‹ Torquemada et l'InquisitionChapitre 10 sur 14 · LE COTÉ AVEC UN COUTEAU, ET IL LUI ARRACHA LE CŒUR · texte numérisé non relu

LE COTÉ AVEC UN COUTEAU, ET IL LUI ARRACHA LE CŒUR

Jamais juge ne mentit, très certainement, avec une aussi inconcevable audace. Comment les inquisiteurs pouvaient-ils avoir oublié que, deux jours avant, c'est-à-dire le 14, au

cours d'une dernière confrontation, Johan Franco, un des coaccusés, avait, en leur présence et sur leur demande, renouvelé Taveu par lequel, le 17 octobre, il reconnut en termes formels que c'étaitlui quiavait, desoncout^au, ouvert le côté de Fenfant, dehaœo de la ^erm7Za, pour lui prendre le cœur? Il est vrai que Juan de Ocafla, dans sa déposition du 20 octobre, prétendit que Jucô Franco, à l'aide d'un canivette (d'un canif) perça le bras de la victime et fit couler son sang ; mais ce dire ne fut confirmé par aucun des autres témoins, et il était resté acquis, autant qu'il pouvait l'être, que c'était Alonzo Franco qui avait ouvert les veines à la victime, de même que c'était Johan Franco qui lui avait ouvert le flanc.

Il n'est pas jusqu'aux vénéflces sur lesquels se base en dernier la sentence, qui ne soient présentés dans un ordre injustifié par rapport aux débats. Ici, nous trouvons deux conciliabules qui suiveut, à court intervalle, le crucifiement, et à l'occasion desquels le cœur de l'enfant est, chaque fois, rapporté. Ou ce cœur avait déjà servi, et par conséquent il ne devait plus exister, ou bien il n'avait pas servi et, dès lors, le premier complot n'avait pas été mis à exécution.

Ce procès nous a habitués à bien des irrégularités : juridiction contestable, compétence douteuse, accusation indécise, obscurité de toutes sortes, aveux invraisemblables, témoignages plus que douteux, preuves nulles ou insuffisantes, rien n'a manqué pour rendre impossible toute conviction, même aux esprits les plus favorablement disposés. Ce qu'on n'attendait pas, toutefois, d'une cause semblable, c'est la stupéfaction qu'on éprouve invinciblement à revoir la sentence et à considérer la manière dont les juges, bien que revêtus d' uncaractère sacrée envisageaient le sort terrible fait aux accusés. Est-ce là ce que les dominicains entendaient par la justice du Saint-Office? Est-ce là l'usage qu'ils faisaient du privilège

dont ils étaient si fiers, et du secret dont les codes enveloppaient, bien à tort, leur système de procédure ?

Que faut-il penser, en effet, après ce que nous savons, des procès qu'ils instruisaient de la sorte ? Pour combien de justiciables renouvelèrent-ils la pratique qu'ils avaient suivie à l'égard de Jucé Franco, en mettant à sa charge un fait capital dont il n'était nullement l'auteur? Quelle conOance faut-il .avoir dans cette affaire de la Guardia, après tant de sujets de doute, dès qu'on est en présence d'un acte d'aussi insigne mauvaise foi ? Qui nous répond qu'il n'en fut pas de même de tous les autres qui subirent également condamnation pour la même affaire? Combien s'en trouva- t-il parmi les relaxés, morts ou vivants, qui furent ainsi dénoncés, à la face du public, comme ayant ouvert la poitrine d'un enfant avec un couteau, pour lui arracher le cœur?

Le public, lui, ne savait rien de toutes choses, et il s'en rapportait aux termes des jugements formulés en sa présence ; ne lui disait-on pas qu'ils étaient rendus au nom de Dieu, christi

NOMINE INVOCATO?

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