ÉPILOGUE
cette époque Bonnœil à son frère témoignent de l'étonnement que leur causaient ces révélations ; chaque jour apporte une découverte : « M. Bruslard m'a dit l'autre jour que la Vaubadon a voulu le faire arrêter et qu'il se garda bien de donner dans le piège qu'elle lui avait tendu. » — « A l'égard de Licquet, il connaissait bien d'Aché et lui avait fait sa cour avant l'affaire de Georges, croyant bien à cette époque que le gouvernement changerait. » — « Il est bien certain que c'est le sénateur Pontécoulant qui a fait tuer d'Aché; il avait aussi contribué à la mort de Frotté. » — « A l'égard d'Acquêt, M. de Rivoire a dit à Placène qu'il y a eaviron six ans on l'a vu au Temple et que tout le monde l'y regardait comme un espion, un mouchard.". » Et c'est ainsi que, peu à peu, M"*^ de Combray en arriva à se persuader que la haine seule de ses ennemis avait causé tous ses malheurs; dès 1815, un biographe présentait sous ce jour l'histoire de la marquise et lui consacrait une notice évidemment dictée par elle, qui la mettait en bonne place au martyrologe royaliste.
Cette auréole lui plaisait infiniment : elle se montrait aux fêtes de la préfecture de Rouen et, dans ces salons oii les geôliers de Savoye-Rollin l'avaient jadis traînée, menottes aux mains, elle passait, triomphante, très droite encore, portant des lis dans sa coiffure : aux dîners où l'on se faisait un îionneur de la convier, elle racontait avec un calme étonnant ses impressions de pilori et de bagne ; elle avait expédié à Donnay un homme de
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confiance « pour savoir des nouvelles du sieur Acquêt», beaucoup moins satisfait et peu rassuré, comme bien on pense. On apprit qu'il avait fait venir sa sœur pour s'occuper des trois enfants, dont l'aînée, d'ailleurs, approchait de ses vingt ans. « Acquêt faisait le malade » pour retarder son départ de Donnay, toujours annoncé; il quitta enfin la Normandie au commencement de l'automne de 1814, emmenant avec lui ses trois filles « qu'il comptait marier dans son pays ». — « Il est sans feu ni lieu, écrivait M"" de Combray, et n'a de propriété que le mépris dont il est couvert. » Acquêt de Férolles s'installa en Vendée, à Saint -Hilaire- de -Tulmont ; il y mourut le 6 avril 1815.
Aux Cent Jours, nouveau revirement : M"' de Combray, à la première nouvelle du débarquement de Bonaparte, gagna la côte et passa en Angleterre ; si l'alarme fut chaude, elle dura peu; au mois de juillet 1815 la marquise rentrait à Tournebut qu'elle s'occupa à réparer : elle trouvait là à exercer son activité, dirigeant les ouvriers, surveillant le moindre détail de l'administration de ses biens et s'occupant de son ménage avec la minutie ordonnée de l'ancien temps. Encore que le jacobinisme de Louis XVIII semble avoir apporté à la vieille royaliste les premières désillusions de sa vie, elle n'en restait pas moins la dame de Tournebut, et, dans les limites de son domaine, elle pouvait se croire revenue aux jours d'avant 1789. Elle avait son banc à l'église. On trouve son nom inscrit sur l'une