‹ Tournebut, 1804-1809; d'après des documents inéditsChapitre 121 sur 125 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

centenaire — et pas décoré — dans son logement de la rue Saint-Lô ; les promenades de ce vieillard, dans ces rues qui lui étaient si familières, devaient être fécondes en songeries; le Gros-Horloge, sous lequel avaient passe les charrettes, le Vieux-Marché 011 étaient tombées tant de têtes dont le bourreau lui était redevable — le faubourg Bouvreuil oii verdissait la tombe des suppliciés, Bicêtre, la vieille Conciergerie, le Palais lui-même qu'il voyait de ses fenêtres, toutes ces choses devaient évoquer pour lui de lourds souvenirs... Son acte de décès, en date du 7 février 1855 lui donne, pour toute qualité, celle à^ ex-avocat.

Querelle — dont la dénonciation perdit, on s'en souvient, Georges Cadoudal — fut mis en liberté au bout d'un an'. Desmarets lui avait promis — outre la vie — une somme de quatre-vingt mille francs pour payer ses dettes, mais, comme on ne se pressait pas de lui compter l'argent, ses créanciers perdirent patience et le firent enfermer à Sainte- Pélagie. Desmarets s'exécuta enfin et Querelle fut envoyé en Piémont, où il végéta d'un petit secours que lui servait le gouvernement. On retrouva, en 1814, épars dans les prisons du royaume — au fort de Joux, à Bouillon, à Ham — ceux des complices de Georges, tels que d'Hozier ou Armand Gaillard, que l'échafaud avait épargnés. D'autres, expédiés en surveillance « à quarante lieues de Paris et des

1. Bulletin au 26 thermidor, an XII. Ordre du ministre:* Querelle: ses lettres de grâce sont enregistrées ; il est mis en liberté. Cet homme essentiellement compromis ne peut qu'être utile ù la police.» Archives nationales, AFiv, 1489.

côtes », reparurent ruinés par dix ans d'oisivcttS forcée, de menaces et de tracasseries. L'avoué Vannier mourut au bagne de Brest. Bureau de Placène, sorti de prison à la Restauration, aida Bruslard dans la distribution des récompenses accordées par le roi aux serviteurs de la bonne cause. Allain, que l'arrêt de Rouen avait condamné à mort par contumace, vint en 1815 se constituer prisonnier — •pour purger sa peine. 11 fut immédiatement remis en liberté et gratifié d'une pension. Ce que voyant Joseph Buquet, également contumace, se présenta à son tour ; acquitté sur-le-champ, il revint à Donnay exhumer les 43.000 francs restant du vol de 1807, et vécpt « riche et méprisé » ; quant à la fille Dupont, la confidente de M"^ Acquêt, gardée en prison jusqu'en 1814, elle fut libérée dès le retour du roi et se réfugia aussitôt dans un couvent où elle passa, en religion, le reste de ses jours.

]y|ine jg Vaubadon, cachée sous le nom de Tourville — qui était celui de sa mère, — mourut misérable dans un taudis de Belleville, le 23 janvier 1848; son corps fut porté le lendemain au cimetière paroissial et le vieux registre des inhumations constate que nul ne fit pour elle l'acquisition d'un coin de terre oii elle pût reposer en paix. M. de Vaubadon était mort huit ans auparavant, ayant depuis longtemps pardonné. Certains habitants de Saint-Lô se souvieanent encore de ce grand vieillard, toujours sombre, au teint blafard, qui semblait n'avoir qu'une pensée et qui jusqu'à son dernier jour aima et défendit la temme à laquelle il

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