‹ Topographie historique du vieux ParisChapitre 197 sur 202 · TATS M.DC.XXIII · texte numérisé non relu

TATS M.DC.XXIII

L'auteur anonyme de ce pamphlet (petit in-8°) commence par dire que la mort et la guerre

causent souvent de grands changements dans les États, et que, par suite de ces accidents, tel

qui, la veille, était au pinacle, se trouve le lendemain dans la boue. C’est ainsi que le trépas de

la reine Margucrite est une grande perte pour la France, et surtout pour ceux qui servaient cette

défunte majesté et s'engre ient à ses dépens. Le satirique écrivain passe en revue ces parasites et les montre couchant et employant sur des comples ce qui estoit acquité long-temps

auparavant. . . . » Il ajoute que ces malversations ne seront pas impunies.

+ Restera seulement, dit-il ensuite, le publie qui est privé du contentement de la pourmenade des hallées que la deffunete reyne Marguerite avoit fait faire avec tant de soing et d'affection, pour raison de quoy pensant qu'il deubt arriver quelque bien, à ce subject l’on a lenu à la Grenouillière des Estats populaires, auquel lieu toutes harangues, memoires, billets, remonstrances

ont esté recuës de bonne part et en la forme qui ensui

r Hananeue des pauvres Prestres estudians en l'Université de Paris, à messieurs des Estats de

la Grenouillière. »

Après les «pauvres prestres,» viennent les nobles de Paris; puis un bourgeois se présente

au nom du Tiers Etat; enfin viennent +les Pastissiers oubliers qui ey-devant fréquentoient le

pare de la Reyne Marguerite, pour y vendre en toute liberté les denrées de leur vacation, où ils

laisoient passer, disent-ils, le bon comme le mauvais Après eux, comparaissent les boulangers de petit pain, dont la harangue est un modèle en

ce genre. La voici :

t PLAINOTE GÉNÉRALLE DES BOULANGERS DE PETIT PAIN.

- Messieurs, nous avons apris d'un venérable père de la societé, que parfois les bons sont alligés pour les offenses des mauvais, et que tel chastiment arrive de la part du vengeur des crimes, pour leur faire cognoistre qu'il n'appartient pas aux freslons et gens de basse estoffe de mettre en contreroolle les actions des endosseurs de montagnes sur montagnes, estant à luy seul de rélréner, reprendre et terminer telle arrogance, ainsy qu'il fist au superbe edifice de Jabylone. Geste doctrine, messieurs, nous a grandement rabaissé le caquet, et nous a si fort cadenacé la bouche, qu'il nous semble ne faire plus que besgayer, au lieu de parler hardiment de nos interesis, qui sont et doibvent estre estimez incomparables. Car si, à son prejudice, nous voulions nous estendre sur l’effronterie de ceux qui téméraires, pour peu de deniers, ont envahi à maison, Jardin et pare de la Reyne Marguerite, ce seroit avec des conjurations si violentes, qu'il faudroit nécessairement que les foudres se rendissent punisseurs de leurs impudences, ou egilimes exéculeurs de nos accusations. Mais, puisque nos desseins sont bornés pour le present, il nous suffira vous représenter, autant pour l'interest d'autrui que pour le nostre, que l’honneste romenade des hallées de la Reyne Marguerite estoit un lieu tellement nécessaire, pour le diverlissement d'un chacun, qu'à present, estant abolie, les villages d’alentour la ville de Paris servent de réceptacle aux desbauches effrenées, comme violements, adultères, assassinats, et voleries

ce qui estoit absolument aboly lors de cette honneste liberté, et comme mis en hayne de ceux

esquels auparavant en tenoient la banque et le party : et de fait, messieurs, vous scavez trop mieux, que les jours de festes et les dimanches, la populace de Paris se rangeoit par bande en ce are regreté, en divers endroicts et cantons, les uns discourant d'affaires sérieuses et les autres de ieurs honnestes affections; puis l'on s'espayoit selon sa fantaisie, et selon son humeur, sans

qu'il arrivast querelle ny discord, chacun n’aspirant que d'entretenir l'âme et le corps ensem-

lement. Là les flous, traisne-épées, Rougets, Grizons et autres gens de pareille estofle n’avoient que faire; mais Pasticiers, Fruictiers, Taverniers, Vendeurs de bière et Boulangers, pour-lesquels, messieurs, estant advoüé comme ayant procuration en forme probante, Jay à vous représenter, en loute humilité, quel peut estre le deüil et la perte que nous souffrons en la dégradation de ce parc. Premièrement nous y envoyions nos apprentifs, chacun d'eux chargé d'une hotiée de pelits pains, lant de chapitre, molets, à la reyne, que faire à la mode, toute marchandise fardée,

et laquelle nous n’eussions ozé vendre en nos boutiques, pour estre les uns légers de plus de

quatre onces et demye, les autres repassez au four pour les faire estimer tendres, et les autres eslant pains contrefaits, au préjudice des ordonnances de la police, Secondement, le lieu estant proche de nos maisons, ce nous estoil un second profil, en ce que nosdits apprentifs n'usoient pas tant de souliers comme ils peuvent faire à courir tantost aux Bons-Hommes de Chaillot.

lantost à Gentilly et lantost à Vaugirard. Tellement qu'au moyen de cette espèce de déluge

arrivé sur dessein (out magnifique el tout royal, nos ressentiments en sont si grands que nous

sommes nécessitez de nous addresser à vous, pour implorer vos fécondes prudences, le fruict des-

quelles nous espérons nous apporte de Futilité. «+ Le Président : Que demandez-vous?

« L'agent des boulangers : Messieurs, ce n'est pas l'argent de vos bourses que nous demandons,

car nous avons assez gagné depuis deux ans. Mais nous vous supplions de faire en sorte que le té

pain ne soit plus visité, et que nous le vendions à notre fantaisie, afin que nos femmes vous en

sachent gré... .»

Vient ensuite Guérin, jadis «plaisant de la Reyne Marguerite ,» et enfin le capitaine général des Guerres de Paris, Picard, dont la harangue est bouffonne. La résolution des États est digne des harangues. Chacun des plaignants est congédié en bonne forme, et l'ordonnance est affichée dans tous les cabarets de «ceste ville de Paris, à ce qu'aucun n’en prétende cause d'ignorance.»

Le reste du pamphlet n’a rien de bien intéressant au point de vue topographique. Nous nous sommes borné à en extraire ce qui a trait au palais et aux jardins de la reine Marguerite, jardins et palais dont la durée fut si éphémère. On sait que les «hallées» de ces jardins, qui avaient remplacé les chemins du Pré-aux-Cleres et qui furent transformées en rues, au moment de l'extension du bourg Saint-Germain, ont donné, quelques années plus tard, l’idée du Coursla-Reine. Cette promenade célèbre, qui subsiste encore aujourd'hui, n’est donc autre chose que

le Pré-aux-Cleres et le jardin de la reine Margot transportés sur l’autre rive du fleuve. — L. uv.

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