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LE PALAIS, LES JARDINS, LA GROTTE, L’AQUEDUC D’ARCUEIL

LE PALAIS. — En prenant la résolution de se faire construire un palais en dehors de la muraille de Philippe-Auguste et sur la partie déclive du plateau de Samte-Geneviève, Marie de Médicis suivait l'exemple que lui avait donné, un demi-siècle auparavant, sa compatriote et sa parente, lorsqu'elle entreprit de remplacer la vieille résidence des Tournelles, à laquelle s’attachait, pour elle, un pénible souvenir, par le nouveau château des Tuileries, situé, comme on le sait, au delà de l'enceinte fortifiée de Charles V. Les bâtiments de ce dernier palais. encore inachevés à celle époque, promettaient une somptueuse demeure; mais l’altière veuve de Henri IV, qui se trouvait incommodément logée au Louvre, et qui n'aurait pu, en terminant les travaux des Tuileries, se faire honneur d’une construction dont elle n'avait pas eu l'initiative, ne voulait, en outre, partager avec personne la jouissance de la royale habitation qu'elle projetait. Renonçant donc aux deux grandes résidences de la rive droite, elle se trouva conduite à chercher, pour sa nouvelle demeure, des conditions de calme et des facilités de développement que le faubourg Saint-Germain pouvait seul alors lui offrir. C'était la même pensée, le même besoin d'espace et de tranquillité qui avaient déterminé jadis la construction du vieux Louvre, de l'hôtel Saint-Paul et autres palais suburbains.

La reme mère était alors dans la plénitude de son pouvoir; mais elle sentait qu'il allait lui échapper, et elle se hâtait d'en faire usage. L'édifice qu’elle projetait devait porter le nom de «Palais de la Reine douairière, » être achevé le plus promptement possible et rappeler, disent les auteurs du temps, le palais Pitti. résidence de la famille régnante de Toscane, où Marie de Médicis était née et où elle avait passé son enfance. Il ne faudrait pas croire cependant qu’elle ait eu la pensée de faire reproduire servilement à Paris le palais florentin; l'architecture en devait être appropriée aux nécessités de notre climat, et, de fait, limitation se borne à l'emploi des refends et des bossages, déjà usités en France avant cette époque :

L'architecte choisi par la reine mère était Salomon de Brosse, auquel on avait, jusqu'à nos jours, attribué le nom de Jacques, et que de savantes recherches ont remis en possession de son véritable prénom baptismal®). Salomon de Brosse n'avait encore exécuté aucun de ses grands travaux : le portail de Saint-

® Dedaux, Chambre de Marie de Médicis, in-fol. cieté de l'histoire du protestantisme français ont dé-

1838, introd. couvert et publié des pièces qui éclaircissent la bio- ? M. Jal et les rédacteurs du Bulletin de la So- graphie du célèbre architecte, ensevelie jusqu'ici

Gervais, l'aqueduc d'Arcueil, le temple de Charenton, la salle des Pas-Perdus au

Ateaux de Monceaux et de Coulommiers, sont, en eflet,

palais de Justice, les c postérieurs de quelques années à la construction du palais Médicis; mais il était déjà, selon toute apparence, en possession de quelque notoriété. Il la devait soit à Jean de Brosse, qu'on croit avoir été son père et qui était architecte de la reine Marguerite de Valois, soit à Jacques Du Gerceau, dont il fut très-probablement l'élève, et qui lui apprit l’art de construire «les plus excellens bastimens. » Ge qui est hors de doute, c'est que, malgré sa qualité de huguenot, il inspira une confiance absolue à la reine mère, puisque cette princesse, italienne et catholique fervente, le choisit pour réaliser le projet qu'elle avait conçu. Après lui avoir proposé son palais natal comme modèle à imiter librement, en appropriant l'architecture florentine aux nécessités de notre climat, elle lui demanda un certain nombre de plans, les examima et fit choix de celui qui lui parut le meilleur; puis elle le communiqua aux architectes italiens les plus en renom, avec prière de lui donner leur avis.

Le projet de l'architecte français risquait d'être mal jugé au delà des monts:

cependant il y trouva plus d'éloges que de critiques, et les observations de détail

dans la plus profonde obseurité. Voici ce qui résulte Eofin on a relevé, sur deux registres tenus pa des investigations de M. Jal : les fossoyeurs du cimetière protestant de Saint- Salomon de Brosse naquit à Verneuil-sur-Oise, Père, les actes d'ivhumation suivants : 1° «Salomon qui élail alors l'un des foyers du protestantisme, de Brosse, ingénieur et architecte des bastimens et il fit lui-même profession de la religion réfor- du Roy, natif de Verneuil, inhumé le 9 décembre mée. Selon toute apparence, il fut l'élève de Jac- +1696.» 2° «Du 9 jour de décembre 1626 , a esté ques Du Cerceau, protestant comme lui, et c'est enterré Salomon de Brose, architeq de la Raine peut-être à cette circonstance qu'il a dû le prénom #mère au cimmelierre Saint Germain (sic).» de Jacques, sous lequel on l'a désigné pendant si Les rédacteurs du Bulletin de la Société de l'hislongtemps. Il était sans doute fils de Jean de Brosse, toire du protestantisme français avaient devancé qualifié de secrétaire et architecte de Ja reine Mar- M. Jal dans la déconverte du prénom et des croyances guerite de Navarre, dans les comptes de 1579 el de de Salomon de Brosse. Les regisires de l'état civil 1582. (Arch. nat. KK 154 et 169.) de Charenton leur avaient appris qu'il faisait partie Dans les comptes des bâtiments de Marie de Mé- du culte réformé, et que, selon toute apparence, dicis, pour l'année 1616, on le trouve désigné par il avait été choisi en cette qualité, par ses corelile prénom de Salomon, et on lui donne le titre de , gionnaires, pour réédilier leur temple. M. Ch. Read, rarchiteele général des bastimens du Roy et de la à qui l'on doit la plupart de ces découvertes, pré- -Royne, mère de Sa Majesté. » pare, depuis plusieurs années, un travail biogra- Le prénom de Salomon résulte encore de la men- phique étendu sur ce personnage. üon suivante, placée au bas d’une estampe gravée Fils, père, élève et ami d'architectes distingués, par Michel Lasne : Salomon de Brosse inven. Micael Salomon de Brosse Lenait, comme la plupart de ses Asinius seulps. et de celte autre mention relevée contemporains, l'équerre et la plume. I a publié dans un catalogue de M. de Marolles, abbé de Vil- en 1619, dansle format in-folio et «en la boutique leloin, publié à Paris, en 1666, par F. éonard : “de Hierosme de Marnef, chez André Sillart, au #Michel Lasne a gravé des dessins de divers ar- # Mont Saint Hilaire, à l'enseigne du Pélican,» une “listes, entre autres de Salomon de Brosse, archi- édition du fameux livre technique de Jean Bullant : -lecte, qui a basti Luxembourg. » (Archives de l'art Règle générale d'architecture des cinq manières de

français, L. E, p: h1.) colonnes, elc. — L.M.T.

re)

auxquelles il donna lieu furent recueillies par Salomon de Brosse, qui en fit son profit. Le célèbre chevalier Bernin, qui vit l'édifice terminé lors de son voyage à Paris, et qui, comme on le sait, n'eut pas la chance de faire accepter ses plans pour la façade orientale du Louvre, déclara loyalement « qu'il n’y avoit nulle part « de palais ni mieux bâti ni plus régulier.» Commencé en 1615, le palais était presque achevé en 1620.

Les historiens de Paris ont confirmé le jugement du chevalier Bernin et de ses compatriotes, sauf certaines restrictions résultant des variations du goût français en matière d'architecture. Le premier en date, Malingre, loue sans réserve, et son appréciation doit être considérée comme celle des contemporains de Salomon de Brosse, puisqu'il la formulait peu d'années après la mort du célèbre architecte, alors que l'édifice, complétement achevé, était dans tout l'éclat de sa nouveauté.

« Le palais, dit Malingre, consiste en quatre grands pavillons, aux quatre coings, en trois grands corps d'hostel. Celui de main droite, où est le département de « la Royne, est composé d'une belle grande gallerie haute, ayant deux cheminées «aux deux bouts, fort belles pour l'invention, façons et dorures. Les fenestres regardent sur le petit Luxembourg, d'un costé, et, de l’autre, sur la grande «cour. Aux deux costez de cette belle gallerie, sont quantité de tableaux de l’'in- + vention du fameux peintre Rubens d'Anvers, dans lesquels est représentée toute « la vie de la Royne depuis sa naissance.

« Avant d'entrer à celte gallerie, est la chapelle de la Royne, avec ses lambris « dorez et l'autel de mesme, de très belles menuiseries en feuillage dorez, et, au «fond, un fort riche tableau.

« De ce mesme costé et département est la chambre de la Royne, belle, grande ; garnie + de deux gros chenets d'argent. En cette chambre se voit la place du lict enfermé

el carrée, enrichie d’une cheminée admirable pour son ouvrage et dorure

« de ballustres, dont les pilliers sont d'argent.

« De cette chambre on entre au cabinet, le plus riche qu’ se puisse voir. Le « plancher est faict de marquetterie de bois, la cheminée d’un ouvrage très rare «et tout doré, le lambris fait de pièces de menuiserie de rapport doré, les vitres «de fin cristal, et, au lieu de plomb pour les lier, la liaison est toute d'argent.

« Ge département est dans le pavillon d'en haut (au premier), à main draicte, «entrant au dict hostel. Au-dessous de cette allée sont les salles, au nombre de «trois , la grande sous ce pavillon, les deux autres sous la belle gallerie et le pa- « villon de droicte qui regarde le faulxboure.

« Le département de main gauche, qui regarde le faulxbourg d'un costé et de «l’autre le jardin, est composé de deux grands pavillons, entre lesquels est une « belle et longue gallerie de mesme façon et ouvrage que celle du costé droict, en

- laquelle, en divers tableaux, se doit voir la vie du roi Louis XIIT, ses victoires +et ses triomphes; mais ce costé 1à n’est pas encore parachevé().

« La face d'en haut (au premier) du diet hostel qui regarde le jardin et la « grande cour est composée de quatre grandes salles, deux en haut et deux en bas. + Au milieu est un magnifique escalier en forme ronde et en coquille, couvert de «ious costez, et on ne peut voir la cisme d'iceluy, qui aboutit à une forme de + dosme à l'italienne, ainsy que celuy des Thuileries®. Au dehors, aux coings du #dosme, sont de fort belles colomnes de marbre et de bronze, et de très excellentes statues.

«L'entrée du dict hostel, qui regarde la rue de Tournon, est composée d'une - haute allée (la terrasse au premier) qui va depuis le pavillon jusques au donjon - du portail du costé droiet, et une autre pareille au costé gauche, laquelle allée “est toute embellie de ballustres des deux costez. Au dedans, sous ces allées, sont - d'autres allées en arcades. Ge donjon, fait en rond et enrichy de belles colomnes

“et statues de marbre, et la ceinture toute dorée, comme toutes les autres cem-

«tures des trois autres corps d'hostel, et le haut d'iceulx tout dorez).»

Cette description, un peu trop sommaire, du palais de Marie de Médicis, tel qu'il était sorti des mains de Salomon de Brosse et des artistes ses auxiliaires, à été commentée et complétée par un architecte contemporain, qui a fait de cet édifice une étude approfondie. M. de Gisors, dans la monographie qu'il en a donnée, le dépeint ainsi : .

+ Dans l'origine, c’est-à-dire avant les additions nécessitées successivement par “les nouvelles destinations de l'édifice, la masse du plan général formait un paral- «lélogramme presque exact et symétrique, dont la plus grande dimension était. -latéralement, de cent dix-huit mètres et de quatre-vingt-dix mètres du côté + des façades principales.

+ La décoration architecturale du palais, soit du côté de la rue qui y aboutit, #soit dans la grande cour, était entièrement, sauf quelques légères modifications, -telle qu'on la voit encore aujourd'hui; mais, au fond de la cour actuelle, entre -les deux pavillons saillants, il existait, du côté de la ville, une seconde cour + d'honneur, comme celle que lon remarque au palais de Versailles; c'était une -terrasse élevée d'environ un mètre au-dessus du sol extérieur du palais. On y

+montait par un perron demi-circulatre. Elle était séparée de la cour principale

Malingre veut sans doute parler des peintures du palais, avant les regrettables remaniements de qui devaient décorer la galerie et former le pendant architecte Lemercier. (Voir la Topographie histode celle de Rubens; car, en 1640, les bâtiments rique du Vieux Paris, région du Louvre et des élaient complétement +parachevés. » Tuileries, £. IE, planche de la page 12.)

Le +dosme à l'italienne» dont parle Ma- Malingre. Antiquités de Paris, 1640, liv. Il,

lingre est celui qui couronnait le pavillon central p. oi.

«par une balustrade à jour en marbre blanc, avec des piédestaux ornés de statues «qui furent, dit-on, vendues avec les meubles de Marie de Médicis, lorsque les + mauvais traitements du cardinal de Richelieu obligèrent cette princesse à quitter « définitivement la France. Au fond de la cour d'honneur, on arrivait à l'escalier “principal par les trois portes qui existent encore aujourd'hui, et dont la partie «supérieure était décorée par les bustes de Henri IV, de la reine Marie de Médicis «et du roi Louis XIIL, leur fils.

« Les façades latérales, à l’est et à l’ouest, se composaient chacune d’un pavillon « d'angle sur la rue, d’une galerie et d'un corps de bâtiment principal divisé en «deux pavillons par un petit arrière-corps. Les constructions ajoutées dans Ja tsuile ont, de ce côté, augmenté les façades latérales d’un second arrière-corps «et d'un troisième pavillon; mais l'ancienne décoration architecturale a été res- + pectée.

+ La façade au sud, du côté des jardins, avait, comme aujourd'hui, deux Corps «de bâtiments saillants à ses extrémités, et un arrière-corps, au centre duquel se «trouvait un petit pavillon surmonté d’un dôme; mais le portique ouvert dans & l'arrière-corps ne s'élevait que d'un rez-de-chaussée terminé par une terrasse. < est aujourd’hui surmonté d’un élage. Tous les rampants des frontons des fa- + cades étaient surmontés de statues couchées. qui n'existent plus. Ces statues prérsentaient entre elles un mélange assez bizarre : celles qui étaient couchées sur «le fronton circulaire, au-dessous du dôme couvrant la chapelle, représentaient «des sujets religieux empruntés au culte catholique, tandis que celles des frontons ctriangulaires des grands pavillons en avant-corps appartenaient à la mythologie, cel les métopes de l'ordre dorique, aux attributs du paganisme, que l'on voit «encore aujourd'hui.

« À l'intérieur, le rez-de-chaussée était composé de grandes galeries ouvertes et « de salles entièrement voütées, réservées pour les différents services généraux du x palais.

«Le premier étage renfermait les appartements de réception et d'habitation de : Marie de Médicis. Cette princesse, née et élevée dans une des plus belles parties x de lItalie, avait tous les goûts de son pays; douée d’une imagination vive et rardente, elle aimait et protégeail les arts; aussi voulut-elle que la décoration du palais fût digne de l'édifice. Elle forma une galerie de peinture à la suite de ses “appartements, qui occupaient, à l’ouest du palais, les pavillons principaux. Les peintures de cette galerie, composée de vingt-quatre tableaux représentant «l'histoire allégorique de Marie de Médicis, furent exécutées par Rubens, qu'elle «avait appelé à Paris à la fin de 1690. La balerie était éclairée par des fenêtres

” Les appartements de la reine occupaient la Gardes occupait l'emplacement de la moderne salle parlie du palais où sont la salle des Gardes, le salon des Conférences. (N. B. Les indications données

d'Hercule. celui du Silence, ete. L'ancienne salle des par M. de Gisors datent de 1847.)

“ayant vue, d'un côté, sur la cour, cf, de l'autre, sur les jardins). Les tableaux «occupaient les trumeaux existant entre chaque fenêtre et les extrémités de la + galerie. L'une d'elles était décorée par une cheminée monumentale et par deux «portes, au-dessus desquelles se trouvaient les portraits de la reine Marie de - Médicis debout, sous la figure de Pallas, du grand-due François de Médicis et +de la grande-duchesse Jeanne d'Autriche. La voûte était richement ornée de + caissons et de peintures représentant les douze signes du zodiaque, par Jacques « Jordaëns. élève et ami de Rubens. A la fin du dernier siècle, la construction de + la seconde palerie, située à l'ouest. était encore inachevée. La reine avait, dit- “on, le dessein d'y établir une seconde collection de tableaux représentant Fhis- «toire allégorique de son fils Louis IT, mais les discordes politiques et l'exil de

“celte princesse la forcèrent de renoncer à ce projet ?.»

Cette description, avons-nous dit, complète celle de Malingre; mais elle ne saurait suppléer aux renseignements que les historiens de Paris ont donnés successivement sur le palais, et qui empruntent leur intérêt à certains détails peu connus aujourd'hui. Ainsi, Germain Brice, qui écrivait en 1683, nous apprend qu'une partie des marbres employés aux balustrades des terrasses du jardin et au pavage intérieur du palais furent enlevés de l'abbaye de Saint-Denis, où ils étaient en dépôt depuis le règne de Henri I, qui voulait les faire servir à la construction d'un grand autel. Marie de Médicis obtint des lettres de cachet, qui triomphèrent de la résistance des religieux; mais les balustrades et le pavage ne furent pas de

longue durée : « Ces marbres, dit Germain Brice, aiant été enlevez de nos jours,

«on à mis à la place des pavez de g

, qui rendent cel endroit moins magnifique «qu'il n'étoil autrefois &). »

L'auteur que nous citons décrit assez longuement le palais; mais sa description ne diffère pas sensiblement de celle de Malingre. I indique seulement une décoration dont celui-ci n'avait pas parlé : il s'agit des deux statues, en marbre, de Henri IV et de Marie de Médicis, placées sur les faces des deux pavillons donnant sur les terrasses qui regardent la rue de Tournon. Son ouvrage étant plus descriptif qu'historique, il énumère, en outre, les vingt et un sujets pets par Rubens et indiqués sommairement par Malingre : 1° la destinée de la Reine; 9° la naissance de la Reine: 3° l'éducation de la Reine; 4° Henri IV délibère sur son futur mariage; 5° le mariage de la Reine; 6° le débarquement de la Reine au port de Marseille; 7° première entrevue du Roi et de la Reine à Lyon; 8° l'accouchement de la Reine; 9° le Roi part pour la guerre d'Allemagne; 10° le couronne-

” Cette galerie existait sur l'emplacement où a ? Le Palais du Luxembourg, par M. Alphonse été construit depuis le grand escalier d'honneur, de Gisors, Paris, 1847, in-8°, p. 35 et sui. ainsi que quelques peliles pièces réservées au ®) Description de la ville de Paris, par Germain musée, Brice, t. IT, p. 380.

ment de la Reine; 11° l'apothéose de Henri [V et la régence de la Reine; 19° le gouvernement de la Reine; 13° le voyage de la Reine aux Ponts-de-Cé; 140 l'échange des deux Reines; 15° la félicité de la Reine; 16° la majorité de Louis XI; 17° la Reine s'enfuit du château de Blois; 18° la Reine prend le parti de la paix; 19° la conclusion de la paix; 20° la paix confirmée dans le ciel; 21° le Temps découvre la Vérité.

Cette magnifique suite, qu'on a transportée au Louvre en 1780 , puis rapportée au Luxembourg en 1805 et finalement installée au Musée du Louvre en 1819, a été l'objet de nombreuses descriptions, auxquelles nous renvoyons le lecteur; il nous suffit de l'avoir indiquée comme ayant appartenu à la décoration primitive du palais et se rattachant ainsi à son histoire.

Les deux grands historiens de Paris, Félibien et Sauval, parlent peu du Palais Médicis; ce qu'ils en disent est fort louangeur, mais ne nous apprend aucune particularité nouvelle. Le premier se borne à une simple mention (); le second ne nous à laissé que quelques notes, jetées en désordre sur le papier et imprimées de même par les éditeurs des Antiquités de Paris. Nous les reproduisons telles qu'on les trouve au commencement du troisième volume :

« Le duc d'Orléans a un cabinez d’antiques le plus curieux et le plus complez «de toute l’Europe, et même il n°y a pas un prince en tout le monde qui se puisse «vanter d'y avoir qui en approche en beauté, en quantité et en excellence.

«Toutes les faces de ce palais sont riantes, tout y rit de tous les côtés, la face «est riante, la cour avec les bâtiments riants, le corps de logis vers le jardin, et r toutes ses parties séparément, et tout cela de plus très-majestueux.

« Le portail est trop étroit pour une si grosse masse; les arcades des portiques

+trop hautes, trop peu larges, trop égayées, et les pilastres trop gros pour la « gaieté des arcades. La maison est peu logeable et peu commode.

+ Les pavillons des deux angles sont trop pressés, et font un creux trop noir et «trop obscur.

«Le seul tableau où est la Vérité toute nue est de la main de Rubens; pour «les autres, ils sont du dessin de Rubens et de la main de Juste.

« Le jardin est placé de côté et seroit bien mieux de front.

« Le corps de logis est trop enfoncé du côté du jardin; le vestibule trop petit «pour l'édifice.

« L’attique couronne mal le bâtiment et est trop grand pour la masse. Les cor- «niches qui se brisent dans l’attique et dans le pavillon font un eflel vilain et ir- «régulier.

«Il n’y a pas une porte de suite et en correspondance; en tous cas, peu.

« La grande gallerie de Rubens est sans plat-fonds.

® Histoire de la ville de Paris, t. Il, p. 1297.

: Avec tous ces défauts, néanmoins, le dessin de ce palais a été promené par toute

À «Ptalie avant que d'être exécuté. Il a passé par les mains des meilleurs maîtres +de l'Europe: et, dans toute l'Europe, il n'y à point de maison qui paroisse avec |] “plus d'orgueil et plus de faste; tout en est grand et majestueux; le portail est . : ES se ; À :

+ bâti d'une manière grande et toute superbe; le dôme et les deux gros pavillons ‘lui donnent une majesté royale. Si le Pont-Neuf et la rue Dauphine eussent Ü -conduit en ligne droite à la face de cette belle maison, comme la Reine en avoit {

. «bien envie, il n'y eût point eu d'avenue au monde ni plus longue ni plus ma- +gnilique, ni de portail plus superbe. L'exécution de ce dessin est maintenant beaucoup moins facile que du temps de cette princesse, car pour lors la rue «des Fossés n'étoit point encore faite.

« L'ouvrage rustique fait un effet aussi surprenant que merveilleux; et, si l'on “en considère en gros l'architecture, soit du dedans de la cour, soit du dehors, “partout on la trouve grande et admirable. Le grand cabinet de Madame est “excellent pour la musique. Quelques-uns se sont plaints de ce qu'une femme ‘ ! “avoit bâti une maison {oscane, mais leur plainte à cessé quand ils se sont sou- + venus que c'étoit une princesse toscane qui voulait faire éclater en France l'ordre «de sa patrie.

« La menuiserie de la porte est de l'ordonnance de Mercier. C'est un portail

+ fort bien entendu, dont les masques, qui sont fort bons, ont été faits par Bertheloz

*et Perlan, Plusieurs autres édifices circonvoisins n’ont été bâtis que bien depuis.

- Celle entreprise, ou n’a pas été connue à Rivier, qui a fait la porte Dauphine, ou «il n’a pas voulu s'attacher à ce dessin, puisqu'il n'a pas dressé celte porte en ligne «droite au portail du Luxembourg, car il la pouvoit accommoder très-aisément «et à la rue Dauphine et à ce portail.

«Le Luxembourg est en bel air et pur, mal logeable, point de portes en cor- «respondance, a de front le plus grand et le plus magnifique parterre de l'Europe. + L'appartement du Roy est très-riche et très-superbe. Il y a de tout dans le jardin, rettout ce qui y est est d'une grandeur extraordinaire : grandes palissades, grandes vallées et longues, grand bois, grand parterre, plusieurs grands jardins remplis «de simples.

« L'escalier gauche, dont les traits sont fort hardis et où il y à des rencontres «de traits dans les fenêtres fort belles, par Marin de La Vallée, et conduit par + Guillaume de Toulouse.

+ Pendilif (sic) de Valence, ordonné par Jean Tiriot.

. « Vote en eul de four sous la chapelle, fort hardie, par Dominique de Lafons. + Les arrêts des rampes.

« Grote, une femme qui chevauche un feston.

« Voûte où la voix tourne (voyés Savot). Lanni dit que le même se trouve à

* Mantoue, au palais de (indication manque), et à Marseco dans le Trevigiano.

« La porte est des plus galantes et des mieux travaillées de Paris. Berthelot à «fait les masques et les autres bronzes qui l’embellissent.

« Grand escalier ordonné par Marin de La Vallée et conduit par Guillaume de «Toulouse. Les moulures de cet escalier ne se suivent et ne se continuent pas.

« Rubens a peint la gallerie droite du Luxembourg; les lambris sont de son or- + donnance.

« Cochet a fait les excellents stucs de la gallerie gauche.

« Bray, les figures de la grotte du Luxembourg (). »

Plan du palais au temps de M 3 ie de Médicis.

Pour trouver une description méthodique et raisonnée du palais, il faut aller jusqu'au milieu du xvm° siècle et consulter le grand ouvrage de Blondel. Voici d'abord le jugement d'ensemble que cet architecte-écrivain porte sur l'œuvre de son illustre confrère :

Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, t. II, P7es

« L'ordonnance et la proportion des formes générales de cet édifice peut être «regardée comme un chef-d'œuvre... Les beautés, reconnues telles, consistent - dans le caractère de virilité qu'on remarque dans toute son ordonnance, dans la « sévérité des formes, la pureté des profils, la proportion particulière de certaines «parties, et, en général, dans un certain goût antique, soutenu dans la totalité

“ainsi que dans les détails de l'architecture. Les licences qu'on y remarque,» —

licence est un euphémisme dans la langue de Blondel, «consistent dans l'ap- #plication de l'ordre toscan au rez-de-chaussée dans l'ordonnance d'un palais où «la solidité devait présider, mais non la rusticité, surchargée même par l'affecta- -lion des bossages qui règnent dans tous les ordres, dans les ressauts trop réi- +térés qu'on remarque sur chaque accouplement des colonnes ou pilastres; dans -le défaut de rapport, en général, qu'on a négligé d'observer dans la proportion - de la plupart des arcades du rez-de-chaussée, dans le peu de régularité de la + distribution des métopes et des mutules de l'ordre dorique; et enfin dans le dé- «faut de convenance et de proportion qu'on remarque entre les allégories mal “entendues de la sculpture, et entre sa grandeur gigantesque, par rapport à l'ar- «chitecture. »

A la suite de cette appréciation générale, Blondel formule des critiques de détail sur les différents corps d'hôtel dont se compose le palais :

«Ce bâtiment, dit-il, est de l'espèce nommée simple; la distribution se ressent «du peu de commodité qu'on affectoil dans l'intérieur des édifices au commence- - ment du dernier siècle. La forme de la cour n’est pas non plus d'une proportion # aussi élégante qu'on les fait aujourd'hui, et l'on peut remarquer que les galeries «paroissent plus propres à la magnificence qu'à la commodité.

« Le porche est une des parties les plus essentielles de cet édifice, pour ce qui «regarde la décoration extérieure; mais son peu de largeur annonce assez médio- -crement l'entrée de ce palais. Celle de la cour au palais est encore moins digne +de la magnificence d’une maison royale, l'escalier en occupant la plus grande - partie, contre toute idée de vraisemblance.

«Les deux pavillons, qui saillent d'environ quarante pieds sur le jardin, peu- «vent être regardés comme un défaut essentiel, parce qu'ils masquent la plus

«grande partie du milieu de cette façade... Les avant-corps en saillie, du côté

+lons avaient pu s'apercevoir de la rue de Tournon, l'aspect de ce palais aurait, -sans contredit, formé l'un des plus beaux coups-d'œil qu'il y ait à Paris.»

Ces critiques sont d'un homme du métier et ont leur valeur sans doute; cependant il ne faut point oublier que l'architecture de Henri IV et de Louis XIII avait été, sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV, l'objet d'un dédain im-

mérité. Le jugement de Blondel se ressent de cet esprit de réaction, et il ne faut

LE PALAIS DU LUXEMBOURG. 305 l'accepter qu'avec certaines réserves. Sous le bénéfice de ces observations, nous continuons à résumer les passages les plus remarquables de sa description, laquelle

u'est, en définitive, que le commentaire des belles planches qu'il a fait graver.

L'élévation du côté de l'entrée lui paraît avoir, pour mérite principal «la com- « position générale de lavant-corps du milieu, dont les formes pyramidales, isolées « dans la partie supérieure, font un bon effet, vues du principal corps de logis et «considérées dans toute la longueur de la rue de Tournon. » Il remarque ensuite «que l’arcade toscane est beaucoup trop svelte, celle dorique trop peu élevée. et «la hauteur de l’attique trop raccourcie. » I eût préféré « que les statues, placées “autour de cette espèce de rotonde, eussent été distribuées sur la balustrade qua- - drangulaire qui lui sert d'empâtement. »

L'élévation du côté de la cour lui paraït mériter le reproche général qu'il fait à l'ordonnance du palais : « Toute l'architecture de ces bâtiments est trop sur- «chargée de bossages et de refends.» Toutefois il reconnait, à la décharge de Salomon de Brosse, que «l'architecte avait été chargé d'imiter ce genre de déco- «ralion d'après le palais Pitti à Florence. » Après avoir mentionné les trois baies formant l'entrée du palais sur la cour, les « mezzanines» contenant les bustes de Henri IV, de Marie de Médicis et de Louis XITT, il constate l'existence d'un attique «couronné d'un fronton cireulaire, dans le tympan duquel sont les armes de France «ornées de guirlandes et de génies d’un goût pesant,» et de « figures assises dont « la proportion est trop forte. »

L'élévation du côté du jardin lui semble offrir les mêmes qualités et les mêmes défauts, ce qu'il appelle en son langage «les beautés et les licences.» Selon lui, la trop grande saillie des pavillons «offusque le milieu du bâtiment.» Il trouve, avec raison, le soubassement beaucoup trop bas; il eût voulu un perron monumental qui annonçät la grandeur et la magnificence de l'édifice. « En général, dit- «il, la façade d'un palais, du côté du jardin, doit être élevée du sol de quelques ( pieds; autrement son ordonnance paroit enterrée. »

L'une des parties les moins connues du palais, la chapelle, à laquelle on ne reconnait pas d’ailleurs un grand mérite, est mentionnée par Blondel : « Je l'estime « particulièrement, dit-il, parce qu’elle est terminée par ‘une voûte en cul-de-four,, « d'un trait assez hardi pour le tems où elle fut bâtie, et dont l'exécution est de « Dominique de La Font. On remarque dans cette chapelle des peintures sur bois «que l'on croit être d'Albert Durer. »

Blondel, ayant surtout en vue une description architectonique du palais, s'est peu étendu sur la distribution intérieure, la décoration et ameublement. « Les appartements, dit-il en général, ont de la grandeur et sont décorés avec magni- « ficence, dans le goût ancien, » c'est-à-dire dans le style de Henri IV et de Louis XI.

? Un auleur contemporain, qui a décrit la fameuse chambre de Marie de Médicis, qualifie dans les

L’étage d'honneur a seul attiré son attention; quand au second, «il est composé, -ditil, de petits appartements occupés par différents particuliers, depuis que ce + palais n'est plus habité par des têtes couronnées. »

En terminant, Blondel exprime la crainte que ses observations «ne paroïssent + exposées avec trop de sincérité ;» mais il trouve qu'on a beaucoup trop loué le palais Médicis; il veut tempérer ces éloges par une judicieuse critique, «sans avoir

- égard au préjugé vulgaire ®. »

Dans la seconde moitié du xvm siècle, le palais a été décrit par de nombreux auteurs. Un écrivain hollandais, Nemeitz, qui avait surtout en vue les voyageurs étrangers désireux de connaître Paris, en a donné une description intéressante. Piganiol, Jaillot, Thiéry, Hurtaut et Magny, ete. ete. reproduisent en partie ce qu'avaient dit leurs devanciers. On arrive ainsi, sans avoir à constater autre chose que des changements de distribution, de décoration ou d'ameublement, occasionnés par les affectations successives des bâtiments, jusqu'à la période révolutionnaire.

époque du plus grand abandon et du plus complet délabrement du palais.

Propriélaires el usufruitiers S'y sont succédé en grand nombre, depuis Marie de Médicis. Légué par cette princesse, qui Fhabita jusqu'en 1631, à Gaston d'Orléans, son second fils, il fut délaissé pour moitié, et moyennant 500,000 livres, à la duchesse de Montpensier, et passa ensuite, par transaction du 1% mai

au roi Louis XIV, le 36 mai 169h. Depuis, il a 6t6 occupé successivement,

. à Elisabeth d'Orléans, duchesse de Guise et d'Alençon, qui en fit don

à litre d'habitation viagère, par la duchesse de Brunswick et par la reine douairière d'Espagne, née princesse d'Orléans. A la mort de cette usufruitière, le

palais rentra dans le domaine royal, et Louis XVI, par lettres patentes du mois

de janvier 1

termes suivants le prétendu goût ancien qui choquait Blondel :

“Si la reine mère s’altacha à donner beaucoup -de magnificence à l'intérieur du palais, elle ne mit “pas moins de soins à en faire décorer les apparte- “ments. Rubens, Philippe de Champaigne, Albert -Durer, à qui lon atiribue les peintures sur bois

«de la chapelle, et beaucoup d’autr listes de

“mérite, dont les noms n'ont pas été conservés, “mais dont les œuvres atlestent l'école italienne, “concoururent à enrichir de leurs productions la - demeure royale.

- Les peintures et ornements qui décoraient au-

sa

“lrefois l'appartement particulier de la Reine

-chambre à coucher, sa bibliothèque et son oraloire,

e— qu'on voit aujourd'hui réunis dans la salle dé-

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