LE PALAIS DE MÉDICIS, D'ORLÉANS OU DE LUXEMBOURG
L'édifice auquel on a donné concurremment ces trois noms n appartient pas, par la date de sa construction, à la période historique dans laquelle l'auteur du présent travail a voulu renfermer la topographie du vieux Paris. Placé chronologiquement sur l'extrême limite de deux âges, il échapperait à toute description et demeurerait ainsi à l'état de lacune, dans l'étude rétrospective d'une région où il lient pourtant une si grande place, si nous n'avions eu la pensée, ici comme ailleurs, de franchir une limite trop rigoureuse et de suppléer, par nos propres recherches, à une omission volontaire, mais assurément fort regreltable,
Au lieu donc de nous borner à retracer, jusqu'en 1610, la physionomie du sol sur lequel devait s'élever le palais de Marie de Médicis, campos ubi Troja...., nous avons divisé en deux parties distinctes la monographie sommaire de cet édifice. Dans la première, nous énumérons, à l'aide des notes de feu Berty et des titres inédits que nous avons consultés, les propriétés acquises par la reine et englobées successivement dans son palais ou dans ses jardins : c’est le parcellaire antérieur aux travaux de Salomon de Brosse. Dans la seconde, nous résumons les renseignements de toute nature que nous ont fournis, sur celte résidence princière, les pièces
originales et les historiens les plus autorisés. Nous consacrons en outre un article spécial au
couvent des Bénédictines du Calvaire et à l'hôtel du Petit-Luxembourg, véritables annexes du palais Médicis.
Les planches destinées à compléter le texte, en l’éclairant, sont la reproduction de dessins inédits et d’estampes anciennes.
Quant aux litres originaux, qui sont conservés à Ja bibliothèque du palais, et qui n'ont été
que très-imparfailement connus de feu Berty, nous ne pouvons les publier intégralement à
cause de leur étendue: mais nous les signalons au lecteur, à titre de documents historiques et
topographiques absolument inédits. — L.m.r.
LES PROPRIÉTÉS COMPRISES DANS L'ENCEINTE DU PALAIS ET DES JARDINS. PAROISSE S \INT-SULPICE.
JUSTICE DU ROI
GENSIVE DE LA GRANDE CONFRÉRIE
(Fief du Glos-aux-Bourgeois.)
«Maison cLose» que l'avocat Gilles Bourdin céda, le 30 novembre 1559, à
Me Philippe Joulin, sieur de la Brosse, et dont il avait pris le terrain à bâtir, le 17 mars 1546, du président Gilles Lemaitre. Il est dit, dans l'acte de vente du terrain, qu'il mesurait treize toises de large sur vingt-deux toises deux pieds de long: qu'il faisait partie du jardin de Lemaitre, tenant d'une part à «une enclave -close du costé de la porte Saint-Michel, » et de l'autre + à la rue qui sera faicte - de neuf oudict jardin; » mais nous ne trouvons point ailleurs d'autre mention de celle rue projetée. La maison de Joulin lui fut achetée, le 25 juin 1565, par Me Antoine Arnaut, auditeur des comptes, qui l'agrandit, le 26 juim 1576, au moyen d'un échange avec Becquet. Faisant hache derrière les deux précédentes, elle offrait une superficie de deux mille quatre cents toises environ, lorsque, le 23 juin 1614, la propriété, qui ne consistait plus qu'en deux jardins, fut acquise des hoirs Arnaut, au prix de 30,000 livres, par la reine Marie de Médicis. Elle en réunit les sept huitièmes à son pare du Luxembourg, et le reste, disposé en un lot de douze toises de face sur la rue de Vaugirard, fut donné par elle, le 1% juin 1615, à Laurent Stornat, comme dédommagement d'une maison dont elle s'était emparée. Celle que Laurent Stornat bâtit sur son lot fut acquise, avant 1655, par Henri de la Trémouille, duc de Thouars, et prit le nom d'hdtel de la Trémouille.
L'emplacement occupé par la maison d’Arnaut et les deux jeux de paume attenanls formaient, vers 1535, une pièce de terre plantée en vignes, que possédait le boulanger Honoré Chevalier; Antomette Rigault, sa veuve, et leurs enfants se la
partagèrent le 12 jauvier 1544.
JUSTICE
Musox sans désignation, dont le terrain fut aussi à Honoré Chevalier, et qui appartenait en 1559 à M° Eustache de Corbie. Le 25 janvier 1624, elle fut vendue 17,000 livres à la reine Marie de Médicis par la demoiselle de Corbie, veuve Allemanny. Elle formait alors deux maisons, et derrière était située cette verrerie dont la rue de Vaugirard a quelquefois reçu le nom; elle parait avoir
été établie vers la fin du règne de Henri IV.
Derrière cette maison il s'en trouvait une altenante à celle des hoirs Arnaud, mais dont nous ne voyons pas la disposition. Elle appartenait à Paul de Tournemyne, sieur de Campsillon, et le prix, montant à 54,000 livres, en fut consigné par Marie de Médicis en les mains de Marin Martineau, baron de Thuré, le
18 mai 1619.
Maison sans désignation (1595), qui était peu profonde et que Marie de Mé-
LE PALAIS DU LUXEMBOURG. 287 dicis, les 20 et 21 février 1617, acheta de Louis Lambert, sieur de la Marche. I la tenait de sa femme, auparavant épouse du sieur Poussemotte.