en fit don à son frère, Monsieur, comte de Provence
(le
«signée sous le nom de chambre de Marie de Mé- -dicis ou du Livre d'or, — portent particulièrement «l'empreinte de cette époque de transition qui prépara la prande époque de Louis XIV. Toutefois, comme la peinture, à cette époque, se montra le plus indépendant de Lous les arts, et que, au lieu de céder, comme la sculpture et la poésie, aux “caprices et aux bizarreries de la mode, elle per-
la à chercher, dans F'Ttalié moderne, ses inspi-
ions et ses modèles, on retrouve dans les ara-
“besques de la chambre de Marie de Médicis, le «goût et le sentiment des célèbres arabesques du
# Vatican.» (Dedaux, Chambre de Marie de Médicis,
in-fol. Paris, 1838, introduction, p. 2.)
Blondel, Architecture francoise, LIT, p. 18
et suiv.
LE PALAIS DU LUXEMBOURG. 907 puis, Louis XVII, — qui Phabita jusqu'au moment de l'émigration (juin 1791). À partir de ce moment, le palais et son histoire appartiennent aux annales contemporaines (1),
LES JARDINS. — La magnificence des jardins devait naturellement répondre à celle que Marie de Médicis avait rêvée pour son palais. Elle songea même à les créer, avant de poser la première pierre de l'édifice : dès 1613, elle fit commencer le dessin et les plantations. « La Reine mère, dit le cardinal de Richelieu dans ses « Mémoires, achette l'hostel de Luxembourg, au fauxbourg Saint-Germain, et plu- «sieurs jardins et maisons voisines, pour y commencer un superbe palais, duquel « par advance elle commence à faire planter les arbres des jardins, qui, ne venant
«à leur croissance qu'avecques le tems qui leur est limité par la nature, sont or-
x dinairement devancés par les bastimens, le tems de l'accomplissement desquels «est mesuré à la dépense et hasté selon la magnificence et la richesse de celui + qui les entreprend. »
Les planches de Blondel, auxquelles nous renvoyons, indiquent les dimensions des jardins, telles qu'elles se sont maintenues jusqu'à la suppression de la Chartreuse. Terminés à l'est parles bâtiments en façade sur la rue d'Enfer, ils s'étendaient à l’ouest jusqu'à la moderne rue d’Assas. Au sud, ils avaient pour limite le mur de l'enclos des Chartreux. Quant à leur aspect général, tel que les plans contemporains nous le révèlent, c'était, dit M. Anatole de Montaiglon, « de longues allées, des pa- Site
«du palais, des parterres en forme de broderies, ete. @» Cette description som-
ades, un grand bois, plusieurs grands jardins remplis de simples, et, en face
Les diverses transformations du palais, nolamment celles qu'il a subies sous le premier Empire et sous la monarchie de Juillet, sont exposées dans l'ouvrage de M. de Gisors, que nous avons déjà cité.
? Les transformations que ies jardins du Luxembourg ont subies à la fin du xvm° siècle et au commencement du xr\° sont racontées par M. de Gisors dans sa monographie du palais, Faire entrer ce récit dans notre lexte, ce serait dépasser peut-être les limites chronologiques qui s'imposent XP
mais il nous à paru intéressant de le transcrire en
à une description topographique du vie
note, «Les jardins du Luxembourg ont, comme le pa- -lais dontils font partie, subi, à différentes époques,
+ limportants changements et des suppressions qui
ren ont complétement altéré la disposition primitive. «On a vu plus haut que ce palais et toutes ses dépen- «dances, comprenant l'hôtel du Petit-Luxembourge sel les communs, avaient été donnés en apanage à #Monsieur, comte de Provence. L'édit da roi «Louis XVI, son frère, concernant cet apanage, est
“du mois de janvier 1779. Monsieur en prit alors
“possession, et, en vertu d'une autorisation qu'il avait oblenue le 95 mars de l'année suivante, il saliéna, en 1789, une portion considérable des jar- «dins qui s'étendaient à l’ouest jusqu’à la partie anscienne de la rue de Fleurus. À cette époque, ct
n'était qu'une impasse connue sousle nom de cul «de-sac de Notre-Dame-des-Champs, dont l'entrée æs’ouvrait sur la rue du même nom. Le sol de cette impasse était de deux mètres environ au-dessus de
r la grande allée, où elle aboutissait ©. La partie du
En juillet 1771, les riverains de l'impasse avaient demandé et obtenu l'autorisation d'ouvrir à leurs frais une entrée sur
le jardin du Luxembourg; pour assurer le succès de leur demande, ils avaient offert et donnèrent en effet, à litre de présent,
une somme de 6,000 francs à l'école royale de peinture et de sculpture. Le bon approbatif de Louis XV est du 21 juillet 1771
inaire ,
nt les principaux traits sont empruntés à celle de M. de Gisors, ne men-
tionne pas le parterre «plus large, mais bien moins profond que celui d'aujour-
Luxembourg aliénée par le comte de Provence oc- -cupait une surface de cent neuf mille quatre cenl + quarante-cinq mètres , dont vingt-deux mille quatre +cent lrente et un furent affectés à un projet de per- -eement de rues à travers le terrain retranché des
ardins. Ainsi furent complétement abattus, en
> , des quinconces el des allées d'arbres cente- -naires, remarquables par leur belle végétation, el le jardin publie fut réduit, à l'ouest, aux propor- -lions que nous lui voyons aujourd'hui.
+ Pendant la première révolution, on avait formé
le pr tablir, sur le terrain dont il s’agit, des
-cafés et des jeux publics; mais ce projet resta , +comme tant d'autres, sans exécution, et cet im-
:mense lerrain fut pendant environ quinze années
-dans un état complet d'abandon. Plus lard , on y a tracé et ouvert la partie de la rue de Fleurus qui
communique à l'ancienne impasse Notre-Dame-de
es-
:Champs, celle de Jean-Bart et une portion de la rue - de l'Ouest aboutissant à la rue de Vaugirard. Avant
ait
-la première révolution , la rue de Madame exis! te
lruites en 1
1, et ses deux premières maisons ont élé cons-
-L'ancien parterre du jardin, beaucoup moins
profond que celui d aujourd'hui, était borné à son extrémité méridionale par le elos des Chartreux, rqui, de ce côté, n'était éloigné que de deux cent trente mètres de la façade du palais. Le mur du “clos coupait transversalement, vers le milieu .
e où on à établi la gran
«l'emplacement du parter «pelouse de gazon de la Diane.
«Lorsque la Convention nationale décida que le rsiéve du Gouvernement serait établi au Luxem- -bourg. elle ordonna en même temps des travaux +considérables , dont le but était l'agrandissement du
jardin publie. Vers la fin de l'an iv (1796), on dé-
-lruisit, au midi, l’ancienne limite, qu'on agrandit dans toute la largeur, de l'est à l’ouest, d'une zone considérable de Lerrain prise aux dépens des bâti- -ments et du clos des Chartreux. On fitalors le mur
-de soutènement qui longe la grande pépinière. On commença en même temps, au moyen de remblais
-considérables, la magnifique avenue qui, de l'ex-
trémité du parterre actuel, aboutit à l"( )bservatoire.
En 1840, le groupe principal a été replae
nude balustrade qui lermine Histoire de Paris, L NI, p. 15 el 16.
En 1801, tous les arbres de la partie orientale du +jardin furent renouvelés , et l'on planta entièrement +la nouvelle zone de terrains provenant du clos des
«Chartreux. La disposition du parterre fut totale
+ment changée. Aux murs en terrasse, aux balusrlrades et aux eflets d’eau qui enrichissaient cette +charmante décoration, succédèrent les talus en «gazon etles grilles d'appui que nous voyons aujour- + d'hui. Les deux pelouses demi-cireulaires, à droite -et à gauche du bassin central, n'existaient point «dans l’origine; elles furent éta lies aux dépens des
«Lerrasses. On remplaça l’ancien bassin octogone par
rune pièce d'eau plus considérable présentant un
arallélopgramme : au centre fut placé un groupe
“d'enfants supportant une vasque, el à chacun des rangles un groupe moins important 1. Le parterre,
tainsi modifié, avait été terminé par un escalier, ou
verron , de dix marches, orné de statues . et par une
+grille ouverte sur la grande avenue de l'Observa-
toire, En 180°, on fit restaurer complétement la
«grotte de Médicis, dont la construction était depuis
# fort longtemps dansun état dec égradation complet. #En 1810 et1811, les remblais, successivement +accumulés sur l'emplacement de l'avenue de FOb-
+servaloire , ayant atteint à peu près la hauteur du
+sol du jardin, permirent enfin d'y planter les quatre trangs d'arbres qui en sont aujourd'hui le principal “ormement, Tous ces travaux rendirent le jardin du Luxembourg une des plus belles promenades de la scapitale; ils furent, comme ceux de l'intérieur du
spalais, exécutés par l'architecte Chalgrin. À sa
*mort, son successeur, M araguey, proposa ebfit
radopter le projet de supprimer le perron ui exIS-
ætait à l'extrémité du parterre, de changer les ni- +vellements existants et de baisser le sol inachevé de
“la nouvelle allée, de manière à n'avoir, depuis FOb-
rservatoire jusqu'au palais, qu'une seule ligne de # pente sans ressaut. + Pour l'exécution de ce projet. «dit Dulaure®, il fallait opérer plusieurs change- +ments etremuer beaucoup deterrain. Ces diflicultés
#n'arrêtèrent point; la grille qui termine au midi
-cette avenue fut baissée de quelques pieds ainsi #que le sol environnant. On établit une grille nou-
-velle, et celle qu'elle remplaçait fut employée à
au centre du bassin actuel; les quatre autres sont sur les piédestaux de la
parterre du côté de l'allée de l'Observatoire
LE PALAIS DU LUXEMBOURG. 309 r d'hui, bordé de chaque côté par des plates-bandes ornées de fleurs et renfermées «dans un double mur, dont lun, à hauteur d'appui, était garni de balustres , et « l'autre, plus élevé, soutenant des terrasses, était décoré de petites cuves, ou vas- «ques, en marbre de couleur, jetant de l'eau et communiquant entre elles au «moyen de rigoles.» Les terrasses étaient, suivant le goût de l'époque, plantées d'ifs et de buis découpés en formes bizarres. Le bassin principal, placé au centre du parterre, était orné d'un groupe en plomb.
À ces détails généraux, suggérés par la vue des plans et des gravures, peuvent s'ajouter ceux que donnent les descripteurs contemporains :
«Le jardin, dit Malingre, est embelly d’un beau bois par allée, et de deux «longues allées couvertes d'arbres. Les parterres sont ornés d’un grand nombre « d'allées et de quarreaux représentans diverses figures et inventions des jardi- «niers. Î y a deux grans bassins de pierre, au milieu une statue jetant de l'eau en abondance, qui vient du village d’Arcueil, et dont le regard est devant l'hostel «de Troyes, au fauxbourg Saint-Michel. Aussy, pour le mesme sujet du jardin et «d'autres oflices, on a pris les places des fermes de l'Hostel-Dieu, qu'on a rem- « placez d’autres lieux). »
Germain Brice, que nous avons déjà cité à propos du palais, décrit sommai-
rement les jardins tels qu'ils existaient de son temps : « Le jardin de Luxembourg,
« dit-il, étoit autrefois d'une grande beauté; il éloit rempli de charmilles, de bos- + quets et d'allées couvertes; mais, de rudes hivers l'aïant ruiné, il a été long-tems «fort négligé; cependant on a commencé à le rétablir, en y plantant de nouveaux “arbres et en dressant des allées nouvelles, qui n’ont pas encore toute la beauté « que l'on pourroit désirer. Ce que l'on peut dire à l'avantage de ce jardin, dont « l'étendue est grande et assez régulière, et où il étoit fort aisé de faire de belles - distributions, c'est qu'étant situé dans un terrain élevé et avantageusement ex-
«posé, l'air y est très-pur et très-salutaire. On distingue la balustrade posée
«l'entrée de l'Observatoire et adaptée à deux pavil- «lons construits alors pour décorer cette entrée.
«Le sol de l'avenue fut, dans toute sa longueur, «plus où moins baissé, suivant la ligne de pente. «L'abaissement fut plus considérable au point où +celte avenue se rapproche du parterre. Au lieu de «l'escalier de dix marches on substitua trois marsches dessinées sur un vaste plan cireulaire, qui +se Lermine de chaque côté par un piédestal qui #sert d'acrotère à des balustrades.
«On baissa ensuite le sol du parterre ainsi que +celui qui avoisine la façade du palais; il fallut re- “faire le bassin, il le fut sur un plan octogone et plus vaste.»
«Ces travaux considérables de terrassement et de
«nivellement permirent, pendant les deux dernières “années de l'empire, de donner du travail à une «multitude d'ouvriers inoccupés par suite des désas-
«tres de la guerre. À la même époque on a complé-
«tement dégagé le palais des bâtiments accessoires quimasquaient, d’une manière choquante , les faces tlatérales. On a démoli à l'est une orangerie, et à «l'ouest plusieurs bâtiments, à l'aide desquels on “communiquait à couvert avec lhôtel du Petit- «Luxembourg ; on les a remplacés par deux grilles «à jour sur la rue de Vaugirard.»(Le palais du Luxembourg, par M. Alphonse de Gisors, 1847, in-8°, p. 76 et suiv.)
O Antiquitez de la ville de Paris. iv. I, p. Lo»
et suivantes.
“à l'encoignure d'une des terrasses, dont le parterre est entouré. François Blondel «la trouvée si régulièrement proportionnée, qu'il la propose comme un modèle
«parfait à imiter dans son cours d'architecture D). »
Les jardins du Luxembourg ne tardèrent point à être ouverts au public. La population parisienne aimait à les fréquenter, et les étrangers eux-mêmes les préféraient à ceux des Tuileries, selon le témoignage de Nemeitz, écrivain hollandais que nous avons déjà cité.
Ce goût pour les beaux ombrages du palais Médicis n'aimait point à être ontrarié. Ainsi la duchesse de Berry, fille du Régent, pendant le séjour qu'elle fit au Luxembourg, s'étant avisée, dit Saint-Simon, «de faire murer toutes les portes du jardin et de ne conserver que celle de la grille du bas de lesca- -lier du milieu du palais, tout le faubourg Saint-Germain se trouva privé de -cette promenade, qui avoit été de tout temps publique. M. le Duc (le prince -de Condé) fit ouvrir aussitôt celui de Phôtel de Condé, et le rendit public en «contraste. Le bruit fut grand et les propos peu mesurés sur la raison de cette - clôture ©). »
La duchesse dut s'émouvoir de ce bruit et de ces propos, car elle fit rouvru les jardins peu de temps avant sa mort; mais il semble que la population parisienne en avait oublié le chemin. + Le jardin, assez solitaire, dit M. de Gisors. -continua d'être un lieu de promenade peu couru par le beau monde, et, poui -cela mème. fréquenté par les philosophes, qui ont laissé leur nom à l’une des -allées. Diderot était, dans sa jeunesse, un des habitués du Luxembourg; dans -un de ses plus piquants ouvrages, Le neveu de Rameau, il nous rappelle les pro- -menades qu'il faisait, alors que, pauvre et inconnu, il allait rêver en été, avec -sa redingote de peluche grise éreintée par un des côtés, avec la manchette dé- + chirée, les bas de laine noirs et recousus par derrière avec du fil blanc, et faisant “une assez triste figure, dans l'allée des Soupirs.» À peu près à la même époque. Jean-Jacques Rousseau allait régulièrement sy promener tous les matins: mais il y renonça plus tard, parce que le lieu ne lui semblait pas assez désert pour sa imisanthropie. Il sy croyait d'ailleurs poursuivi, persécuté, dédaigné même par les gens de la plus basse classe, puisque «ceux qui distribuatent des billets im- - primés à la porte du Luxembourg avaient, disait-il, ordre de le passer avec la - plus outrageante affectation, où même de lui en refuser tout net, sil se présen-
+ Lait pour en avoir.»
Malgré les hallucinations misanthropiques de Rousseau, le jardin du Luxem-
bourg reconquit peu à peu la popularité dont il jouissait avant sa fermeture, et,
G. Brice. Description de la ville de Paris, t. HE, p. 4o3 et suiv. — ® Mémoires, & XVI, p. 135.
à la veille de la Révolution, il était en pleine possession de la faveur publique: aussi Thiéry, qui écrivait en 1787, S'exprime-t-il en ces termes :
« Ce jardin est fort fréquenté actuellement par les gens du quartier, et l’on y « voit, les fêtes et dimanches, le matin dans l'allée qui conduit aux Carmes, et le «soir dans la grande allée, une infinité de beau monde.
« Trois portes conduisent à ce jardin, où la police est observée comme aux Tui- «leries. Les Suisses de la porte du Château, de celle de la rue d'Enfer et de celle «qui est vis-à-vis les Carmes déchaussés, fournissent des rafraïchissements. I y «a un café sous la porte du côté du Château, et un autre dans le jardin près la « grande allée.
Monsieur (le comte de Provence) se propose de faire beaucoup de changements « à ce palais, ainsi que dans la disposition des jardins; les projets en sont faits; mais «ils ne sont point encore arrêtés par le prince. La partie que l’on a retranchée des «jardins parait être destinée à percer des rues dans son enceinte : il est mème ques- «tion d'y transporter la foire Saint-Germain, et de l’y construire sur un plan ré- « gulier et de forme circulaire, mais il n'y a encore rien de décidé à ce sujet 0). »
La faveur dont jouissaient alors les jardins du Luxembourg s'est maintenue pendant et après la Révolution. Quant aux transformations dont ils ont été l’ob- Jet, nous les avons indiquées sommairement dans une note empruntée à l'ouvrage
de M. de Gisors.
Les terrains sur lesquels on a bâti le palais et créé les jardins constituent un sol éminemment historique. Là campaient des troupes romaines; des villæ, dont on a retrouvé les substructions, étaient disséminées sur le plateau et sur les pentes, dans un rayon plus où moins distant du palais des Thermes; une voie romaine, allant de Lutetia À Genabum, desservait ce campement et cette agglomération de maisons de plaisance. Il n’est done point étonnant que des découvertes archéologiques aient eu lieu dans cette région, chaque fois qu'on y a fait des fouilles. « En «ereusant les fondations du palais, dit M. Anatole de Montaiglon, on trouva une «figurine de Mereure en bronze. Le conseiller des aides, Favereau , publia en son «honneur un recueil d’épigrammes, sous le titre de Mercurius redivivus, et il fut «gravé par Léonard Gaultier, avec un quatran de L. de Sainte-Marthe, où l’on « disait, avec la pointe italienne, que les Dieux voyaient ce palais d’un bon œil. «puisque Mercure, la bourse en main, venait payer les maçons P). »
À Ja fin du xvin siècle et au commencement du xx°, l'architecte Chalgrin ft opérer, dans les Jardins, des remaniements qui amenèrent de nombreuses décou-
vertes du même genre. Des bustes, des figures, de menus objets de ménage et de
Thiéry, Guide des amateurs et des étrangers ® La bibliothèque de la Ville possède une plavoyageurs à Paris, L. Il, p. 425. Les projets dont quelle rarissime, contenant une gravure de ce
il élait question en 1787 se sont réalisés en partie. Mercure, et un petit poëme en vers latins.
toilette, en bronze et en ivoire, des vases entiers avec les noms des poliers, des fragments de céramique historiée, des médailles gauloises et gallo-romaines, des moules à poterie, furent extraits du sol et donnèrent lieu à d'intéressantes dissertations ). De nos jours, ces découvertes se sont renouvelées dans de moindres
proportions @),
LA GROTTE. — L'ornement le plus considérable des jardins du palais était et est encore la e grotte» où fontaine, qui, dans la pensée de Marie de Médicis, devait faire le pendant de celle que Catherine, sa parente, avait commandée à Bernuard Palissy pour la décoration de son parc des Tuileries F. Cette importation italienne était encore en pleine faveur, et la Reine mère, imitatrice des deux palais, parisien et florentin, avait ainsi un double motif de se passer cette fantaisie; mais, comme elle ne pouvait en demander la réalisation ni au célèbre auteur des rustiques figulines, ni à Luca, ni aux Della Robia, ses continuateurs, elle renonça aux émaux, aux coquillages, aux poissons, aux serpents et à toute cette riche ornementation déployée par Palissy aux jardins des Tuileries, ainsi que dans «ladmirable grotte rustique de nouvelle invention» qu'il fit pour le connétable de Montmorency; elle s'en tint à la pierre sculptée.
Au moment où Salomon de Brosse produisit ce petit chef-d'œuvre, la grotte de Bernard Palissy n'existait plus sans doute : soit qu'elle füt restée inachevée et sujette, par conséquent, à toutes les détériorations, soit, ce qui est plus probable qu'elle ait eu à subir, pendant les deux siéges de Paris, les outrages des troupes de Henri IV, qui campaient dans le jardin même des Tuileries, elle avait dù laisser, dans l'esprit des Parisiens, un souvenir et un regret. Aussi la nouvelle grotte du palais Médicis fut-elle la bienvenue : les auteurs que nous avons cités en parlent avec enthousiasme. Blondel lui-même, dont on a pu constater la sévérité, la considère + comme un chef-d'œuvre de l'art pour le goût et exécution. » La descripüon qu'il en donne et qui reproduit, en les complétant, les descriptions de ses devanciers, mérite d'être citée, surtout après les transformations que la grotte a subies : «Son ordonnance, dit-1, est composée de quatre colonnes toscanes «isolées, dont le fust est orné de congellations en deux parties, et au milieu - duquel est une ceinture, à la hauteur de l'imposte continu, qui reçoit la retom-
+bée du cul-de-four des trois niches de cette grotte. Cet ordre forme trois entre-
Consulter, pour plus de détails, le grand ou- sine du boulevard Saint-Michel; il a été retenu par
vrage de Grivaud de la Vincelle, in-4°, avec atlas. l'administration du palais.
Un second Mercure, en bronze, d’une exécu- ®) Voir, dans le tome Il° de la Région du Louvre lion remarquable et d'une belle conservation, a été et des Tuileries, page 39 el pages suivantes, la destrouvé, en 1867, lors des travaux exécutés pour criplion de cette grotte et le dessin original qui en
l'abaissement du sol, dans la partie des jardins voi- est, croit-on, le projet.
# colonnements; celui du milieu est occupé par une grande niche, au-dessus de « laquelle s'élève un attique servant d'amortissement à cette composition. Cetattique «comprend un grand écusson, et est couronné d’un fronton circulaire; sur chaque « petit entre-colonnement sont, d'un côté, un Fleuve et, de l’autre, une Nayade “appuyés sur une urne. L'expression et la touche de ces figures sont de toute « beauté, quoique d'une proportion un peu forte pour le diamètre des colonnes et «des membres d'architecture qui les reçoivent (1). »
Établie primilivement à l'extrémité de la grande allée de platanes qui passait «devant le palais, le long du parterre, » et appuyée à un mur de clôture, la grotte de Marie de Médicis n’a pas tardé à se détériorer. A l'époque où écrivait Germain rice (1683), elle menaçait déjà d'éprouver le sort de celle des Tuileries : « Tout «cet endroit, dit l'auteur que nous citons, est présentement {out à fait abandonné «et fort délabré®.» C'était la conséquence des fréquents changements de propriétaires et d'usufruitiers : on jouissait du palais et des jardins; mais on ne les entretenait pas. D'importantes réparations y furent faites de 1739 à 1730; mais, moins d'un demi-siècle plus tard, le comte de Provence, recevant le palais en apanage, constatait le même abandon et le même délabrement : bâtiments, pare, grotte, tout dépérissait, et l'architecte Chalgrin, auquel on doit l'église Saint- Philippe-du-Roule, dressait un plan général des restaurations à opérer. Ce plan, présenté en 1781, ne put s'exécuter que quinze ans plus tard et partiellement 5.
De nos jours, la grotte a été dégagée, enrichie d'une décoration seulpturale sur ses deux faces, rapprochée du palais, et placée dans un nouvel encadrement. Plus heureuse que celle de Bernard Palissy, dont les restes sont probablement enfouis dans le sol du jardin des Tuileries, elle est debout et justilie encore aujourd'hui les éloges que les contemporains de Salomon de Brosse lui ont donnés.
L'AQUEDUG D'ARGUEIL. — Une dérivation d'eaux de sources était le complément indispensable des grands travaux que la reine mère avait prescrits pour la construction de son palais et l'établissement de ses jardins. Elle le comprit et chercha les moyens d'y amener de l'eau en abondance. Le point de dérivation était indiqué tout naturellement. Il existe, sur le territoire du village de Rougis, à quelques lieues de Paris, de belles sources qu'on avait utilisées, dès le im° siècle de notre ère, pour l'alimentation du palais des Thermes, et qui, eu égard à leur altitude, pouvaient être facilement amenées dans les jardins du nouveau palais. Par une heureuse coïncidence, la Ville s'occupait alors de les capter et de les conduire à Paris, pour arroser les quartiers de la rive gauche, qui n'avaient jamais participé aux distributions d'eau des sources de Belleville et des Prés-Saint-Ger-
” Architecture françoise, t. I, p. 48 et suiv. ® Voir, pour le détail de ces travaux , la mono-
* Description de la ville de Paris, t. A, p. 4oë. graphie de M. de Gisors, chap. ur, p.69 et suiv.
LE ho
Ca
vais. Sur l'invitation du jeune roi «en son conseil, » et très-probablement d'après les inspirations de la reine mère, un «rapport» avait été communiqué au Prévôt des marchands et aux Echevins, avec prière +d'assembler avec eux experts et rautres personnes entendues, pour dresser les desseings et devis des ouvraiges
"pour ce nécessaires. »
Les magistrats municipaux déférèrent aux ordres du roi, et, le 5 septembre 1612, ils présentèrent les «desseings et devis» qu'on leur demandait, avec les propositions d’un sieur Hugues Cosnier, qui s'engageait «à faire lesdicts ouvrai- «ges, les rendre faicts et parfaicts dans trois années, et iceux entretenir à ses des- +pens durant douze années suyvantes ef consécutives après lesdictes trois années, + fire les récompenses (indemnités) des moulins, terres, maisons et autres héri-
“laiges nécessaires pour ladiete construction, et amener et fournir jusques à
«ladicte quantité de trente poulces desdictes eaues.… dont douze poulees à ladiete
+ ville pour le publieq..…, moyennant la somme de sept cent dix-huit mille livres.
à prendre sur le prix de la ferme de trente sols par muid de vin entrant en
-ladiete ville.» C'était, on le voit, pour nous servir du langage moderne, une véritable soumission, avec délégation de la Ville sur les produits de l'octroi municipal.
Mais les autres entrepreneurs parisiens eurent connaissance (les propositions de Hugues Cosnier par l'afiche qui en fut faite le 11 septembre, et, le surlendemain 13, ils se présentèrent au Louvre, en conseil du roi, «pour faire rabais.» Les feux furent allumés : sur le premier, Jehan Gobelin fit un rabais de vingt mille livres; sur le second, le même entrepreneur, plus Jonas Robelin et Anthoine Desnots,
firent un rabais de dix mille livres; sur le troisième, les mêmes entrepreneurs,
auxquels s'était joint Aubin Hervy, baissèrent encore de dix mille livres, puis de dix autres mille livres sur un quatrième feu. Alors intervint un nouveau soumissionnaire, Loys Marchant, qui fit, d'un seul coup, un nouveau rabais de quarantehuit mille livres, consenti également par le maître maçon René Fleury. Enfin l'adjudication fut tranchée en faveur de Jehan Going, également maître maçon, que les lettres patentes du roi Louis XII] qualifient de + nostre cher et bien amé,» et qui, moyennant certaines modifications de détail, fit un dernier rabais de quarante mille livres. De rabais en rabais, on était descendu à quatre cent soixante mille livres, qui furent payées à Jehan Coing en six années, +de quartier en & quartier , »
Les travaux commencèrent dès le printemps de l'année suivante; la Ville et la reine mère étaient également intéressées à ce qu'ils fussent menés activement. La pose de la première pierre donna lieu à une cérémonie qui est racontée tout
Voir, aux appendices, le procès-verbal d’adjudication, le cahier des charges et le mémoire présenté
in roi sur l'exécution des travaux.
au long dans les Registres du bureau de la Ville, et que Félibien mentionne sommairement dans les termes suivants :
« Le 11 juillet 16413, le sieur de Liancour, gouverneur de Paris, vint à l'Hostel- « de-Ville, avertit le Prévost des marchands et les Eschevins que le Roy souhaitoit « d'aller voir les sources de Rongis. Ils allèrent au Louvre, le 1°, prier le Roy de «faire ce voiage, et d’avoir agréable en mesme temps de prendre son disner au « chasteau de Cachant. Le Roy le promit el alla voir ces sources, accompagné du «due de Monthazon, du gouverneur de Paris, du sieur de Souvray et de quelques “autres seigneurs, avec sa compagnie de chevaux-légers. Il mit pied à terre et «visita avec beaucoup de satisfaction les fontaines et les tranchées. De 1à il alla à « Gachant prendre le repas que la Ville lui avait préparé. Après quoi, voulant chas- «ser dans le pare, il s’informa du Prevost et des Eschevins quand on mettroit la pre- «mière pierre, parce qu'il avoit dessein d'y estre présent. On fit venir les entre- & preneurs pour les interroger là-dessus, et ils répondirent qu'en cinq ou six jours « Lou seroit prest aux ordres de Sa Majesté. Le Prévost et les Eschevins emploièrent «ce lems aux préparatifs nécessaires, et, entr'autres choses, firent frapper de «grandes médailles d'or et d'argent qui représentoient, d'un costé, le Roy, et, de «l'autre, la Reine régente, sa mère, sur un arc-en-ciel. Le 15, ils allèrent prier «Leurs Majestez de poser la première pierre de la fontaine de Rongis, et de «prendre leur disner à Cachant. Le Roy accorda l'un et l'autre; mais la Reine, en «s'excusant du disner, promit de se trouver à la cérémonie de la première pierre. «Le 17, au matin, le Roy partit et se rendit à Cachant, en prenant le plaisir de «la chasse sur la route. Après le repas, le Roy alla aux fontaines où la Reine mère «se rendit sur les trois heures après midi, accompagnée du due de Guise, du «prince de Joinville, du due de Monthazon et d’une grande quantité d'autres seiœ gneurs, princesses et dames. On avoit préparé des tentes pour mettre Ja compaguie «à couvert de l'ardeur du soleil. Le Roy posa la première pierre, sur laquelle on «mit cinq médailles, quatre d'argent et une d'or au milieu, et cette pierre fut «scellée d'une autre avec du mortier que le Roy prit avec une truelle d'argent « dans un bassin de même métal. Aussitost les trompettes et les tambours se firent «entendre de toutes parts, et tout le peuple poussa de grandes acclamations de «joie. Le Prévost et les Eschevins présentèrent au Roy et à la Reine des médailles «d'or, el au reste de la compagnie ils en donnèrent d'argent; ce qui fut suivi «d'une collation qui avoit esté préparée au même lieu. »
Les travaux de laquedue d’Arcueil durèrent près de onze ans : ils ne furent achevés qu'en 1624. L'aqueduc proprement dit, qui franchit la vallée de la Bièvre, à l'endroit même où se voit encore un reste de l'ouvrage romain, fut
( Histoire de la ville de Paris, L I, liv. XX, D: 1297 et 1998. — Voir, aux appendices, le récit détaillé de cette cérémonie.
construit sur les dessins et sous la direction de Salomon de Brosse; il mesure trois cent quatre-vingt-dix mètres de longueur sur vingt-quatre mètres de hauteur, et se compose de vingt-cinq arcades (. Les eaux de Rongis et des sources avoisinantes, amenées à Paris par des conduites souterraines d'une longueur totale de onze mille six cent soixante-quatre mètres, furent distribuées à l'origine d'une facon assez libérale. La Reine mère en préleva dix-huit pouces pour son palais et abandonna les douze autres pouces à la Ville, ainsi qu'aux établissements publics : œuvre vraiment royale, dit le cardinal de Richelieu dans ses Mémoires, et ce e d'autant plus que, n'en retenant que la moindre part pour elle, elle donna tout «le reste de ses eaux au publie, les divisant au Collége royal et en FUniversité. » Il faut bien convenir que la Ville avait quelque droit à cette libéralité, après avoir abandonné, pour Fexéeution des travaux, une partie de ses aides et octrois.
Plus tard, lors de la fondation de lhospice des Incurables, on attribua à cet établissement le trop-plein des fontaines du Luxembourg. « Le Roy, par son brevet du 17 juin 1643, à la requeste du sieur Robineau, gouverneur particulier de «l'hospital des Incurables, accorde quatre poules d'eau de fontaine audit hos- « pital, lesquels restoient à disposer de la chute des fontaines du pare de Luxem-
( bourg
g, venant de Rongis, laquelle, après avoir servi dans ledit pare, se des- «charge, par une conduite soubz terre, dans un regard qui est hors iceluy, et se «perd dans les ruës, comme n’estant point recherchée, pour n'estre pas nette;
«mais néantmoins ledit hospital s'en pourroit servir, en la faisant épurer, el lui
+ seroit plus utile que celle des puits dudit lieu, qui estoit mauvaise ef fort pré- «judiciable aux pauvres. Sa Majesté ordonne au sieur Franchine, imtendant gérnéral des eaux et fontaines de France, de faire délivrance desdits quatre poulces + d'eau audit hospital ®.. »
L’aquedue d'Arcueil donne encore aujourd'hui son contingent d'eau de source tant au palais et aux jardins du Luxembourg qu'aux différents quartiers de la rive gauche, Il à été certainement dépassé par les grands travaux de dérivation exécutés de nos jours; mais il n'en constitue pas moins une entreprise considérable
pour le temps où ce projet a été conçu et mené à bonne fin.