‹ Topographie historique du vieux ParisChapitre 47 sur 202 · RUE SAINT-DOMINIQUE · texte numérisé non relu

RUE SAINT-DOMINIQUE

La voie qu'on appelle aujourd'hui rue Saint-Dominique commençait jadis, ainsi qu'aujourd'hui, à la rue des Saints-Pères. Comme rue, elle finissait à la porte de la Tranchée; mais, comme chemin, elle se prolongeait au delà du fief de l'abbaye, en passant derrière la ferme de Grenelle, point où elle est devenue la rue Desaix.

Les Dominicains de la rue Saint-Jacques ayant donné le nom du fondateur de leur ordre à une rue qu'ils avaient ouverte à travers leur clos, les religieux réformés du même ordre, établis au faubourg Saint-Germain, voulurent appliquer la même dénomination à la rue qu'ils habitaient. Is sollicitèrent donc et obtinrent, en 1643, la permission de placer à ses extrémités des tablettes de marbre, avec cetle inseriplion : rue Saint-Dominique, jadis des Vaches. Jaïllot cite le fait pour prouver que le chemin des Vaches doit toujours s'entendre de la rue Saint-Dominique. Mais, si celte assertion est vraie dans un grand nombre de cas, elle est fausse dans une foule d'autres, et donne lieu à une série de méprises. La vérité peut se résumer en quelques mots. Depuis le milieu du xiv° siècle, époque où la rue Saint-Dominique commence à ètre mentionnée, jusqu'au commencement du x, elle est dite « voye des Vaches» (1354), où «chemin aux Vaches» (1355). Dans la première moitié du x siècle, plusieurs appellations différentes ont été d'un usage habituel, concurremment avec celle de «chemin aux Vaches, » laquelle était quelquefois accompagnée des mots « allant à llsle» (15/92), ou «tendant à «l'ile Macquerelle» (1547). Enfin, depuis le milieu du xvi° siècle jusqu'au milieu du xvuf, le nom de rue des Vaches, ou chemin des Vaches, suivant la partie dont il élait question , a de nouveau et presque exclusivement été employé.

Les dénominations diverses que fournissent souvent les documents de la pre-

mière moitié du xvr siècle sont les suivants : « chemyn du eymetière Sainct Père »

RUE SAINT-DOMINIQUE. 87 (1502); «chemin allant de Sainet Père à Grenelle» (1923, 1530, etc.), et «che- «min qui tend de Sainet Père à lOrme de Grenelles» (1593, 1537, etc.) (la ruc Saint-Dominique conduisait directement de la chapelle Saint-Père à la ferme de

Grenelle et à un orme des environs); «chemin tendant au port de Grenelle»

(1530, 1539), et «chemin du Moulin à vent» (1523). De la rue Saint-Dominique se détachait un embranchement qui se dirigeait sur le port de Grenelle, et com-

530); «chemyn par où lon va dudict Sainct Germain au port de Grenelle

52h); «chemin allant du Moulin à vent au Port» (1531); «chemin du Port»

muniquait avec la voie du bord de l’eau, par un petit chemin appelé aussi des Vaches (rue Saint-Jean, au Gros-Caillou). Nous ne savons si c'est ce dernier chemin, ou la rue Saint-Dominique, quil faut voir dans le « pelit chemyn du Port» de l’arpentage de 1529; « chemin tendant de la Voirie» ou + allant de Sainet Père r à la Petite Seyne» (1523, 1599, ete.).

La rue Saint-Dominique longeait le territoire de la Petite-Seine (vers l'emplacement de l'esplanade des Invalides). Dans cette région, elle est fréquemment dénommée, dès 1355, «la longue Raye, » appellation qui s'est conservée jusqu'au règne de Louis XV. La même partie parait avoir été désignée sous le nom de chemin Herbu, puisque, dans un registre de 1523, il est dit que trois quartiers de terre aboutissant, d’une extrémité, sur la Petite-Seine. touchaient, de l'autre. au «chemin Herbu.» Nous avons vu, en outre, la rue Saint-Dominique appelée «le chemin de lOseraye » (1527), à cause de sa proximité du canton de l'Oseraye ; «le vieil chemyn des Vignes» (1530), et le chemin-des Treilles, dans une multitude de titres (1439, 1523, 1595, ete.). Du reste, on ne la désignait ainsi qu'à partir de Goo à 800 mètres de la rue des Saints-Pères, dans la région où elle se rap

prochait du climat des Treilles, voisin lui-même de celui de la Petite-Seine.

Jaillot, dont la science et l'esprit de critique sont des plus estimables, mais qui n'a pas toujours été bien servi par les documents auxquels il à eu recours, aflirme que le chemin des Treilles est la même voie que la rue de l'Université; c’est une assertion que nous croyons erronée, et cela pour les motifs suivants

1° Sile chemin des Treilles était celui qui est devenu plus tard la rue de l’Université, il aurait dépendu de la censive de Université, et il ne serait point si fréquemment mentionné dans les archives de l'abbaye, où il en est toujours quesüon à propos de terres en culture. Or le Pré-aux-Cleres n'était point cultivé: il était même séparé, par un fossé, des champs environnants.

2° Dans le deuxième triage de l'arpentage de 1529. lequel triage est compris entre le Pré-aux-Clercs et la rue Saint-Dominique, et dans le troisième triage. compris entre les rues Saint-Dominique et de Grenelle, il est très-souvent question du chemin des Treilles. Ge chemin doit done être commun aux deux Lriages: or

la rue Saint-Dominique, qui les sépare, satisfait seule à cette condition.

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