La peste ravage Tournai
(La suite de la vie de saint Eleuthère manque.)
On voit encore dans la sacristie deux grands panneaux de tapisserie fabriqués à Tournai, et donnés à la cathédrale par l'évêque Charles de Croy, en J554. Ils représentent l'histoire de Joseph vendu par ses frères, et le triomphe de Joseph.
Deux riches antipannes, brodés en or et en argent, avec médaillons à sujets. L'un représente l'Assomption de Notre-Dame, il date du lô*" siècle; l'autre, l'arbre de Jessé (tin du 15'' siècle).
Calvaire en ivoire, attribué à Duquesnoy.
Les objets qui composent le trésor de la cathédrale, outre les châsses et autres objets précieux déjà décrits, sont conservés en partie dans l'ancienne chapelle du Saint-Esprit, et en partie dans la trésorerie proprement dite dont il sera parlé plus loin, ce sont :
Reliquaire de la sainte Croix, en forme de croix, or, perles et pierres précieuses, avec un émail byzantin au revers. Elle remonte à l'époque byzantine et provient probablement du siège de Constantinople par les croisés.
Dipll/que en ivoire (évangéliaire) , remontant au 1 !'■ siècle d'après certains auteurs et même, du moins pour la face principale au 8" siècle. Celle-ci représente au centre TAgnus Dei ; le Christ en majesté, entouré des emblèmes des évangélistes et de deux anges. Audessous, le crucifiement, avec les figures de l'Eglise et de la Synagogue, et les médaillons du soleil et de la lune.
LA cathkdralp:. 155
La seconde face est décorée au centre d'un médaillon rond avec saint Nicaise dans l'attitude du prêtre à Y lie missu est. Le reste du feuillet est décoré de rinceaux.
Le manuscrit ne renferme que le commencement de chacun des quatre évangiles, qu'on lit aux quatre stations de la grande procession de Tournai.
Coffret à reliques en ivoire, de forme carrée, décoré sur ses faces et le couvercle de personnages debout sous des niches. (Xotre-Seigneur, apôtres et prophètes). Il paraît dater du 11" siècle.
La Chnss(> de Notre-Dame (120()j, et la Châsse de saint Eleatlière (1247), ont été déjà décrites.
Torche des damoiseaux, en forme de cierge; elle est en argent, décorée de 18 écussons émaillés, et se termine par une tour, à toiture conique. Elle date du 14" siècle, quant aux trois tronçons inférieurs; les deux autres, sont du IC)" et du 17" siècle. Le 2'' porte la date 1528.
(jni/jnon des damoiseaux. Médaillon du KV' siècle, en argent, représentant la pucelle de Tournai, au centre d'une place forte. 11 était porté par le valet de la confrérie.
('/tasse d.rs damoiseaux, en argent repoussé de style renaissance, exécutée en 1571 et 1572. KUe a la forme d'un édifice surmonte d'un toit à deux versants, avec pignons ornés.
Les sujets représentés sont les suivants ■
L'Annonciation ; le prophète Jérémie; la Visitation ; le prophète Isaïe; l'adoration des Mages; David; la Circoncision; Salomon; la Présentation, sur l<;s côté.s.
Sur l'un des pignons. l'Assomption de la sainte Vierge et trois sui(!ts : les Mages cheminant, llérode recevant les .Mag<;.s, ilcrode consultant les prêtres,
sur l'autre la Vierge Marie dans la gloire, et audessous, la fuite en Egypte et le massacre des innocents.
Masse du bedeau des damoiseaux, en argent, du commencement du 18° siècle.
La confrérie des damoiseaux date de 1280; elle comptait 60 membres recrutés dans les principales familles de la ville.
Trois cofl'rets à reliques, retirés de la châsse de saint Eleuthère, en 1888. Le premier, en forme de petit cercueil est recouvert de soie, aussi fraîche que si elle venait d'être tissée. Le second, en ivoire, à la forme d'un petit édicule de style roman ; le troisième, rectangulaire, est décoré de médaillons en étain avec statuettes du 13'' siècle, sous des niches doubles.
Petit coffret en bois garni de bronze ciselé et doré du 15'' siècle (le bois a été renouvelé).
Ostensoir gothique, avec monstrance cylindrique (dans laquelle on a placé un soleil), surmontée d'une pyramide et entourée de clochetons avec statuettes et contreforts. Cuivre doré. 15" siècle.
Ostensoir en argent doré, de grandes dimensions, et richement décoré. Il est de style renaissance (1693) et provient du couvent de la Visitation à Mons. Seules les pierres qui entourent le soleil sont vraies.
Croix reliquaire à double traverse, en bois garni d'argent doré et orné de pierreries et de rinceaux de feuillages estampés. Au revers médaillons en argent niellé, représentant l'Agneau de Dieu, Notre-Dame et saint Jean. Un ange tenant le soleil et la lune; les emblèmes des quatre évangélistes. 14'' siècle; (contient de l'huile de saint Nicolas de Dari).
Autre croiœ plus petite à deux traverses, garnie d'argent doré.
l^Ues sont contenues dans une boîte en bois, avec
LA CATIIÉDRAI^E. 157
volets, OÙ est réservée la place d'une troisième croix, à branches égales, qui a disparue. (Ces croix étaient autrefois conservées à l'évêché.)
(JroiœrcUqufiire, sur pied, à double traverse, d'argent en partie doré, 17' siècle.
Calice du chanoine Cottrel, du 10" siècle (avec trois beaux poinçons d'orfèvre). Grand calice en argent doré et ciselé du 18" siècle (170)0), don du chanoine Le Vaillant. (On ne s'en sert que le Jeudi-Saint).
Deux grandes lanternes à accompagner le Saint- Sacrement, en argent et cuivre doré. Commencement du 18*" siècle, provenant de l'abbaye Saint-Martin.
Masse de bedeau, en argent, du 18'' siècle; longue paleUe en argent (pour mêler les saintes huiles, le Jeudi-Saint) portant une armoirie de prélat.
Canons d'autel en cuivre doré et argent, de style Louis XV, portant les armes (parlantes) de l'abbé l^ath et provenant de l'abbaye Saint-Martin.
Deux bâtons de chantres et deux chandeliers d'acolytes en argent, du 18'' siècle, provenant de l'église Saint-Pierre. (?)
l'i.rid,' on argent de style Louis XA^l.
/làto)i de maître de cérémonies, garni de bronze doré et surmonté d'un buste de Notre-Dame, époque Louis XVI.
Porte-niissel en acajou, garni de bronzes dores (t(;tes de béliers) de style Louis X\'I.
Manuscrits. La cathédrale et la bibliothèque de l'évêché en possèdent do beaux, comme on ,'i i)u en juger à certaines expositions ou certains de c(^s tiiauuscritsont ligure, mais on ne les montre plus anjouid'hui.
Trois manuscrits se trouvent actuelhimeiii (hq)osés à la sa<;ristie, savoir :
Missel du lo'' siècle, in-folio avec belles miniatures. Il a appartenu autrefois aux religieuses de l'hôpital Notre-Dame.
Psautier du 14" siècle avec miniatures très fines, relié en velin avec miniatures sur les plats.
Livre d'heures du liY siècle. (Ces deux derniers proviennent de la bibliothèque épiscopale.)
Vêtements sacerdotaux.
Chasuble de saint Thomas de Cantorbéry , du 12'' siècle, en soie rouge avec bandes tissées d'or. Provient de l'abbaye de Saint-Médard, que visita autrefois saint Thomas.
Etoffe de soie à dessins rouges, jaunes et noirs retirée de la châsse de saint Eleuthère et qui entoura les reliques du saint depuis le 13° siècle jusqu'à l'époque de l'ouverture de la châsse (1888).
Manteau de Charles-Quint, en velours rouge tissé d'or que porta l'empereur lorsqu'il présida un conseil de l'ordre de la toison d'or, à la cathédrale (1531). Il a été orné depuis, d'orfrois du KV siècle à sujets brodés en soie, de la plus grande finesse. (Daté 1573.)
Chape de brocart, rouge et or du 16° siècle, provenant de l'abbaje de Saint-Martin,
Ornement blanc composé de six pièces, donné par le chanoine Cottrelen 1510. Il est couvert des plus riches broderies d'or, d'un relief puissant, sur fond brodé d'argent.
Ornement blanc de dix pièces, chargé de rinceaux brodés en or, de style Louis X\', provient de l'abbaye de Vicogne.
Ornement noir en velours, avec larges bandes de riches broderies d'or rehaussées do soies de couleurs, exécuté au 17" siècle et donné par le chanoine
Steenhuys. On a récemment supprimé les têtes de mort ftrès discrètes cependant) qu'il portait et elles ont été remplacées par une frôle broderie qui jure avec le reste du décor.
Chape à double face rouge et blanche en soie couverte d'élégantes broderies d'or du is- siècle.
Chape violette à broderies d'argent,
CJaisiihle en velours rouge frappé, à larges bandes d'orfrois de haut style, représentant des apôtres, (15'' siècle.)
Chasuble en velours rouge à bandes d'orfrois qui paraissent dater de diverses époques ; broderies d'or et de pierreries et perles fines ; médaillon avec le chitfre MA.
Chasuble et deux <lalnaiii<[ues, rouges à bandes brodées d'or, du lO"" siècle.
Chasuble en velours rouge avec broderies (descente du Saint-Esprit, saint Nicolas), 17'' siècle.
Dais. Les bandes du baldaquin brodées d'or, sur soie blanche commencement du 17" siècle, (1715^) et le ciel en tapisserie d'un grain très tin, aux vives couleurs. lùc, etc.
iJeulelU's. Bas d'aubes en dentelles de provenances diverses, montées sur cartons; autres dentelles garnissant les aubes, etc.
Près de la chapelle du Saint-Ksprit, et contre le revestiaire des chanoines, se trouve la lr<''S(irern\ belle salle avec voûtes d'ogives, à nervures, encore en partie polychromées, datant du \',\' siècle. On y conserve une partie des objets [)récieux qui viennent d'ctre décrits et les ornements sacerdotaux, plus un fragment des tapisseries du HV siècle données par l'évéque d(} Oroy.
lOO LA CATHEDRA I.R.
La salle de musique ou de la maîtrise, établie clans un petit bâtiment du 17® siècle est décorée de panneaux sculptés, provenant de l'abbaye de Saint-Ghislain et qui représentent la vie de saint Ghislain (2) et celle de saint Benoît (4). L'un d'eux est daté 1729.
La salle de l'étage est occupée par les archives du chapitre, qu'il n'est pas permis de visiter.
On a placé dans le vestibule qui conduit du revestiaire à la salle de musique dix ou douze monuments funéraires sculptés en pierre de Tournai du 14® et du 15'' siècle, et qui proviennent de l'ancien couvent des Récollets, quai Taille pierres.
Ce sont eux qui les premiers ont attiré l'attention du monde savant sur l'école de sculpture de Tournai.
Un peu plus loin dans ce vestibule on trouve des armoires où sont déposés des fragments de sculpture provenant de démolitions de vieux murs à la cathédrale.
Bas reliefs funéraires .
1. Monument de Nicole de Seclin f-j- L"!!!); au centre la sainte Vierge allaitant l'enfant Jésus, à sa droite le défunt en costume de docteur et sa femme ; à gauche son frère Colars, avec les insignes de sergent d'armes du roi (-|- 1400).
2. Monument de Jacques Isaak ly 1401) et de sa femme Isabiau Danvaing (y 1401) agenouillés aux pieds de Notre-Dame.
3. Monument de Jehan dou Bos, {-{ 143S) et de sa femme Catherine Bernard.
Au centre l'imago de Notre-Dame assise sur un trône et tenant TEnfant Jésus ; derrière elle deux anges soutiennent une tapisserie; à ses côtés, le défunt, sa femme et leur fille, accompagnés de leurs patrons.
4. Monument de Jehan de Boulogne (y 1 40."]j et de Ghille riidoule sa femme, avec une petite effigie de saint François, supporté par des nuages.
5. Monument de Jehan (niais et Marie l-'olette sa femme (15" siècle), agenouillés devant la Vierge assise sur un trône et tenant ITMifant Jésus sur ses genoux. Derrière elle deux anges soutiennent un drap d'honneur.
(). Monument de Jakes Polés et Bietris de Waudripont, gravé en trait sur une surface plane relevée d'un centimètre environ au-dessus du fond, qui a probablement été rempli autrefois de mastic coloré. Ba sainte Vierge est assise au centre, les défunts sont agenouillés des deux côtés (15'' siècle).
7. Monument de Tasse Saveris [-\- 1 12()) et Katine de le AValle sa femme.
Au centre, sous un riche baldaquin, la représentation de la Sainte-Trinité. A droite et à gauche sous des baldaquins semblables, les défunts accompagnés de leurs patrons. On remarque dans le fond un arbre, au centre duquel apparaît le cerf de saint Hubert.
8. Fragment de monument, (l'épitaphe manque; avec trois personnages, Notre-Dame, sainte Annc^ et le défunt ( 15'' siècle).
î). Autre fragment très important de monument oii le nom du défunt n'existe plus. Il représente la scène du jugement dernier, le Christ au centre, entouré d'anges qui sonnent de la trompette. Fn bas, les morts sortent du tombeau. Fa sainte \'ierge et saint Jean, assistent au jugement. A l'extrémité gau(!he delà pierre, le défunt agenouillé accompagné de son patron, saint Fiévin(^).
Le monument des de Clermais, à l'église de la Madeleine, roprésente le m(''me sujet, à [xîu près do miMue façon.
In. l'etite clia[)elle gothiciue en pierre blan<'he.
1 1 . Fragment de sculpture romane avec un personnage.
Après la visite du chœur, il reste à voir à la cathédrale, la chapelle Saint-Louis et celle de la paroisse Notre-Dame.
Chapelle Sainl-Louis.
Fondée en 1299, par Jean de AVasonne, évêque, dans l'angle sud-ouest de la nef et du transept. Elle appartient au style gothique secondaire et est couverte par de belles voûtes à nervures. Dans les fenêtres on a placé des fragments d'anciens vitraux.
Tableaux : Rubens, le purgatoire; Jordaens, le crucifiement; Lamberl Lonibarl, un roi de France recevant l'étendard pontifical ; deux tableaux, l'un de Bauilin, (1789), et l'autre de L. ]]'atleau (1761), représentant tous deux saint Louis distribuant des aumônes; la fuite en Egypte, par d' Essigny ; saint Druon paissant des moutons ; lapidation de saint Etienne.
La chapelle qui sert de paroisse, a été érigée en 1516, sur l'emplacement d'une autre beaucoup plus ancienne, et plus petite, servant au même usage. La petite chapelle en hors-d'œuvre date de 1657.
Son intérêt, au point de vue archéologique, est presque nul.
L'autel, avec grand retable à colonnes, en marbre noir et blanc, du 16" siècle, est surmonté des statues de Notre-Dame, saint Eloi et saint Nicolas.
Au centre figure un tableau de Ladam, peintre tournaisien, Xotre-Seigneur remettant les clefs à saint Pierre (souvent dissimulé derrière un écran gothique moderne). Il provient de l'église Saint-Pierre.
Le tabernacle, en cuivre doré est l'œuvre de Gaspard Lefebvre, orfèvre tournaisien du 17'' siècle.
Aigle lutrin en laiton, du 16'' siècle, provenant de l'église Saint-Pierre.
Chaire de vérité en bois, du 17'' siècle.
Au fond de l'église, tableau d'après Rubens, copié par M/c/u'l Bouillon : saint François et quatre saintes, adorant l'enfant Jésus.
Tous les vitraux sont modernes.
Trésor. Sla tue lies en argent de saint Nicolas, datée irK>(S et de sainte B(rrbe, 1003.
Reliquaire ostensoir, en cuivre doré, décoré d'émaux rhénans champlevés, et de rinceaux ajourés et estampés. Le nœud de la tige porte six écussons armoriés. 13'^ ou 11' siècle.
('alice en argent doré, 1(V' siècle; ciboire de la même époque; calice, monstrance, encensoir du 18*^ siècle (style Louis XIV) ; burettes en argent du 17'' siècle.
Deux magnifiques chandeliers en argent du 17'' siècle, portant les armes royales de France (hauteur 21) centimètres).
(J/iasuble en drap d'argent avec broderies de haut relief du 17'' siècle (restaurées) et médaillon brodé de la même époque (le couronnement de X.-I).).
Ornement rouge brodé d'or (16" siècle), garni d'odieuses bandes de drap d'argent tout battant neuf.
On peut monter dans les galeries de la nef et dans celles des transepts, pour voir de plus près les chapiteaux des colonnes et se rendre compte de certains détails de la construction. On a accès aux galeries de la nef par l'escalier près des orgues; à celles des transepts parles clochers de la paroisse et Rrunin. On
remarquera en même temps la construction des escaliers et leurs voûtes grossières mais hardies et solides. Celles du clocher Brunin particulièrement sont curieuses.
C'est par ce clocher qu'on arrive à l'ancienne prison du chapitre, réduit situé à hauteur de l'étage au-dessus du porche nord et sur lequel ouvrent seulement la porte et une étroite meurtrière. Elle est précédée d'un couloir étroit pris dans l'épaisseur du mur, orné de trois niches et au fond duquel un petit retrait pouvait servir de chapelle pour les prisonniers. Au-dessous de la prison, (et toujours au-dessus du passage ou porche), autre salle aujourd'hui à usage de magasin et qui a pu servir d'habitation à un gardien, car elle possède une très ancienne cheminée en pierre.
Une autre visite intéressante est celle des galeries extérieures, mais tout le monde ne peut l'entreprendre car il faut franchir des passages peu faciles souvent dépourvus de garde-fous et se glisser dans certains couloirs pris dans l'épaisseur des murs et qui parfois n'ont que oO ou 35 centimètres d'ouverture.
On montera par le clocher Marie ou de la 'pci/'oisse, près de la chapelle Saint- Louis, et on verra d'abord la galerie du transept sud, puis on montera jusqu'audessus de la voûte du transept qu'on traversera pour aboutir à la galerie extérieure du chœur. On fera le tour complet de cette galerie, on passera ensuite audessus de la voûte du chœur, ce qui permettra de voir en passant quelques arcades de la tour centrale cachées par la toiture du chœur; on montera jusqu'au-dessus de la voûte du dôme, pour voir la charpente de la llèche, puis passant au-dessus du transept nord on descendra par le clocher voisin de la paroisse Notre-
Dame (clocher Brunhi) jusqu'à la galerie du transept nord. Remarquer en passant le curieux système de voûtes de l'escalier, visiter la prison du chapitre, descendre plus bas, traverser la galerie de la basse nef du côté nord, et descendre par l'escalier près des orgues.
Rice droite de t Escaut.
La moitié de Tournai située sur la rive droite de l'Escaut appartient au pays nervien. Elle fut habitée avant la conquête romaine comme le prouvent les trouvailles d'objets en pierre polie qui y ont été faites. Les Romains en occupèrent une partie en même temps que l'autre rive, et les Francs s'y fixèrent après la conquête de la ville. C'est là qu'était le palais de leurs rois, où naquit vraisemblablement le grand Clovis et où mourut Childéric.
Au point de vue religieux la rive droite de l'Escaut appartenait au diocèse de Cambrai; elle ne fut réunie à celui de Tournai que lors du concordat de ISO 1.
Enfin ce quartier de la ville se compose lui-même de trois localités bien distinctes l'une de l'autre dans le principe. Le Bourg (paroisse Saint-Brice) qui fit toujours partie intégrante de Tournai; les Caulîburs (paroisse Saint-Jean), et le Bruille (paroisse Saint- Nicolas). On peut encore citer une quatrième paroisse, celle d'AUain, qui est extra muros et eut toujours une vie distincte de celle de la ville proprement dite.
PAROISSE SÂhNT-BRICE.
Rue de Pont.
N"'' 1 à 5. Ancienne halle des échevins de Saint- Brice.
Dans le bas de la rue, au coin du quai Vifquin, on remarque un vaste bâtiment à deux étages avec toiture élevée dont la masse imposante attire l'attention, et qui parait appartenir au 15*" siècle. C'est l'ancienne halle des échevins de Saint-Brice.
La paroisse Saint-Brice, ou le bourg, eut dans le principe une magistrature distincte qu'elle conserva jusqu'en 1660, époque où l'échevinage de Saint-Brice et du Bruiile fut réuni à celui de la Cité. Deux ans plus tard la halle était vendue par la commune à divers particuliers, et en plusieurs lots.
On ignore l'époque de sa construction primitive ; elle est en tous cas antérieure à 1394 puisqu'il en est parlé à cette date et en 1405 dans les comptes communaux. Elle fut remaniée et en partie renouvelée en 1563 mais on ne sait si ce travail fut effectué au bâtiment qui est à front de la rue de Pont, ou à celui, en marteau, appliqué contre la façade postérieure du premier.
Il est dit dans le cahier des charges de l'entreprise que la façade sera en pierres de tailles et briques,
et que l'escalier sera placé dans une tourelle à l'angle intérieure de la cour. (Elle n'existe plus.)
On démolit alors une partie de l'ancienne halle pour éditier la nouvelle. L'entrepreneur fat Jean Martin, maître maçon, qui avait fourni les plans avec Jacques BlauAvet.
En 1000 Pierre Taverne sculpta un écusson aux armes de Tournai pour la cheminée et la salle d'en bas.
Le bâtiment à front de rue est seul intéressant. L'intérieur ne renferme rien de curieux. Les plafonds sont formés d'un solide gittage dont les solives sont soutenues par des jambes de force reposant sur des consoles en pierre entre chaque fenêtre.
Au 2' étage un siège en maçonnerie est réservé de chaque côté dans l'embrasure des fenêtres.
On peut signaler encore un corps de cheminée, composé de trois conduits, bâti en briques alternant avec des lits de tuiles, et rappelant, mais dans un genre beaucoup plus simple, les cheminées en briques de Bruges.
N" 0. En face de la halle, une maison d'apparence toute moderne faisant l'angle de la rue des trois Coquelets, mais dont le gros œuvre remonte probablement au 13*" siècle.
La façade donnant sur la cour, en pierres, couronnée d'un pignon élevé (démoli en avril \H\)T)\ renferme encore quelques détails d'architecture gotliique très ancienne, et de grandes fenêtres à croisillons en pierres du ITy siècle. (Jette maison est dite des Templiers, sans doute parce qu'elle leur a appartenu, mais non parce qu'elle aurait été occupée par eux, leur refuge étant situé sur le quai des Poissonccaux. Sous la maison passe une vaste galerie souterraine, se dirigeant
vers l'église Saint-Brice ; elle mesure environ 3 mètres de largeur sur plus de 2 mètres de hauteur. La présence de cette galerie a été constatée sous plusieurs maisons de cette rue. Elle a été divisée en caves à l'usage de ces maisons.
Une autre galerie passant encore sous la « maison des Templiers ^ semble venir du quai Vifquin et aller vers la rue des Campeaux. Elle est envahie par les eaux et ne paraît offrir aucun détail d'architecture.
N° 28. Le tabellionat (maison de M. le notaire Roger).
Les archives des tabellions tournaisiens sont conservés dans une vaste salle, à l'étage, à laquelle on a accès par un escalier à vis dans une tourelle isolée. La salle date du 17" siècle, elle a un plafond à gittage apparent, et une vaste cheminée, pierres et briques avec un claveau central.
Les archives ( qui ont une certaine importance) sont classées dans un ordre parfait et des répertoires alphabétiques rendent faciles les recherches à y faire.
Dans la même maison : Salon Louis XVI avec tapisseries (verdures), fauteuils, lustres, pendule remarquable.
Plusieurs meubles anciens et une très grande cafetière en argent, Louis XVI.
Rue des Campeaux .
IS° 17. Les bâtiments du couvent actuel des Sœurs de la Sainte-Union établis sur l'emplacement de l'ancien couvent des Canipeaux, religieuses augustines, ne renferment que des restes insignifiants de ce monastère qui doit son nom à Pierre des Campeaux qui le fonda en 1416. Il fut supprimé à la révolution et en partie démoli en 1820.
SAINT-BRIGE. 171
N° 5. Petite maison pittoresque en briques et bois, du 17° siècle.
is° 26. Maison du 17* siècle, briques et pierres, avec niche au-dessus de la porte.
X°' 16 et 18. Maisons du H*" siècle, briques et pierres, fort dégradées, style renaissance flamande.
Maison n" 8. Coin de la ruelle Dalluin. Paraît dater du 15'' siècle. On y a trouvé une cheminée monumentale en pierre, et les restes d'un pavement en carreaux vernissés du If/ siècle; ils sont conservés au petit musée de l'Ecole Saint-Luc.
Rite des Bouc/iers-Saint-B/ice.
Maison n" 4. Façade à pignon, la partie supérieure, qui repose sur des consoles en pierre, surplombant le rez-de-chaussée. Elle a perdu son ancien revêtement en planches.
liue IiO>/ale.
N''^ 1 à 7 et 2 à 10. Maisons du 17" et du 18" siècles, en briques et pierres, sans caractère.
M" 12 et 14. Maisons à pignon, briques et bois, du 16" siècle.
Cette rue qui occupe en partie l'ancien tracé de la rue des Poteries, laquelle aboutissait, dans l'enceinte du 13" siècle à une poterne du même nom, traversait l'ancien quartier où s'étaient établis lespotiers de terre, jadis très nombreux à Tournai, et qu'on nommait pour ce motif - la poterie. -
Lors de l'établissement des maisons du nouveau quartier on mit fréquemment au jour des débris de pots de diverses époques ; on trouva spécialement des vases de formes variées en terre noire du haut moyen âge, constituant des rebuts de four, dans le sol de la maison n" 45. Ils sont déposés au musée d'antiquités.
N° 45. (M. E. Soil : deux cheminées en pierre de Tournai, du 16^ et du IG*" siècle; collection de céramique, (spécialement porcelaines et faïences de Tournai,) armes et meubles.
A l'angle de la rue Royale et de la rue de Monnel (café royal), existait encore en 1870 une tour de la seconde enceinte; celle-ci coupait la rue Royale en diagonale et aboutissait au Becquerel, en passant par la Banque nationale.
N"* 2C). Ecole moyenne (institut de demoiselles, occupant l'emplacement de l'ancien couvent des Capucins, qui s'étendait jusqu'à la rue du Sondart.
Ces religieux s'établirent à Tournai en 1592 et y possédèrent un monastère assez important qui fut fermé parla révolution en 1796, et totalement démoli depuis.
A l'extrémité de la rue Royale, vers la gare, s'élevait autrefois la caserne d'infanterie dite des Capucins, bâtie sous le règne de Louis XIV.
Enfin, dans l'axe de la même rue, se trouvait la tour dite de la poterie dans laquelle ouvrait la porte de ce nom appartenant à la troisième enceinte.
Au delà de la petite rivière s'étend la place Ci^ombcz sur laquelle est construite la gare du chemin de fer, bâtie sur les plans de Beyaert, architecte à Bruxelles, dans le style de la renaissance, en briques et pierres du pays. Les bâtiments de la douane et de l'entrepôt, œuvre du même architecte, et conçus dans le même style sont plus remarquables encore que le bâtiment principal. Ils ont été inaugurés en 1879.
Rue du Becquerel.
Occupe à peu près la limite de la seconde enceinte de la ville, de ce côté.
Maison du 17'' siècle, briques et pierres, du style de la renaissance, absolument délabrée. Un pignon porte la date 1006.
N" 3. Hôtel du comte de Nédonchel. — Tableaux de valeur. Les collections d'antiquités sont conservées au château de Boussu. La collection numismatique (monnaies, médailles et jetons de Tournai), a été donnée à la ville et se trouve au musée (grand'place).
Au centre d'un petit square, buste en bronze de Leray (1810-LS85), chansonnier populaire tournaisien (par A. Huglo).
Rue de Rasse.
N° 9. Maison de l'époque Louis X\T.
N" 1."). Maison de style renaissance flamande, à croisées (supprimées) et cartouches sculptés avec la date 1()7G.
A l'entrée de la rue de Rasse, vers la rue Royale, se trouvait la porte d'Aubigny, ouvrant dans le mur de la seconde enceinte.
PiVe Ikirrc-Saint-ljyice.
N° 2(). Maison du l.j" siècle, entièrement modernisée, et dont les fenêtres de grenier ont d'intéressantes boiseries sculptées.
N° 1(>. Maison datée 1<)60, en briques et bois, à pignon avec fenêtres occupant une grande partie de la farade.
N" S. Maison, farado du 18' siècle, pierres et briques ; la farade do derrière à pignon et le mur de côté en pierres, bien appareillées, qui indique une construction plus ancienne et importante.
Maison faisant l'angle de la terrasse Saint-Rrice datée 151)5, fortement remaniée, occupée [)ardes mena-
ges pauvres, fondation dite le recran (refuge) Casier.
W 17. Maison du H*" siècle, briques et pierres de style de la renaissance flamande.
Le terrain libre à côté de cette maison, était occupé autrefois par la fondation Monnel et Manarre, dont les bâtiments dataient du 16*' siècle.
N""* 8 et 10. Deux maisons romanes, type des plus remarquable d'architecture civile du 12" siècle, et les plus complètes, peut-être, qui soient connues.
Absolument semblables (sauf le sous-bassement de celle qui a été restaurée, et qui date du lô'' siècle), elles ont deux étages, au-dessus du rez-de-chaussée, et sont surmontées chacune d'un pignon dans lequel ouvrent des fenêtres semblables à celles des étages.
La construction est en moellons; des cordons de pierre traversent toute la façade à la hauteur d'appui des fenêtres et au-dessus de celles-ci.
Les fenêtres sont carrées, divisées par une élégante colonnette qui supporte le cordon formant linteau. Au-dessus de chacune d'elles est tracé un arc de décharge.
Une porte et une fenêtre primitives existent encore au rez-de-chaussée de la maison n" 8.
La porte est surmontée d'un arc plein cintre et la fenêtre, carrée comme celles de l'étage, est plus simple que celles-ci. Son linteau est supporté par un simple montant en pierre aux angles taillés en chanfrein ; deux fenêtres semblables occupaient la place dans laquelle on a pratiqué une large ouverture carrée pour faire entrer les voitures.
L'une des deux maisons (celle qui est restaurée), appartient actuellement à la ville. L'intérieur et les façades vers le jardin n'offrent plus rien d'ancien.
Terrasse Saint-Bricc.
Une pierre, encastrée dans la façade de la maison n° 8 et portant la date lt')53, rappelle la découverte, faite en cet endroit, du tombp:au de Childèric, roi des Francs, mort à Tournai en 481 .
In hasard heureux mit au jour le trésor contenu dans cette tombe, l'un des plus considérables et des plus fameux qui aient été trouvés dans le pays. C'étaient presque tous objets en or, dont le plus précieux, au point de vue historique, était un anneau portant l'effigie et le nom du souverain : iliilderici régis. Ils furent donnés à l'archiduc Léopold, gouverneur des Pays-Bas, et après sa mort, furent transportés à Vienne. Ils faisaient partie du cabinet de l'empereur quandcelui-ci lesoffrit, du moins en partie, àLouis XI\' . Après avoir séjourné à Versailles, ils furent déposés au Cabinet des médailles à Paris, où ils ont été volés le 5 novembre 18.']l, puis fondus probablement, par des voleurs, demeurés inconnus. Par un très heureux hasard quelques-uns de ces objets furent perdus par les malfaiteurs qui, en fuyant, les laissèrent tomber dans la Seine. Ceux-ci sont aujourd'hui au cabinet des médailles et des antiques à l\aris.
Ces objets ont été publiés avec de savantes dissertations par Chi filet (au 17" siècle), et l'abbé Cochet (en 18rjî)|. Il serait donc superllu de les décrire ici.
On conserve l'un d'eux à l'église Saint-Brice, les autres sont reproduits, en fac-similo ou en gravures, au musée.
Cette tombe royale n'était pas isolée dans le quartier Saint-Brico.
I)t!s fouilles faites en 1S,'')7, j)ai' M. le comte de Nédonchel, dans le voisinage du tombeau de CJhildfM'ic,
ont révélé la présence d'autres sépultures romaines ou franques.
On en a relevé d'autres, à la rue Barre-Saint-Brice, entre l'église et les roaisons romanes ; un cimetière romain à incinération a été exploré en 1887, sous la maison de M. Bourgois, au coin des rues de Monnel et de Childéric, où soixante tombes environ ont été découvertes.
Au-dessous des tombes romaines on a recueilli une hache en pierre polie et plusieurs couteaux en silex, vestiges de l'époque préhistorique.
Un peu plus loin, à la rue Beyaert (autrefois rue des Cachets), on a trouvé en faisant des fouilles vers 1865, des poteries romaines; et en 1888, on a mis au jour, même rue, sous les maisons n°* 15 à 29, plusieurs tombes romaines à incinération, dont la disposition était assez particulière.
Il existait donc en cet endroit, et sur un espace long de 250 mètres environ un grand cimetière romain et franc, ou plusieurs petits cimetières contigus.
Les travaux de terrassement effectués dans les environs ont encore fait trouver plusieurs amas de poteries du moyen âge, rebuts de four, semblables à celles dont il a été parlé plus haut.
Rue du Quesnoy.
N° 24. Athénée royal établi dans les anciens bâtiments (1607), du NOVICIAT DES Jésuites, puis collège Saint-Paul, et enfin Athénée depuis 1810.
L'ensemble des constructions, en partie restaurées et agrandies, date des années 1609 à 1634, et fut érigé par les Jésuites pour servir de noviciat.
Le mur décoratif, avec porte principale, donnant sur la rue du Quesnoy, est du style Louis XIV.
La première cour, ou cour des externes, est entourée de bâtiments en pierres et briques datant de IGl 1 . Ils sont d'un excellent style. En face se trouve une galerie avec arcades supportées par des colonnettes. Deux cartouches indiquent la date de sa construction (1050) et de sa restauration (1881).
Une seconde cour, entourée comme la première de bâtiments du même style, donne une belle vue sur le chevet de la chapelle et son clocher.
A signaler encore, dans la cour de l'économat, un reste de galerie couverte supportée par de robustes colonnes en pierre.
La chapelle (aujourd'hui le gymnase), est la partie la plus intéressante des bâtiments.
Commencée en 1009 sur les plans d'un frère jésuite de Gand, elle fut consacrée le 24 juin 1012 par l'archevêque de Cambrai ; elle est de style gothique par son système général de construction et par ses grandes lignes, avec certains détails de style renaissance très élégants. Cette particularité ne se rencontre pas seulement à la chapelle de l'athénée; on rencontre semblable mélange des deux styles dans plusieurs monuments de Tournai, ou le style gothique resta très tard en vigueur dans les monuments religieux. (On en a vu d'autres exemples à l'église du Séminaire, à celle des Clairisses fau'îienne manufacture de tapis), etc.
La chapelle n'a qu'une nef, sans bas côtés; deux petites chapelles, en hors-d'œuvre figurent les bras du transept; le chœur est polygonal, et une voûte en bardeaux, à compartiments, re[)osaut sur dos consoles à lètes de lions, couvre tout le vaisseau.
Une tribun(!, qui est au-dessus de la chapelle du
côté de l'évangile communique avec l'église par deux baies ogivales.
Les fenêtres sont ogivales, ornées de meneaux flamboyants à moulures prismatiques.
Les confessionnaux et les lambris de l'église étaient en bois, de style renaissance ; la porte d'entrée sous le jubé est lourde, mais l'autel est une très belle œuvre de la renaissance, en marbre noir, rouge et blanc; de hautes colonnes soutiennent un entablement à fronton, au-dessus duquel s'élevait un calvaire (le crucifix a disparu). Au centre du retable se trouvait un tableau, et plus bas, dans un soubassement très riche, on voit deux bas-reliefs en albâtre : la cène et le lavement des pieds.
L'autel fut érigé en 1018 aux frais du comte de Renesse, il est en partie l'œuvre de Guillaume Tabaget.
A l'extérieur on remarque le chevet, et un fort joli clocher en pierres et briques (1614), puis la façade, la partie la plus riche et la plus élégante du monument.
Dans le pignon en pierres, très aigu, ouvre une élégante fenêtre gothique, et plus bas une porte renaissance, richement encadrée par un portique d'une excessive finesse et d'un goût exquis. Deux niches plein cintre et quatre cartouches avec date 1010 décorent les côtés.
L'église est précédée d'un espace planté d'arbustes et clôturé par un grillage soutenu par des piliers en pierres, érigé en 1018. Cet ensemble a beaucoup de cachet.
La sacristie était autrefois ornée de beaux lambris en chêne exécutés en 103'2, qui ont été transportés au musée avec le mobilier ecclésiastique de la chapelle.
Dans la cour du concierge s'élevait, il y a peu d'années encore, une des tours de l'ancienne porte Morel, (qui coupait en cet endroit la rue du Quesnoy), et dans laquelle étaient installées les cuisines de l'ancien collège. Elle a été démolie en 1880 seulement!
C'était un reste de la seconde enceinte de Tournai, dont on retrouve d'autres débris de l'autre ccMé de la rue, dans les jardins des propriétés de MM. AVilms et Dutoitin"^ 19 et 39).
Ce sont sept ou huit arcades qui servaient de fondation à la muraille de défense.
Dans le jardin de la maison n" 19, on voit un élégant pavillon de style renaissance en pierres et briques avec tourelle très élancée, à toiture conique, renfermant un escalier à vis. Les fenêtres, à meneaux en pierres, ont gardé leur vitrage et leurs volets anciens, la cheminée porte la date 1(>09, et deux pavements en carreaux rouges et noirs, de 12 centimètres de côté, forment d'assez jolis dessins.
On a cru que ce pavillon pouvait avoir fait partie de l'ensemble des remparts de la seconde enceinte et avoir servi de portelette ou de corps de garde, supposition fondée principalement sur cette circonstance qu'il se trouve assez près du rempart et dans l'axe de la rue (aujourd'hui impasse) du Sceau. Mais le style même du bâtiment indique bien plutôt une construction civile; il est très postérieur à l'époque ou le remparl a été b;'iti, et en outre une petite porte de ville n'eut eu aucune raison d'être, en cet endroit, situé <à moins de ::*()() mètres de l'ancienne poi'te Morellc, établie près des bâtiments de rathènèe.
L'habitation de M. W'ilms, ancien hôtel de la famille (le Maulde renferinfi deux très beaux salons a boiseries
Louis XVI, une salle à manger et une chambre à coucher du même style.
Autour de l'église Saint-Brice s'étend un espace, (le sol de l'ancien cimetière) qui n'a pas de nom officiel mais qu'on appelle généralement la terrasse Saint-Brice.
Eglise Saint-Brice.
La première mention qui est faite d'une église de ce nom date de 1034. Mais il y en eut une, beaucoup avant cette date, car le quartier du bourg est contemporain de celui de la cité.
On sait encore qu'en 1132 l'église Saint-Brice fut donnée par l'évêque de Cambrai, Nicolas, aux chanoines de cette même ville.
C'est peut-être à cette époque que remonte la partie la plus ancienne des constructions actuellement existantes, c'est-à-dire la grande nef, qui est romane et qui était autrefois recouverte d'un plafond plat. Elle comptait quatre travées, supportées par des arcs plein cintre, chacun d'eux étant surmonté d'une ouverture semblable. Enfin, au-dessus, à la hauteur de la claire voie, ouvraient quatre fenêtres évasées , et sans aucune moulure, hautes de 2 mètres 55, et larges de 78 centimètres, reliées entr'elles par des arcades aveugles de mêmes dimensions, qui formaient sur toute la longueur des quatre travées, une arcature de dix baies romanes.
Une voûte faite au commencement du siècle cache cette arcature (encore visible dans les greniers). Deux des travées romanes de la nef, surmontées d'un arc plein cintre existent encore, à l'entrée, près des orgues. Plus loin, par suite d'un remaniement, une grande arcade ogivale a remplacé les deux dernières arcades
SAINT-RRICE. 181
romanes. A l'extrémité de la nef et contre le chœur se trouvent les quatre piliers qui ont supporté autrefois le clocher roman.
On peut encore, dans les greniers voir l'ordonnance primitive de la partie extérieure de la nef. Le sommet du mur est couronné par une moulure supportée par des modillons. Quatre fenêtres à plein cintre, évasées, sans moulure, en pierres appareillées, ouvrent dans le plat du mur, qui est fait de moellons. Sous les fenêtres règne un cordon en pierre, de 15 centimètres de hauteur, et ()7 centimètres au-dessous se voient les corbeaux qui ont supporté les longrines de la toiture de la nef.
Il n'y a pas de contreforts. L'ensemble de la construction rappelle absolument l'abside du chœur, à l'église Saint-Nicolas.
La nef a été allongée et élargie dans toutes les directions par la construction d'un chœur et le prolongement do celui-ci, la construction de bas-côtés, élargis également plus tard. Seul, au milieu de ces remaniements sans ordre et sans goût, le chœur et les bas côtés avec leurs voûtes à nervures peuvent arrêter un moment l'attention. Le creux entre les nervures dos voûtes est sculpté, ce qui indique la tin du 12'" siècle ou le commencement du \',V\ Los chapiteaux des colonnes, les corbeaux qui reçoivent les nervures dos voûtes indiquent aussi par leurs sculptures une haute antiquité
Tout le reste, au point do vue de la constiiK'tion. ne mérite pas d'être examiné.
L'extérieur est une masse informe ([U(ï couvrent dos toitures aussi disgracieuses que possible. Le cIocIkm' est très haut o( très lourd. Il [>arait dalor du \^) siècle;
on y travaillait du moins à cette époque. Son couronnement est moderne et pitoyable.
Mobilier et trésor de 1 église.
Bien que fort au-dessous de ce qu'il était autrefois, il renferme encore beaucoup de pièces dignes d'intérêt.
Les fonts baptismaux, près de l'entrée, portent sur leur couvercle en cuivre jaune, la date 1567.
Dans le chœur : chandelier pascal en laiton, gothique (il sert de lutrin).
Deux grands chandeliers en laiton, datés 1640 et portant le nom de Pierre Chaboteau (de Dinant).
Contre un pilier, à l'extrémité du chœur, plaque funéraire en laiton, de Jean de Dours (y 1453), gravée, avec mastic de couleur dans les creux et représentant le défunt et sa femme à genoux devant la sainte Trinité.
A un autre pilier, dans le chœur, le monument en marbre et bois du premier président du Parlement de Tournai de Polinchove (y 1714).
Les trois autels posés contre les trois pignons du fond de l'église sont intéressants à des titres divers.
L'autel du Saint-Sacrement ou de Notre-Dame de Bon-Secours occupe le côté de l'épître.
Le grand retable, érigé dans la deuxième moitié du 17" siècle, est l'œuvre de Jean Sterlin, escrinier et de Philippe Fraimant, sculpteur.
Le tableau du centre (la Visitation) est de Michel Bouillon, d'après Uubens ; le tabernacle est de Jacques Lefebvre , orfèvre, qui appartient à une lignée d'orfèvres tournaisiens dont il fut l'un des plus célèbres. (De la Grange et Cloquet, II, 366.)
Le banc de communion, en bois sculpté, est de la même époque que le retable.
Cette chapelle dédiée à Notre-Dame de Bon-Secours, dont la confrérie fut érigée en 1651, servit quatre fois de refuge, de 1()53 à 1077, à la statue miraculeuse de Notre-Dame, vénérée à Bonsecours, près de Péruwelz.
L'autel du centre renferme un des meilleurs tableaux de Jacques Van Osl, le vieux, et représente la descente de croix.
L'autel du côté de l'évangile, possède un retable de même style que celui de l'autel du Saint-Sacrement, mais moins beau que ce dernier. Il a été restauré en 1813. Il est dédié à saint Marcou ; le tableau représente un roi de France guérissant des malades atteints d'écrouelles.
Au-dessus de la porte do la sacristie, on remarque un intéressant panneau de tapisserie de Tournai, des premières années du 16'" siècle. Il représente au centre le repos de la sainte Famille, et dans la bordure, les Evangélistes, des saints et des sujets tirés de l'histoire sainte.
On voit dans la sacristie une autre bande de tapisserie de même style.
L'objet le plus ancien du trésor est la /iliule on argent doré (|ui provient du tombeau de Childéric.
L'abbé Cocbet, et le professeur Werth de 'Bonn, la déclarent authentique et la considèrent comin(^ un(ï marque de distinction donnée par l(;s romains au roi franc.
Statuette, reliquaire d'evêqiie, (saint Biaise^) en bronze doré, du 15*" siècle.
Belle monstrance en argent, à cylindre, coninKMicement du 17'' siècle.
Autre monstrance, carrée, sur pied, de la inênKî épo({ue.
Deux bras reliquaires, également en argent avec cabochons, datés 1653.
Deux petits calices du 15^ siècle.
Un calice en argent de la fin du 10*" siècle, un autre en argent aussi, fait par Charles Lefebvre en 1G77; divers autres de moindre valeur, une boîte aux saintes huiles, en forme de châsse avec toit à quatre versants ; elle est ornée d'arabesques et de reliefs très élégants. Datée IGOG.
Ijn grand calice de style Louis XVI en argent doré.
Trépied de reposoir, en cuivre doré et argent, par Jacques Lefebvre. 18® siècle.
Croix de procession en argent du 17'' siècle.
Croix en argent et en cristal de roche (1705) avec relique de la Sainte Croix.
Statue de Notre-Dame, en argent, exécutée en 1823 par J. Liagre sur un modèle de Paul Dumortier.
Nombreux chandeliers en laiton, du 17"" siècle (sur les diilérents autels).
Vêlements sacerdotaux.
Ornement blanc, dit de saint Pierre, provenant do l'abbaye Saint-Martin (il porte les armes de l'abbé Antoine de Roore, et les dates 1624 et 1633.
Sur un fond de satin blanc, sont appliquées d'exquises broderies de fil d'or. Les orfrois reproduisent en broderiestrès fines, les scènes de la vie de saint Pierre.
Ornement rouge très complet, provenant du couvent des Campeaux l à grands ramages brodés en or et en argent, avec rehauts de soies de couleurs. Chaperons et bandes des chapes, brodés d'ornements en or de grand relief, du type des corbeilles à fruits du 17'' siècle.
Ornement blanc complet, de style Louis XIII.
Broderies de grand relief, or et soie, (provient de l'abbaye Saint-Martin ^j
Chape en velours violet frappé avec chaperon et bandes d'orfrois, h. sujets brodés en soie. Sur le chaperon, l'élévation au ciel de saint Paul, porté par les anges; sur les bandes d'orfrois les (juatre évangélistes, saint Pierre et saint Paul. Daté 1704.
Chasuble soie blanche avec de superbes broderies en or, et Heurs en laines de couleurs, aux tons les plusvifs,letout brodé en haut relief, époque Louis XIV.
Deux panneaux de tapisserie, verdure avec oiseaux, fabriqués à Audenarde entre 16(')()- 109-1 par Josse et Jacques de Vries (l'église possédait autrefois neuf panneaux semblables, destinés à orner la chapelle de Notre-Dame de Don-Secours.)
Antipannes, ou devants d'autels magnifiques, du commencement du 17'" siècle pour la plupart. Le premier sur un fond brodé d'argent porte au centre dans un riche cartouche le monogramme llIS; il est couvert de rinceaux en relief, avec lleurs et fruits, en or et en soie, aux vives couleurs.
Le second, avec médaillon central, en soie, représentant un évéque, un religieux (recollet!') et un enfant, est décoré de la mémo faron.
Le troisième, sur fond de velours rouge ollre un riche cartouche au centre duquel on voit la colombe du Saint-Fisprit ; à ses côtés doux grandes corbcMlles de fruits, aux tons les plus variés, brodées en soie, et encadrées par d«; riches rinceaux d'un très haut relief.
Si ces broderies sont l'dMivre d'artistes lournaisiens, comme on peut le supposer, elles témoignent qu'ils avaient atteint dans leur art un savoir-faire remar(|uable.
Un les comparera avec intértH aux ch.'isses du
17^ siècle, œuvre de Ladam, conservées au musée. Un autre antipanne est encore très curieux, bien que de beaucoup moindre valeur. Il est en velours noir, avec rinceaux en grand relief, de perles en verre blanc. Au centre s'élève une croix avec tête de mort au pied.
Il faut encore signaler, comme appartenant à l'autel Saint-Léonard des plaques en cuivre doré et repoussé, datant du 16'' siècle, d'un grand mérite artistique et d'une conservation parfaite, savoir quatre médaillons ovales (27x20 cent.) représentant des scènes de la Passion et une plaque carrée : la descente de Notre- Seigneur aux limbes; enfin, deux petites plaques carrées représentent saint Luc et saint Matthieu.
Dans la chapelle du transept nord, se trouve un petit monument funéraire en marbre, à colonnes et à fronton. Il paraît dater du 16' siècle. Le panneau central manque.
L'église Saint-Brice était entourée autrefois de son cimetière, sur lequel croissaient des vignes qui donnaient du vin connu sous le nom de vin de Saint Brice.
Les comptes de la paroisse mentionnent chaque année les prix perçus pour sa vente.
Il est plus que probable que la vignoble s'étendait au delà du cimetière sinon la production du vin eut été trop minime.
D'autres vignobles existaient encore du côté de l'abbaye Saint-Martin. Us ont disparu au cours du UV siècle.
Rue des Sreurs de la Charité.
L'établissement, dit des Incurables, dirigé par les
SAIXT-BRICR. 1^7
Sœurs de la Charilé, etquiest la propriété des hospices de Tournai fut érigé en 1()S7 à usage de Séminaire épiscopal. Il se compose d'un vaste bâtiment avec deux ailes en retour.
Le centre, tout en pierres, fait un léger avant corps, sur la façade froide et unie, percée d'un grand nombre de fenêtres étroites. Il est précédé d'un péristyle porté par deux massives colonnes doriques.
A l'intérieur, un vestibule voûté occupe toute la longueur de la façade. Au centre, s'élève un vaste escalier, simple de consiruction, mais original et très intéressant par ses rampes et ses paliers multiples. Un treuil sert à monter les provisions aux divers étages.
La chapelle b;itic en 1787, avait autrefois un chevet circulaire, mais aujourd'hui l'autel a été transféré du côté de l'ancienne entrée et le chceur ancien a été aménagé en tribunes pour la communauté et les malades. A l'autel on voit un tableau d'A . Jlmncquiii, peintre tournaisien, le Christ en croix, au pied de qui se trouvent saint Vincent de Paul et saint Charles Borromée.
L'ne petite maison m"" '/[''-^i')^, du IC)" siècle, ne manquerait pas d'intérêt si elle était restaurée.
li'uc Sni)il-Bric(\
Au fond de l'impasse du Sceau i ainsi nommé parce iju'il était en face de la maison ou on scellait hïs pièces de hautes lisses), on aperçoit le pavillon qui e>t dans le jardin de .\f. Wilms et dont il a été j)arlé à la rue du (Juesnoy, n" I*.).
Plus loin, n" T);;, jiotfl de .\L ,I.-I!. X'andi'is, jolie façade Louis X\' cncoi'c intacte (Jollcciion i\c porcelaines i\o Toui'/iai et ol)j(Ms divtnsj.
Rue de Ma/' ris.
N*^ 31 et suivants, riches façades pierres et briques, de maisons de fondation appartenant aux hospices, datées sur une porte 1678, mais qui paraissent remonter au IG" siècle. Bien que les fenêtres aient été dégarnies de leurs croisées en pierre, elles ont encore grand air et sont de bon style renaissance.
Au delà s'élèvent les bâtiments de l'hôpital militaire, autrefois Yhôpital Marvis. Ils ne renferment plus rien d'ancien. Sur le bâtiment principal, on voit du côté de la cour, une date formée par d'élégantes ancres : 1681 . Claude Meret, dit la Violette, j mourut en 1692. Sa dalle funéraire est conservée au musée.
Tout contre l'hôpital quatre petits pavillons isolés portent la date 1684.
Plus loin, n°^ 57 à 71, maisons de fondation, appartenant aux hospices, en pierres et briques, remontant au 17° siècle.
Ihic Ilaigne.
Dans le bas de la rue, on voit une niche dans un mur. C'est un reste du couuent des dominicaines érigé en 1609, aujourd'hui les Sœurs de la Compassion.
N° 17. Grand hôtel du 17" siècle (propriété de M. J. Rossut). On y remarque deux beaux salons de l'époque empire, avec leurs murs tendus d'étoffe, leurs garnitures en bronze et leur mobilier primitif.
Dans la façade donnant sur le jardin trois bons basreliefs en pierre représentant l'histoire de Jonas, — Daniel dans la fosse aux lions — et le prophète Elie. A une des maisons qui fait l'angle de la rueSaint-Brice, on voit encore un des crochets auxquels on attachait autrefois des chaînes à travers les rues en temps de troubles.
(^uai Vifquin (du nom d'une insigne bienfaitrice des hospices, y 1857).
La terrasse du quai était occupée jusqu'au commencement de ce siècle par des maisons de tanneurs qui touciiaient à l'Escaut.
N" 12. Maison du !()" siècle.
N" 23. Maison de même épotiue.
N° 31. Petite maison de style Louis XVI.
Ihœ ('lercanti)S.
jN° 41. Maison avec pignon à escaliers. 17" siècle.
Ihœ Cariibron.
N" 5. Grande porte accompagné d'oculus en pierre avec grillage en fer forgé rappelant ceux qui se trouvent à la façade de l'hôpital Notre-Dame.
N"" M et IC). Maisonsdu 17''siècleavecsujets sculptés sous les fenêtres. Us sont très frustes, \\\ cartouche porte la date 1()8S.
X"^ 2() et 28. Maisons de l'époque de la renaissance, avec ligures gothiques i'a[)portèes (probablement des montants de cheminées).
PAHOISSE SAINÏ-NICOLAS.
L'agglomération qui forme aujourd'iiui la paroisse Saint-Nicolas, ou du Château, s'appelait autrefois le Bruille c'est-à-dire le marais, et était alors une seigneurie distincte appartenant aux sires de Mortagne. On conserve son sceau, qui porte la légende : Sigillum juratorum et scabinorum Ville de B^Hle. Elle ne fut réunie à Tournai qu'en 1289 par l'achat que fit la commune, des droits de la châtelaine, Marie deMortagne, pour une somme qu'on peut évaluer à 860.000 francs de notre monnaie.
La seigneurie du Bruille comprenait alors le château et ses dépendances, situé dans une île de l'Escaut, l'île Saint-Pancrace, aujourd'hui rattachée a la rive droite par la suppression d'un bras du fleuve, appelé le Jennenes, ou fossé du Bruille, qui fut comblé et quelques habitations avec l'église Saint-Nicolas, érigée en paroisse depuis la fin du 12* siècle, situées sur la rive droite, au delà dudit bras de l'Escaut et faisant partie du diocèse de Cambrai.
Après son achat par la ville de Tournai, la paroisse Saint-Nicolas fut comprise dans le nouveau tracé de murailles (la troisième enceinte), qui devait englober les trois quartiers de la rive droite de l'Escaut.
Au commencement du 16® siècle, après la prise de
Tournai par Henri Mil, roi d'Anprleterre, ce quartier, tout en demeurant sous la juridiction de la cité, fut cependant séparé d'elle et transformé en citadelle par une ceinture complète do remparts, partant du pont des trous, suivant l'Escaut jusqu'à la hauteur de la rue des Meules, puis se dirigeant le long de la place Verte jusqu'à la tour Henri VH!. La citadelle formait un quadrilatèredontlesdeux côtés regardant la ville étaient défendus par le pont des trous, le pont donnant accès au château, qui se trouvait un peu en amont du pont de fer actuel, et que défendait un châtelet, entin, la grosse tour Henri \'HI à la jonction du mur extérieur delà ville et de celui du château longeant la place \''erte. C'est seulement sous Louis Xl\',en 10()0, à l'époque où on construisit une véritable citadelle sur les hauteurs de la porte Saint-Martin, (jue le quartier du Château cessa de remplir ce rôle el que ses fortifications du côté de la ville furent démolies.
Toirr Ilniri 17// (place Verte',
Curieux spécimen d'architecture militaire du IC»" siècle. Cette tour, circulaire, dépourvue de ses crénaux et de son couronnement ancien, impose le respect par sa masse formidable.
Seule une petite fenêtre à arcs tudor la décort; du côté de la ville, tandis qu'un vaste panneau sculpté aux armes d'Angleterre la parait du côté de la campagne. On distingue encore la place de ce panneau dont l(;s moellons ont été remplacés après Tari'achement des pierres portant les armoiri<'s.
L(îs assises d(> la tour, en |)ierres et en \i:vo>, otlVent cette particularité qu'elhïs sont reliées ensemble par des crampons de fer (voir sui'tout du côté de la rivière).
La tour, qui comprend deux salles circulaires
192 SAIM'-NICOLAS.
superposées, un réduit pour les officiers, grand de 5 mètres 75 sur 4 mètres, et un escalier, tous deux pris dans l'épaisseur du mur, est éclairée par une ouverture circulaire pratiquée au sommet de la voûte.
L'épaisseur des murs est de 6 m. 25 à la base.
La hauteur de la principale salle circulaire est de huit mètres et son diamètre de 14 mètres 80.
La tour s'élève à 10 m. 25 du sol, à l'extérieur, du côté de la place Verte. Son diamètre extérieur est de 25 m. La plate-forme mesure 17 m. de diamètre.
La paroisse du Château fut autrefois un quartier très aristocratique. Elle renfermait l'hôtel du gouverneur de Tournai et ceux de beaucoup de familles nobles. 11 en est bien peu qui aient conservé leurs anciens hôtes; et aucun d'eux n'offre d'intérêt archéologique.
Le large quai de l'Arsenal, ainsi nommé parce qu'il conduisait autrefois à l'arsenal du souverain situé à l'extrémité, du côté du mur de l'enceinte extérieure, dont il ne reste aucun vestige, pas plus d'ailleurs que du château des châtelains de Tournai de la maison de Mortagne, fut occupé de 1842 à 1879 par la première gare du chemin de fer (gare à rebroussement).
rS" 5. Maison en pierres et briques avec cartouches en pierres, 17° siècle.
Maison de style Louis XV, en pierres.
Rue (lu Chàleau.
On y voit encore un reste (sans aucun intérêt), de ce qui fut l'hôtel du gouverneur au 16" siècle et pendant une partie du 17*^ siècle. Lorsque celui-ci transféra plus tard sa résidence à la citadelle, l'hôtel fut donné aux religieuses Annonciades, dites Célestines, qui y
SAINT-NICOLAS. 19o
établirent leur communauté en 1()67, d'où le nom sous lequel il était connu « les célestines, ^ jusqu'à l'époque où il fut démoli (1890).
N" 37. Au coin de la rue du Château et du Curé du Château grand bâtiment du 17" siècle, avec niche et statue de Notre-Dame sur l'angle.
N""" 29 à 33, maisons à toiture saillante, supportée par d'élégants modillons sculptés, longs de GO centimètres environ, avec fenêtres do grenier à montants en bois sculpté.
N'' 14. Ancien hôtel du Sart de Bouland, chambre à riches boiseries sculptées de l'époque I^ouis XV,
Au coin de la rue de la Flanche, maison en pierres et briques du 17'' siècle, style français.
Rue des Mov.lcs.
N" 'Z faisant l'angle de la rue des Meules et de la rue du Curé du (JhAteau (ancien hôtel de r>annoy) L'une des façades est du IS'' siècle, l'autre du 17". pierres et briques.
1^(11. isK Saint-Nico[,as, dite du (Jhâteau.
h^gliso 1res intéressante (en voie de restauration).
La paroisse Saint-Nicolas, comme paroisse distincte de Saint-Lrice, dont dépendaient autrefois ses habitants, semble avoir été établie à la tin du 12" siècle, et c'est de cette époque que doit dater l'église actuelle dans laquelle on trouve des parties romanes et d'autres gothiques. On en a inféré, mais a Lori, que la construction actuelle renferme les éléments de deux églises successives. Il n'y en a jamais eu qu'une, en réaliti', <>l elle appartient, sauf quehiues parties accessoires, ;iu style de la transition.
Extérieur.
La silhouette de l'église est élégante et sauf le chevet du choeur, caché d'ailleurs par des habitations, elle est tout entière gothique. La façade, très pittoresque par sa grande rose (actuellement encore aveugle, mais qui bientôt sera ouverte), et ses tourelles à toiture conique, offre un des types caracléristiques de l'architecture tournaisienne. Bien que le sol qui environne l'église ait été exhaussé, celle-ci ne paraît pas manquer de proportion.
Les façades latérales sont surtout intéressantes par la galerie extérieure qui longe les fenêtres de la clairevoie, et rappelle celle de Saint-Jacques et de Saint- Quentin (avec cette différence qu'à Saint-Jacques la galerie est intérieure). Elle fait un retour sur la façade entre la rose et la baie de la porte.
Le pourtour extérieur du chœur (on s'y rend par la sacristie) est curieux à voir. On y remarque la corniche circulaire portée par des modillons.
Intérieur.
On a rendu à l'église son niveau primitif, en enlevant
I mètre 20 de débris au moyen desquels le pavement avait été relevé. C'est ce qui fait quen entrant on doit descendre une dizaine de marches.
La nef, longue de 20 mètres et large de 9 m. 30 est accompagnée de bas côtés dont elle est séparée par quatre grands arcs ogivaux supportés par des colonnes monocylindriques; au-dessus de ces arcs ouvrent les fenêtres du clair étage, qui sont de petites dimensions.
II n'y a pas de trifoiium. Un plafond plat relativement moderne et qui va bientôt disparaître, dérobe la vue de la voûte en bardeaux, d'une rare beauté en voie de restauration.
Le ii'ansejjt qui primitivement ne faisait pas saillie sur les basses nefs, n'est indiqué que par des piliers un peu plus forts que ceux de la nef. On le remarquera davantage quand l'enlèvement du plafond moderne, qui masque la voûte, permettra de voir son pignon décoré d'élégantes arcatures.
Le cJiœur aux fenêtres à plein-cintre, avec chevet polygonal, a repris sa physionomie ancienne par le rétablissement de sa voûte en bardeaux. Il mesure 11 m. de profondeur et 8 m. 30 de largeur.
Cette vue d'ensemble donne bien l'idée d'un monument de l'époque de la transition, où les fenêtres du chœur sont à plein-cintre, les ogives dos fenêtres de la nef et des arcs des travées, ainsi que les sculptures des chapiteaux, du gothique le plus sévère et le plus primitif.
Les basses nefs, larges de 4 m. 'Z'^y, n'olfrent rien do particulier. Elles ont été voûtées au 18° siècle i IToPi.
Le transept, côté de l'cpître, supporte la tour, tandis que le bras du côté de l'évangile a été allongé au 15'" siècle par la construction de la chapelle des fonts, dite aussi chapelle Notre-Dame et ('liaficUe de Foii/i!/)u\ du nom de son fondateur.
Cette (îhapelle, qui mesure 10 mètres environ do longueur sur 5 mètres de largeur, érigée dans les premières années du 15'' siècle, est d'une architecture très élégante et très pure, avec de jolis détails de sculpture.
Fondée par Baudouin de Henin, seigneur d(^ Fontaine (dont le monument funéraire a été retrouvé); elle était le siège de la confrérie de Notre-! )ame à (|ui les arbalétriers du serni(;nt Saint Cnjorges, otfraitMU chaque année un manteau [)our la pai'ui-e de la \'i(M'ge.
Contre le côté sud du clurur s'(''lève la chapelle du
Saint-Sacrement, dite à tort des anglais, longue de 12 mètres, large de 8, qui fut construite en 1496 par M" Jehan Dufour, maçon et maître de l'œuvre. Elle est à chevet polygonal, ses fenêtres sont dépourvues de meneaux, et un plafond en plâtras cache sa voûte en bardeaux qui va prochainement être rétablie.
On y remarque, du côté de lepître, une élégante piscine, sur laquelle figurent les armoiries de France, Bretagne et du Dauphin. On conjecture qu'elle rappelle le souvenir d'un enfant de Louis XII, mort en bas-âge, peut-être à Tournai, sans qu'aucun témoignage historique ait confirmé jusqu'ici celte supposition.
Le'& pierres tombales et les objets mobiliers à.QXé^W'&e, déplacés, à cause des travaux de restauration, sont curieux à divers titres. On remarquera :
L'aigle lutrin en cuivre, de 1383, dont le pied repose sur trois lions, qui n'est qu'un fac-similé de l'œuvre originale récemment vendue par les fabriciens de Saint- Nicolas et conservée aujourd'hui au musée de Cluny à Paris.
Trois grands chandeliers gothiques en cuivre, tige à nœuds, du 15® siècle.
Lutrin pliant en fer forgé, 15® siècle.
Quatre très beaux et grands chandeliers en argent (les plus hauts mesurent 95 centimètres), de style Louis Xn^ ou Louis XV.
Ostensoir en argent doré daté 1640 et qui doit provenir d'un couvent de Clairisses. Trois clochetons à baldaquins abritent diverses statuettes : Saint Pierre et saint Paul, saint Jean l'évangéliste et saint Jean-Baptiste, les trois vertus théologales. Le centre du reliquaire qui était un cylindre de cristal, a été remplacé par un soleil.
Ciboire en argent doré du IG" siècle, décor en partie gravé et en partie repoussé. Tige à plusieurs nœuds.
(La couronne qui le surmonte est plus récente).
Croix processionnelle du 17" siècle en argent et cuivre doré. (Elle a été restaurée).
Burettes (forme buire en casque) et leur plateau en argent doré. IC/ siècle.
Navette à encens, en argent, du IG° siècle, avec poinçon à la tour.
Encensoir en argent, de la môme époque, avec le même poinçon.
Deux bâtons de chantres, garnis en argent, l'extrémité ornée de deux dragons couchés portant des écus avec armories (fin du 15" siècle).
Un petit chrismatoire d'argent, en forme de châsse, sans aucun décor, daté 1607.
Colïre en fer à serrures multiples protégées par un élégant travail de ferronnerie. ilG'^ siècle).
Moiuini.ent funérnire de Baudouin de Henin, chevalier, sire de Fontaine, décédé le 20 février 1120.
lias-relief en pierre de Tournai, haut de 00 centimètres et large de 1 mètre 20. Au centre Notre-Dame assise tenant l'enfant Jésus; à sa droite, P)audouin de Ilenin présenté par saint Antoine; et à sa gauche, Catherine de Melun présentée par sa patronne.
Le bas-relief porte des traces nombreuses d'une riche polychromie.
Monument funéraire, en pierre de Tournai, à relief plat, d'Amaury Dupont, y DTO et de sa femme.
Sous un riche dais gothique on voit l'image de Notre-Dame portant lunfant Jésus sur ses genoux. A sa droite et à sa gauche, sous des arcades surmontées
198 SAiNT- NICOLAS.
d'une riche balustrade, sont les époux présentés par leurs patrons.
Petit monument funéraire d'Arout de Gheldres, marchand (-|- 1 194), en pierre blanche, de style renaissance, très linement sculpté, en haut relief. Aux pieds de Notre-Dame assise, se trouvent agenouillés les époux présentés par leurs patrons et accompagnés de 5 garçons et 4 filles.
Grande dalle en pierre de Tournai avec deux efiigies de grandeur nature, en demie ronde bosse. Les costumes indiquent les premières années du IG" siècle. Travail de haute valeur.
Pierre tombale de sire Godeman, curé, incrustée de cuivre.
Monument funéraire, en marbre, d'un commandant du château, mort en llJlo.
Monument funéraire, en marbre (à la colonne qui sépare le chœur de la chapelle du Saint-Sacrement), de messire Antoine van der Gracht, grand bailli héréditaire de Tournai [y le 26 novembre 1734).
Ornement composé d'une chasuble et de deux dalmatiques en velours rouge garnies de bandes d'orfrois du 15" siècle, représentant les apôtres, les prophètes, etc., chacun d'eux étant figuré seul dans un décor d'architecture. Beaucoup de ces figures sont très finement brodées et certaines d'elles ont conservé un coloris d'un vif éclat. Les dalmatiques portent à leur partie supérieure une sainte Face soutenue par des anges.
L'église du Château possède les débris de la stalle en bois sculpté, établie en 1513-1518 pour le roi Henri VIII. Elle les a déposés au musée, où se voit en outre le psautier à usage de ce roi.
L'ancien palais du parle/ueni, en dernier lieu manufacture de porcelaines de Péterinck, fils, sur le quai Dumon, est actuellement en démolition.
Louis XIV ayant repris Tournai en 1(3()7, y créa le (') avril 1()()S un conseil souverain, et lui accorda en 108(3 le titre de Parlement. La conquête de la ville par les alliés en 1709, la priva de ce haut corps judiciaire.
Le palais où le Parlement tint ses séances, fut érigé en 1072, sur un terrain devenu libre par la démolition des fortifications du quartier du Château. Il était achevé en 1070).
Après le départ du Parlement, le palais reçut diverses destinations, et à partir de 1801 fut affecté à la manufacture de porcelaines de Péterinck, fils.
Le bâtiment, à deux étages au-dessus d'un rez-dechaussée élevé et couronné par un toit à la Mansard de grandes dimensions, avait un fort grand air.
Il y avait autrefois au Château, une rue de la Monnaie, dans le voisinage de l'île Saint-Pancrace, où se trouvait primitivement la ntoimaie de Tournai.
liac (lu duju' (lu (]h()Lcau.
iS ' 'l. Maison du 17' siècle, en pierres et en briques, de style fraiirais.
M" (■). Maison du 18" siècle, pierres et briques avec les fenêtres du rez-de-chaussée garnies de barreaux.
N" 8. Maison à pignon, en briques, du 17" siècle.
PAKOISSE SAINT-JEAN,
Ce fat dans le principe une localité distincte, la ville de Saint-Jean des chauffours, appartenant aux seigneurs de Leuze, de la maison d'Avesne, qui vendirent leurs droits aux magistrats de Tournai, en 1289.
Plavc Saint" Jean.
En face de cette place, se trouvait autrefois sur l'Escaut le pont appelé Pont-à-l'arche, qui fermait de ce côté la seconde enceinte de la ville. Il netait pas dans l'axe de la rue Merdenchon comme le pont moderne, mais un peu plus haut, en amont du tleuve.
A l'extrémité de cette place, le couvent des Dames réparatrices, dont lachapelle moderne, de style roman, a été construite sur les plans de M. Justin Bruyenne (1864). On y remarquera l'ingénieuse disposition du déambulatoire du chœur ou l'architecte a surmonté avec bonheur une grande dilUculté occasionnée par la disposition du terrain.
Uue Saint-Jean.
L'éytise S' tint- Jean, toute moderne (1780) et sans aucun caractère ne conserve de la construction ancienne que le clocher, en pierre de Tournai avec tlèche en pierre blanche, dont les arêtes sont garnies de cro-
SAINT-.IKAN. 201
chels. Cette forme, rare dans le pays, est d'ailleurs fort élégante. Le clocher, qui date de la 2" moitié du 14" siècle, a été remanié récemment.
On conserve à l'église un lutrin aigle en laiton, du IC siècle, deux reliquaires et une croix du 17 siècle.
C'est à Saint-Jean que fut transporté le siège de la confrérie des francs-bateliers, après la démolition de leur chapelle de Saint-Job, situé au quai du luchet d'Antoing. Le mobilier de la chapelle a été dispersé à l'exception d'une cloche, datée 175('), que possède encore l'église.
Près de l'église Saint-Jean se trouve le couvent des Cai-rnj'litcs. On conserve dans la chapelle un petit reliquaire monstrance avec filigranes et pierreries, qui paraît dater de la tin du 13'' siècle.
Rve des Croisicrs.
Elle doit son nom à un courciil de ('/■oisiers, qui fut fondé en 12S4 par Jean-Gui de Chatillon.
De l'ancien couvent il ne reste plus que le vaisseau de l'église, reconstruite entre 1420 et 14()(), qui ne manque pas d'allure. L'intérieur a été complètement transformé et divisé en plusieurs salles. La voûte et le jubé de l'église datent du 17' siècle. Ce dernier, démonté en INDI, a été transporté au musée.
Près de l'église, la jtorte d'entrée du couvent, du 17" siècle, ornée de croix de la forme spéciale adoptée par les Croisiers.
On a démoli, en ISIM, le petit cloître, ])la('é le long du côté sud-ouesl de l'église et un grand b.'itiment, daté 1(»7(), dont les fenèlrtis ollraient la fornx; singulière d'un ([uadrilohe aveugle en pierre, l'appelant la croix, avec, un oculus ouvert au centre. Le dernier bâtiment qui reste de l'ancien couvent, avec une ton-