‹ Torsion du Grand ÉpiploonChapitre 14 sur 45 · COMPLICATIONS · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS

Les complications de l’omentovolvulus sont très diverses, mais elles sont heureusement rares, car dans la majorité des cas l'opération a été faite en temps opportun, le malade ayant bénéficié de l'erreur de diagnostic. Cependant il y a des cas où l'opération a été incomplète et où on a laissé une partie de l’épiploon tordu à l’intérieur de l'abdomen: on à vu alors éclater des phénomènes graves, qui ont causé la mort du malade.

Nous distinguerons d’abord les complications hémorragiques, qui sont les plus fréquentes et les plus redoutables, puis nous étudierons diverses autres complications telles que l’occlusion intestinale, l’ascite, la thrombose des veines, etc.

Complications. hémorragiques. — L'hémorragie, peut être intense et ne se manifester par aucun symptôme objectif, ou bien elle peut donner lieu à du mélæna, à des hématémèses.

1° L'hémorragie interne n'est pas signalée dans les diverses observalions, mais on peut l’admettre par analogie avec celle qui se produit souvent dans la torsion du pédicule des kystes de l'ovaire. L’épiploon, du fait de la torsion, subit des troubles circulatoires profonds ; les

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veines du pédieule sont les premières comprimées : les artères, grâce à leur élasticité, échappent à la compression. Il en résulte que, par apport continu de sang artériel, on pourrait observer des phénomènes congestifs, qui déterminent par rupture vasculaire une hémorragie, rapidement mortelle, mais le fait n’a pas été observé.

2° Mélæna-hématémèses (1). Les cas de Moresco et

d'Eiselsberg sont intéressants à ce sujet.

. Dans le cas de Moresco, la plus grande partie de Tépiploon tordu avait été laissé dans la cavité abdominale et formait une tumeur ovalaire de la grosseur d’une tête d'enfant, cyanosée, œdémateuse, sphacélée. Le péritoine portait des traces de péritonite purulente; l’estomae, l'intestin, distendus par les gaz, contenaient du sang en partie digéré. Cette hémorragie provenait de petits foyers hémorragiques et nécrotiques des muqueuses stomacale et intestinale.

Dans le cas d’Eiselsberg, le jour qui suivit l'opération, le malade eut un vomissement de 3/4 de litre de matières analogues à du marc de café, alors que le lavage pratiqué sitôt après l'opération n'avait rien donné de spécial. La mort survint 38 heures après l'opération. L'autopsie montra qu'on n'avail fait la résection que d’une seule torsion, il restait 3 tours situés plus haut. Le reste de lFépiploon présentait des infiltrations sanguines, et à la coupe on vit les veines thrombosées. Quant à l'intestin grèle, on ne put constater autre chose qu'une rougeur et un dépôt fibrineux. Sur la muqueuse stomacale on vit

(1) Extrait du mémoire de Preztsch. — Ce chapitre a été traduil de l'allemand par nos soins. Me Rubinstein a bien voulu nous prêter son gracieux concours, nous la remercions bien vivement.

jsae rs tout près du pylore une grosse ulcération d'un centimètre et plusieurs autres plus petites présentant un fond brunâtre. De l’autre côté du pylore on trouva un abcès long de 12 à 13 centimètres, siégeant au niveau du duodénum. Au niveau de la petite courbure on aperçut six gros abcès et plusieurs autres plus petits qui avaient détruit la muqueuse. Le fond de ces abcès était couvert d'un dépôt hémorragique brun-noirâtre. Enfin on trouva disséminées sur la face antérieure de l'estomac de petites érosions.

Eiselsberg considère ces érosions comme d’origine embolique. Moresco considère que la cause des hémorragies réside dans la pression exercée par la tumeur sur la circulation du mésentère.

Probablement dans ces deux cas il s’agit d'une embolie infectieuse, comme le montrent une série d'observations analogues. Gussenbauer a constaté que des thrombus infectés partis de l'intestin et du mésentère dans l’occlusion intestinale peuvent arriver au poumon et provoquer des pneumonies. Pietrokosky la démontré expérimentalement sur des animaux. Peut-être la broncho- pneumonie mortelle des cas de Monod et de Feitz et Bender est-elle due à une embolie semblable, mais c'est là une hypothèse, puisque dans le premier cas le malade avait l'influenza et dans le deuxième de l’emphysème. Von Eiselsberg rapporte un cas analogue d’une hémorragie stomacale chez un malade qui présentait une hernie réductible de lépiploon et où on avait réséqué un gros morceau d’épiploon altéré. Deux Jours après l'opération, des hémorragies stomacales eurent lieu, malgré cela la guérison survint. Cette hypothèse de l’origine embolique des lésions stomacales et du duodénum par une embolie rétrograde ou une thrombose des veines de l’épiploon trouve une con-

firmation dans le travail récent de Payr (1), qui rapporte une série d'observations cliniques et qui démontre par des expérimentations sur les animaux le rapport causal existant entre la formation des thrombus et les phénomènes stomacaux. À l’aide de fines aiguilles de Pravaz, Payr injectait des cobayes, des lapins, des chiens, et sous la réserve de la plus stricte asepsie il faisait pénétrer dans les veines de l’épiploon et du péritoine de fins éléments corpusculaires, par exemple de l'encre de Chine, ou de l'huile, etc. Il obtint ainsi quelques résultats peu nombreux, il est vrai, mais tous positifs ; il constata des érosions hémorragiques déterminant de fortes hémorragies de l'estomac ou bien encore la formation d'un joli abeès typique. Dans quelques cas aussi le duodénum participa à ces modifications. Les mêmes constatations ont été faites par Engelhardt et Neck (2) pour le foie, après ablation de l’épiploon chez les chiens, lapins et cobayes.

Autres complications. — L'occlusion intestinale peut résulter de deux mécanismes différents : ou bien lépiploon entraîne dans sa torsion le côlon transverse auquel il est fixé, déterminant ainsi le volvulus comme dans le cas d'Allingham, ou bien l’occlusion se produit du fait des adhérences. Celles-ci sont, en effet, fréquentes dans la torsion, et non seulement elles provoquent de la douleur, mais encore en tirant sur l'intestin elles peuvent réduire sa lumière par coudure déterminant ainsi l’occlusion.

La rupture du pédicule peut avoir lieu comme cela se

(1) Payr. — Munich. med. Wochensch., 1905, n° 17, p. 793. (2) Neck. — Deutsche Zeitschr. f. Chirurgie, 1901, n° 58, p. 308,

CT aa produisit dans le cas de Wiesinger. Dans ce cas, il peut se déclarer de la péritonite aiguë entraînant rapidement la mort du malade. Mais on peut aussi se demander si cette masse épiploïque ne pourrait être supportée sans grand dommage pour le malade, comme cela a lieu dans le kyste fœtal par grossesse ectopique ? On ne peut répondre à cette question, car il n'y a pas encore assez d'observations à ce sujet. |

La thrombose des veines qui se produit dans la torsion

du pédicule des kystes de l'ovaire, ainsi que Terrillon Pa démontré, se produit aussi dans l'omentovolvulus. Elle

est alors le point de départ d'une phlébite, phlébite des

membres inférieurs comme dans un cas de Riedel.

L'ascite a élé aussi signalée, c'est une ascite symplomalique, analogue à celle qu'on observe dans les kystes de l'ovaire. Elle est due probablement à l'irritation chronique du périloine par la tumeur épiploïque et ne se retrouve par conséquent que dans les formes à marche lente.

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