‹ Torches et lumignonsChapitre 6 sur 10 · CHAPITRE Q.UATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE Q.UATRIEME

DAUDET A CHAMPROSAY

C'est à Champrosay que je vois Daudet dans toute sa pluralité, surtout Daudet intime. Il est là, l'homme complet, sur son domaine, avec ses lares, avec sa gens, avec ses hôtes, avec les voyageurs qui viennent sonner à la grille. Le site est plein de fées, de farfadets, de dieux champêtres, ou du souffle divin de Pan. L'arbre y vit en force, spacieux, riant, aux ombres riches, avec des médailles de soleil ; la fleur forme de glorieux îlots de parfum, l'herbe des coins de pâturage, les oiseaux gonflent leurs petites cornemuses, et le hérisson laisse entrevoir, à la brune ou au velours d'argent des beaux soirs, sa silhouette de menu fantôme.

Le jeudi, une fougueuse jeunesse arrive de

TORCHTS ^ET LUMFGMQNS

Paris, dans les ombres longues, peuple la terrasse et dîne avec l'ardeur des fauves. Ce sont les mêmes qui fréquentent la rue Bellechasse, une bonne fraction, aussi du «Grenier d'Auteuil» et jquelquesJiommes qui ne viennent guère qu^ici,'tels'Nadar Qu'^oïlinat.

Les âmes s'ouvrent plus librement ; le piano est pétri, qpar ites 'inàrns capricieuses ; les chansons, s'éparpillant aux ramures, vont mourir dans la clarté du Chemin de Saint- Jacques,

'Je- ne- sais "ce qtfon" p'ensera de "Roliinat dans les tem^ps fulurs, et-moi-^même, aujuste, j'ignore nioTi jugement définitif . 'Est-ee une 'émanation 'd'autrui, orchestrée ^à Montmartre, est-ce du Pdê et du Baudelaire filtrés par un Tuètique? Ici, cet homme -aux ■chereux lon'gs, accoutré d^ima^reux pantalon à damiers, 's'incorpore à son tenvre et au jardin. On 'l'écoute avec an 'plaisir trouble ^et des 'frissoms agréables.

Daudet rit dans les intervalles d'un rire ■ qui approuve, et qui fait ses réserves... A ia musique, aïK 'paroles incohérentes, Léon juxtapose des imitations extra^ordinaires, j^honographiques, épicées de caricature. Il 'fait Zola, 'Hermant, î^dl 'Neveurx, ^Gharcot, =Péan, et

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s'interrompt prmr admirer Shakespeare, Wagner ou un incowmi, un mécoimu...

Parfois, une discussion iéroc^, où des hommes célèbres sont traités comme du poisson p>ourri, jusqu'à ce qu'une saiHie de Daudet tronçonne la fureur esthétique. I)e-<;i de-là, un poète est autorisé à réciter quelques -vers. Mistral embouche son clairon, Rodenbach jome le clair de lune des béguinages... Un fk)t de souvenirs envahit Daudet, tout son Midi, toute sa jeunesse, les aventures et les mésaventures, le caban't, Vétatng de Berre, le Moulin des Lettres, la vision première de l'Algérie...

A l'heure du train, une bande défile au fond du jardin, avec Daudet, qui marche encore, appu>'<^ sur le bras d'un jeune compagnon, jusqu'à une manière de talus d''oîi il nous crie adieu, du forod de l'ont bre...

Il m'arriva de passer dix jours à Champrosay : dix jours où je pénétrai plus avant dans Tâme du romancier. Se livra-t-il davantage? J-e'we sais. IKae livrait si fa'd4ement, malgré f;esrétractions et ses défiances. Mais tout était discontinu. Les dix jours furent le <« fil fatal », qui iKfos guide parmi « les détoers tie la vaste retraite *.

Je le voyais aux repas, qa'ïi prolongeait pour

causer, je le rencontrais dans le jardin, et souvent, l'ayant conduit à l'Isba, je restais à l'écouter, hors du temps et de l'espace. L'Isba, c'était une maisonnette de bois, vaguement russe, où il travaillait. On m'avait donné le Pavillon, bâtisse à pans, un peu himiide, qui prenait jour de tous les côtés dans la profondeur du site.

Daudet disait :

— C'est pour le Pavillon, je crois bien, que j'ai voulu Champrosay... Il y a, dans toute propriété, un réduit, un coin, qui séduit, où l'on place le bonheur... et si l'on devient propriétaire, presque toujours ce coin lasse et déçoit... J'ai rêvé de ce pavillon... j'étais sûr d'y passer des jours enchantés... Je n'y mets jamais les pieds !

Je travaillais dans le Pavillon, j'y rêvassais, et, par intervalles, j'y recevais la visite de la jeune Edmée. Agée d'un peu plus de quatre ans, elle était charmante, fragile, un peu dédaigneuse, avec les jolis yeux bruns de la féerie, de fines joues pâles. Ses visites n'étaient point désintéressées. Elle escomptait quelque jeu : imitation d'animaux, gesticulation de clown, danse de sauvage. Ça ne devait pas être bien amusant, mais elle s'amusait.

Même, un jour que je faisais l'orang-outang,

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sautant d'une fenêtre à l'autre, elle eut un rire si violent que, ma foi, un léger accident se produisit... Alors, consternée, humiliée, indignée, dans un déluge de larmes, elle fut emportée par sa bonne... Sans me garder rancune, elle se délia du Pavillon, ses visites devinrent rares et brèves. Elle avait de jolis mots pour désigner les êtres et les choses ; je me souviens qu'elle appelait les papillons des volerettes.

Léon voyageait. Mais Lucien demeurait à' Champrosay. Ses manières et sa voix étaient si douces que l'implacable Léon les imitait avec des allures de fillette. Il questionnait beaucoup, d'une manière intéressante. La lecture ne passait pas inerte dans sa tête, elle éveillait des fictions surprenantes où déjà passait toute l'âme littéraire des ascendants. Il avait le sens de la forme, de la couleur, de l'invention, du style ; il a écrit quelques livres fort savoureux, dont j'attends la suite.

Je causais au moins trois heures par jour avec Daudet, ou plutôt il causait. Il aurait causé avec un Zoulou ou un chimpanzé. Je ne veux pas dire qu'il fût bavard. Il savait se taire, même long-

tempsi il savait aussi écouter, et, dans sa jeoi-r nesse, il remuait plus encore qu'il ne parlait. Mais enfin, c'était une âme riche d'éloquence.,, un cerveau où le verbe vibrait inlassablement,, où actes, désirs, doukurs-et joiesnese heurtaient jamais à une sensibilité muette. Nous causions à. table, nous causions au jardinet, souvent, il me retenait dans, l'Isba,, heureux de << trahir >> le travail. Il me semble que. je le connaissais bien; alors; aujourd'hui, une part de mes souvenirs s'est fatalement évaporée ; le. Daudet qm m 'apparaît doit être ou trop fragmentaire ou. trop synthétique.

Son ardeate. impressionnabUité; ne servait pas un; mysti.que ,• il avait i peu de cmyance& stables. Aucune religion,, aucune confiaace dans l'au-delà.. Pour lui, la terribîe petite aventure terrestre bornait .l'homme en aval et en amont.; naître, et mourir, .nous; situaient dans unitont petit secteur de l'éternité.

Il affirmait que son iutcroyance était native ,' le scepticisme avait précédé la raison. L'humanité se partageait en deux, catégories; tranchées, les-pcànes, les. pommes et une. catégorie mixte,, faite . de poire, et ; de. pomme, — leSv poires.poramesw..

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Lui étiiit une pomme. Ccmimt: pomme; il n'iicocptait rien qui ne fût vérifiablc : il lui fcailait.la; preuve et: l'épreuve: D'où. son goût inné pour la littératiin» réaliste. Pourmoi, j'étais un^ mystijqujii repenti, uae poire raisonneuse.

— Il y a. trois xxïtis ans, disaitnl, vowb aiihea' trouvé naturel qu'on brûlât dos' hérétiqnosi.. ou'.bicn vous amiez^étc voiM'mêine un.hérétique' épouvaaitable, opixjsant une foi nouvelle à uno' foL vieillissante... ou aïoOTeun outlaw à la poufr suite de la sorcière ou du sorcier; à moins qu'on; ne VOU3 eût. vu au Sabbat, mais toujoursdauiBime religion, — rehgiow officielle oo reiifioH de: rùvolie, superstition orthodoxe <m superstitionj impic.^. \'ou8 aiJe.z me dire que, actuellcmCTit, vous ne' croyca? àr riea... Peot-ê^e, mais vouâtes toujours prêt à croire quelque^ chow....

Rappelez- vous seulement votre fiè'vre antiboulangiste !... AUe^:, Rosny, vows' êtes une: poire !

— Mearci bien- 1 '

— Une poire qui fîrnra pcwre-pomme... Parce^ qi» cJuBE von*, la raison... la ratiocina tion plutôt, osft- trop' fortfr... C'est' Poutii du démolis.seur. Tout ce qui s'empare de votre côté poire: ne tarde pas à recevoir un coup de* pic... Gare

toutefois si, un soir, le ratiocinateur faiblit... Vous appellerez à grands cris le prêtre, la confession et les saintes huiles !... Moi, mon scepticisme commence à ma propre personne. Je n'avais pas huit ans, je me vérifiais déjà... je me voyais mentant à moi-même... J'assistais à toutes les blagues que l'être essaie de se faire croire... Ainsi, le monde intérieur était déjà une image parfaite de ce que serait le monde extérieur (je le dis par image, car je ne distingue pas bien entre ce que vos fabricants de nuages appellent le moi et le non-moi...). Dès que j'observai, diantre ! il me devint difficile de ne pas rire de tous les hommes !... Heureusement, j'avais aussi mon côté indulgent... quelque chose d'assez fraternel, qui réclamait la sympathie... sinon !...

Il eut son rire de myope, les yeux fixés de près sur l'ongle de son pouce...

Je demandai :

— Qu'est-ce qui domine dans l'humanité... les pommes ou les poires?

— Les poires, Rosny !... Le monde humain est un verger de poires... Presque tous ceux que j'aime....

— Concourt?

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— Une poire... une poiie qui a beaucoup fréquenté les pommes, — son frère, moi — et qui en garde quelque chose... Pas de religion, mais pour le reste j Sa croyance absolue à la Littérature... à la Gloire... (avec une majuscule énorme), à l'Immortalité (une majuscule plus grosse encore) . Voilà un homme qui languirait de désespoir, s'il ne croyait pas à l'Immortalité de ses livres... Moi, ce que ça m'est égal, une fois que j'aurai sauté dans le trou !...

Je siiivais mon idée :

- Et Madame Daudet?

— Eh ! quoi, vous me le demandez. Voyons, vous savez bien, vous avez vu... elle n'est que croyances... rites... traditions... J'ai si peu déteint sur elle ! Elle garde l'âme de M"»« AMaid, qui est une poire délicieuse... qui vit dans la famiharité des esprits... pour qui il n'y a presque pas de terre, tellement elle habite l'au-delà !

— Et Léon?

— J'ai -failli croire qu'il était une poirepomme, en qui le scepticisme de Paris et le mien avaient fait prédominer la pomme... Hélas ! ce sera une terrible poire... pire que vous, . cher ami I

— Et Mistral?

— L'empereur... le maharajah des poires.

— Vous allez me faire croire qu'il n'y a pas de pommes?

— Si, pourtant... Tenez, Magnard, une bonne petite pomme... une reinette... et ce sacripant d'Hébrard, avec sa bouche de truite — pas de menton — est une pomme presque parfaite. France est encore une brave pomme, si révoltée contre les poires qui ont tourmenté sa jeunesse que sa haine finit par avoir une petite saveur de poire... Lemaître tient de la pomme... moins sûr pourtant... capable de se laisser entortiller... Et la grande pomme du xviii^. Voltaire, et la pomme énorme, Rabelais... et la plus savoureuse des pommes, à mon goût, mon vieux Michel... Montaigne !

Ce classement m'amusait, j'y revenais avec plaisir, ce qui m'amenait à scruter les opinions démon hôte sur la société, sur la vie, sur l'amour, sur l'art, sur l'univers... Elles étaient larges, élastiques, avec tout de même des recoins où il se cantonnait, où il s'en tenait à des idées toutes faites, à des préjugés de caste.

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11 m'a semblé qu'il avait un sens assez restreint de l'étendue. Lorsqu'il nous arrivait de parler des mondes, des nébuleuses (je l'y entraînais, pour voir), il manifestait facilement de l'enthousiasme, mais il suivait mal. Je m'amusais à lui dépeindre l'affreuse solitude de chaque soleil, qui, avec ses planètes, ne forme qu'un minuscule écueil entouré d'un océan immense.

Je multipliais les images, il secouait la tête et réfléchissait ; j'essayais de faire intervenir la vitesse de la lumière ; je l'invitais à imaginer les milliards et milliards d'astres ainsi isolés les uns des autres. Par ses réponses, il montrait que cela ne pénétrait pas à fond. Il gardait en lui l'univers latin et grec, augmenté des continents de Christophe Colomb et de Cook. Là, il reprenait son sens de l'espace ; il percevait la forêt vierge, le vaisseau perdu sur le désert d'eau. Comme il venait de lire Stanley, il dépeignait avec enthousiasme la forêt intenninable, passionné pour les êtres humains et les bêtes qui surgissent du désert, du marécage, du mystère sylvestre.

Ses souvenirs du Coureur des Bois, de Tartarin, remontaient en tumulte, il évoquait d'une • manière délicieuse, avec de l'ironie

enthousiaste et de la blague attendrie, les Rohinson, les Bas de Cuir, les Alala, les I^aul et Virginie, tout ce qui a féeriquement ramené les vieux civilisés vers les enivrements de la vie primitive.

Aussi la préhistoire le captivai t-elie ; il cherchait à retrouver les hommes et leur instinct dans la nuit des âges, mais, pour le temps comme pour l'étendue, il avait une vision limitée.

Puis, je l'ai déjà dit, peu d'idées générales, aucune métaphysique. Il disait :

« Croyez- vous vraiment que la philosophie abstraite serve à quelque chose? J'imagine qu'il suffit des faits... des réalités... et qu'en somme ce sont eux qui forment la philosophie solide... la philosophie vraie !

— Remarquez pourtant qu'un mot, le plus simple, si ce n'est un nom propre, est déjà une abstraction... et quelle abstraction 1 L'homme, la bête, l'arbre... >>

Œl haussait les épaules. Si je continuais, Tennui plissait son front, il me coupait par un trait ou une anecdote.

Peu de goût aussi pour la politique ; des opinions plutôt flottantes. Il n'admettait qu'un certain bon sens, exclusif de principes ; il pré-

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ttndait avec raison que les institutions doivent s'établir au fur et à mesure des besoins,, noa splon des théories. Rt^fractairo au socialisme, il avait surtout horreur des anarcliistes, et, pour tout dire, ses vœux étaient netteiçent bourgeois. Lui qui avait poursuivi avec tant de fougue l'îiiiiour vagabond, il vénérait la famille, il voiilait le foyer, la femme, les enfants. Avec ferveur, avec violence. Toutefois, équitable,. il souhaitait que le travail fût bien rétribué, qu'une société forte donnât du bien-être et de la joie à tous.

Selon lui, une société où dominerait une aocte de classe bourgeoise, duc à une sélection des intelligences et des énergies, f>ouvait mieux réaliser cela qu'imo société collectiviste. Quant à une société anarchiste, elle ne déchaînerait que la bête primitive :

<«Je ne vois rien sans hiérarchie... Toutesociété a des organes... et les organes obéissent à l'ordre. Cda n'emp>êche pas la hberté... au

ntraire. Ce qui l'empêcherait, c'est l'inquiai-

on de la masse, .servie par la plus intolérable des pohces... la police de la Terreur. »

Nous avons dit que, par ailleimi, il n'y avait pas d'homme plus passionné pour le bonheur di> ses semblaWes. Il en rêvait intarissablement.

Il imaginait des féeries contre la misère, il souhaitait, avec les socialistes, que personne ne souffrît par pénurie d'aliments, que tous eussent une part de bien-être et de luxe. Seulement, il craignait les entraves de la bêtise populaire, bien plus encore que l'égo'sme, l'inertie et la rapacité.

Ses opinions littéraires se révélaient étendues, — hors sur les points où elles eussent conduit à l'abstraction. Le réaliste exigeait naïvement la vérité, qu'il croyait beaucoup plus riche que toute fiction. Un de ses beaux éloges était de dire à im jeune :

— Vous n'êtes pas un menteur, vous !

Son admiration fervente pour Stendhal et Balzac constituait un Credo. Même chez les poètes, il préférait les écrivains de nature. Au fond, il aimait beaucoup plus la fiction qu'il ne le pensait lui-même. N'avait-il pas près de cinquante ans quand il créa ce Tartarin sur les Alpes, où il s'abandonne délicieusement à la fable. Certes, les traits justes, l'observation narquoise abondent dans ce livre charmant, mais bien plus encore l'hyperbole et la fantaisie. D'ailleurs, Daudet adorait les classiques, classique lui-même au tréfonds, avec toutes les aspi-

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rations latines. Que, dans ce classicisme, il préférât les œuvres où éclate un certain amour de la nature, comme dans Virgile, je n'y contredis point, mais il était captivé aussi par des passages artificiels et «menteurs».

Sa grande admiration pour Mistral dépassait de même ses prédilections accoutmnées. Certes, Mistral recèle de jolis coins réalistes, mais avant tout c'est un idéaliste traditionnel.

Enfin, le fantastique fascinait le romancier : j'ai de lui un billet dithyrambique sur les Xipéhuz, et il reparlait de ce livre avec prédilection. Au total, il n'était aucunement limité, cantonné, il avait les goûts plus larges et plus sûrs que son programme. Ce qu'il détestait vraiment, sans rémission, c'était l'obscurité. Incapable de souffrir l'effort qui aboutit à des phrases incompréhensibles, à des tournures absconses, à l'ambiguïté, il dénommait les décadents et les symbolistes des httérataires et les accusait, en bouffonnant, de se retourner le poignet pour écrire ou de manier leur plume avec les orteils.

Il se préoccupait de la portée sociale des livres de sa maturité :

— Avec la situation que le public m'a

dormée... je deviens responsabLe., Je ne puis plus, écrire uoie simple historiette d'amour ou une: aventurette amusante... Il faut que je ;Sois désormais utile... c'est: mon devoir.

De cette obsession, naquirent V Immortel, V Obstacle, une partie- au moins, de Sapho : le <s strugforlifeor, l'Académie, les liaisons immorales «I.

En relisant œs œuvres, je: trouve que c'est: précisément la préoccupation morale qui les gâte. Elle fait outrer les travers académiques ; le * strugforlifeur >>, en tant que personnage typique, s'est considérablement démodé, et quant à la morale de. Sapho, elle va au rebours deS; intentions de l'écrivain : le jeune amant répugne plutôt qu'il n'intéresse, tantôt par son égoïste couardise, tantôt par sa ridicule faiblesse ; au contraire, Sapho séduit et entraîne.

Sans les prétentions morales, qui ne cadraient pas. avec le caractère de l'écrivain, ces livres auraient plus de charme ; c'est à cause dui Daudet tel quel qu'on les reUt avec plaisir.

Avant même qu'il songeât à leur portée sociale, les livres, de; Daudet apparaissaient moins crus, moins enclins à l'impudeur que les hvres de ses congénèresj naturalistes. Ce n'est pas

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quo l'écrivain fût pudique ! Cioncourt, boa niisog\'ne, Zohi, personnage longtemps chaste, étaient bien moins, savants que Daudet en sciences amoureuses : seul Maupassant l'égalait. La réserve livresque de Daudet avait, je pense, des causes multiples. Tout d'abord, elle est instinctive. Daudet avait un certain respect de son public. Il y voyait des jeunes hommes, des jeunes filles, des femmes délicates, qu'il lui déplaisait de froisser ou de corrompre, tandis que Concourt ou Zola n'y songeaient point — ou ne s'en souciaient guère. Je crois aussi qu'il cédait parfois aux conseils de M"® Daudet, qui, très naturellement, détestait les peinturés on lascives ou truculentes. Enfin il jugeait cela inutile, il croyait que ceux qui soat en proie aux images de la chair les voient assez d'eux-mêmes et qu'il n'est pas utile de les chatouiller.

On a. dit parfois qu'il le faisait par spéculation — pour avoir un public plus considérable. Il semble qu'il se serait aussi bien et mieux vendu avec do la pornographie : auprès des pages sensuelles qu'il eût pu écrire, les plus ardentes pages de Zola auraient paru froides et sans rafi&nement.

Il se peut qu'il ait désiré n'être pas e.xclu

parles femmes, que même il ait désiré atteindre un public relativement pur : ce public l'attirait, chose assez fréquente chez les frénétiques de l'amour.

Assurément, il n'était pas indifférent à la vente ; je n'ai rencontré personne qui le fût, surtout parmi les auteurs vendables. Il avait trop d'adresse naturelle pour n'en pas user à l'occasion ; je n'ai jamais vu que ce fût malhonnêtement. Il gardait l'étonnement de son succès ; il avouait avoir une certaine inquiétude mêlée au plaisir de vendre ses œuvres ; il gardait le sentiment que l'art ne devrait pas être payé, que c'est déjà merveille qu'on ait des lecteurs, qu'on donne à des inconnus le plus délicat, le plus immatériel des plaisirs :

— Quand j'ai reçu mes premiers droits d'auteur sérieux... les gros billets de mille... je me faisais un peu l'effet d'un cambrioleur... Ce n'est pourtant pas un mal, Rosny, si l'on intéresse cent mille lecteurs, qu'ils vous accordent chacun une petite pièce comme prix de leur amusement. Tout de même, si j 'avais été millionnaire !...

Il rêvait un moment et se mettait à rire :

— Aurais-je écrit? Ne me serais-je pas perdu

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dans la vie' Il y a des écrivains qui doivent avoir été pauvres... je suis probablement de ceuxlà !

Ce terrible amoureux se reprochait tel petit méfait passionnel dont, en somme, les plus difficiles sont fiers plutôt que contrits :

— Qu'y faire? La nature avait mis la frénésie en moi comme un feu dans un bois de pins... et puis, malheureusement, une vision trop rapide des femmes. Avant celle qui m'a apporté l'enchantement du foyer, avant la construction du nid... je ne cherchais pas les femmes sentimentales... les petites bouches et les yeux naïfs... non, il me fallait les bohémiennes... les lourdes lèvres sensuelles... les yeux qui cherchent, qui chassent, qui s'emplissent du phosphore des aventures. Je les reconnaissais vite... comme un animal reconnaît les bêtes de son espèce... Jamais je ne me suis plu à faire patiemment la cour à une femme... parce qu'alors je sentais tout le mensonge... toute la tromperie sur la marchandise... Devant une femme qui exigeait la longue épreuve des visites, des discours, je me disais : «Celle-là n'est pas pour toi, mon petit..

ce serait mal ! » Mais panni celles qui. foat le; rêve du Tendre, il en est qui sont faibles, on surprises dans un mauvais moment — aucun être n'est absolument fidèle à sa nature... Voulez-vous savoir mon plus grand remords? C'était à une noce de gens simples, de gens d'un degré de caste inférieur au mien... là-bas... dans, le soleil. J'avais déjà mon petit rayon. ^. le théâtre... les journaux. Le mari, im brave garçon de vaillance et d'honnêteté, mais opaque, pesant^ gourd. La femme, une ébauche de: Mireille, les yeux d'étoile, le joli sourire in:Fiocent, avec la. pointe de malice provençale... Elle était curieuse,, elle m'avait lu : hélas ! elle attachait une importance foncière à l'imprimerie. Alors, que voulezvous, ce fut un jour de diablerie... ma.sacrée imagination bondissant comme un chat-pard... J'eus plusieurs fois la petite à mon bras, sa.main tiède, l'étoffe de la jupe contre mes jambes... je sentais mon ascendant de gentilhomme sur la serve... et une admiration naïve, plus dangereuse de ne pas savoir au juste pourquoi... Il y eut des danses — la sacrée invention} — le contact,, une gorge moite... finalement, le coup de Satan, dix minutes de solitude inespérée, où la pauvre enfant ne sut pas même ce qui lui arrivait ï

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J'y songe souvent avec remords, avec le même souvenir qu'aurait un homme très solide et pas méchant qui, dans un mauvais jour, aurait battu un faible !...

Il secouait la tète, repentant :

— Une, au contraire, me laisse un souvenir grisant... un souvenir des forêts vierges de l'amour, (''était un après-midi. Des nuages noirs, l'orage qui voulait et ne vouliiit pas, un temps dont chacun connaît la puissance sur les nerfs et sur les désirs, je sortais d'une maison amie... je vis, dans un fiacre, où elle venait de monter, — ie cocher retirait une musette à son cheval, — une femme pâle, les paupières violettes, des yc-ux troubles et troublants... Nous avons échangé un long regard, un seul — et je suis tranquillement monté dans la voiture... Je nous revois dans un escaher très noir, puis -dans une chambre très bLinche... Je me demande si nous avons échangé dix phrases... mais pen- ■dant des heures !... des heures i... Je suis sorti de ià sur des jambes tremblantes, comme un cheval exténué... En somme, un souvenir plein, riche, sans bavures... La certitude de n'avoir fart de mal à personne... et d'avoir vécu comme un -dieu.

— Vous l'avez revue?

— Jamais. J'ai préféré que ce souvenir fût unique...

<< Tout cela est loin... loin !... avant le mariage... avant la famille !<>

11 voyait dans la maladie, la mort, le chagrin, de dangereux stimulants d'amour. Une femme chaude de larmes, aux chairs faibles et palpitantes, est préparée à des chutes qu'elle ne sait plus prévoir; elle est aussi plus tentante, un fruit délicieux de l'arbre maudit :

— Oh ! les larmes, disait Daudet, ce qu'elles ramènent à la profonde nature, ce qu'elles ont de séduction nouvelle, imprévue, foudroyante... Et la jolie malade qui doit mourir... qui, demain, ne pourra plus recevoir un baiser... quel désir vertigineux : ne pas la laisser partir sans qu'elle ait participé à ce que la vie a de plus impétueux et de plus tendre !... L'autre jour, au chevet d'un tuberculeux, un pauvre être qui se consxmiait comme une torche, yeux ardents et pommettes brûlantes... j'ai vu une femme exquise, la femme d'un de mes amis les plus chers. L'homme était condamné... Elle l'avait fait venir chez elle, parce que des liens de parenté vague les unissaient... Elle le veillait le jour... elle le

DAUDET A CHAMPROSAY

veillait la nuit... Mon ami était bien tranquille. Que craindre de ce condamné... de ce demimort? Il n'y pensait même pas, tellement ça lui semblait lointain. Moi, j'y pensais... je voyais entre ces deux êtres une force terrible et impérieuse... qui, d'un moment à l'autre, pouvait les jeter à l'irrésistible folie... J'aurais été frénétiquement jaloux si j'avais été à la place de mon ami...

— Et, fis-je... soupçonnez- vous?

— Non... Il est arrivé ce que les médecins nomment un coUapsus. Le tuberculeux a plongé dans une sorte de coma... il est parti très vite...

Il se tut un moment, puis :

— La douleur, la souffrance... C'est l'affreux mystère de notre vie terrestre. Quelle haine j'ai pour elles I... Une haine d'homme du Midi... la même que pour la mort ! Et pourtant qu'elles sont passionnantes ! Quelle intensité de vie ! Quelles ouvertures sur nous-mêmes !...

« Voyez cet arbre, Rosny... ces feuilles d'écarlate... On dirait une noce... et c'est des funérailles. Des myriades de toutes petites bêtes le dévorent. Il y a une beauté dans la maladie, il y a ime grandeur dans une belle souffrance

Et tant -de détours, depuis la douâeur qui approche sournoisement, à petits pas, comme une souris, jusqu'à la douleur solennelle qui vient au son des trompettes et des cloches !

Au mépris profond qu'il avait pour les hommes politiques, Daudet mêlait étroitement la crainte et l'aversion des Juifs. L'homme politique s5nïibolisait pour lui ie suprême mensonge social. La politique n'était que l'art de vivre du înensonge, du mensonge tout nu :

— Si voleur, si hâbleur que soit un négociant, il y a quelque chosederri-ère sa tromperie... il y a la marchandise ! Un faussaire risque la geôle. Le directeur de journal donne cinq, dix ou quinze centimes d'amusement. Mais l'homme politique, sans autre arme que son mensonge, prend la force, l'autorité, parfois la plus cynique des gloires. C'est le vibrion de Dumas, Il pourrit tout ce qu'il touche... il donne aux «places» une signification fétide... il détruit l'initiative et l'effort loyal. Avec ça, le plus amer comique, la plus sinistre galéjade... Vous est-il possible de hre un discours poh tique sans rire? Quintes-

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sence d'ineptie, triple extrait de sottise... et pourtant, c'est adroit, c'est cauteleux, plein de ruses d'hommes qui connaissent et savent exploiter les foules, ces monstres épouvantables, CCS forces de géant avec des intelligences de rat ou de cochon d'Inde I

Svu: les Juifs, Daudet partageait la plupart des idées de Drumont :

— J'ai des haines de race, disait-il, un peu malgré moi... et mon Dieu ! sans que cela me rende méchant pour les individus. Ainsi, j'ai l'horreur et la peur de l'Allemand, plus encore qu'en 70. Je vois une infiltration effarante... qui atteint tout le monde... surtout le redoutable monde des professeurs... qui sème l'avenir. Mon fils même — qui saura se dépêtrer — avale du poison. Ah ( les trompettes de Lohengrin !... Ce grand bruit strident d'un peuple dévora teur f... C'est pour vous expliquer ma défiance et mon angoisse devant le Juif... la race des races...

— Mais non, c'est très mélangé... partout ils ont pris du sang étranger.

Daudet riait silencieusement :

— Vous n'avez pas remarqué que les métis retournent tous à Israël... Tenez, Mendès,

chaque année, il devient plus Juif... Non, mais relisez la Bible. Les Romains mêmes n'ont pas ce ton absolu, et ce Dieu pour eux seuls, ce Dieu jaloux comme ils disent... Eh bien ! làdessus vingt siècles de lutte sourde, âpre, implacable... Le ghetto crée et recrée sans cesse une mentalité irréductible... Le commerce, l'argent lient ce peuple d'un triple mortier. Mélangé? peut-être, mais quel instinct ! Actuellement, ils voudraient ne pas nous dévorer, ils nous dévoreront quand même ! C'est plus fort qu'eux. Et si nous ne trouvons pas un remède, c'est tout au plus s'ils nou3 laisseront les abatis !... Leurs voix rauques !...

— Les croyez-vous positivement plus malhonnêtes que les autres?... La rapacité et la duplicité du paysan sont si fortes !

— Elles se diluent... elles se perdent dans le tas. Au contraire, avec le Juif, elles font boule de neige des steppes russes jusqu'à Marseille, de Constantinople à Londres... Combien avez-vous connu de Juifs qui ne s'informent pas? Pas un sur mille. Et rien n'est terrible comme l'information... Seuls, parmi les Européens, les Allemands l'ont compris... Si nous n'arrêtons pas le mal...

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— Et comment faire? Je ne pense pas que vous auriez le courage de les persécuter, de les mettre hors la loi... Moi, je ne l'aurais point. Alors, ces hommes qui ont résisté à deux mille ans de friction, dans des siècles formidables?... Il faut les assimiler !...

— Ils aimeraient mieu.\ revenir au cierge de six livres... au poing coupé... à la marche au bûcher, assis à rebours sur l'âne...

Il revenait volontiers sur ce sujet, que nous généraUsions en parlant des races. C'était un point où il s'entêtait, lui si tolérant pour le reste. Il croyait à une irréductibilité profonde, non seulement entre les peuples, mais encore entre les terroirs : ^le Nord et le Midi. Ce grand satiriste des joyeux Méridionaux les aimait passionnément ; il voyait en eux la gaîté du monde ; on France, leur disparition entraînerait un ennui sépulcral. Inutile de dire qu'il savait leurs défauts. Il est encore celui qui les a le mieux mis en lumière, mais il adorait leurs qualités. J'estime sa vision des gens du Nord tronquée et fausse. L'idée d'Anglais enjoués ne lui entrait pas dans l'esprit ; il ignorait l'hunieur joviale du rouchi français, du Gallois, du Vaudois.

De même attribuait-il aux Méridionaux une extrême puissance d'imagination : Tartarin vit presque uniquement de fables. Personne n'a vu mieux que Daudet l'ironie, la galéjade qui se mêle aux plus surprenantes impostures. Peutêtre a-t-il moins bien marqué le sang-froid qui se mêle à l'enthousiasme de ses compatriotes, sangfroid sans lequel il n'y aurait évidemment pas tant de politiques provençaux, gascons ou languedociens.

Une réunion de Méridionaux est entraînante et captivante, mais on sent qu'il y a au fond une discipline, un art de s'emballer, qui a ses rythmes et ses limites. En ce qui regarde la puissance intrinsèque de l'imagination ou même son outrance, je ne crois pas que l'homme du Midi dépasse l'homme du Nord. C'est la manière qui est différente. Aucune outrance d'images, de récit, de types, ne dépasse Dickens ; le Lorrain- Vendéen Hugo est un des plus extraordinaires réservoirs d'images que notre sol ait produits ; songez à l'intensité imaginative de Poê, à l'éclat de ViUiers, à la richesse visionnaire de Quincey. Au Nord, l'imagination apparaît plus maladive qu'au Midi, elle comporte maints désordres nerveux,

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parce qu'elle se contracte, s'intériorise, alors qu'au Midi elle se dilate et s'extériorise.

Daudet avait- il une conception particulière de la vie? Il ne m'a pas semblé. Il avait des conceptions successives, souvent contradictoires, tout dépendant des heures, du temps, de la souffrance. Agnostique et divers, comment se fût-il donné une opinion sur ce monde si bizarre où notre pensée flotte comme une épave? Cependant, il n'était ni Heraclite, ni Démocrite, ni l'Ecclésiastc, ni le Voltaire de Candide, ni Schopcnhauer, Ça ne lui semblait pas une simple farce, un jeu de Guignol comme à Hébrard, ime géhenne comme à Leopardi.

Il avait ses jours de foi, de foi vague, mais sûre, où il croyait à je ne sais quelle tendance vers le mieux. Remué par de subits enthousiasmes, brassé par des admirations, acharné à vivre au sein de la douleur, il tournait vers son jardin des yeux émerveillés. Une sonate, un chant, un cri d'oiseau, le joli bruit d'une robe — et le sens de l'univers devenait charmant...

Mais comment n'aurait-il pas subi de lourdes vagues de pessimisme? La cruauté de la vie

éclatait dans sa chair. Fou de mouvement, il était rivé à son fauteuil, passionné d'aventure, il se voyait à jamais accroché, à jamais enfermé dans la plus casanière des existences. A chaque instant, les chocs odieux du mal, l'arrivée de la meute sinistre. Des nuits dures, des sommeils au chloral, qui le laissaient accablé et courbaturé... Puis il connaissait si bien l'instabilité humaine, la fragilité des affections, les haines, les trahisons, le perpétuel maquillage des âmes... Tout de même, de cet ensemble, la tristesse ne jaillissait qu'exceptionnellement — du moins pourle visiteur et pour l'hôte. Le pauvre homme aurait plutôt été consolant ; il tirait la gaîté de ce qui aurait pu lui paraître épouvantable ; il faisait revivre des êtres amusants et des circonstances enivrantes ou joyeuses. En me tournant vers l'amont, je le vois plus souvent « roboratif >> que déprimant ; il donnait du courage et de la confiance ; il attribuait aux efforts un prix considérable ; il chantait la clarté, la grâce, le sourire des choses, la beauté de l'aventure, les enchantements de la lumière, des eaux et des fleurs, la joie fine des scènes familières, les bontés secrètes de l'homme...

De cœur, sinon d'esprit, c'était un optimiste.

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