Archives nationales, F
2. Gaffarelli cherchait consciencieusement la vérité ; voici lo texte d'une lettre qu'il adressait à Real, le 23 septembre 1809:
« Voici, monsieur le comte, les renseignements que je me suis procurés, que le temps qui me restait pour vous écrire hier ne m'avait pas permis de vous transmettre.
D'Aché était depuis longtemps caché à Bayeux, chez une dame Amfrie, dont la maison, située du côté de la campagne, a été pendant toute la Révolution, la retraite des ennemis du Gouvernement des Chouans, des amis des Anglais, etc. 11 était fort gêné, et n'avait que 300 francs qu'il gardait pour l'occasion. Il y a peu de temps, jyjme (jg Vaiibadon est allée le trouver, lui a dit qu'elle avait le moyen de le faire évader, que pour cela elle s'était procuré un petit bâtiment qui avait coûté 8 à 900 francs, et avait gagné dix hommes sûrs qui le passeraient en Angleterre. D'Aché ayant accepté la proposition, il fut convenu qu'à jour et à heure fixes, il quitterait sa retraite et se présenterait près de l'église Saint- Exupère qui est isolée à l'entrée de Bayeux, du côté de Caen, qu'il trouverait là un homme déguisé sous le nom de Samson (c'était un gendarme) que sous sa conduite il se rendrait à Luc où il s'embarquerait. D'Aché emprunta environ 300 francs à M"" Amfrie dont la fiUe, connue aussi sous le nom de Menildot, l'accompagna avec la servante. Arrivé au rendez-vous, le prétendu Samson est trouvé, et voyant que les adieux se prolongeaient, il a dit : « allons le temps presse, il faut se hâter. * Là, d'Aché a été ... (illisible).
Vous savez, monsieur le comte, ce qui (illisible) samort ;maisjene peux me défendre de l'idée que M'"° de Vaubadon a dû être satisfaite d'apprendre qu'il avait été tué; il est clair qu'elle y avait un grand intérêt... Elle vit depuis assez longtemps avec M. Dollendon qui remplace Bruslard et ses nombreux successeurs. Tout en se félicitant de voir l'Etat délivré de d'Aché, vrai scélérat, qui pourrait se défendre d'un sentiment d'horreur pour la femme qui l'a livré et pour ceux qui l'y ont déterminée?
— Le rapport dit que c'est un gendarme désigné sous le nom de Samson qui a conduit d'Aché. Je n'ai pu savoir sur quoi cette mention était fondée... » Archives du Calvados : minute d'une lettre de Gaii'arelli à HéaL
MADAME DE VAUBADON 339
Gaffarelli pourtant ne se laissait pas prendre à ce piège gross/er^ : il savait maintenant les choses et il s'en montrait indigné. C'est très courageusement qu'il écrivait à Real :
Vous me demandez, sans doute, Monsieur le comte, pourquoi je n'ai pas clierché à éclaircir la vérité? Ma réponse est très simple : il court dans le public que l'expédition des gendarmes a été commandée directement par M. le sénateur comte de P... à qui on a remis les papiers trouvés sur l'individu tué et qui est parti pour Paris, sans doute pour les remettre à Son Excellence le sénateur ministre de la police générale. N'ai-jepas dû respecter le secret de l'autorité ^?
Et tout ce qui, depuis deux ans, se passait dans son département sans qu'on jugeât convenable de l'en avertir, toutes les irrégularités sur lesquelles, dans son désir de la tranquilité, il avait cru devoir fermer les yeux, tous les empiétements, tous les affronts qu'il avait patiemment supportés lui revenant en mémoire, il éprouvait un haut-le-cœur des besognes louches, des comparses méprisables, des guets-apens odieux et s'en expliquait noblement :
Certes, je ne suis nullement jaloux de faire exécuter des mesures sévères et je voudrais n'en recevoir jamais de telle espèce {sic). Mais je dois à mon caractère, comme à la dignité des fonctions que je remplis, de ne pas me borner à être préfet de nom seulement et, si des motifs quelconques peuvent détiuire la confiance en moi à ce point sur des objets importants, il ffut tout simplement me le dire et je saurai n:e retirer sans murmurer. Ce n'est pas avec un homme dont la droiture et le zèle ne peuvent être méconnus qu'il est permis