ÉPILOGUE
que le procureur impérial de l'endroit, au lieu d'accepter la besogne toute faite, se mit à examiner le dossier de l'enquête : effaré des moyens employés pour arracher aux accusés des révélations, indigné qu'on eût cherché à l'associer à une si répugnante comédie, il demanda des explications. Licquet paya d'audace ; mais on le fit taire dédaigneusement ; blessé au vif, il engagea contre les magistrats de l'Eure une campagne de récriminations, de railleries, d'invectives, à laquelle mit fin l'acquittement, unanimement prononcé, des sept innocents livrés par lui à la justice, et dont le procureur impérial avait très noblement requis luimême la mise en liberté.
Le coup fut d'autant plus sensible à Licquet qu'il se trouvait, à cette époque, fort compromis dans les fraudes de son ami Branzon, receveur des octrois de Rouen, dont les malversations amenèrent la destitution de Savoye-Rollin ; l'innocence du préfet fut hautement proclamée, mais Branzon, un ancien chouan jadis emprisonné au Temple, et dont l'histoire devait être certainement bien mouvementée, fut condamné à douze ans de fers.
Ce fut un coup pour Licquet, qui, dès les premiers jours de la Restauration, comprenant bien qu'au jeu qu'il avait joué il avait amassé plus d'ennemis que de défenseurs, crut bon de quitter Rouen pour venir, comme tant d'autres, se perdre dans la police de Paris. Sans doute n'y resta-t-il pas oisif et, si l'incendie de 1871 n'avait pas détruit les archives de la préfecture, il serait bien curieux d'y
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chercher la trace de Licquet. 11 semble qu'on retrouve un peu de sa manière dans TalTaire étonnamment louche du faux Jauphin, Malhurin Bruneau; c'est, d'ailleurs, à Rouen que se lia cette obscure intrigue ; c'est l'ami Branzon, détenu à Bicêtre, qui en fut l'impressario ; on y voit figurer un certain Joseph Paulin, personnage étrange, qui se vantait d'avoir reçu à la porte du Temple le fils de Louis XVI, et qui, pour cette raison, se montra partisan successif de deux dauphins. Joseph Paulin, à mon avis, était un policier, fort madré, du reste, chargé de surveiller les croyants, sincères ou non à la survivance de Louis XYll ; pour mieux s'attirer leur confiance, il prétendait avoir participé à l'évasion du jeune roi. A part quelques allégations vraisemblables, les récits qu'il a donnés de ses extravagantes aventures ne supportent pas la critique. Ce qui ferait croire qu'il fut élève de Licquet, ou, du moins, qu'il avait avec la police municipale de Rouen quelque accointance, c'est qu'on le voit, en 1817, au moment de l'intrigue Bruneau, épouser une femme Delaitre, âgée de quarante-six ans, vivant des secours de la mairie et d'une somme que lui avait laissée une personne morte à Bicêtre. Cette femme Delaitre paraît s'identifier parfaitement avec l'espionne que Licquet avait si habilement utilisée. Joseph Paulin mourut en 1842; la femme Delaitre lui survécut pendant vingt années; elle mourut à quatre-vingt-onze ans, rue Croix-de-Fer et touclia, jusqu'à sa fin, une petite pension de la ville. Quant à Licquet, il vécut