ACTE PREMIER — SCÈNE VII
LE COMTE DE BRÉZÉ
Ta main, Créqui ! Vrai Dieu ! même sort nous rassemblr . On ose m'outrager, on osa te bannir.
LE COMTE DE BUSSY, envisageant M. de Créqui
comme un homme qui cherche dans sa mémoire. Au comte Jean.
Oui, c'est bien en effet Créqui. — Ton souvenir N'est pas mort parmi nous.
Tous serrent la main du comte Jean. LE DUC DE CHAULNE.
Nous parlions tout à l'heure De toi.
LE COMTE JEAN
Merci, messieurs.
LE VICOMTE D'EMBRUN, examinant le costume de Jean de Créqui avec un geste d'admiration.
Comte Jean ! que je meure Si l'on vous reconnaît ! — Vous êtes déguisé !^
LE COxMTE JEAN.
Non. Vieilli. Pour vieillir un pauvre homme, Brézé, Vois-tu, dix ans d'exil valent vingt ans de vie.
Aux quatre gentilshommes.
Messieurs, que voulez-vous et queUe est votre envie ?
La vengeance ? Je viens vous l'apporter. — Pardieu ! Faites moins de vacarme et jouez mieux le jeu ! Moi, je tiens le joueur risible et détestable Qui frappe à tout propos des deux poings sur la table. Qui se fâche, et maudit brelan ou quinola. Criant l'argent qu'il perd et les cartes qu'il a. Pendant tout cet éclat, le fer caché s'aiguise. Jamais un Henri trois n'est empêché d'un Guise. Donc attaquez, selon qu'il faut l'ombre ou le bruit. Au grand jour Richelieu, mais Mazarin la nuit. Donc, aujourd'hui la sape et demain l'estocade. La moitié du combat se fait dans l'embuscade. Donc, calme-toi, Brézé, pas d'esclandre, et, crois-moi, Garde, sans dire mot, ta charge auprès du roi. Et puis ne craignez rien, la lutte sera grande. Que si quelqu'un de vous maintenant me demande A quoi bon ces haillons que j'emprunte aux ribleurs, C'est mon secret. J'entends le garder. Et d'ailleurs C'est l'habit de ce siècle ignoble, fourbe, oblique ! Siècle où rien n'a grandi que la honte publique ! Où notre œil, quelque part que nous pénétrions. Ne voit que charlatans, baladins, histrions ! Farce où se perd l'honneur de tous ! — le mien, le vôtre ! Retz est sur un tréteau, Mazarin sur un autre. L'Autriche est le souffleur qui tient le manuscrit. Or, moi, Jean de Créqui, gentilhomme et proscrit. Messieurs, puisque la France, à qui la pudeur manque
Il va à la table où sont les gobelets.
Est aux comédiens, je me fais saltimbanque !