‹ Tournebut, 1804-1809; d'après des documents inéditsChapitre 119 sur 125 · ÉPILOGUE â · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE â

avait les sourcils broussailleux et grisonnants, les yeux gros et très bruns, le teint hàlé. 11 était assez sombre et ne paraissait prendre plaisir qu'à la conversation d'une vieille femme «très fanée, très ridée», portant un haut bonnet tuyauté, qui pour tout le monde, était l'objet d'une sorte de vénération : c'était M'"* Querey ; on savait qu'elle avait été la confidente de M""^ de Combray, qu'elle gardait « tous les secrets » de la marquise, et on la voyait causer longuement à voix basse, avec Bonnœil, des choses du passé.

Bonnœil mourut à Tournebut en 1846, à quatrevingt-quatre ans, et le manoir de Marillac ne lui survécut pas longtemps; mis en vente en 1856, il fut jeté bas l'année suivante et remplacé par une grande et belle villa que fit construire le nouveau propriétaire du domaine ; tandis que tombaient les murs de l'ancien château, les paysans d'Aubevoie qui, si souvent, en avaient entendu raconter les légendes, se montraient curieux des mystères que la démolition allait révéler : on ne trouva rien qu'un souterrain en partie comblé qui semblait se prolonger dans la direction du petit château ; le secret des autres caches était depuis longtemps connu; l'autopsie de la vieille demeure n'apporta qu'une surprise : au fond d'une soupente obscure, on découvrit un porte-manteau contenant 3.000 francs en écus et en doubles louis ; nul ne songea — tant le drame de leur famille était inconnu aux petitsenfants de M°" de Combray — à établir une corrélation entre cette trouvaille et l'affaire du Quesnay

dont ils avaient à peine entendu parler; il nous semble probable que ce porte-manteau était celui du notaire Lefebvre, caché là, par lui-même, à l'insu de la marquise, dans l'espoir de venir plus tard le rechercher.

Nous dirons en peu de mots ce qu'il advint des autres personnages qui tiennent une place dans notre récit. Licquet eut des malheurs : tout d'abord il avait demandé la croix : — « Je sers le gouvernement depuis vingt ans, écrivait-il à Real, je suis hérissé de titres, père de famille et considéré des' autorités; je n'ambitionne que l'honneur et j'ose en réclamer le signe. Votre bienveillance l'obtiendra-t-elle pour moi?» Real n'osa-t-il pas s'ériger en parrain d'un tel postulant? Estima-t-on que la croix, alors si parcimonieusement attribuée aux civils, n'était point faite pour les policiers? Toujours est-il que Licquet dut patienter. Dans l'espoir d'augmenter ses titres à la distinction qu'il ambitionnait, il se mit en quête de nouveaux exploits et eut la main assez heureuse pour trouver une seconde affaire d'attaque de diligence, beaucoup moins pittoresque, à la vérité, que celle à laquelle il devait sa gloire, mais qu'il se chargea d'amplifier à souhait et de machiner eh maître dramaturge, si bien qu'à force de déguisements, de fausses lettres, de confidences surprises, d'interventions de personnes imaginaires et autres moyens de vaudeville, il parvint à servir à la cour criminelle d'Evreux sept prévenus si bien cuisinés que cinq pour le moins devaient y laisser leur tête. Mais n'arriva-t-il point

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