ÉPILOGUE
des cloches d'Aubevoie, dont elle fut la marraine, en 1819 n
M"^ de Combray ne quitta plus Tournebut où elle vécut avec son fils Bonnœil, servie par Catherine Quercy qui, dans ses malheurs, lui était restée fidèle. Sauf cette fille éprouve'e, la marquise avait fait maison nette de ses anciens domestiques : on n'en retrouve aucun dans le personnel qui l'entourait pendant la Restauration et qui se composait d'une femme de chambre, Henriette Lerebour, nièce de M"" Querey, d'une cuisinière, d'un cocher et d'un valet de chambre. Pendant des années, ce fut, à Tournebut, un va-et-vient d'ouvriers : en 1823 on travaillait encore aux réparations du château et des murs d'enceinte. Cette année-là, au milieu d'octobre, M"^ de Combray, fatiguée, s'alita. Le jeudi 23, au matin, on apprit qu'elle était fort mal : deux femmes du village furent commandées pour la garder. Le soir, à huit heures, les cloches sonnèrent, annonçant que la marquise avait rendu l'âme.
Elle avait vécu quatre-vingt-un ans et neuf mois. Quand le vendredi, à onze heures, le juge de paix du canton se présenta, à la requête de Bonnœil, pour poser les scellés, il se fit conduire d'abord à la chambre de la défunte : il la vit, gisant sur son lit en bois peint, abrité par des rideaux d'indienne. Le 25 eurent lieu les obsèques à l'église d'Aubevoie ; les pauvres du village faisaient escorte au cercueil,
1. Communication de M. l'abbé Drouin, curé d'Aubevoie, auquel nous nous permettrons d'adresser ici l'hommage de notre reconnaissance pour tous les renseignements qu'il a bien voulu recueillir à notre profit, dans les divers dépôts d'archives locales.
que des homme portaient à bras; après l'office il fut descendu dans une fosse creusée à l'entrée du cimetière, sous un grand arbre sombre; la tombe, soigneusement entretenue, porte encore aujourd'hui, très lisible ^ l'inscription qui résume, en latin maladroit, rétonnante histoire de la marquise de Combray.
La liquidation qui suivit le décès et le partage des biens ramena à Tournebut les filles d'Acquêt de Férolles, qui, toutes trois, étaient alors très honorablement mariées. Au cours de l'inventaire qui fut dressé du mobilier du château, elles retrouvèrent, oubliée sur le grenier, la harpe que leur mère avait touchée au temps heureux où, jeune fille, elle vivait à Tournebut, et une « selle de cavalière » qui peutêtre avait servi au « dragon » lors des chevauchées nocturnes vers la côte d'Authevernes, à la poursuite des diligences.
Les fils de M'"' de Combray conservèrent Tournebut que Bonnœil habitait continuellement; il reste à Aubevoie bien des gens qui se souviennent de lui ; c'était un grand vieillard de taille presque athlétique, encore qu'il fût « courbé et tout déjeté"^ ». Il
1. Voici le texte de cette inscription, dont nous respectons l'incorrection :
A sanguinei Conventus faroribus
Devotam Deo, Deus ipse servavit :
Suus eam anior ergo Henrici Stirpis
Sub atroci tyranno dein pane perdidit ;
Contra tôt mala hanc tutela est relligio.
Post insperatcB demum restaurationis miraculum
Haiid innoscendas ultratamen oblita est injurias.
2, CouimunicatioQ de M. Adolphe Vard, d'Aubevoie.