‹ TorquemadaChapitre 104 sur 176 · ACTE PREMIER — SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER — SCÈNE I

L'HOMME, souriant.

Mais c'est que ton pourpoint cache fort peu la peau.

GUILLOT-GORJU

Ne craignez rien !

Il ramasse à terre sous des haillons un vieux feutre crevé et défoncé, orné d'une vieille plume jaune, et, le lui présentant avec majesté :

Seigneur, voici votre chapeau.

Appelant Tagus, qui a disposé la baraque pendant toute la scène.

Tagus, voilà ton maître.

Tagus s'incline.

Obéis. Sois docile.

C'est un autre moi-même.

Il congédie Tagus du geste.

A l'homme :

-^ Et vous, soyez tranquille.

Je ne vous cèle pas d'ailleurs que je m'en vais. Pour les gens de notre art Paris devient mauvais.

L'HOMME

Peste ! en si beau chemin, toi, Gorju, tu recules !

GUILLOT-GORJU

Messieurs du Châtelet se font très ridicules. — A propos, êtes- vous un peu chiromcmcien ?

i86 LES JUMEAUX

L'HOMME

Un peu. C'est un bel art.

GUILLOT-GORJU

Très noble et très ancien.

L'art de voir dans les mains ce que cachent les âmes. C'est qu'il advient souvent que de fort grandes dames Viennent me consulter sur l'avenir.

Souvent ?

L'HOMME, étonné.

GUILLOT-GORJU

Fort souvent.

L'HOMME

Dans la rue ?

GUILLOT-GORJU

Ici même.

L'HOMME

En plein vent ?

GUILLOT-GORJU

Elles baissent leur voile. On tire la tenture.

Il montre une affreuse guenille qui pend aux perches.

Et puis, on improvise.

L'HOMME

Allons ! je m'aventure.

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