RUE DES QUATRE-VENTS
La rue des Quatre-Vents commence à la rue de Gondé; elle finit à cette partie de la moderne rue de Seine qu'on appelait la rue du Brave, et dans laquelle s'ouvrait une des portes de la Foire Saint-Germain.
Nous avons fait observer que, la rue du Gœur-Volant n'ayant été percée que
dans la seconde moitié du xvr siècle, elle ne peut représenter la «& ruelle de la
«voirie de la Boucherie,» mentionnée dans les titres du siècle précédent. Or l'emplacement de la voirie des Bouchers est clairement indiqué. En eflet, tant que cette ruelle a subsisté, les maisons du côté méridional de la rue des Boucheries ont été énoncées y aboutir. Elle était donc derrière ces maisons et par conséquent elle a 66 certainement remplacée par la rue des Quatre-Vents. Nous voyons, en effet, que les deux parcelles de terrain qui ont formé la partie orientale de lilot compris entre les rues du Petit-Lion (Saint-Sulpice) et des Quatre-Vents sont dites situées «sur le hault de la voirie,» dans les baux qu'on en fit en 1501. La rue des Quatre-Vents est, du reste, encore appelée, dans un acte de 1509 : «ruelle dicte «la Voierie de la Boucherie, laquelle ruelle tient au cloz Bruneau,» et, dans un
autre de 1509, «chemin de la Voyrie.»
La voirie des Bouchers, nommée «la Bouverie de la Boucherie» en une transaction de 1422, est mentionnée dès 1 403; elle servait de réceptacle aux immondices provenant des boucheries de la grande rue voisine M), et ce devait ètre un foyer d'infection pour les environs. A la fin du xv° siècle, elle avait été supprimée, et, vers l'an 1500, on traça sur son emplacement une rue conduisant directement à l'une des portes de la Foire. Cette rue se trouvait bordée des deux côtés de terrains vagues; ceux du midi furent pour la plupart baillés à bâtir en 1501; ceux du nord, vendus en 1509 et 1510, furent acquis par les propriétaires des maisons de la grande rue, maisons qui s'étendirent ainsi jusqu'à l'alignement de la voie nouvelle.
La rue des Quatre-Vents est énoncée dans divers documents : « Chemin du petit -huys de la Foire» (1499).— « Voye de la Halle» (1501).— «Rue ou chemin
«de laFoire»(1522,1595,ete.).— « Rue Neulve dela Foire » (1510,1b17,ete.).
— «Rue nouvellement laissée ®» (1510). — «Chemin par lequel on va de la + porte dudiet Sainct Germain en les Halles dudict Sainct Germain » (1529). — « Rue par laquelle on va aux Halles où se tient la Foire» (1517). — « Rue qui «descend de la rue Neufve à la porte de la Halle» (1531).— «Rue qui vient de
| Cette voirie remplaça sans doute celle du ® C'est-à-dire dont le terrain a élé réservé.
champ des Bouchers. qui semble bien plus ancienne.
RUE DES QUATRE-VENTS. 331 «la porte de la Foire» (1595). Quant au nom actuel, motivé par une enseigne, il n'apparaît que vers le milieu du xvnt sièle, dans la première moitié duquel la rue à été appelée rue du Brave (161%), rue du Peut Brave (1 626) ,vue de la Foire, anciennement (lisez autrement) du Brave (1604); mais ce dernier vocable (! à fini par ne s'appliquer qu'à la partie de rue qui, continuant en retour d'équerre la rue des Quatre-Vents, a pu être considérée comme n’en différant point et ne porte aucun nom particulier dans les titres anciens. Toutefois un document de 1501 l'énonce : «la voie du coing du clos de Naverre. »
Jaillot a écrit que la rue des Quatre-Vents s'était appelée rue Gombaut ©; mais comme le chanoine Combaut demeurait du côté méridional de la rue du Petit-Lion, la rue des Quatre-Vents ne pourrait avoir porté le nom de Combaut que par erreur. Aussi bien rien n’est plus aisé que de confondre les deux rues, qui, très-rapprochées et parallèles, avaient également pour destination principale de mener à la Foire. Dans les censiers, où elles sont fréquemment désignées par des formules analogues 5, on ne les distingue qu'avec beaucoup de peine, et presque jamais on n'y parviendrait sans l’aide que fournissent les noms des propriétaires.
CÔTÉ MÉRIDIONAL
JUSTICE
Tout ce côté de la rue des Quatre-Vents était formé par des maisons qui donnaient aussi sur la rue du Petit-Lion; nous en avons parlé à l’article de cette rue. (Voir p. 186). Célaient :
Une maison sans désignation (1520), faisant le coin de la rue du Brave, absorbée depuis dans la rue de Seine:
Une mason sans désignation (1522), qui fut subdivisée en 1698 ;
Un san (1599) sur l'emplacement duquel on construisit plus tard deux mai-
sons, avec un jeu de paume.
® On lit rue du Petit Brac sur les plans de Gomboust et de Jouvin; mais il semble manifeste que c'est par inadvertance du graveur, qui devait écrire Petit Brave.
® Il ajoute que c'était au commencement du xv° siècle; mais il ne faut sans doute voir là qu'une faute d'impression.
® Ainsi, dans le censier de 1531, la rue du Petit-Lion est énoncée : «rue qui descent de la «Grant rue neufve à la porte des champs de la «Foire,» et la rue des Quatre-Vents : «l’aultre rue «qui descent de la rue Neufve à la porte de la
« Halle, »
em
ues du Brave et Cœur-Volant
CÔTÉ SEPTENTRIONAL
JUSTICE
ET CENSIVE DE L'ABBAYE
Janin (1523), puis Maison sans désignation (1595), tenant aux murs de la Foire-Saint-Germain et formant l'angle rentrant de la rue du Brave (de Tournon).
Jarnix où Prace (1523), puis Perire Mason sans désionation en 1595, et de 'Écnanee nravens en 1604, faisant le coin occidental de la ruelle ou impasse des Quatre-Vents. Le terrain de cette maison doit se confondre avec la place de douze toises sur six que Guillaume Drouart prit à bail, le 6 septembre 190, et où il y avait eu précédemment une construction. En effet, cette place est dite alors tenir d'une part aux jardins de Navarre, d'autre part à la voirie des Bouchers, et aboutir d’un bout à la maison Bretesche (de l’Image-Saint-Jacques), de l'autre aussi au jardin de Navarre. Le même terrain est énoncé, en 1499, tenir au chemin tendant au petit huis de la Halle, et d'autre part au javdin de Guillaume Cornu, et aboutir d’un bout à la voirie, de l'autre au clos de la Halle. Le jardin de Guillaume Cornu existait encore au milieu du xvr siècle.
Rueze où Cur-ne-s40 pes Quarne-Venrs. Elle constituait primitivement une ruelle qui, formant retour d'équerre, débouchait d'une extrémité rue des Quatre-Vents, et de Fautre, dans le préau de la Foire. Nous Favons vue désionée, en 1593, comme #une ruelle commune » par laquelle les habitants de maisons situées dans la rue des Boucheries allaient aux champs; puis énoncée « ruelle de la Foire» (1531), pour la distinguer de la rue de ce nom. On a dit aussi « Petite ruelle qui «va à la rue» ou «à la porte de la Foire» (1595). Avant 1628, elle a été fermée du côté de louestet, en conséquence, on l'a qualifiée d'impasse. Elle existait dès 1h99, et, en 1510, il y avait là trois ou quatre propriétés que nous n'avons pu restituer. Le retour d'équerre de l'impasse doit avoir été formé par l'extrémité de cette ruelle, qui, en 1454, conduisait au jardin de Navarre et constituait la limite de la maison de l'Image-Saint-Michel. Or, évidemment, cette ruelle ne se distingue point de celle de la Voirie, et c’est ce qui a fait que, dans un titre de 1440, la maison de la Rose est énoncée aboutir à «une ruelle ditte la Voirie de la Bou- «cherie, laquelle ruelle tient au clos Bruneau. » I faut donc admettre que la partie de l'impasse se dirigeant de lorient à l'occident était un reste de la ruelle de la Voirie, et que la partie débouchant en la rue des Quatre-Vents n'a commencé à exister que lors de l'ouverture de cette dernière voie. La profondeur de vingt toises,
attribuée à la parcelle faisant le côté oriental de l'impasse, est une seconde preuve
RUE DES QUATRE-VENTS. 333 que, sur ce point, la ruelle de la Boucherie était alors distante de la future rue des Quatre-Vents, comme le retour d'équerre de l'impasse l'a été depuis.
Pcace vaGue, puis Jarnin (1523), faisant le coin oriental de l'impasse des Quatre- Vents. Il avait environ vingt toises de profondeur, sur vingt pieds de largeur, et a formé la partie postérieure de la maison du Chef-Saint-Denis, située rue des Boucheries. Le terrain en fut baïllé à Guillaume Cornu, le 17 mars 1510, et, un siècle après, c'était encore une place à bâtir ou masure, que, le 31 juillet 1604, Toussaint Morenze céda à Charles Leroy.
Jar (1523) de cinq toises de largeur, dépendant de la maison de la Croixd'Or, située rue des Boucheries. L'emplacement en fut acquis par François Videt, le 6 mars 1509, à charge de se clore, de ne pouvoir élever là « pourceaulx ny «oisons, » de faire paver au devant de son terrain jusqu'au ruisseau, et de contribuer pour sa part « aux fraiz et mises de la cisterne et fousse à eaue » qu'il convenait de construire dans les environs. Ces conditions furent également imposées à tous ceux qui prirent à bail des terrains dans la rue. C'est sur la moitié orientale de ce jardin que fut ouverte la rue du Gœur-Volant; sur l'autre moitié était déjà bâtie, en 1595, une maison qui forma le coin occidental de cette dernière rue et eut pour enseigne le Cœur Volant, en 1687.
Prace vaGus, puis Mason avec petit jardin et jeu de paume (1523). Le terrain, large de quatre toises et demie par devant et de cinq par derrière, dépendait de la maison de l'Écu de Bretagne, et fut pris à bail par Jean de Rogehan, le 25 f6vrier 1910. Après le percement de la rue du Cœur-Volant, on y construisit une maison qui faisait le coin oriental de cette rue et qui continua à renfermer un jeu de paume, lequel se nommait jeu de paume d'Orléans (1628-1690) et s’étendit sur la maison suivante.
Janin (1523) de vingt pieds de largeur par devant et de quatre toises par derrière, dépendant de la maison de lImage-Sainte-Catherine, et planté sur une place vague baïllée, le 1% mars 1509, à Augustin Riet, propriétaire de la maison de l'Image-Sainte-Catherine. Ce jardin ainsi que les jardins suivants, à l'exception d'un seul, n’a été remplacé par une maison que pendant le cours du xvn° siècle.
Pace (1523), puis Jan de vingt et un pieds de largeur, dépendant de la maison de lmage-Saint-Michel, rue des Boucheries. Le terrain en fut baïllé à Jacques Leroux, le 22 avril 1510.
Trois rLaces (1523), puis Jarnnxs de dix-sept pieds de largeur, dépendant des maisons des Moutons, de l'Image-Saint-Jacques et d’une troisième, situées rue des Boucheries. Le terrain du premier de ces jardins fut pris à bail par Richard Homo, le 4% octobre 1512; le terrain du deuxième, par le nommé Auffroy, le 18 janvier 1509, et le terrain du troisième par Charles Lemaïtre, le 3 mars 1509.
PLace cLose (1523), puis Jaroin dépendant d'une maison dela rue des Boucheries.
Entre les rues du Cœur-Volant et de Condé.
PLace
se (1523), puis Janin dépendant de la maison de la Licorne. Le terrain de ce jardin et du précédent a dà être baïllé en 1509 ou 1510.
Jannin (1523) de quatre toises et demie de longueur sur la rue, et de cinq de largeur par derrière, dépendant de la maison du Dauphin, rue des Boucheries. On y éleva dans la suite une maison qui a eu pour enseigne les Quatre Vents (1628- 1690); elle paraît avoir été séparée de la maison précédente par une allée servant d'issue au jeu de paume du Dauphin, et elle tenait, vers lorient, à la maison du coin de la rue de Condé. L'emplacement fut baillé, le 27 mars 1509, à Nicolas Goret,
N. B.— Ici se termine la description des rues du bourg Saint-Germain proprement dit, c’esti-dire de la région qui formait les environs immédiats du monastère. Au delà, le territoire de l'abbaye ne comprenait guère, en 1610, que des prairies, des terres labourables, et, dans la partie la plus rapprochée de la ville, des terrains vagues à usage de chantiers de bois, des jardins + des allées d'arbres. C'est là que s'est formé, au xvu° siècle, et développé, dans le cours du vi, le faubourg Saint-Germain, extension naturelle du bourg. Les notes de feu Berty indiquent nettement cette seconde formation , et établissent une ligne de démarcation parfaitement tranchée entre les deux territoires. Le second volume du présent ouvrage comprendra donc la description topographique de toute la partie occidentale du vaste domaine de l'abbaye, tel qu'il s'étendait «depuis les grant portes Sainct-Michel, des Cordeliers et la tour de Nesle, jusqu'à la rivyère - de Seyne et au viel ru de Sève.» Aux terrains en culture, que feu Berty s'est borné à décrire, s'ajouteront les voies les plus importantes ouvertes dans cette région et les établissements les
plus notables, parmi ceux qui s'y sont formés après 1610. — L.w.r