Archives nationales, F' 8Î
senter à V. M. et solliciter la grâce bien sensible à mon cœur de la préférence de votre séjour sur la route ,de Paris, Vous trouverez, Sire, ma maison à jour et dit-on entourée de barricades, suites des mauvais traitements éprouvés dans leurs recherches que l'on vient encore de nouveau d'y faire pour y trouver M. le v*« d'Aché ainsi que ma fille, avec séjour à différentes reprises par ordre de M. le préfet et interrogatoire ûe son secrétaire, après avoir éprouvé onze heures d'interrogatoire à leur tribunal appelée de justice pour leur donner connaissance de ma correspondance avec M. Daché... ainsi que d'une lettre que j'avais reçue de lui le 17 mars dernier. Les plus grandes menaces ont été employées et d'estre confrontée avec le Chevalier et de m'envoyer à Paris pour y estre guillotinée, rien ne m'a effi^ayée, je ne leur ai donné aucune connaissance de mes relations et du pays qu'il habitait . Je venais sire de le quitter depuis 10 jours ma réponse à cette persécution fut que ^\. i'Aché étoit à Londres et j'ay terminé par les assurer que je ne craignois point la mort, que je ferois avec ferveur mon dernier acte de contrition et ma teste serait tombée sens dévoiller cet intéressant mistère.
Ma liberté depuis 6 semaines estoit promise, mais à prix de l'or et que je crois devoir estre partagé entre le préfet et son secrétaire Niquet (sic), moitié de la somme est déposée dans le bureau de ce dernier sous cleff. J'ay été lontemps à remplir la somme qui estoit taxée, ayant trouvés peut de secours dans ceux qui se disoient mes amis, ma propriété m'a même été refusée, avec menaces et arogance me croyant sacrifiée sous le glaive, j'espérois par mes sacrifices et cestoit mon seul but, sauver la teste de ma flUe que j'estois instruite afficliée à Caen à 6.000 fr. La famille de Laitre sans me connoître que par Fintérest qu'inspire le malheur, m'a prodigué un zèle infatigable, en afrontant au péril de sa vie tous les dangers pour l'enlever de Caen, ovi les autorités mettoient tout en oeuvre.
3 de mes domestiques ont été deux mois plongés dans les prisons, le 4* nommé François Hébert recommandable par
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37 ans de services a défendu nos intérêts et par sa probité esl dans les fers depuis le mois de juillet à Falaise. Ha que n'a t-il pas souffert depuis quinze années par les authorités des lieux, les receveurs d'Harcourt, de Falaise et de Caen et tant d'autres qui demandoient sa perte pour avoir pris par notre conseille à dessin, la ferme de notre habitation, pour y sauver vos serviteurs persécutés il estoit bien connu de de Monsieur de Frotté, dont il jouissait de l'estime et qu'il a reçu avec 24 de ses fidèles; il en fesoit sa maison de confiance pour les déposer, les croyant en sûreté. Tous ces tourments ont altéré sa santé et celle de son épouse qui estant enceinte alors, et l'a perpétuée très mauvaise à son fils âgé de onze ans. La famille Dartenet (sic) et son frère ont beaucoup contribué à nos malheurs par des dénonciations journalières et renouvelés dans toutes leurs forces en janvier 1806. C'est par un trait marqué de la providance que nous avons échapés aux fers ainsy que Monsieur le vicomte Daché, mou fils s'empressa d'allé l'en prévenir pour ne plus revenir dans notre chaumière, accordés par grâce pour mon douaire, et qui ofusquait encore les DarLcnet en convoitant encore ce cabaret pour lui faire un tournebride a son château qui est le fruit de l'iniquité.
Je demande ainsi que mon fils à Votre Majesté, votre bienveillance et celle des princes de votre sang...
Je suis avec respect de Votre Majesté Votre très humble et très obéissante servante,
DE GOMBRAY.
C'était, on le voit, une confession génoralo; quelles durent être la douleur et la rage de la marquise quand elle comprit qu'elle avait été trompée? A quel moment Licquet cessa-t-il de jouer près
d'elle son double rôle? De quelles invectives fut-il accablé quand il y renonça? Comment M"'' de Combray appHt-elle qu'on avait exploité ses plus nobles illusions pour lui faire livrer sa fille et trahir tous ses amis? Ce sont là des choses que Licquet ne racontait pas ; soit qu'il ne fut pas plus glorieux qu'il ne convint des moyens louches qu'il employait; soit plutôt qu'il se souciât peu de ce qu'en pouvaient penser ses victimes. Il avait, du reste, d'autres idées en tête : M""^ de Combray avait indiqué à Delaitre que d'Aché séjournait ordinairement aux environs de Bayeux, sans préciser davantage, car elle pensait bien qu'on le trouverait facilement aux côtés du roi récemment débarqué. Licquet s'était donc mis en quête et ses agents battaient la région. Placène, de son côté, mécontent de voir qu'AUain manquait à sa parole et ne tentait rien pour délivrer ses camarades détenus, donna quelques indications; d'après lui, pour communiquer avecAUain et avec d'Aché, on devait s'adresser à un cabaretier de Saint-Exupère ; cet homme était en relation avec un individu nommé Richard, qui servait de courrier aux deux proscrits. « Entre Bayeux et Saint-Lô existe la mine de houille de Litre et la vaste forêt de Serisy lui est presque contiguë. Cette mine occupait cinq à six cents ouvriers; comme Richard y était employé, tout portait à penser que les galeries souterraines servaient de refuge à Allain et à d'Aché, — soit qu'ils y fissent le métier de mineurs, soit qu'ils se tinssent cachés dans quelque cabane ou dans quelquefosse abandonnée ».
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Le renceignement était trop peu précis pour être utilisé, et Licquet estima qu'il était préférable de tourner sur un autre point ses batteries ^ Il avait, d'ailleurs, sous la main, une victime qu'il n'avait pas encore torturée et dont il espérait beaucoup : c'était M"^ Acquêt : « Elle est, écrivait-il, le second volume de sa mère pour l'hypocrisie ; mais elle la surpasse en malice et en méchanceté... Ses enfants paraissent ne l'intéresser que très faiblement; elle n'en parle même à personne; son cœur est fermé à tous les sentiments de la nature. »
Et j'imagine que c'est pour s'excuser lui-même aux yeux de ses chefs que Licquet traçait de la détenue un si noir tableau. Son cœur, à lui, était fermé à toute compassion et on retrouvait en cet homme l'inexorable impassibilité des LatTemas et des Fouquier-Tinville, avec peut-être en plus, un raffinement d'ironie qui ajoute encore à la cruauté. Le supplice moral auquel il allait soumettre M"'' Acquêt est le produit d'une imagination de tortionnaire : — « A présent, notait-il, que la matière est
1. On ignore où se cachait d'Aché pendant l'enquête de Licquet. Il ne paraît pas probable qu'il se hasarda à passer le détroit. Peutêtre n'avait-il pas quitté Mandeville? Peut-être aussi s'était-il réfugié dans une des caches ménagées pour servir de retraite à David Vltitrcpide. Un huissier de Trévières, Richard-Michel Guilbert que d'Aché avait employé à diverses reprises, révéla à la police de Savoye-Rollin tout ce qu'il s'avait «après avoir réfléchi qu'il ne pouvait réparer ses forts dans celle affaire que par la divulgation des vérités que le gouvernement avait intérêt à connaître et pensant en même temps que ce moyen était le se'>l propre à lui mériter quelqu'indulgence»; Les déclarations de Guilbert n'apprirent, du reste, rien de bien important, encore qu'elles vinssent confirmer tout ce qu'on savait du complot avec l'AnghHerre et les émigrés.
h peu près épuisée, je vais m'occuper de brouiller nos gens entre eux. Un petit choc nous donnera, peut-être, d'utiles vérités. »
Ce petit choc allait briser le cœur de la prisonnière et lui ravir la seule pensée consolante que tant de malheurs lui avaient laissée.