L'incrédulité de saint Thomas
Au centre de chacun des deux panneaux des extrémités émerge un ange portant les instruments de la Passion.
La châsse de saint EleiUhère, au côté de l'Evangile, est une des plus admirables œuvres d'orfèvrerie qu'ait produites le 13° siècle; elle est malheureusement en assez mauvais état, par suite des réparations maladroites qu'elle a souffertes aux siècles passés, et attend une restauration complète et artistique.
On ne connaît pas l'orfèvre qui la travailla et on sait seulement qu'elle reçut les reliques de saint Eleuthère en U;^7.
Elle a la forme d'un édifice rectangulaire avec toit à deux versants. Chacune des faces latérales est ornée d'arcades gothiques trilobées avec riches archivoltes et crêtes ajourées, et dans l'espace demeuré libre entre ces arcs, l'artiste a placé un ange. A l'intérieur des arcs figurent huit statues d'apôtres assis, quatre sur chaque face, tandis que trois autres occupent trois des huit arcatures plus simples qui ornent les deux versants de la toiture. Outre les apôtres, on voit encore dans ces dernières arcades, saint Jean-Baptiste, l'ange Gabriel, la sainte Vierge, l'Eglise et la Synagogue.
Les pignons des extrémités abritent , sous de riches arcs trilobés, d'un côté Notre-Seigneur, et de l'autre saint Eleuthère ; cette dernière figure est particulièrement belle. Dans le tympan, au-dessus de cha(;un d'eux, se trouve un ange tenant les instruments de la Passion. (Quatre autres figures d'anges tenant des palmes et des couronnes surgissent aux angles de la chasse, à la naissance do la toiture. En riche crôtage d'orfèvrerie couronne le sommet et les gables de la toiture. Toutes les surfaces de métal sont ciselées; des inscriptions gravées autour des personnages, des plaques d'émaux cloisonnés, des rinceaux au feuillage estampé et forgé ornent toutes les parties de la châsse et concourent a en faire une (Xiuvre d'une richesse exceptionnelle.
Aux d(MLX côtés de l'autel s'alignent douze chandeliers gothiques on laiton (deux sont modernes), de dimensions éiioi'ines. On les ai)[)(î]!(ï ici hmirilniis
Au côté (h; r«'piti'0, un oK^igant luli-in golliiijuo eu
laiton, au centre duquel figure la statue de sainte Catherine, copie faite en 1877 du lutrin de Saint- Ghislain; du côté de l'évangile un autre lutrin également en laiton, et de même style, copié sur celui qui existe à l'église de Gaurain. Les originaux de ces deux pièces de dinanderie sont l'oeuvre d'un fondeur tournaisien du 14'' siècle, Guillaume Lefebvre, à qui est dû le remarquable baptistère de Hal.
Le trône épiscopal, en bronze doré, dans le style du 13" siècle, est moderne et a été exécuté par Dehin de Liège; moderne aussi la couronne de lumière du même style, exécutée par J. AVilmotte de Liège.
On remarque encore dans le chœur un lectrier en fer forgé du 15*" siècle et un lutrin moderne en laiton, de style gothique, copié sur une œuvre de Josès de Dinant, artiste du 14'' siècle, qui précisément avait fourni l'ancien lutrin de la cathédrale.
Les stalles des chanoines sont du 17'' siècle, sans aucun mérite. On a placé derrière elles six grands tableaux en grisaille, (occupant chacun toute la largeur d'une travée), par Sauvage d'après le Poussin, représentant six des sept sacrements (le septième est dans la carolle nord, contre le buiïet des petites orgues).
Auprès des portes latérales du chœur se trouvent quatre belles statues en marbre blanc. Celles du côté de l'épître représentent sainte Agnès et la religion, parAVillems, sculpteur anversois (1G70 à 1(380); celles du côté de l'évangile, saint Piat (reconnaissable aux sujets qui ornent les bandes de sa chasuble), et saint Eleuthére portant la cathédrale. Elles datent du 17'' siècle et ont été faites par A^ervoorden.
Tous les vitraux du chœur sont modernes, et ont été peints par J.-B. Capronnier de Bruxelles. Ceux du clair étage oiï'rent l'image dos Apôtres, des Docteurs
lA CATIiKDRALE. 147
et des saints qui ont évangélisé la contrée. Ceux de l'abside et des fenêtres des carolles qui l'avoisinent sont dans le style du 13'' siècle, à médaillons, et rappellent la légende des principaux saints du pays. Le V'', du coté de l'évangile, est consacré à saint Mommolin, le 2" à saint Achaire, le 3'' à saint Chrisole et saint Eubert, le 4° et le 5'' à saint Piat ; les fenêtres de la chapelle de Notre-Dame flamande retracent l'histoire de la Sainte Vierge. La 1'" et la ii" fenêtre, après cette chapelle, en descendant du côté de l'épitre sont consacrées à saint Eleuthôre; les 3" et 4" à saint Médard, les 5'" et (')" à saint Eloi.
Toute cette partie de la cathédrale est richement décorée de peintures dans le style ancien, se rapprochant autant que possible de ce qui a dû exister autrefois. Le mobilier de la chapelle de Notre-Dame est moderne, et le style de ses peintures laisse à désirer. Modernes aussi sont les figures de saints peintes dans les arcatures qui ornent le plat des murs sous les fenêtres.
En face de la chapelle du chevet se trouve le sarcophage commémoratif des évêques et des chanoines de Tournai. Au centre on a placé la statue couchée de Maximilien de (jand, provenant de la tombe de cet évêque. Plus bas on remarque un bas-relief en marbre blanc, le Christ au tombeau par Pierrard [h et des anges attribués à Duquesnoy.
Des tables de marbre donnent les noms des évêques qui ont précédé sur le siège épiscopal Mgr du Roussaux, quatre-vingt-seizième évêque de Tournai.
La caroUc du coté de l'I^vangile est bordée de chapelles ({ui ont été un peu élargies j)ar une ajoute faite au 1()' siècle et (|ui a eu pour résultat mallieureux de
faire disparaître les jolies arcatures gothiques qui régnaient sous les fenêtres.
Tout au bas de la carolle, contre le mur du clocher, tableau de Lucas François : le martyre de saint Nicaise.
La salle sous le clocher, qui sert aujourd'hui de remise était autrefois affectée au logement de veilleur de nuit. Elle est munie d'une cheminée en pierre, ancienne, mais sans caractère.
Immédiatement après, chapelle Sainte-Geneviève. Monument funéraire en pierre blanche représentant le Christ au Calvaire, 15" siècle (très mutilé).
Chapelle Saint-Eleuthère. Tombeau du chanoine Cottrel H" 1545). Il ne reste que la table, la statue ayant été détruite.
Au-dessus, bas-relief funéraire en pierre delà famille du même chanoine et qui date de 1380. Au centre. Dieu le Fils, en majesté, comme dans la scène du Jugement dernier ; à sa droite et à sa gauche, de nombreux membres de la famille Cottrel, agenouillés et présentés par leur patron. Les uns portent la robe de magistrat, d'autres le costume de chevalier.
l^ableaux parmi lesquels il n'y a à citer que : la Madeleine adorant l'Enfant Jésus par Gérard Seghers, et la Visite de sainte Elisabeth à la sainte Famille.
En face de cette chapelle et de la précédente, contre le mur du pourtour du chœur, quelques tableaux : Le jugement de Salomon par Pourbus le Vieux; deux volets de triptyque ; la Visitation et l'adoration des Mages par Lucas de Leyde il) ; et enfin Jésus guérissant l'aveugle-né par Gallait (1834).
Chapelle de saint Denis et de saint Lambert.
Autel moderne ayant pour retable la copie d'un monument funéraire (de Jehan du Bos) dont l'original est conservé dans la sacristie. 4Viptyque représentant
LA CATIIKDRALE. 149
l'adoration des bergers, l'Annonciation et la Circoncision (IG' siècle).
Chapelle Saint-Martin. J-cco homo en marbre du 17" siècle. Tableaux : Ecce homo, la Résurrection et martyre de saint Sébastien.
Chapelle de la Sainte-Croix. Statue de Notre-Dame, en Mater dolorosa, attribuée à Lucas Fajd'herbe. Tableau : Hérodiade tenant la tête de saint Jean.
Chapelle Sainte-Marthe, dite de Mgr Voisin. Autel moderne ayant pour retable le monument funéraire du chanoine de A\'astines, (y 1 l.">o) représentant le Christ au jardin des Oliviers, bas-relief en pierre peinte et dorée.
Tapisserie du 17' siècle (la translation d'une châsse). Une autre tapisserie, du ITy' siècle [ex dono mngistri Xicolai hoHiujois lo/'iu(censis) a été volée récemment.
Tableaux : la Sainte-Trinité (sur fond d'or), école allemande, et sainte Marie-Madeleine au pied de la Croix.
Immédiatement auprès de cette chapelle, dans la première arcature se trouve une porte dissimulée qui donne accès à un escalier en vis, établi entre le mur et un contrefort, conduisant aux toitures des carolles. On peut, par là, étudier le système des contreforts et des arcs boutants, et faire le tour extérieur du chœur par le chemin de ronde qui règne au niveau des fenêtres du clair étage.
[.os chapelles qui bordent la carolle du côté sud lou côté de l'èpitre) sont les suivantes :
Chapelle Saint-Paul. (Quatre tableaux en grisaille. Kn face de cette ('ha[)elle, contre la clôture du chanir, on a retrouvé le caveau de W'alter de Marvis, évoque
du IS"" siècle. Il sert encore de sépulture à un de ses successeurs.
Chapelle Saint-Pierre, où se trouve la porte conduisant à la sacristie. On y voit un petit panneau de tapisserie, représentant l'Ecce homo, qui paraît être de fabrication tournaisienne et dater du commencement du 16'' siècle.
Chapelle du chanoine Godefroj. Sur l'autel, statue de Notre-Seigneur en albâtre (16'' siècle); reliquaires en forme de pyramide, et chandeliers en laiton, du 17'' siècle. Tableaux : Christ en croix, Mater dolorosa, Ecce homo, et deux volets de triptyque; Ecce homo et sainte Véronique.
Deux travées des carolles ne contiennent pas de chapelles mais donnent accès à la chapelle du Saint-Sacrement, ou choeur d'hiver, qui appartient au style gothique du IS'' siècle mais qui est un peu moins ancienne que le chœur. On l'appelle aussi chapelle de la Passion ou du Saint-Sépulcre. Trois de ses côtés sont occupés par de hautes verrières. Un seul vitrail est ancien, c'est celui qui se trouve derrière l'autel. Il a été donné par l'évéque Charles de Croy en 1526 et ornait primitivement la grande fenêtre qui occupait dans la façade principale la place de la rose actuelle. On l'a transporté ici lors de l'enlèvement de cette fenêtre.
Il représente l'évoque récitant la prière de saint Augustin à la Bienheureuse Vierge : Sancta Maria succei're miseri.s (mendiants, blessés, captifs); juva pusillariiiues (femmes qu'on veut assassiner); refove /lebilcs (malades) ; oj'a pro jioymlo (le peuple représenté par l'empereur et les rois); ialevceni pro clero (le clergé, pape et cardinaux;; intercède pro devolo l'ehiineo sexu (grandes dames en prière).
Les deux autres fenêtres sont ornées de vitraux exécutés en 1877 par J,-B. Capronnier, à la mémoire de l'évêque Q.-J. Labis. Ils représentent la proclamation du dogme de l'Immaculée-Conception et celle de l'infaillibilité pontificale, qui eurent lieu dans deux conciles auxquels prit part l'évêque.
Sous les fenêtres règne une très élégante arcature gothique à arcs trilobés. Les arcs qui sont derrière l'autel ont conservé, au moins en partie, leur décoration polychrome du 13*' siècle qui consiste en figures d'anges portant des phylactères. Ces figures occupent le champ qui s'étend entre les arcs et le bas des fenêtres. Les tons sont très doux et fort harmonieux (tuniques vertes semées de lys d'or, ailes blanches, avec partie supérieure dorée, nimbe d'or). Les chapiteaux et les nervures de la voûte ont conservé aussi leur ancienne polychromie.
Llégante piscine à arc trilobé, et seconde piscine, selon l'usage ancien, un peu plus loin sur le côté. Statue en pierre de saint Piat (17' siècle) ; lutrin du 14'' siècle en fer forgé; fragment de tapisserie du li'f siècle, de l'histoire de Jacob (voir le reste à la sacristie) ; tableau, l'élévation de la croix, d'après Rubens, avec le nom du donateur, M. Ilannekaert.
La chapelle qui suit est établie dans le clocher Marie-Pontoise. Elle est destinée à recevoir le dépôt des reliques que possède la cathédrale. L'autel, les boiseries des armoires, la grille sont modernes.
Monument funéraire du chanoine Loys, de style renaissance, en marbres de diverses couleurs, exécuté en MV^i, par Géry Boniface ; il est orné de statue de Notre-Dame avec l'enfant Jésus et saint Jean, et de deux statuettes de guerriers, en marbre blanc.
En face des dernières chapelles, contre le mur de clôture du chœur se trouvent quelques bons tableaux :
Ecce homo, attribué à Quentin Matsys (on en voit une réplique dans l'église dei frari à Venise).
La résurrection de Lazare, par F. Fourbus, 1573.
Les mystères de la sainte Vierge, par Lancelot Blond cet.
La sainte Vierge entourée d'anges, grisaille par P. Saura ge.
La Nativité, par un peintre inconnu, avec deux volets de triptyque, représentant le Christ et saint Bernard; le baptême de Notre-Seigneur, et sur les faces extérieurs : l'adoration des Mages, et la donatrice JeanneMalletdeCoupigny,abbesseduSaulchoir(lG45).
On pénètre dans la sacristie et les dépendances de la cathédrale par une porte ouverte dans la chapelle Saint-Paul.
La première salle est occupée par le revestiaire des chanoines; un étroit couloir mène à la salle du chapitre que l'on a décorée de panneaux sculptés (1729j, représentant l'histoire de saint Ghislain et provenant de l'abbaye de ce nom. Sur la cheminée, beau Christ en ivoire; très intéressante pendule, genre Boule, en bronze doré et écaille verte ; représentant un éléphant.
Le cadran est marqué Viger à Paris, et le socle renferme une boîte à musique.
Au-dessus de cette salle se trouve une partie du dépôt des archives.
Ancienne cluijidlc du Saint- Es jn-it, ovale, éclairée par un lanterneau central, bâtie en 1G22, puis salle du chapitre, aujourd'hui le revestiaire des célébrants.
Elle est ornée sur son pourtour des précieuses tapis-
LA (JATIIKDRAI.E. 153
séries en laine, fabriquées à Arras en 1 402, par Pierot Feré et que donna à la cathédrale Toussaint Prier, chanoine et chapelain du duc de Bourgogne. Une inscription sur l'une des tentures, aujourd'hui disparue, donnait cette date et ces noms.
Ces tapisseries qui mesurent encore 22 mètres de longueur, garnissaient autrefois le dessus des stalles du chœur. Reléguées dans les armoires lorsque le goût de ces tentures passa de mode, elles servirent plus tard de tapis de pied et furent enfin utilisées à boucher les trous des toitures. Mgr Ponceau vicaire-général les sauva d'une ruine totale.
Pelles représentent l'histoire de saint Piat et de saint Eleuthère, en 14 tableaux, avec texte explicatif audessus de chaque scène.
1 . Saint Piat est choisi par Dieu pour évangéliser les tournaisiens.
2. Il entre à Tournai, où l'on voit les habitants sacrifiant aux faux dieux.
3. Prédication de saint Piat. Il a pour auditeurs les parents de saint Eleuthère.