‹ Tournebut, 1804-1809; d'après des documents inéditsChapitre 108 sur 125 · Cadet de Gassicourt, Voyage en Autriche · texte numérisé non relu

Cadet de Gassicourt, Voyage en Autriche

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cœur de l'empereur l'avait déjà prononcée : mais il était fort en colère contre le ministre de la police qui, après avoir fait grand éclat de cette affaire et s'en être donné le mérite, le faisait l'arbitre suprême sans l'avoir aucunement renseigné. — « Si c'est un cas graciable, disait Napoléon, pourquoi ne pas l'avoir écrit, et, s'il ne l'est pas, pourquoi avoir donné des passeports à une famille que je suis obligé de renvoyer désolée ' ? »

Il fallut, en effet, reprendre bien tristement le chemin de France; les deux fillettes étaient déjà d'âge à comprendre qu'elles portaient, pour ainsi dire, à leur mère son arrêt de mort; chaque relai qui les rapprochait d'elle était un pas vers l'écha-

1. Mémoires du duc de Rovigo. — Rovigo était mal renseigné; d'ailleurs, quelques jours avant l'arrivée des petites Acquêt, l'empereur avait reçu de Fouché un rapport où se lisaient ces lignes :

« Le bruit se répand à Rouen que la peine de la nommée Acquêt de Férolles, condamnée à mort par jugement de la Cour spéciale rendu en décembre dernier est sur le point d'être commuée. Personne ne dissimule combien cette indulgence serait vue de mauvais œil et pourrait avoir des conséquences fâcheuses. On ne verrait pas sans étonnement (je ne parle ici que d'après les esprits les plus sages), que lorsque des malheureux, plus égarés peut-être que coupables, ont subi la peine due à leur crime, l'instigatrice de ce crime, celle qu'un cri général accuse de les avoir séduits, et d'être la cause de leur mort, échappât seule au supplice. On sait qu'en ce moment encore, on fait auprès de Sa Majesté toutes les démarches imaginables pour obtenir cette commutation de peine: on sait qu'on a obtenu un nouveau sursis à l'exécution de cette feuime, en lui fournissant les moyens de donner de nouvelles preuves de possibilité de grossesse. Mais je n'hésite pas à attester à Votre Excellence, que la clémence de l'empereur dans cette circoDstance oroduirait un mauvais effet. Il n'y a pas une seule personne (aux bourbonniens près qui ne doivent rien négliger pour sauver une complice) qui porte intérêt à une femme notoirement connue pour une prostituée capable de tous les crimes. Jamais exemple n'a été plus nécessaire.» Archives nationales. Bulletin du 20 juillet 1809. AF iv, 1506.

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faud : rien, désormais, ne pouvait plus sauver la pauvre femme ; elle attendait, résignée ; jamais, depuis la mort de Le Chevalier, elle n'avait perdu cet air d'impassibilité, cette « nonchalance » qui avait si fort étonné lors des audiences de la cour spéciale. Soit que la solitude du cachot eût transformé sa nature ardente et éteint ses aspirations ; soit plutôt qu'elle escomptât la mort comme le seul dénouement possible à son aventureuse existence, elle restait indifférente à son propre sort et semblait ne plus songer à l'avenir : c'était une de ces petites âmes de femmes romanesques qui trouvent en elles assez d'émotion pour le plaisir et pas assez pour la souffrance, et sa passivité était si grande qu'elle ressemblait a de l'hébétement. Licquet l'avait depuis longtemps abandonnée ; il avait été « son dernier ami » ; de tous les condamnés survivants de l'affaire du Quesnay, elle restait seule à la Conciergerie; les autres subissaient leur peine à Bicetre ou avaient été répartis entre les diverses forteresses de l'empire.

Tant qu'on avait pu supposer que le crédit des siens serait assez grand pour attirer sur elle l'attention de l'empereur, on s'était montré pour M""' Acquêt plein d'égards et d'attentions: depuis que ses filles étaient rentrées de Vienne, rapportant un refus brutal, les choses avaient grandement changé : elle était devenue la femme Acguet, et l'intéi'^t qu'on lui témoignait jusque-là fit tout à coup place à la plus brutale indifférence. Le 23 août — et cette date concorde bien probable-

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ment avec le retour des fillettes et de leur tante — le procureur impérial Chapais-Marivaux, dans sa hâte d'en fmir, commit « trois officiers de santé pour procéder à la visite de la femme Acquêt » ; mais ces braves gens qui n'ignoraient pas, sans nul doute, les conséquences de leur diagnostic, déclarèrent « que les symptômes les mettaient dans l'impossibilité de se prononcer sur l'état de la condamnée ' ».

Chapais-Marivaux mit un mois à trouver des docteurs assez « intégres » pour ne point se laisser attendrir dans l'accomplissement de leur devoir professionnel et, le 6 octobre, le préfet écrivait à Real : « M. le procureur général impérial vient de faire visiter la femme Acquêt par quatre chirurgiens dont trois ne l'avaient pas encore vue; ils ont donné leur certificat qu'elle n'était pas enceinte et enfin elle va être exécutée aujourd'hui 2... » Delà façon dont elle se prépara à mourir, de l'émoi que la nouvelle de l'exécution imminente dut occasionner dans la prison, nous ne connaissons rien; on sait seulement qu'au moment de se livrer au bourreau pour les derniers apprêts, M""^ Acquêt écrivit « deux ou trois lettres pour supplier que ses enfants ne tombent jamais entre les mains de son mari^»; puis on procéda a la toilette de la condamnée ; ses beaux cheveux noirs que, deux ans auparavant, en arrivant à la Conciergerie, elle

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