‹ Topographie historique du vieux ParisChapitre 21 sur 202 · RUE BEURRIÈRE · texte numérisé non relu

RUE BEURRIÈRE

La rue Beurrière commencçait à la rue du Four et finissait à la rue du Vieux- Colombier. Elle a été absorbée par le percement de la rue de Rennes, l'élargissement de la rue du Vieux-Colombier et le prolongement de la rue Madame.

Jaillot a commis, à propos de cette rue, une erreur analogue à celle dans laquelle il est tombé à l'occasion de la rue du Cœur-\ olant. Il a avancé, en eflet, que la rue Guillemin était la voie ancienne qui conduisait de la rue du Four au territoire de Cassel, tandis qu'il considérait la rue Beurrière comme moderne : cest le contraire qui est vrai.

Puisqu'une seule des deux rues existait au commencement du xvut siècle, ainsi qu'il ressort de tous les documents, la question consiste à détermmer laquelle à été ouverte postérieurement à l'autre. Pour résoudre le problème, il n'est point nécessaire d'invoquer les présomptions si concluantes qui naissent de la comparaison des alignements des deux voies, et du lotissement si caractéristique de. leurs propriétés riveraines; nous nous abstiendrons même de parler des résultats trèspréeis que nous ont donnés nos restitutions; nous nous bornerons à citer un fai rendant toute incertitude impossible. Dans les archives des Dames de la Miséricorde, dont le couvent était situé rue du Vieux-Colombier, à lorient de la rue Guillemin, il existe une transaction du 8 octobre 1630, relative à une place pro-

fonde de douze toises et large de dix «sur la rue Neufve. qui, est-il dit dans

RUE BEURRIÈRE. 95 l'acte, sera faicte sans aucune traverse,» et en laquelle «ruelle nouvelle: les preneurs du terrain seraient tenus de faire paver devant leur lot, lorsqu'il y aurait lieu. Or on voit, par des titres postérieurs, que la place baillée en 1630 est celle où s’élevèrent deux maisons faisant front sur la rue Guillemin et aboutissant au couvent de la Miséricorde, dont elles constituèrent des dépendances. Il est done matériellement établi que la rue Beurrière est, des deux voies, la plus ancienne, et

que Sauval ne se trompait pas en donnant l'épithète de nouvelle à la rue Guillemin.

Le four bannier de l'abbaye était placé dans la maison faisant le coin oriental de la rue du Four et de la rue Beurrière: aussi avons-nous trouvé cette dernière appelée ruella Furni, dans une charte de 1266 (); ruella que dhcitur ruella de Furno, dans une autre de 1271, et«ruelle du Four Bannier» en 1419 et1510. Comme elle débouchait devant l'hôtel ou territoire de Cassel, elle a été énoncée « ruelle e de Quassay» (sic) (1/09); «ruelle par où on va pardevant le grant hostel de r Cassel» (1428); «ruelle qui va de la Grant rue à l'hostel de Cassel» (1456, , ete.). La

1457); «rue de Cassel» (1456), et «ruelle de Cassel» (1453, 159: dénomination moderne n'apparaît qu'au xvu‘ siècle, et doit rappeler le nom, ou la

profession; de quelque habitant du bourg Saint-Germain. Dans le censier de 159, où la rue est indiquée «petite ruelle appellée la rue Cassel, laquelle dessend de «la rue du Colombier en ladicte rue du Four, » il est parlé des héritiers de « Ri- «chard Beuryer, » maître maçon, de «Jehan Rappart, dit le Beuryer, » et la maison sise au coin oriental des rues du Vieux-Colombier et Beurrière est dite aboutir à

«la maison du Beurier;» ce qui explique le nom de «rue du Beurier» employé

d'abord jusqu'en 16837.

Au reste, d'autres habitants du faubourg donnèrent pareillement leur nom à la rue Beurrière, puisque, dans une transaction de 1977, qui figure aux archives des Incurables, elle est énoncée «ruelle que lon nommoyt par ci- «devant la ruelle Jehan Nicolle, et de présent la ruelle du Masurier.» Dans trois autres pièces de 181, 159 et 160, faisant partie du même dossier, cette dernière formule est répétée, mais avec la variante de ruelle Jehan Pinmollet, où Pymollet, laquelle est une corruption de l'ancienne dénomination de rue Jehan Molet, que nous avons rencontrée dans un ensaisinement de 1535. Quant à l'appellation de «ruelle du Masurier,» elle avait sa raison d’être : le conseiller au Parlement Philibert Masurier, ou plutôt Masuyer, qui mourut en 1540, possédait en effet et fit rebâtir la maison formant le coin oriental de la rue du Four.

Parmi les voies du faubourg Saint-Germain que nous avons eu à retrouver sous des vocables jusqu'ici inconnus, nous comptons une certaine rue de Vrolande, dont le coin était formé, en 15 1 1, par un terrain attenant à la propriété du nommé Chardon,

® Ce doit être la rue Beurrière qui est désignée dans ce passage : ante Furnum, in cuneo Ruelle, du Livre du Pitancier, rédigé en 1250.

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mesurant trente toises sur la rue du Four, vingt-six toises deux pieds par derrière. ef quarante toises un pied et demi de profondeur par le milieu. Nous avons fini par constater que la propriété de Chardon était la tuilerie formant, vers le carrefour x de la Croix-Rouge, la pointe de lilot compris entre les rues du Vieux-Colombier | et du Four. Nous nous sommes assuré, en outre, que les maisons remplissant le reste de l'ilot occupent Femplacement du terrain que nous venons de mentionner, terrain dont les dimensions se retrouvent aujourd'hui avee une exactitude parfaite, Ü si l'on tient compte d’un léger retranchement. Par conséquent, la rue Vrolande est la même que la rue Beurrière.

Les maisons qui avaient, en dernier lieu, leur façade dans la rue Beurrière, étaient toutes d'origine moderne, et provenaient du morcellement de propriétés dont la principale entrée était située dans l'une des rues du Four ou du Vieux-

Colombier.

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