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FONDATION DE L'ABBAYE

On nest pas d'accord sur l'époque de la fondation de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

Hadrien de Valois U), Jaillot © et les auteurs de Art de vérifier les dates la placent vers l'an 553,

G: c'est entre ces deux termes extrêmes que se elle eut lieu le

tandis que D. Bouillart la recule jusqu'à l'an 0: renferment les opinions des autres savants. Quant à la dédicace de l'église, »3 décembre 557, selon Félibien : le 23 décembre 558, selon D. Bouillart, Jaillot et les éditeurs du second Gallia Christiana: en 559, selon D. Ruinart; au commencement de 559, selon

Baillet: selon D. Rivet, le 23 décembre 559; après la mort ou le jour même de la mort de Chiüldebert, selon presque lous les auteurs, } compris M. Dulaure, à l'exception, loutefois, d'Hadrien de Valois et de l'abbé des Thuileries, qui pensent qu'elle se fit du vivant de ce prince. Mabillon s'est contenté d'indiquer le 23 décembre, en avertissant que l'année était incertaine.

Cette opinion d'Hadrien de Valois est surtout ) Recherches sur la Ville de Paris, L. V, quar-

exposée dans son livre intitulé : Disceptationis de lier Saint-Germain, p. 19.

Basilicis defensio, part. L, cap. vi. p. 53 et 54

Les Bollandistes et l'abbé Lebeuf se sont abstenus d'examiner la question. La discussion de ee point de chronologie n'étant pas étrangère à mon sujet, je l'aborderai. Je traiterai d’abord de la dédicace de l'église, et je m'occuperai ensuite de l'époque de la fondation de l'abbaye.

æApud Nico-

Dans le Martyrologe d'Usuard, sous le x des calendes de janvier, nous lisons : #mediam, ete. Parisius, dedicatio basilieæ in honore Sanctæ Crucis et Sancti Vincentit mar- «tyris, et depositio domni Childeberti regis M,» ce qui fixe au 23 décembre et la dédicace de l'église et la mort du roi Childebert. Le jour est seul donné, et les années étant omises dans ce marlyrologe, comme dans tous les autres et dans les obituaires un peu anciens, on ne saurait dire, avec le seul secours d'Usuard, en quelle année se passèrent les deux événements dont il est fait mention, ni même s'ils eurent lieu dans la même année.

Quant à la mort de Childebert en particulier, elle est placée par Marius sous la dix-septième année du postconsulat de Basile, c'est-à-dire, suivant la manière générale de compter, sous l'an 558 de notre ère. J'ajoute qu'aucun autre document ne la marque d’une manière aussi précise, les diplômes mérovingiens étant d'ailleurs tout à fait insuffisants pour la déterminer. Cette date doit done être tenue pour la plus certaine. Si Gislemar®), moine de Saint-Germain, qui mais dans la dernière moitié

florissait, non dans le ax siècle, comme l'ont cru les Bénédictins € du x, comme l'a prouvé l'abbé Lebeuf 6), éerit que la dédicace fut célébrée par saint Germain, évêque de Paris, le 23 décembre 559, et le jour même de la mort de Childebert, en reculant ainsi d’une année la date de ce dernier événement, son témoignage ne saurait l'emporter sur le témoignage positif et contemporain de l’évêque d'Avenche. Néanmoins Ruinart ©), Baillet (9 et

Rivet 9 se sont fondés sur ce passage de Gislemar, pour renvoyer, comme on l'a vu, la dédicace

à l'an 559, sans toutefois qu'aucun d'eux ait osé reculer de même la mort du roi.

L'interpolation faite au texte d'Aimoin 6), de laquelle il résulterait que la dédicace n'eut lieu

qu'un an après la mort de Childebert, ne mérite pas plus de confiance; outre qu'elle n'est confirmée par aucune autorité ancienne, elle se trouve en opposition avec le texte même d'Aimoin, qui porte que ce prince fut enterré dans l'église de Saint-Vincent, et qui fait ainsi entendre que l'église était déjà consacrée, car autrement elle n'aurait pu servir de sépulture. De plus, nous

lisons dans le même auteur ce passage ( : « Childebertus acceptam beati Vincentii stolam Pari-

«sius defert, ædificatamque solo tenus basilicam nomini ejusdem sancti levitæ ac martyris dedi- «cari fecit; in qua non minimam vasorum partem, quæ eum a Tolelo asportasse supra (c. xIX) -memoravimus, Cum capsis evangeliorum, cruces quoque mirifici operis, aliaque devotus excel- «lentissima contulit munera.» D'où l’on doit conclure que la dédicace, ayant été laile par l'ordre du roi, eul nécessairement lieu de son vivant.

Il faut avouer que les mots «ædificatamque solo tenus» s’appliqueraient dificilement à une

église que l'on dédie en réalité, s'ils signifiaient que cette église n’eût été édifiée alors que jus-

qu'au niveau du sol; mais, dans la basse lalinité, le mot «tenus» a pu être employé dans le sens de« depuis» comme dans celui de «jusque; » el si nous lui donnons celte première acception, nous devrons entendre que Childebert fit consacrer l'église qu'il avait bâtie tout entière depuis le sol, c'est-à-dire depuis les fondations. On aurait encore un autre moyen de lever la

diffiicullé, en prenant le terme + dedicari» dans l'acception + d'imposer un nom: car rien n'em-

? Martyrolog. Usuardi , dans le P. Sollier, p.760. ® De regali abbatin S. Germani a Pratis prope

et dans Bouillart , p. 204. Parisios dissertatio, dans Bouquet, t. If, p. 722,

Vota S. Droctov. n° 13, dans Bouquet, t. III, col. 1. p. 437 et 438. Vies des Saints, &. IV, p. 469 et 463, in-4°.

® Voy. Bouillart, Préf. p. 3; Bouquet, £. IF, ® Hist. lit. & UT, p. 311. 661 et 66». p. 436; Rivet, Host. din. t. V, p. 296 el 397. * Voy. Bouquet, £ I, p. 61, note «.

® Hist. du dioc. de Paris(éd. Gocheris), t. HT, p. 3. ® Gesta France. U, 29, 61 D.

FA

au-dessus du sol.

Notre-Dame de Par

a dédicace.

pèche que le roi (comme il le dit lui-même dans son diplôme, dont nous parlerons tout à

heure) ait placé l'église sous l'invocation de saint Vincent ®) avant même que l'édifice fût élevé

On ne pensera pas d'ailleurs que Pobservation faite par D. Tassin ®), au sujet de l'église de

, dans laquelle on célébra le service divin dès l'an 1182, quoiqu'elle ne

ûL entièrement construite qu'après le milieu du xm° siècle, puisse s'appliquer à l'église de Saint-Vincent, dont la construction, parvenue seulement au niveau du sol, n'était pas assez

avancée pour qu'un autel y fût consacré, encore moins pour qu'on } célébrât la cérémonie de

On ne peut done prendre à la lettre le passage d'Aimoin ; il faut nécessairement interpréter de l'une ou de l’autre manière que nous avons indiquées, et c’est la première interprétation qui

araitra préférable, si l'on fait attention à la suite du passage, où nous lisons que le roi enrichit

cette église de vases, de boîtes, d'évangiles, de croix magnifiques, c'est-à-dire des objets néces-

saires au culte; ce qui fait supposer que l’église était déjà construite et toute disposée pour la

célébration du service divin.

Mais revenons à des témoignages plus anciens et plus précis, et reprenons le passage d'Usuard

rapporté ci-dessus. Get écrivain, qui suit naturellement l'ordre des fai

s, ne parle de la mort de

Childebert qu'après avoir raconté ce qui concerne la dédicace de l'église de Saint-Vincent : il

ne me semble done pas permis de placer la dédicac

après la mort du roi, c’est-à-dire après le

23 décembre 558. Voyons maintenant si l'on peut la rapporter à une année antérieure. Le diplôme

du roi Childebert en faveur de lé

cembre de la quarante-huitième année du règne de ce prince, ou de l'an 558 de Jésus-Christ,

c'est

lise de Sainte-Croix et Saint-Vincent 8) porte la date du 6 dé-

-dire que la date précède de dix-sept jours seulement la mort du roi. Or, Childebert

n'y fait aucune mention de la dédicace, et même, lorsqu'il parle de l'église, il s'exprime en ces

lermes : «Exortatione sanctissimi Germani, Parisiorum urbis pontificis

«Lemplum..... in honore sancti Vincenlii ;»

“quod nos ædifieamus #), etc.»

Gesta Franc. W, 20, 57 D.

Nouveau traité de dipl. t. MI, p. 66, note 1.

Jans Bréquigny, p. 53. Le prétendu original de cet acte est conservé aux Archives du Royaume. Ce n'est qu'une copie faite au 1° siècle, mais qui n'en mérite pas moins Loute notre confiance.

Félibien (Haist. de Paris, t. 1, P-

server dans une note, que le 6 décembre de la

24) fait ob-

quarante-builième année du règne de Childebert appartient à lan 557; mais c'es une erreur, el lui-même marque l'an 558 à la marge du diplôme de ce prince. (Jbid. &. HT, p. 15.)

% Dans Bouquet, & IV, p. 62 D et 623 B;

dans Bréquigny, p. 53 et 54.

A propos du rcæpi construere templum, tem um quod nos ædificaemus,» M. Quicherat fait celle juste réflexion : “De là ce simple raisonnement : si la construction n'était pas achevée, l'édifice n'était pas consacré,

“Eh bien, dans l'une des phrases qui contiennent

implicitement cette conséquence, nous avons l'af-

-frmation directe du contraire, Le diplôme, à la

et. dans un autre endroit :

cœpi conslruere

+Templum Domini

“suite de l'énumération des saints, atteste que les creliques de ceux-ci étaient à leur place dans

«l'église, qu'elles étaient en état d'y recevoir Île

«eulle qui leur était dù : «Quorum reliquiæ ibi sunt

+consecratæ. » En d'autres termes, le service de tous

“les autels était en activité lorsque l'église n'était «pas encore Lout à fait construite, absurdité résul- #lant d'une faute d'inadvertance au sujet de la- “quelle on ne sait de quoi s'étonner le plus, ou qu'elle ait pu être commise ou qu'elle n'ait jamais rélé aperçue. Que la grossièrelé de cette faule ne nous empêche pas cependant de voir l'intention -qui a motivé l'emploi des expressions «cœpi con-

rstruere, ædificamus. » Le diplôme est daté du 6 dé-

+cembre, dans la quarante-huilième année du règne “de Childebert, ce qui nous reporte au 6 dé- +cembre 558. Il en résulte que l'acte de fondation saurait précédé de dix-huit jours seulement le décès

+du roi, car Childebert mourut le 23 décembre 55

c'est à ce Lerme extrême qu'il faudrait entendre

ue la basilique où il devait être inhumé n'était

Ces expressions, qui seraient certainement impropres si l’éplise eût été consacrée, prouvent suflisamment qu'elle ne l'était pas encore au jour de la rédaction du diplôme. Mais l'on a conclu de ces passages : 1° qu'alors la construction de l'église n’était que commencée ou qu'elle était au moins encore lrès-loin de son achèvement; 9° que le roi, ayant été exhorté à la bâtir par saint Germain, évêque de Paris, et saint Germain n'ayant été appelé au siége épiscopal de celte ville qu'en 555 ou b56 M), les fondations de l'édifice dataient, au plus tôt, de cette même époque. Ges conclusions, quelque rigoureuses qu’elles paraissent, ne sauraient loutefois être admises; il existe, en effet, des témoignages non moins respectables que le diplôme de Ghildebert qui les combattent, sans d’ailleurs être en opposition avec ce diplôme.

D'abord, Grégoire de Tours dit positivement dans son histoire ©) que le roi Childebert fut enterré dans la basilique de Saint-Vincent, qu'il avait bâtie : « Ad basilicam beati Vincentii, *quam ipse construxerat, est sepultus.» Ce qui prouve que le «cœæpi construere» du diplôme ne doit pas être pris à la lettre, attendu que, en outre, il est impossible de supposer, comme on l'a déjà dit, que le roi fut enterré dans une église qui, dix-sept jours avant sa mort, n'eût été que commencée. Ensuite un autre auteur, évalement contemporain, Fortunat, rapporte, en parlant de l'église de Saint-Vincent, que ce prince traversait ses jardins ou les jardins de la reine Ultrogothe, sa femme, pour se rendre aux lieux saints où l'on voit maintenant son tombeau:

cest ce qui esl exprimé dans ces vers :

Hine iter ejus erat, cum limida sancta petebat, Quæ modo pro meritis incolit ille magis.

Antea nam vicibus loca sancta lerebat amatus,

Nunc tamen assidue templa beata tenet.

IL s'agit évidemment ici d'une église entièrement appropriée au service divin; les visites fréquentes dont elle était l’objet de la part de Childebert et l'expression #limina sancta» employée pour la désigner ne permettent pas de supposer que ce fût seulement un édifice en construction. On trouverait encore dans Fortunat une autre preuve formelle de l'achèvement par Childebert de l’église de Saint-Germain-des-Prés, si l'on devait appliquer à cette église, et non pas à l'église cathédrale de Paris, la pièce de vers que cet auteur a intitulée : De ecclesia Parisiaca ®). Hadrien de Valois n'hésite pas à rapporter ces vers à la première (, et le cardinal Luchi soutient dans ses notes 6) l'assertion de ce savant illustre. Je ferai observer, à l'appui de cette opinion,

1° que la description de l'église de Saint-Germain que nous a laissée Gislemar est entièrement

conforme à la description de l'église de Paris que nous lisons dans Fortunat; 2° que, dans un manuscrit du 1x° siècle de la Bibliothèque royale (9), le petit poëme en question est intitulé : Versus in ecclesia nova Parisius ), ce qui convient à l'église Sainte-Croix et Saint-Vincent ou de Saint-Germain-des-Prés, beaucoup mieux qu'à la cathédrale de Paris, dont la construction n’est attribuée à Childebert par aucun auteur ancien et dont le titre ou vocable ne parail pas avoir contenu Je nom de la Sainte-Croix, qui se {trouve dans le même poëme; 3° que les deux derniers

vers semblent indiquer que le roi Childebert fut enterré dans l'église, circonstance qui, si elle

“pas encore arrivée à son achèvement. Or, cela | IV, 20. «nous découvre à quelle source notre faussaire s’est © Carm. W, 11, dans Brower, et Il, 14. dans «instruit des origines de Saint-Germain. Son guide Luchi. «a été Gislemar, auteur de la vie de saint Droc- ®° Voy. la première note de la page 338 du pré- « Lovée. » sent volume.

® Voyez le Gallia christian, t. VIE, col. 19 et ONTAIE 57e h17; Bouillart, p. 4 et297; Mabillon, Annal. &. 1. ® Fonds latin 13048, jadis S. Germain 844.

p- 139, etc. ? Voy. Notices des Man. t. XIE, 2° partie, p. 87.

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