‹ TorquemadaChapitre 74 sur 176 · DEUXIÈME PARTIE — ACTE II · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — ACTE II

Le roi baisse la tête. Le marquis l'observe et continue.

Certes, c'est un sujet de surprise et d'effroi

Que ce vil écheveau, vœux, cloître, dogme, règle.

Ait pu faire une toile énorme à prendre un aigle.

Mais c'est fait. L'aigle est pris. L'aigle, à l'heure qu'il est.

N'a plus qu'un tremblement d'aile dans le filet.

Devant vous le missel, l'évangile, la bible,

Se dressent, et vouloir ne vous est pas possible ;

Aimer, vous n'osez point ; régner, vous n'osez plus.

Les vieux rois, durs autant que les monts, chevelus

Ainsi que les forêts, étaient d'humeur plus fière.

Ah ! plus que le passé, le présent est poussière.

Un roi se laisse prendre une femme, et, clément.

Rampe, sans essayer même un rugissement.

Il n'est plus rien de grand sur la terre qu'un prêtre.

Lui, ce moine — oh! comment l'enfant ose-t-il naître? —

Ce moine règne ; il a sous ses sandales vous !

Le roi ! Sur l'âme humaine il pousse les verrous ;

Il est plus que l'évêque, il est plus que l'abbesse.

Pour le diacre et la nonne ; il vient, la loi se baisse,

Le sceptre ploie ainsi qu'un jonc, l'épée a peur.

De ses yeux fixes sort une immense stupeur ;

Il a pour but l'empire, il a l'homme pour cible.

Et, penché, couvrant tout de son ombre terrible,

Il guette l'univers, sombre espion de Dieu.

Regardant le roi en face.

L'histoire un jour dira : Ce fut l'âge de feu. Ce siècle fut un temps d'ombre et de vasselage. 5^

Qu'a-t-il fait ? de la cendre. Au glaive de Pelage

La fourche à remuer la braise succéda.

Et comment se nommait le roi ? Torquemada.

LE ROI, se levant.

Par la gorge, marquis, tu mens ! Le roi se nomme

Ferdinand, et ni moine, et ni pape de Rome,

Ne feront qu'il en soit autrement, et que moi,

Le tigre et le lion, je ne sois pas le roi !

Et je le prouverai par des têtes coupées.

Tu vas m'aller chercher des gens armés d'épées.

Puis marcher droit au cloître Asuncion, saisir

L'infante, et tout fouler aux pieds, c'est mon plaisir !

Et j'entends que tout pHe et se courbe et s'efface

Comme si Ton voyait subitement ma face !

Et voici Tordre écrit.

Il s'approche de la table, prend une plume et une feuille de parchemin, et écrit rapidement.

« Cédez, de par la loi.

Ce que fait le marquis, c'est ce que veut le roi. »

Il signe et remet le parchemin au marquis.

Et, si quelqu'un résiste, alors frappe, foudroie. Brûle, écrase, extermine, et passe, et qu'on ne voie, Au lieu maudit où fut ce couvent, tout à coup. Pas un être vivant et pas un mur debout !

Gucho redouble d'attention.

• LE MARQUIS

Si quelque moine?...

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