‹ TorquemadaChapitre 103 sur 176 · ACTE PREMIER — SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER — SCÈNE I

GUILLOT-GORJU

Merci, mon capitaine.

L'HOMME

x\h ! la lettre volée au courrier de la reine.

Guillot-Gorju lui remet une lettre que l'homme examine, puis serre précieusement.

Comment donc as-tu fait ?

GUILLOT-GORJU

C'est fort simple et tout clair.

Hier, Tagus et moi, nous allions prendre l'air Sur la route d'Espagne et marchions tête à tête. Un gentilhomme passe au galop et s'arrête A la Croix-de-Berny. Tagus n'est pas manchot Et me dit : Il va boire un coup ; il a grand chaud. L'homme en effet s'attable à côté de l'éghse. Alors Tagus a fait un trou dans sa valise, D'où la lettre est sortie avec quelques ducats. Si l'on nous avait vus, c'était un mauvais cas ; Mais l'homme est reparti sans soupçonner la chose.

L'HOMME, à part.

Sur quels hasards le sort des empires repose !

Crois-tu que les bourgeois, sur la place arrêtés, Me prendront aisément pour toi ?

i84 LES JUMEAUX

GUILLOT-GORJU, lui présentant un pardessus de vieux veloiirs noir et une grande cape de moire jaune.

Pardieu ! Mettez Mon balandran d'Alger et ma cape de moire. Vous avez comme moi barbe et perruque noire. Même taille, même air. Une voix d'opéra. Parlez haut, criez fort, et l'on s'y trompera.

L'HOMME, endossant le surtout et la cape.

Mais ton valet Tagus ?

GXHLLOT-GORJU.

Tout voir, et ne rien dire.

C'est son instinct. Tagus se laissera conduire Aveuglément par vous. Croix Dieu ! vous savez bien. Vous courtisans, qu'on dresse un homme comme un chien.

L'HOMME

Retz ne dirait pas mieux. — 0 Dieu qui nous gouvernes. Dieu puissant ! à quoi bon vivre dans les cavernes. Si l'homme se déprave, en tout point, en tout sens. Autant chez les voleurs que chez les courtisans ?

A Guillot-Gorju.

Ne va pas me trahir surtout, et reparaître !

GUILLOT-GORJU, avec une emphase théâtrale.

Mon pourpoint n'a jamais caché la peau d'un traître.

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