Archives nationales, V
2. La demoiselle Mangeot, interrogée, répondit : « C'est un petit garçon qui m'a remis ces papiers, j'ignore de quelle part. » Archives nationales F" 6402.
54 TOURNEBDT
son père à la police. Elle s'était logée rue Traversière-Saint-Honoré,à l'hôtel des Treize-Cantons, et, dès son arrivée, Real avait attaché deux espions ^ sa personne ; mais leurs rapports étaient d'une monotonie désolante : « Très bonne conduite, très sédent'din, — elle vit et elle est journellement avec le maître et la maîtresse de l'hôtel qui sont d'un âge mûr, — elle ne voit personne, on la dépeint sous les couleurs les plus avantageuses^. » De ce côté encore il fallait renoncer à tout espoir de s'emparer de d'Aché.
On essaya d'un autre moyen, le 22 mars, ordre fut donné d'ouvrir les barrières. Fouché prévoyait bien que, dans leur hâte de quitter Paris, ceux des complices de Georges dont on n'avait pu s'emparer, reprendraient aussitôt la route de Normandie, et que, grâce à la surveillance exercée sur ce point, une nouvelle rafle pourrait être faite. La mesure, habilement conçue, amena quelque résultat.
Le 25 mars, un paysan de Mériel, près ITsle- Adam, nommé Jacques Pluquet, qui travaillait à son champ, sur la lisière du bois de la Muette, vit venir à lui quatre individus, coiffés de chapeaux rabattus sur des bonnets de coton et portant à la main de forts gourdins à nœuds. Ils lui demandèrent si l'on pouvait passer le bac de l'Oise à Mériel. Pluque*, répondit que la chose était facile, « mais qu'il y avait des gendarmes pour examiner tous ceux qui passaient ». Ceci parut les faire hésiter. Ils se donnaient pour des conscrits déser-
i. Archives nationales. F'' 6397.
leurs venant de Valenciennes : « Périr pour périr, disaient-ils, nous aimons mieux rejoindre notre pays. »
Le récit de Pluquet est assez pittoresque pour qu'on le cite textuellement :
« Je leur ai demandé d'oii ils étaient ; ils m'ont dit : d'Alençon. Je leur ai observé qu'ils auraient de la peine à aller jusque-là sans être arrêtés. L'und eux m'a dit : « C'est vrai, car depuis le coup de chien qui vient d'arriver à Paris, on monte la garde partout ». Celui-ci, laissant aller les trois autres devant, me dit : « Mais si on nous arrêtait, que nous ferait-on? » Je lui répondis : « On vous conduirait à votre corps, de brigade en brigade. » Sur cela il m'a dit : « Si on nous rattrape, on nous fera faire « dix mille lieues. » Et il m'a quitté pour gagner ses camarades; le plus jeune pouvait avoir vingtdeux ans et m'a paru fort triste et bien fatigué^. »
Le lendemain, des gens d'Auvers découvrirent dans un bois une petite cabane construite en fagots : les quatre hommes y avaien passé la nuit. On les aperçut, les jours suivants, errant dans la forêt de risle-Adam. Enfin, le 1" avril, ils se présentèrent chez le passeur de Mériel, nommé Eloi Cousin, qui hébergeait chez lui deux gendarmes. Tandis que les fuyards sollicitaient le passeur de les prendre dans son bateau, les gendarmes se montrèrent et les quatre hommes prirent la fuite ; un coup de feu abattit l'un d'eux; le second, qui s'arrêtait pour secourir son camarade, fut aussitôt appré-