‹ TorquemadaChapitre 141 sur 176 · ACTE II — SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE I

O ma mère ! pourtant je vous aurais aimée !

— J'étouffe ! —

Il va à la fenêtre du fond, monte les marches et regarde dans la campagne.

Dieu ! là-bas, comme cette fumée Monte blanche et joyeuse et s'en va dans le ciel !

Au fond du cachot, du haut des marches. .

— Quoi ! l'homme fait sa gerbe et l'abeille son miel! Quoi ! le fleuve s'enfuit ! quoi ! le nuage passe ! L'hirondelle des tours s*envole dans l'espace,

La nature frissonne et chante dans les bois, Tout est plein de concerts, de murmures, de voix. Tout est doux, tout est beau sur la terre où nous sommes; Et rien ne dit au monde, et rien ne crie aux hommes : Vous êtes tous heureux ! vous êtes libres, vous ! Eh bien ! dans ce donjon, là, sous de noirs verrous. Privé de brise fraîche et de chaude lumière. Enviant sa fumée à la pauvre chaumière. Un prisonnier languit que les cachots tueront. Dont nul ne sait le nom, dont nul n'a vu le front, Un mystère vivant, ombre, énigme, problème. Sans regard pour autrui, sans soleil pour lui-même ! Triste et morne captif, ô comble de douleurs. Qui pleure sans pouvoir même essuyer ses pleurs !

Il revient sur le devant du théâtre.

— Oh ! baigner un seul jour, dans Tair qui partout vibre, I\Ies cheveux, ma poitrine et mon visage libre.

Et puis mourir ! — Mais non, jamais ! — Masque odieux !

Il cherche, de ses deux mains, à arracher son masque.

Jamais pour déployer mes ailes dans les deux. Jamais pour m'envoler fier dans l'azur splendide. Je ne pourrai te rompre, affreuse chrysalide !

— O rage !

Il s'assied, laisse tomber sa tête sur la table et on l'entend sangloter. Après quelques instants, sa tête se relève.

Mais cet ange ! oh ! ne blasphémons point! L'heure vient.

Il va de nouveau voir où en est le rayon.

Le rayon aura bientôt rejoint La marque que j'ai faite à la cinquième dalle.

Revenant.

— Son approche endort tout dans mon âme fatale, Et je me sens au cœur un amour infini ! —

On entend quelques accords de luth qui semblent venir d'une chambre voisine.

C'est elle ! Je l'entends !

Il tombe h geaouT.

Mon Dieu ! soyez béni !

Profond silence. Une voix s'élève du même endroit que le luth dont elle semble s'accompagner. Le prisonnier écoute, à genoux, dans une attitude de prière et d'extase.

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