Archives du greffe de la Cour d'assises de Rouen
Le chevalier 2^9
ni d'Âché, ni Le Chevalier, ni Allain, ni Bonnœil, ni aucun des hommes qui auraient pu revendiquer l'honneur d'être traités en conspirateurs et non en brigands, les juges n'avaient devant eux que des subalternes du complot et le commissaire impérial prit soin de ne citer qu'avec discrétion les noms des chefs ; encore le fit-il au moyen d'épithètes congruentes et sur un ton mélodramatique à faire frissonner de terreur les bonnes gens qui se bousculaient dans l'enceinte :
Cet attentat qui se rallie à des souvenirs odieux, quoique heureusement éteints, offre dans ses vues et dans ses mesures le produit des conceptions de la scélératesse en délire... Pour nœud qui rassemble ces atroces catégories, on découvre avec horreur, malgré son impuissance, les vestiges de l'esprit de désordre, aiguisant les poignards du brigandage.
Jamais les caissons dorés qui, depuis Louis Xll, plafonnent la grande salle du Palais, n'avaient entendu plus étonnante éloquence ; pendant trois heures, le procureur Chapais-Marivaux entassa ses lourdes phrases, prétentieuses au point d'être inintelligibles; on croirait lire une traduction rugueuse émanant de quelque écolier maladroit :
La pensée tout entière du complot se rapporte à la mémoire d'un nommé Le Chevalier, ancien chef de rebelles : ce coupable a subi par le supplice le châtiment de ses crimes; mais la nécessité du sujet rattache son nom à chaque particularité du récit. Cet agitateur a pour émule un autre artisan de désordre nommé Daché... Ces deux factieux, se communiquant l'un à l'autre leurs atrocités délirantes, durent
arrêter et fixer comme une base de leurs desseins le projet de Fenlèvement des recettes de l'État '.
Lorsqu"après avoir exposé les faits, le magistrat en vint à la fuite de M""' Acquêt, à sa retraite chez Vannier et chez Langelley, et qu'il lui fallut, sans rien divulguer des procédés de Licquet, conter l'arrestation de Tinculpée, il arriva à être tout a fait incompréhensihle; ilduts'estimerheureuxden'avoir pas en face soi, au banc des prévenus, un homme assez hardi pour dévoiler les subterfuges odieux dont on s'était servi afin de s'emparer des accusés et de leur arracher des aveux ; nul doute qu'une telle révélation n'eût attiré sur les deux femmes coupables, siuon l'indulgence des juges, du moins la sympathie du public qui, dans toute la province, s'informait, avec une curiosité anxieuse, des moindres détails du procès. Les gazettes de la région avaient l'ordre de n'en point rendre compte ; le Journal de Rouen luimême n'en parla qu'une fois^ pour annoncer que ne pouvant, faute de place, reproduire textuellement les interrogatoires et les dépositions, il préférait s'abstenir que « d'altérer quelque chose aux faits en cherchant à les abréger », et, sans quelques notes de Licquet qui assista à tout le procès, on ne saurait rien de la physionomie des débats.
L'interrogatoire des accusés et l'audition des témoins occupèrent sept audiences. Le jeudi 22 décembre, le procureur général impérial et spécial prononça son réquisitoire : l'accusation chercha