ACTE PREMIER — SCÈNE I
L'HOMME, souriant.
Mais c'est que ton pourpoint cache fort peu la peau.
GUILLOT-GORJU
Ne craignez rien !
Il ramasse à terre sous des haillons un vieux feutre crevé et défoncé, orné d'une vieille plume jaune, et, le lui présentant avec majesté :
Seigneur, voici votre chapeau.
Appelant Tagus, qui a disposé la baraque pendant toute la scène.
Tagus, voilà ton maître.
Tagus s'incline.
Obéis. Sois docile.
C'est un autre moi-même.
Il congédie Tagus du geste.
A l'homme :
-^ Et vous, soyez tranquille.
Je ne vous cèle pas d'ailleurs que je m'en vais. Pour les gens de notre art Paris devient mauvais.
L'HOMME
Peste ! en si beau chemin, toi, Gorju, tu recules !
GUILLOT-GORJU
Messieurs du Châtelet se font très ridicules. — A propos, êtes- vous un peu chiromcmcien ?
i86 LES JUMEAUX
L'HOMME
Un peu. C'est un bel art.
GUILLOT-GORJU
Très noble et très ancien.
L'art de voir dans les mains ce que cachent les âmes. C'est qu'il advient souvent que de fort grandes dames Viennent me consulter sur l'avenir.
Souvent ?
L'HOMME, étonné.
GUILLOT-GORJU
Fort souvent.
L'HOMME
Dans la rue ?
GUILLOT-GORJU
Ici même.
L'HOMME
En plein vent ?
GUILLOT-GORJU
Elles baissent leur voile. On tire la tenture.
Il montre une affreuse guenille qui pend aux perches.
Et puis, on improvise.
L'HOMME
Allons ! je m'aventure.