‹ Tournebut, 1804-1809; d'après des documents inéditsChapitre 116 sur 125 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

du retour des princes, ni le bonheur de la liberté reconquise; ils peuvent se résumer en ces mots : Cest notre tour, et la néfaste histoire de la Restauration et des révolutions qui la suivirent est en germe dans les épanchements de ce cœur aigri que rien, si ce n'est la vengeance, ne pouvait désormais satisfaire.

Le dimanche l"mail814, àl'heure oij Louis XVllI entrait à Saint-Ouen, les portes de l'hospice général s'ouvrirent devant la marquise de Combray, qui coucha la nuit suivante dans sa maison de la rue des Carmélites; le lendemain, vers une heure et demie de l'après-midi, elle partait pour Tournebut avec M'"" Querey : son garde Leclerc était venu la chercher jusqu'à Rouen avec son cabriolet. Toutes les voitures publiques étaient encombrées ; sur les routes menant à Paris c'était un défilé ininterrompu de véhicules de tous genres, de cavaliers, de piétons se hâtant vers le spectacle de I9, rentrée du roi dans sa capitale : Bonnœil, enfin délivré de la surveillance policière, dut partir à pied pour Tournebut; il fit le chemin la nuit et en arrivant, le matin, il trouva sa mère déjà installée, passant l'inspection de son vieux château ravagé, qu'elle avait bien cru ne jamais revoir. Et ces étonnants retours du sort font songer à la vogue qu'obtint, quelques années plus tard, l'opéra de la Dame Blanche : cette œuvre charmante leur chantait leur histoire à ces nobles encore tout meurtris et évoquait leur passé perdu. Ce <( château d'Avenel» abandonné, la « pauvre dame Marguerite »

tournant son rouet dans les salles désertes en rêvant à ses maîtres, l'être mystérieux qui veille sur les destinées de la noble famille dispersée et cette amusante défroque des derniers vestiges de la féodalité, le bailli, la cloche de la tourelle, le galant paladin, la bannière des chevaliers, toutes ces choses attendrissaient nos grand'mères, en évoquant à leur esprit inconsolé le fantôme mélancolique du bon vieux temps, — si dénigré par les uns, tant pleuré parles autres, que ce malentendu centenaire fait encore aujourd'hui le fond de nos dissensions.

Au commencement d'août 1814, Guérin-Bruslard, devenu M. le chevalier de Bruslard, maréchal de camp des armées du roi, attira l'attention de Sa Majesté sur les survivants de l'affaire du Quesnay; il amena aux Tuileries le fils de Le Chevalier, alors âgé de douze ans, auquel le roi accorda une pension et une bourse dans l'un des collèges royaux *. Le, même jour, Louis XVIll signait des lettres d'abolition, que la cour de Rouen entérinait quelques jours plus tard, et par lesquelles la condamnation de M""' de Combray était annulée avec tous ses effets; le 5 septembre, la marquise, voyant réalisés ses plus beaux rêves, était présentée au roi et mention de cet événement était faite au Moniteur du lendemain.

Cette faveur insigne rallia aux Combray les hésitants; de tous côtés les dénonciations contre Acquêt et ses amis affluèrent : les lettres qu'écrivait à

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