‹ Tournebut, 1804-1809; d'après des documents inéditsChapitre 98 sur 125 · Archives nationales, F · texte numérisé non relu

Archives nationales, F

3. Comme, du reste, dans toute la Norraa»xdie. Licquet avait constaté que, dans le département de l'Eure, tous les châtelains des environs de Louviers tenaient à honneur d'héberger, chacun à son tour, le royaliste proscrit. Archives nationales, F' 8171,

promis et d'Aché savait être chez elle bien accueilli; il ne fit, croit-on, qu'y séjourner durant quelques jours. Aux faubourgs de Bayeux môme, il trouva pendant plus longtemps une calme et confortable retraite dans la maison de M™'' Amfrye^ qui, vivant seule avec sa fille et une servante, passait pour se désintéresser complètement de la politique. Cette dame Amfrye, qui ne sortait guère que pour aller aux offices et qu'on rencontrait de grand matin dans les rues désertes de Bayeux, marchant, les yeux baissés, vers Saint-Patrice, en compagnie de sa domestique qui portait le livre de prières, était une des plus militantes royalistes de la région. Elle tenait le dépôt des fonds que les émigrés d'Angleterre envoyaient au parti et se chargeait, en outre, de leur correspondance ; une fois par semaine un prêtre sonnait à la porte de M""® Amfrye : c'était l'abbé Nicolas, curé de Vierville, petit village de pêcheurs, situé sur la côte, à quelque cent mètres de la pointe de la Persée. L'abbé Nicolas, dont la réputation de charité était proverbiale, ce qui expliquait ses fréquentes visites à M'"^ Amfrye « qui donnait beaucoup », était, en réalité, un loup de mer comparable, pour l'énergie et le courage, à ce David

1. Dans une lettre de Caffarelli à Real (28 septembre 1809), il est parlé des liaisons de d'Aché avec l'Angleterre, «d'où il tirait des marchandises et où il envoyait des dentelles ; son dépôt de marchandises était chez M"' Amfrie, à Bayeux... Depuis un an au moins, il n'a pu avoir aucune communication avec les ennemis de la France... Son magasin s'est épuisé ; j"ignore ce qui l'a fait sortir de son gîte ; mais il est également certain que, très peu de temps avant son départ de Bayeux^ il était chez une demoiselle Dumesnil, logée place Saint-Patrice, n'ayant qu'une servante et vivant très obscurément. » Archives du Calvados; police. Affaire d'Aché.

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Vlntrépide que nous avons vu servant de pilote à d'Aclié; sa messe dite et son bréviaire récité, il s'embarquait, par tous les temps, dans un canot qu'il dirigeait seul et gagnait ainsi les îles Saint- Marcouf où s'opéraient, avec les émissaires de la station anglaise, l'échange des lettres et la remise des paquets que le brave prêtre apportait, sous sa soutane, jusqu'à Bay eux ^ Ainsi, dans cette ville morne, à l'ombre de l'imposante et singulière cathédrale, se jouait secrètement, entre ces gens pieux, ce drame continuel où chacun risquait sa vie pour la cause royale ; ils savaient n'avoir pas à gagner au retour du roi légitime ; mais ils s'obstinaient à leur tâche par haine de cet usurpateur dont ils ne connaissaient rien, et que leurs cœurs simples et leurs esprits prévenus différenciaient maldesMarat ou des Robespierre qui l'avaient précédé.

Dans Bayeux même, d'Aché pouvait se réfugier alternativement chez une demoiselle Dumesnil, vivant obscurément place Saint-Patrice, ou chez \[iie Duquesnay de Montliquet, cousine des Montfiquet, de Mandeville, et qui habitait rue des Bouchers. Il avait été recommandé jadis et présenté à ces deux dames très respectables par M"" de Vaubadon, royaliste exaltée, qui, pendant le plus fort de la Terreur, avait rendu au parti de signalés services. Elle était citée parmi les Normandes dont le zèle s'était montré le plus intelligent et le plus dévoué.

1. Renseignements communiqués par Guilbert concernant la retraite de d'Aché. Archives nationales. F' 8172.

Née de Mesnildot, nièce de Tourville, elle avait épousé, peu avant la Révolution, M. Lb Tellier de Vaubadon, fils d'un conseiller au parlement de Rouen, bel homme, aimable, loyal, élégant, « de la plus charmante sociabilité ». Elle était de taille moyenne, peu jolie, mais très séduisante, avec son teint très blanc, sa chevelure fauve, ses yeux tendres et sa démarche souple ^ Deux fils étaient nés de cette union si bien assortie. Quand survint la Révolution, M. de Vaubadon émigra.

Après quelques mois de retraite au château de Vaubadon, la jeune femme se lassa de son veuvage qui paraissait devoir s'éterniser : elle revint habiter Bayeux oii elle possédait de nombreuses relations ; la Terreur était passée, on commençait à revivre, et la morne capitale du Bessin s'en donnait à cœur joie^; «jamais les bals, les concerts, les redoutes, les soupers ne furent aussi nombreux à Bayeux, plus animés, plus brillants qu'à cette époque ». Le succès de M""* de Vaubadon fut très vif; on saisit chez elle, en l'an IX, lors d'une perquisition opérée pour y découvrir certains chefs royalistes qu'on y disait cachés, une liasse de papiers qui est venue échouer dans les cartons de la police. Il s'y trouve ce billet écrit par un adorateur :

Tous les hommes qui ont eu le malheur de vous voir sont atteints d'une blessure mortelle. Je vous prie, en conséquence, de ne pas séjourner plus longtemps dans cette ville, de ne sortir de votre appartement que le soir, à la brune, et voilée.

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