Archives nationales, F
3. Le président de la Cour impériale à Real. Archives nationales, F7 8172.
4. Le préfet de la Seine-Inférieure à Real. Archives nationales, F7 8172.
semblait d'ailleurs de bon augure et faisait présager une commutation de peine ; quant aux neuf « brigands », frappés de la peine capitale, leur sort n'attendrissait personne ; le notaire Lefebvr^ n'était pas connu à Rouen et son attitude pendant les débats n'avait inspiré aucune sympathie; les autres étaient de vulgaires comparses auxquels ne s'intéressait que la populace friande du spectacle de l'échafaud. L'exécution devait être immédiate, les jugements prononcés par la cour spéciale étant sans appel, comme ceux qu'avaient jadis rendus les tribunaux révolutionnaires.
Les neuf hommes qui allaient mourir furent ramenés à la Conciergerie : il faisait nuit déjà quand commença la « toilette ». L'exécuteur des hautes œuvres, Charles-André Ferey, d'une vieille race de bourreaux normands, avait, pour la circonstance, fait appel à ses cousins Joanne et Desmorets et, tandis qu'on dressait en hâte l'échafaud sur la place du Vieux-Marché, ceux-ci s'occupaient des préparatifs à la prison. Dans l'angoisse de cette dernière heure, le courage de Flierié fléchit. Il dépêcha un geôlier au cabinet du procureur impérial pour demander « si un sursis ne serait pas accordé à celui qui révélerait des choses importantes ». Sur la réponse négative du magistrat, l'Allemand parut se résigner :
— Puisqu'il en est ainsi, dit-il, j'emporterai mon secret dans la tombe *.
i. Note du procureur général impérial. Archives nationale», V 8178.
30« TOURNEBDT
Ce n'est qu'à sept heures et demie du soir que les portes de la Conciergerie s'ouvrirent; à la lueur des torches on voyait, au-dessus de la foule qui s'écrasait dans les rues étroites, vaciller sur la haute charrette les silhouettes des condamnés. L'itinéraire habituel de la prison à l'échafaud était la rue du Gros-Horloge et ce dut être une chose terrifiante que ce parcours funèbre aux flambeaux et cette exécution en pleine nuit de décembre. La foule, tenue à distance, ne vit rien sans doute, que les points lumineux des torches dans l'air brumeux et les formes vagues qui s'agitaient sur la plateforme. Si l'on accepte l'ordre indiqué par le Journal de Rouen du lendemain, c'est Flierlé qui monta le premier, après lui Harel, Grand-Charles, Fleurd'Epine et Le Héricey qui s'étaient, en sa compagnie, trouvés à l'attaque du 7 juin. Le notaire Lefebvre « passa » le sixième. Sur le pauvre Gautier-Boismâle, le couteau joua mal, ainsi que sur Alexandre Buquet qui mourut le dernier. Pour ces deux malheureux le supplice fut horrible ^prolongé encore par les réparations que dut subir la guillotine pour être en état de continuer sa besogne : cette scène sanglante ne prit fin qu'à huit heures et demie2.
Le lendemain, 31 décembre, devait avoir lieu sur l'échafaud l'exposition de Mme de Combray et de Placène, Vannier et Lerouge, condamnés comme