
GENSIYE DE SA1NT-GERMAIN-DES-PRES
Eglise des Saints Côme et Damien. Nous consacrons plus loin un chapitre spécial à l’étude de cet édifice.
Maison de la fabrique, à laquelle, dit Berty, rc pendait l’enseigne de la Came de