‹ Tournai archéologique en 1895Chapitre 3 sur 11 · I.CS cinq clOch('i-S · texte numérisé non relu

I.CS cinq clOch('i-S

(On peut les bien voir de beaucoup d'endroits, mais nulle part ils n'olfrent une masse aussi imposante que

lorsqu'on les contemple de la Grand'Place, à l'entrée de la rue des Meaux).

Le clocher central, beaucoup plus large que les quatre autres est moins élevé qu'eux, quant à la maçonnerie, mais sa tlèche, octogone, qui est très haute, le ramène au même niveau que les autres. (Quatre clochetons cantonnent la tlèche. Chacune des faces de la tour centrale est ornée de deux rangs superposés d'arcatures, les unes aveugles, les autres percées d'une fenêtre.

Les quatre clochers qui tlanquent les côtés du transept sont élancés, carrés, consolidés par des contreforts peu saillants aux angles, et surmontés d'une toiture pyramidale à quatre pans.

Ces toitures qu'on est occupé à démonter pour les refaire à neuf, datent du \i)" siècle, (l'une d'elles porte plusieurs fois la date de 152^ ; on ne possède aucun document qui établisse si avant cette époque elles affectaient la même forme qu'aujourd'hui.

Le système général de décoration des quatre clochers est le môme; ils possèdent tous, sur chacune de leurs faces ou à peu près, quatre étages réguliers d'arcatures, les unes aveugles, les autres ouvertes, plus quelques fenêtres irrégulièrement {)lacées dans la partie inférieure; mais ils dilFérent dans leurs détails, et même dans leur style, l'un étant complèteinent roman, deux autres de transition, et le (jualrième entièrement gothique, sans que cette variété ait rien de disparate.

Chaque clocher porte un nom, ce qui n'empêche qu(! souvent les auteurs les ont confondus. Voici ces noms d'après le Maistre d'.\nstaing qui devait bien les connaître.

Le plus ancien, dans l'angle du ch(i'ur et du tran-

sept, du côté du beffroi, est appelé Marie-Pontoise. L'autre, du même côté, mais dans l'angle de la nef et du transept, est appelé clocher Marie ou de la paroisse; les deux derniers, du côté du Marché aux fruits sont le clocher Saint- Jean ou du carillon, vers le choeur, et le clocher Brunin, contre la paroisse Notre-Dame.

C'est du Marché aux fruits (Place des acacias), que l'on a la plus belle vue sur le chœur.

Tl appartient au style gothique primaire dans toute sa pureté et n'a pour caractère distinctif que son excessive simplicité.

De grandes baies (dont les fenestrages sont modernes), occupent tout le pourtour de l'étage, elles sont surmontées de gables qui se relient à la balustrade en pierre (de restauration récente), qui règne à la naissance du toit. Une crête moderne en plomb, haute d'un mètre, règne sur le comble de la toiture. Sur la croix qui est à l'extrémité du sanctuaire, statuette ancienne d'ange sonnant de la trompe. Tout autour s'accuse le déambulatoire du chœur, avec ses grandes verrières semblables à celles de l'étage.

D'élégants contreforts, avec deux arcs boutants soutiennent la voûte du chœur. — Le second de ces arcs, de construction ancienne, est cependant postérieur à la construction primitive, car il coupe la colonne sur laquelle repose l'arc supérieur, contre le chœur. Les contreforts sont couronnés par des pinacles, qui tous ont été récemment rétablis.

Les chapelles de la Passion, de Saint-Louis et de la paroisse n'olTrent pas d'intérêt particulier.

Les dépendances de la cathédrale, qui s'étendaient tout à l'entour de l'édifice ont disparu, sauf les sacristies. 11 reste quelques fragments du cloître dont il a été

LA CATFIÉDRALE. 131

parlé plus haut (rue du Curé Notre-Dame, école Saint-Luc).

Intérieur.

L'ensemble de la cathédrale, lorsqu'on v pénètre par l'entrée principale, produit une impression profonde, inoubliable, et chaque partie, étudiée isolément, nefs, transept et choeur, otîre le plus vif intérêt. La longueur intérieure totale de l'édifice est de 132 mètres.

Le porche, bien qu'il ait été profondément modifié par la démolition du côté qui regarde la nef et son remplacement par un portique en marbre, dans le style du \Cf siècle, renferme des parties d'autant plus intéressantes qu'elles sont probablement les plus anciennes de l'édifice et remontent peut-être au S'' siècle.

Les chapiteaux des colonnes sont d'un type très archaïque, beaucoup d'entre eux sont ornés de pommes de pin, plusieurs bases sont ornées de têtes d'homme ou d'animal, d'autres ont les tores, de même que la plinthe des pilastres, sculptés.

Un groupe de trois colonnes torses entre les deux portes est d'une élégance toute particulière.

Les arcades latérales, qui sont bouchées, indiquent bien que cette partie de l'édifice a été remaniée lors de la reconstruction du 1 1'' siècle.

L'une d'elles renferme l'épitaplie de Nicolas du Lief, évêque d'Arras.

Au-dessus du porche se trouvait autrefois la chapelle Saint-Michel. On y voit aujourd'hui les orgues.

Le long des basses nefs, et en [)articalier du côté de la paroisse Notre-Dame, on remarque quelques colonnes cantonnant les pilastres, dont les bases, ainsi ([ue la plinthe des pilastres, sont {)lus ornées que les autres et paraissent dater de la ni(''ine êpixjutî quo h^ [)orche.

Ces sculptures se rapprochent assez de celles du roman bourguignon, et leur type diffère de celui des colonnes de la nef, dont il va être parlé.

Nefs.

Les nefs étaient achevées en 1070. Elles appartiennent donc au roman de la première époque.

La grande nef compte neuf travées qui se décomposent en quatre zones ou étages : la première, ou rez-de-chaussée, est composée d'arcs plein cintre légèrement outrepassés, reposant sur des piliers en forme de croix, avec une colonne engagée sur chaque face, et quatre colonnettes prismatiques, dans les angles, formant un élégant faisceau de colonnes ; les arcs sont à arêtes vives, non moulurées ; les chapiteaux de forme cubique, ornés de feuillages variés, de rinceaux, de rubans perlés, de figures d'hommes et d'animaux; les bases ornées de deux tores séparés par un creux, avec, aux angles du socle, une feuille qui les relie à celui-ci.

La seconde zone, qui correspond à la galerie de l'étage, otfre comme la première de larges arcs pleincintre reposant sur un pilastre carré posé en diagonale, et cantonné aux angles de quatre colonnettes octogones. C'est une disposition très orginale et très décorative.

La troisième, ou triforium, se compose d'arcs aveugles, deux par travée, reposant sur des colonnettes trapues, au centre desquels il y a une baie aveugle.

Enfin, la quatrième, ou clair étage, est composée de larges fenêtres évasées, sans ornements.

Une voûte moderne, construite en 1777 et qui a le grand tort de masquer la partie supérieure des murs, a remplacé le plafond plat, en bois, del'époque romane.

On remarquera que la décoration de la nef, très

riche dans le bas, c'est-à-dire au rez-de-chaussée, va en diminuant au fur et à mesure que la construction s'élève.

Les chapiteaux ont conservé des restes assez caractérisés de polychromie.

Les basses nefs, sont à voûtes d'arête dont les arcs doubleaux reposent sur les faisceaux de colonnes de la nef et sur des pilastres cantonnés de colonnettes du côté des murs latéraux. Autrefois chaque pilastre était orné d'une colonne engagée, répondant à celle du côté de la grande nef. Elle a été enlevée en 1G;33, lorsqu'on a commencé à moderniser la cathédrale; l'arc doubleau, privé de son point d'appui, a été retaillé du côté des murs, ce dont on s'aperçoit facilement. Des statues en marbre du 1 7" siècle, adossées aux pilastres, remplacent ces colonnes.

Au-dessus des basses nefs s'élèvent d'importantes (jaleries, aussi hautes que les nefs elles-mêmes et voûtées comme elles, mais de voûtes faites au 17'" siècle et qui ont remplacé les toitures primitives lambrissées. Elles sont éclairées comme elles aussi par des baies romanes.

A la hauteur des portes latérales, les basses nefs, par suite du retour vers le transept, otîVent un quinconce de faisceaux de colonnes, aux formes variées, formant une perspective des plus grandioses et des plus pittoresques.

L'examen des chapiteaux, d'une variété inlinie, présente un très grand intérêt. Ils sont d'un travail soigné et correct, et ont été rehaussés de polychromie ('eux ou ligurent des êtres humains ou des animaux sont assez rares. L'un d'eux, dans un groupe de colonii(\s proche de la porte du sud, i-ei)résente un hoiiiiiKî tombant dans

le vide; on a supposé qu'il rappelle la mort accidentelle de l'architecte arrivée en cet endroit ; un autre chapiteau plus curieux se trouve sur une colonne près du porche nord et a déjà été décrit : il représente d'un côté une femme donnant le sceptre à un homme, et de l'autre une femme (nue) dévorée par un monstre.

Le style roman de la nef, et en général de la cathédrale de Tournai a ses caractères propres ou, pour parler plus exactement, ne semble pas appartenir franchement à aucune des trois grandes écoles romanes, voisines, celle de la Bourgogae, dont Cluny est le type ; celle de la Normandie et celle du Rhin. Il semble qu'il se rapproche cependant davantage du roman normand, tel surtout qu'il fut compris et appliqué dans les grands monuments de l'Angleterre et, ce qui paraît plus certain encore, c'est qu'il tire les éléments principaux qui le composent, des monuments de la Lombardie (et de Milan en particulier) dont il a subi l'influence directe.

Avant de quitter les nefs il faut encore signaler : la statue en albâtre du Sauveur, du 16*^ siècle; un monument funéraire (sans nom de défunt) appliqué contre le troisième pilier de la basse nef, côté de l'évangile; il est en marbre, date du 16'' siècle, et représente le défunt, à genoux, présenté par saint Jean-Baptiste, son patron, en prière devant sainte Barbe; les nombreuses pierres tombales fixées aux murs des bas côtés ; la statue de Notre-Dame la brune, devant qui brûlent toujours de nombreux cierges, et qui date de 1507; (l'édicule en marbre, de style roman, qui l'abrite est moderne); enfin, la chaire de vérité, oeuvre très médiocre de François Gillis (1740) et les bénitiers formés d'une immense coquille.

LA CATHÉDRALK. 135

Transcjil.

Bien qu'il appartienne au style roman, comme la nef, et qu'il soit contemporain de celle-ci, il en dilFère totalement comme type général, aussi bien que comme détails. Construit au 1 1" siècle, le transept fut remanié dans sa partie supérieure au 12'' siècle. C'est incontestablement la partie la plus belle de la cathédrale et l'un des chefs-d'œuvre du style roman.

Les absides circulaires sont de toute beauté; pour en bien juger, il faut se placer à l'extrémité d'un des bras.

L'hémicycle est formé de sept arcs plein cintre, surhaussés, formant d'étroites baies supportées par des colonnes monocylindriques très élevées; derrière ces arcs règne un étroit bas côté. L'étage est construit sur le même plan, mais les colonnes sont beaucoup moins hautes, et derrière elles règne une galerie comme au rez-de-chaussée. Elle est surmontée d'un triforium composé d'une série de pilastres cantonnés de colonnettes, supportant la moulure sur laquelle s'appuient les arcs des voûtes. Ceux-ci, disposés en éventail, vont butter contre un des arcs doubleaux de la partie droite du transept.

Cette voûte, d'une hardiesse extraordinaire, date de la fin du 12" siècle, comme d'ailleurs toutes celles qui couvrent le transept, et qui ont été construites lors du remaniement qu'a subi toute cette partie de la cathédrale.

Les chapiteaux des colonnes et leurs bases, sont d'un type très diiïérent que celui des nefs. Ils sont bas, moins riches de décor (pas d'entrelacs, de feuillages, d'animaux' et les volutes qui les ornent les rapprochent davantage de la sculpture romaine. Us conservent des traces de polychromie. Les bases des colonnes ni! sont })oint [)attèes.

Outre les hémicycles, le transept comprend encore la lanlo'ue, qui domine l'intersection de la nef et du transept, et de chaque côté de la lanterne une partie droite assez difficile à décrire, car elle-même se compose de deux travées fort ditférentes l'une de l'autre et dont les côtés ditîerent entre eux, selon qu'ils regardent la nef ou le choeur.

La première travée, qui semble uniquement destinée à relier l'hémicycle à la seconde travée qui fait le retour des nefs, se compose d'une arcade élevée, supportée par des colonnettes en retrait ; au-dessus le mur est plat, jusqu'à la hauteur du triforium qui est semblable à celui de l'hémicycle.

Dans le triforium de cette travée, touchant au clocher Marie ou de la paroisse, on remarquera deux chapiteaux sculptés fort curieux : l'un d'eux porte les emblèmes des quatre évangélistes, l'autre des têtes d'hommes avec des serpents sortant de la bouche.

Cette même travée, du côté de l'évangile, est dilférente de celle-ci dans les détails de son ordonnance. L'arc est moins élevé, le triforium est dépourvu d'arcatures.

Immédiatement au-dessus du triforium prend naissance une voûte gothique en berceau qui repose sur des arcs doubleaux supportés d'une part par un pilastre carré orné de colonnettes élancées, de l'autre par un faisceau de colonnes partant du fond comme les premières.

Le côté de cette travée qui touche au chœur offre la même disposition. On y a adossé un autel dont il sera parlé plus loin.

La seconde travée est beaucoup plus riche. Son ordonnance générale est celle de la nef, dont elle forme le retour. Elle comprend en réalité deux travées de la

nef, c'est-à-dire deux arcades au rez-de-chaussée et à la galerie et deux fenêtres au clair étage. Seul le triforium diffère. Il olîre les éléments combinés de ceux de la nef et de l'hémicycle. Du côté du chœur, cette travée a été totalement remaniée et remplacée par une baie gothique lors de la construction du nouveau chœur. La voûte qui la couvre est ogivale et à nervures. p]ntre les arcs du rez-de-chaussée, etmontantjusqu'à la naissance des voûtes, mais s'arrôtant là, et ne répondant par conséquent à aucun besoin actuel de la construction, on voit une colonne sans chapiteau. C'est un rcficnlir qu'il est difficile d'expliquer.

Au centre s'élève la lanlcmc ou le ilnmc dont la voûte à nervures est à -IS mètres du sol. Elle est supportée par quatre arcs puissants reposant euxmêmes sur quatre faisceaux de colonnes romanes, qui ont été surhaussées, du côté du chœur lors de l'établissement de celui-ci. L'arc triomphal, repris en sous œuvre, est d'une magnifique envergure. Il coupe les fenêtres romanes de ce côté du clocher central. Les autres côtés ont conservé leurs fenêtres à plein cintre.

Sous le d(Hne, et servant d'entrée et de clôture au cha3ur, se dresse le jithc en marbre, chef-d'œuvre de style renaissance, élevé par Corneille de Vriend, dit Lloris, d'Anvers, au \(\" siècle. 11 se compose de trois arcs re[)Osant sur des colonnes d'ordre doricjue, la {)arlie supérieure ornée de médaillons en marbre blanc, qui r(![)résentent (hïs scrutas tle l'ancien (;t du nouveau Testament dont l'une est la figure de l'autre, [)ar exemple le Christ en croix et le serpent d'airain, la Kesurr'(;ction du Sauveur et Jonas sortant de la baleine... C'!S ni(hlaillons sont cntouiM^s (r('>l(''ganles sculptures

décoratives et une balustrade en marbre couronne la galerie. Au sommet de chaque arc le sculpteur a placé une statue en albâtre : Notre-Dame, saint Piat et saint Eleuthère. La partie inférieure, derrière les colonnes est massive, et n'a jamais été destinée à être dégagée, l'arc central seul devant être ouvert.

Au-dessus du jubé on a placé une statue en bois de saint Michel, œuvre de Lecreux, qui autrefois se trouvait à la chapelle Saint-Michel existant alors audessus du porche.

A droite et à gauche du jubé, au delà de l'ouverture du chœur, se trouvent des autels qui viennent d'être transformés et attendent qu'on leur donne une forme définitive en rapport avec le style du monument.

Il y a peu de temps ils étaient encadrés par d'immenses portiques en marbres de diverses couleurs, de style classique qui s'élevaient à peu près jusqu'à la hauteur du triforium. Ils pouvaient donner une idée de la richesse du chapitre à l'époque de leur construction (IS*" siècle), mais ils rompaient malheureusement la ligne de l'édifice et ne pouvaient être conservés.

Lors de leur démolition, on a remis au jour dans le transept nord, au-dessus de l'autel Saint-André, des fragments considérables de peintiwes romanes retraçant la légende de sainte Marguerite, en sept tableaux, qui remontent au 12" siècle.

1. Sainte Marguerite, gardant les brebis est rencontrée par Olibrius.

Page 1