‹ Tournebut, 1804-1809; d'après des documents inéditsChapitre 91 sur 125 · Archives de la famille de Saint-Victor · texte numérisé non relu

Archives de la famille de Saint-Victor

allait se dérouler le procès qui, d'avance, passionnait toute la Normandie. La curiosité était singulièrement excitée par ce crime étrange, commis par de^ dames de château^ et l'on s'attendait à des révélations surprenantes, l'instruction ayant duré plus d'un an et ayant mobilisé une véritable armée de témoins, appelés tant de la région de Falaise que des alentours de Tournebut.

La maison que M""* de Combray possédait rue des Carmélitesétaitdevenue, en quelque sorte, le quartier général de la défense. Là s'était installée M"'' Querey, sortie de prison après quelques semaines de détention, et qui veillait sur les petites Acquêt, tenues, à la pension Du Saussay, très ignorantes de ce qui se passait autour d'elles : c'étaient trois^nfants indociles et souffrantes encore des mauvais traitements subis dans leurs premières années. C'est aussi rue des Carmélites qu'habitait Timoléon quand ses intérêts de famille ne nécessitaient pas sa présence à Falaise ou à Paris. C'est là encore que logeait Ducolombier quiy avait organisé une sorte d'agence centrale oij les avocats des autres prévenus pouvaient venir se concerter. M"'' de Combray avait choisi pour défenseur M' Gady de la Vigne, du barreau de Rouen ; M^ Denise s'était chargé des intérêts de Flicrlé et M* Le Bouvier devait parler pour Lefcbvre et pour Placène.

Chauveau-Lagarde arriva à Rouen le 1" dédécembre 1808. A peine était-il débarqué qu'il reçut d'Acquêt de Férolles une longue épître par laquelle l'indigne mari le détournait de prendre la

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défense de sa femme et cherchait» h ruiner les quelques rares témoignages à décharge que Ducolomhier s'était efforcé de recueillir ^ ». Il semble que ce méprisable procédé éclaira tout de suite l'éminent avocat sur les prolégomènes du drame; de ce jour il se montra pour la famille de Combray non seulement un conseiller éclairé, mais un ami dont le dévouement ne devait jamais se ralentir.

Le procès s'ouvrit, le 15 décembre-, dans la grande salle du Palais ; une foule de curieux, principalement composée de paysans, s'était entassée, dès l'ouverture des portes, dans la partie du prétoire réservée au public ; on avait dû établir une estrade pour les vingt-trois accusés, parmi lesquels tous les yeux cherchaient M™* Acquêt, qu'on se montrait fort pâle, indifférente ou résignée, et M""' de Combray, très animée au contraire, et dont son défenseur obtenait malaisément le silence. La cour se composait, outre le président Carel, de sept juges, dont trois militaires ; le procureur général impérial et spécial Ghapais-Marivaux occupait le siège. Le greffier Simonin donna lecture de l'arrêt de compétence et, tout de suite, les débats s'ouvrirent.

Dès les premières périodes de l'acte d'accusation, il parut bien évident que le mot d'ordre était de passer sous silence tout ce qui pouvait accentuer le côté politique du procès. Comme il n'y avait là

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