‹ Tournebut, 1804-1809; d'après des documents inéditsChapitre 97 sur 125 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

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D'Aché, pourtant, n'avait pas renoncé à ses projets : l'arrestation de Le Chevalier , celles de M""^ de Combray et de M"^ Acquêt n'étaient point des faits de nature à décourager un tel homme ; ce n'était là, après tout, que la perte de son enjeu, et il était de taille à recommencer la partie ; il ne paraît pas certain même que, quand Licquet le cherchait par toute la Normandie, d'Aché ait pris la précaution de quitter le château des Montfiquet, à Mandeville, où il séjournait habituellement depuis son voyage auprès des princes, au commencement de 1807. Dix mois après le vol du Quesnay, sa présence avait été signalée dans F Eure ^ : c'était à l'époque où se terminait l'enquête de Licquet, qui prit aussitôt la poste et accourut à Louviers ; il put se convaincre, en effet, que d'Aché y avait été aperçu trois jours auparavant. D'oii venait-il? Sortait-il de Tournebut où, en dépit des perquisitions, il aurait pu

1. Le magistrat de sûreté de Louviers signale la présence de d'Aché dans cette ville, 17 mars 1808. Archives nationales, F" 8111.

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vivre depuis six mois, dans quelque cachette bien fournie de provisions ? Quelque invraisemblable que parût cette supposition, Licquet n'était pas loin de l'admettre, tant l'audacieuse habileté de son insaisissable rival déconcertait sa propre rouerie. La lettre par laquelle il rend compte à Real de son enquête dans l'Eure est empreinte d'un découragement profond^ ; il ne dissimule plus que poursuivre d'Aché est une besogne aussi décevante qu'inutile; peut-être aussi comprenait-il que le cas de Le Chevalier était un précédent à imiter ; d'Aché eût été un accusé très gênant devant un tribunal ; s'en défaire sans esclandre, en supprimant les formalités toujours délicates de l'audience publique, rien ne serait, certes, plus profitable à l'Etat ; Licquet sentait bien qu'un excès de zèle amenant une arrestation à grand spectacle, comme l'avait été celle de Georges Cadoudal, serait très mal vu en haut lieu. et il semble que, dès lors, il apporta une certaine nonchalance à la recherche du conspirateur.

Celui-ci, du reste, s'émouvait peu de savoir ses complices aux mains de la police; perdu dans ses illusions, il ne prenait de sa sécurité aucun souci et il continuait à séjourner à Mandeville, organisant sur le papier des légions imaginaires, combinant les étapes du roi sur la route de Paris et discutant avec les Montfiquet certains points d'étiquette du séjour que le prince devait faire dans leur château au lendemain de son débarquement.

Un jour pourtant, tandis qu'on était à table —

i. Archives nationales, F^ 8171.

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— c'était au printemps de 1808 — un inconnu se présenta au château de Mandeville et demanda M. Alexandre : c'était là, on s'en souvient peut-être, le nom que prenait d'Aché dans la région de Baveux. Il voulut lui-même répondre à cet homme; ayant jugé son attitude louche et ses questions indiscrètes, il le mit à la porte en le traitant d'espion, mais non sans que l'intrus ne proférât, en s'éloignant, quelques menaces.

Le fait éveilla les craintes de M. de Montfiquet qui persuada à son hôte de quitter pour quelque temps Mandeville. Au cours de la nuit suivante, tous deux partirent à pied pourRubercy oii M. Gilbert de Mondejeu, grand ami et confident de d'Aché, poursuivi depuis longtemps par la police, vivait caché dans la maison d'une demoiselle Genneville. Cette vieille fille, ardente royaliste, ouvrit de grand cœur sa maison aux fugitifs : ils s'installaient à peine autour du déjeuner qu'on venait de servir quand une servante donna l'alarme :

— Voilà les soldats! cria-t-elle^

D'Aché et Mondejeu se jetèrent hors de la salle, firent un bond du perron dans la cour, au moment même oià la porte charretière, renversée, livrait passage aux gendarmes : les deux gentilshommes étaient pris si la chute d'un cheval, glissant sur le pavé humide, n'eût produit un encombrement d'un instant, à la faveur duquel ils purent refermer sur eux la porte d'une grange, sortir par les derrières

1. Le Sénécal. Le meurtre du baron cl Aché, vérités historiques opposées aux fictions des romans (Bayeux, 18G9).

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et gagner, en sautant les haies de la propriété, un petit bois de l'autre côté du ruisseau de la Tortone.

Mais d'Aché avait été vu et, de ce jour, il fut condamné à reprendre son existence errante, vivant le jour dans les bois, marchant lanuit, sans ressources, car il n'avait plus d'argent, mais sûr de trouver, en cas urgent, un asile dans cette région oij les réfractaires abondaient et oii toutes les portes s'ouvraient devant eux. C'est ainsi qu'il gagna la foret de Cerisy dont une partie, jadis, avait appartenu aux Montfiquet^ et oii s'ouvraient ces galeries de mines abandonnées qu'on avait signalées à Licquet comme servant de retraite à Allain. Il est vraisemblable que celui-ci s'y était, en effet, réfugié et qu'il aida d'Aché à s'y cacher pendant quelque temps ; mais sur ce point, si l'on en excepte une délation assez vague de Bureau de Placène^, aucun document ne fait foi.

Toujours est-il que, obligé d'abandonner définitivement le château de Mandeville, oii les gendarmes avaient, ainsi qu'à Rubercy, opéré une perquisition, d'Aché ne manquait pas d'asiles dans la région de Bayeux 3 : une dame Chivré, habitant un château des environs de la ville, était, depuis quinze ans, la providence des chouans les plus com-

1. Le château qui porte ce nom est bâti à la lisière même de la forêt, à 3.000 mètres environ du bourg de Balleroy.

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