ROMANCE DU MAJOR ANDRÉ
Ciel! ô ciel! quel supplice infâme; Ciel ! ô ciel ! relève mon ame.
O vous, guerriers, amans, vrais juges de l'honneur, J*ai voulu servir ma patrie;
lO.
l/j8 IVOTES.
Et j'aspirais, par la valeur, A mériter rna Sophie.
Donnez des pleurs à mon malheur, Rendez l'éclat à ma vie.
Hélas! un jour me dit son père, On t'aime , et ta flamme m'est chère ; Mais mon sang est illustre et tu n'as point d'aïeux. Fends les mers, vole à la victoire, Reviens chargé d'un nom fameux, J'accorde tout à la gloire.
Sophie ajoute : Sois heureux Et fidèle à ma mémoire.
Plein d'amour, brûlant de courage, Imprudent (on l'est à mon âge), J'apprends que dans le camp on demande un guerrier Que la mort, que rien n'intimide^ Le succès, d'un nouveau laurier.
Ornerait sa tête intrépide.
J'aimais Peut-on trop cher payer
Ce dont le cœur est avide.
Devant moi, ma chère Sophie, Marchait ton image chérie.
D'un fantôme brillant j'avançais enlouré; L'amour, la gloire et la patrie Me guidaient à l'autel sacré Où tu m'allais être unie.
Dieux ! quel voile affreux s'est tiré Sur une si belle vie.
Un gibet!.... Tout mon sang se glace; Je tremble! il n'est plus là d'audace; Mon cœur à tant d'horreur n'était point préparé- Cruels! sauvez-moi l'infamie.
Ah! je meurs assez déchiré.
Je meurs en aimant Sophie, Je meurs de Sophie adoré, C'est perdre trois fois la vie.
KOTES. ï49
Ose me pleurer, ma Sophie , Non, je ne crains plus l'infamie; En signant mon arrêt, généreux Washington^ Des pleurs ont baigné ton visage.
La Fayette à sa nation Feia plaindre mon courage.
De tout cœur plein de passion J'aurai des pleurs pour hommage.
Mais j'entends... on vient... l'heure frappe; Cen est fait, tout fuit, tout m'échappe. Braves Américains, si je pleurs sur mon sort, Si je montre une ame attendrie, Hélas! je ne crains point la mort, Mais mon cœur aimait Sophie.
O toi que j'aime avec transport, Adieu tout, adieu Sophie.
(6) Canal du Nord. Ce canal est achevé, et c'est l'un des plus longs qui existent : il a 36o milles (120 lieues), et joint rOcéan à l'Éiié, par New-York, à l'aide de l'Hudson. H est d'un avantage immense pour le commerce de cette métropole des Etats-Unis.
On s'occupe d'un autre canal parallèle au premier, qui, à l'aide du Potomak et de l'Ohio, joindrait la Cliésapeak au Mississipi , traversant la capitale de l'Union, et dont une branche perpendiculaire conduirait à l'Erié par Pittsburg. Un troisième canal intermédiaire de Philadelphie à Pittsburg unirait la Delaware à l'Érié ; il exigerait un passage sous les Alleghanys de 5 milles.
Un autre projet excite non moins d'ardeur ; le littoral du Nord est découpé de baies très profondes et de péninsules très saillantes, tandis que celui du Midi est bordé de lacs et de marais. Mettant à profit ces accidens naturels, il s'agirait de créer une ceinture de navigation intérieure à l'aide de laquelle le cabotage et le commerce de l'Union s'exerceraient en sûreté, trompant désormais
I 5o NOTES.
pour toujours et les embûches de l'ennemi, et le fléau des tempêtes. Déjà les isthmes de Boston, New-Yorl^, Delaware, sont coupés ou vont l'être, et l'on parle d'attaquer celui de la Floride.
Quand on considère que l'Océan baigne l'est et le midi des États-Unis; que le Mississipi, dans l'ouest, en prolonge intérieurement toute la longueur, et qu'une ligne de lacs forme sa frontière septentrionale , on cou çoit sans peine et la possibilité et l'importance de ce grand système de canalisation.
Cette belle conception , qui a pour objet l'accroissement de la prospérité publique, est déjà réalisée en partie ; et avec un peuple actif et entreprenant comme celui des États-Unis , il y a tout lieu de croire qu'elle s'exécutera pleinement dans un petit nombre d'années.
Aux États-Unis , les entreprises d'utilité publique qui exigent un grand emploi d'argent, sont toujours exécutées par des compagnies de capitalistes, avec l'autorisation préalable de la législature; mais le gouvernement n'intervient que pour octroyer à cet effet une charte qui devient un contrat synallagmatique entre l'état et la compagnie qui l'a sollicitée et obtenue. S'il s'agit d'une route, d'un pont, d'un canal, on stipule le nombre et le montant des actions, le terme où les travaux doivent être commencés et parachevés, la manière dont il sera procédé à leur examen et réception , les dommages et intérêts en cas de malfaçons ou de non-exécution, le taux du péage à percevoir, et autres clauses jugées nécessaires. On stipule aussi la durée de la charte elle-même, car les actes léaislatifs de cette nature sont essentiellement temporaires, et à l'expiration du privilège accordé à des particuliers par l'état, celui-ci devient propriétaire du chemin, du pont, du canal, et en règle l'administration ultérieure comme bon lui semble. Du reste, et
NOTKS. I 5 I
pendant toute la durée de son incorporation, Ui compagnie decide seule du choix des ingénieurs, architectes, ouvriers et agens de toute espèce. Le gouvernement ne s'immisce dans aucun de ces détails; il s'en rapporte à l'intérêt particulier pour la célérité et l'économie dans les travaux et pour le recouvrement des deniers. C'est ainsi que l'on a creusé le canal du Nord et exécuté tant d'autres entreprises de la plus haute importance, et c'est ainsi que l'on parviendra successivement à compléter le système général de canalisation dans cette vaste et florissante contrée.
(7) Sir JVilliam Johnson fut pendant long-temps intendant général des affaires indiennes pour les colonies anglaises de l'Amérique. Il avait épousé une femme indienne de la nation Moliawk.
(8) Bataille de Saratoga. Wilkinson , alors colonel, fut chargé de porter au Congrès l'heureuse nouvelle de cette victoire. Introduit dans la salle, il dit : « Toute l'armée britannique a mis bas les armes à Saratoga; la nôtre, pleine de vigueur et d'audace, attend vos ordres; c'est à votre sagesse à décider où la patrie peut encore avoir besoin de nos services. » Le Congrès vota des remercîmens au général Gates et à son armée. Il décréta qu'il lui serait présenté une médaille d'or, qui serait frappée exprès pour éterniser le souvenir d'un fait si glorieux. L'on voyait d'un côté le buste du général avec ces paroles à l'entour : Horatio Gates, duci strenuo; et au bas : Comitia americana. Sur le revers paraissait Burgoyne en attitude de rendre son épée; et dans le fond, d'un côté et de l'autre, l'on apercevait les deux armées d'Angleterre et d'Amérique. La légende portait ces mots : Salas regionuni septentrion. Et sur l'exergue on lisait : Hoste ad Saratogam in dédit ione accepto. Die xvii oct. mdcclxxvii.
1 5a NOTES.
(9) La baronne de Reidsell était l'épouse d'un général brunswickois. Après la reddition de l'armée de Burgoyne, et au moment où les Américains se partageaient les officiers anglais qu'ils voulaient traiter, on vint demander où il fallait conduire madame la baronne. M. Schuyler, qui avait suivi l'armée comme volontaire depuis qu il n'en avait plus le commandement, ordonna qu'on la menât dans sa tente. Il s'y rendit bientôt après , et la trouva interdite et tremblante, croyant voir dans chaque Américain un sauvage semblable à ceux qui avaient suivi l'armée anglaise. Elle avait avec elle deux petites filles charmantes, âgées de six ou sept ans. Le général Schuyler les caressa beaucoup : ce spectacle attendrit madame de Reidsell et la rassura en un instant : Kous êtes tendre et sensible^ lui dit-elle; vous êtes donc généreux , et je suis heureuse dêtre tombée entre vos mains.
(10) Settlers, y o\c\ ce que dit M. de Chaslellux sur cette classe d'hommes toute particulière à l'Amérique :
« Celui qui a pu se procurer un capital de 6 ou ^00 fr., et qui se sent la force et la volonté de travailler, peut aller dans les bois et y acheter un morceau de terre , communément de i5o à 200 acres *, qui ne lui revient guère qu'à un dollar ou 5 fr. l'acre, et dont il ne paye qu'une petite partie en argent comptant. Là, il conduit une vache à lait , quelques cochons , ou seulement une truie pleine , et deux chevaux médiocres qui ne lui coûtent pas plus de 100 fr. chacun. Aces précautions il joint celle d'avoir quelques provisions en farine et en cidre. Muni de ce premier capital, il commence par abattre tous les petits arbres et quelques fortes branches des plus gros ; il s'en sert pour faire les fences ou clôtures , en forme de bar-
* L'acro est '^îe (rois arpens.
rières , du premier champ qu'il veut défricher; ensuite il attaque hardiment ces chênes ou ces pins immenses qu'on prendrait pour les anciens seigneurs du terrain qu'il vient usurper ; il les dépouille de leur écorce , ouïes cerne tout autour aveotla hache. Ces arbres, blessés mortellement, se voient au printemps suivant privés de leurs honneurs ; leurs feuilles ne poussant plus , leurs branches tombent, et bientôt leur tige n'est plus qu'un squelette hideux. Cette tige semble encore braver les efforts du nouveau colon; mais pour peu qu'elle offre quelques crevasses , quelques fentes , on l'entoure de feu , et la flamme consume ce que le fer n'a pu détruire. Mais il suffit que les petits arbres soient abattus, et que, les grands aient perdu leur sève ; lorsque cet objet est rempli, le terrain est éclairci, cleared \ l'air et le soleil commencent à entrer en commerce avec cette terre toute formée de végétaux détruits , cette terre féconde qui ne demande qu'àproduire. L'herbe croîtavec rapidité; dès la première année, les bestiaux ont de quoi vivre : on les laisse se multiplier, ou même on en achète de nouveaux, et on les emploie à labourer vme portion de terrain , dans laquelle on sème du grain qui rend vingt et trente pour un. L'année d'après, nouveaux abatis, nouvelles fences, nouveaux progrès : enfin, au bout de deux ans , le colon a de quoi vivre, et même de quoi envoyer des denrées au marché; et au bout de quatre ou cinq ans il achève der payer son terrain , et se trouve un cultivateur aisé. Alors l'habitation , qui n'était d'abord qu'une grande hutte formée par un carré de troncs d'arbres qu'on avait placés les uns sur les autres , et dont les intervalles avaient été remplis avec de la terre pétrie dans l'eau, se change en une jolie maison de bois , où l'on se ménage des appartemens plus commodes et certainement plus propres que ceux de la plupart de nos petites
villes : c'est l'ouvrage d'un mois ou de trois semaines. La première habitation a été l'affaire de deux fois vingtquatre lieuies. On me demandera peut-être comment un seul homme , ou un seul ménage, peut se loger si promptement. A cela je répondrai qu'en •Amérique un homme n'est jamais seul^ jamais un être isolé. Les voisins, car on en trouve partout, se font une partie de plaisir d'aider le nouveau venu : une pièce de cidre bue en connnun et gaiement , ou bien un gallon de rum , sont la seule récompense dont ces services soient payés. Tels sont les moyens par lesquels l'Amérique septentrionale, qui n'était il y a cent ans qu'une vaste forêt, s'est peuplée de trois millions d'habitans. 11 y a quatre ans, on aurait fait lo milles dans les bois que j'ai traversés , sans voir une seule habitation. »
M. de Ghastellux a voyagé en Amérique dans les années 1780, 1781 et 1782. Depuis cette époque, la population des Etats-Unis a pris un degré d'accroissement extraordinaire ; on y compte aujourd'hui plus de dix millions d'habitans. La superficie de cette république federative, y compris les nouvelles acquisitions de territoire, est de aSojOOo à 3oo,ooo lieues carrées, neuf à dix fois rétendue de la France.
(11) Block-House. C'est une maison ou un corps de garde fortifié, garni de meurtrières, et dont l'étage supérieur est à machicoulis , afin d'en défendre l'approche et de protéger la garnison contre une attaque soudaine.
(12) Le général Montgomniery, La perte de cet excellent officier fut amèrement et justement pleurée par tout son parti. Avant épousé une Américaine , et étant devenu propriétaire dans la province de New-York , il était regardé et se regardait lui-même comme Américain. Sa
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veuve, qui était l'objet de toute sa tendresse, vit encore et n'n jamais voulu se remarier, par respect pour la méluoire de son époux , dont elle s'enorgueillit à juste titre de porter le nom; cette diune appartient à l'une des familles les plus anciennes et les [îlus distinguées de l'état de New-York. Elle est sœur de MM. Robert et Edward Livingston; celui-ci, habile jurisconsulte, est aujourd'hui membre du Congrès; et l'autre a rempli pendant plusieurs années les fonctions d'ambassadeur des Etats- Unis en France.
(i3) Les généraux Wolfe et Montcalm. Le corps du général Wolfe fut transporté en Angleterre, et un monument fut élevé en son honneur à Westminster.
M. Grosley, qui a fait un voyage à Londres en 17G5, parle de ce monument, et observe que le moribond a pour tapis de pied un grand drapeau jeté au hasard, portant trois fleurs de lis du plus grand relief. 11 parle aussi de quatre grands tableaux nouvellement exécutés à cette époque, et représentant les conquêtes faites par la Grande-Bretagne sur la France, dans les quatre parties du monde, notamment le siège et la prise de Québec ; puis il ajoute que du moment où des Fiançais s'arrêtaient pour jeter uif coup d'œil sur ces divers monumens, il se trouvait toujours de charitables Anglais très empressés de leur en donner l'explication avec tous ses détails et tous ses agrémens. Il était impossible, comme l'on voit, de pousser plus loin la courtoisie et le sentiment des convenances. Les Romains, malgré toute leur fierté, dit encore le même écrivain, pensaient et agissaient bien différemment; par respect pour l'humanité, les trophées de leurs victoires n'étaient que des monumens très passagers : ce ne fut que dans les guéries civiles qu'ils les consacrèrent à l'éternité.
Le trou d'une bombe fut le tombeau du marquis de Bïontcalm , et cette sépulture est digne d'un brave militaire qui avait résolu de défendre le Canada ou de s'ensevelir sous ses ruines. Dans ces contrées lointaines, il eut souvent à supporter le froid et la faim avec ses soldats, et à suppléer par son activité, son courage et les efforts de son génie , à l'insuffisance des moyens mis à sa disposition pour conserver le pays dont la défense lui était confiée. Louis XVI , voulant perpétuer la mémoire d'un si noble dévouement , avait dès les premières années de son règne fait ériger une statue à ce modèle de 1 héroïsme guerrier.
( 1 4 ) Les chutes de Montrnorencj' et de la Chaudière. De loin, la chute de Montmorency ressemble à une avalanche de neige, tant la couleur des eaux est blanche. Après s'être reposées dans un vaste bassin environné de rochers inaccessibles, elles coulent tranquillement dans le fleuve. Pour jouir plus commodément des beautés de cette cataracte , le général Haldiman, lorsqu'il était gouverneur du Canada, fit construire sur les bords de l'escarpement oriental un pavillon soutenu par le moyen d'une charpente qui a plus de deux cents pieds de hauteur, et est appuyée contre les rochers. •
Quoique la chute de la Chaudière soit moins haute que celle de Montmorency, sa largeur, qui est considérable, les groupes d'arbres, la forme des rochers , les différens accessoires très pittoresques, la rendent plus intéressante que la première.
(i5) Bataille de la N ouvelle-Orléans . Puisque dans cet opuscule il est question de la guerre de 1812 à i8i5, on nous reprocherait sans doute de passer sous silence la bataille de la Nouvelle-Orléans , ce glorieux événement
pour l,es armes américaines , le plus mémorable de cette guerre, et qui en fut aussi le dernier. ISous en donnons un récit abrégé, mais exact.
Le 5 décembre i8i4, le gouverneur de la Louisiane, M. Claiborne, fut averti qu'une flotte anglaise, forte au moins de soixante voiles , avait paru sur la côte , à Test du Mississipi. Peu après nous fûmes informés que cette flotte était réunie dans le lac Borgne , et qu'à la suite d'un combat opiniâtre l'ennemi venait de s'emparer de nos chaloupes canonnières qui avaient été placées en vigie dans ces prirages. Plusieurs passes , ou bajoux^ comme on les appelle à la Louisiane, ont leur embouchure dans le lac Borgne; et parmi ces bayoux, ceux-là seuls qui étaient regardés comme pouvant fournir facilement à l'ennemi l'entrée du pays avaient été mis en état de défense par des abatis et autres moyens usités en pareil cas : le reste du littoral est composé de marécages, ou prairies tremblantes couvertes de joncs, de roseaux et autres plantes aquatiques ; ensuite viennent les cyprières dont le sol est pareillement marécageux. La terre habitable, dans la Basse-Louisiane, se trouve entre ces mêmes cyprières et le Mississipi ; c'est une plaine qui n'a guère au delà de quarante arpens en profondeur.
Dans cette position, nous nous attendions à être attaqués d'un jour à l'autre; mais l'esquisse topographique ci-dessus tracée suffit pour démontrer qu'il nous était impossible de prévoir sur quel point l'ennemi tenterait de débarquer. Le major-général Jackson, commandant en chef le 7^ district militaire , dont la Louisiane fait partie, était arrivé depuis quelques semaines à la Nouvelle-Orléans, et nous avait amené du Ténessy un renfort de trois mille hommes. Soudain ce général fait proclamer la loi martiale *, et donne ses ordres pour que
* Cette proclamation de la loi martiale équivaut à peu près à ce
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toutes nos forces disponibles se tiennent prêtes à marcher au premier signal. La presque totalité de ces forces n'était composée que de miliciens dont la plupart, 'suivant l expression consacrée à la L'^uisiane , n'avaient pas encore reçu le baptême du feu , et l'on y comptait à peine deux ou trois détachemens de troupes de ligne; car le gouvernement général des Etats-Unis , dans la pénurie où il se trouvait d'hommes et d'argent, avait été forcé d'abandonner la Louisiane , comme tant d'autres parties de l'Union, à ses propres ressources. Toutefois, depuis le commencement de la guerre, la population de la Nouvelle-Orléans avait mis le plus grand zèle à se rendre capable de repousser l'ennemi dans le cas où il se présenterait ; chaque homme en état de porter les armes était devenu soldat, et rarement on vit des volontaires mieux disciplinés et d'une plus belle tenue. La vocation étonnante des Français pour le métier des armes se fit parfaitement remarquer : en outre des habitans originaires de France, il y avait à la JNouvelle-Orléans grand nombre d'individus qui avaient servi dans les armées françaises, et qui étaient hs guides et les instructeurs des autres. Des corsaires de la même nation avaient fait un commerce interlope sur nos côtes, et avaient encouru les peines portées par les lois ; le gouverneur conçut l'heureuse idée de les rattacher à notre cause en leur promettant d'intercéder pour eux auprès du président des Etats-Unis : ils acceptèrent la proposition avec joie, et par ce moyen nous eûmes d'excellens artilleurs. Les hommes de couleur libres, la plupart réfugiés de Saint-Domingue; obtinrent comme luie faveur dont ils étaient fiers de se former en compagnies et d'endosser l'uniforme. Enfin les habitans français et américains, «ntre lesquels il naissait
que l'on appelle en France déclarer une ville, un département, une province , en état de siège.
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souvent des contestations, s'unissaient de tout cœur dans l'intention bien prononcée de recevoir chaudement les Anglais s'ils osaient se présenter sur leur territoire.
Tout à coup nous sommes tirés d'incertitude par la nouvelle qui se répand avec la rapidité de l'éclair, dans l'jiprès-midi du 28 décembre, qu'un fort détachement de l'armée ennemie a débarqué à deux petites lieues au dessous de la Nouvelle- Oi leans. Cette nouvelle étonnante, cette nouvelle incroyable, n'était que trop vraie : l'ennemi avait précisément pénétré par un de ces bayoux que l'on regardait comme impénétrables. On s'était contenté d'établir à proximité de son embouchure une o-arde peu nombreuse, et cette petite troupe s'était logée dans les cabanes de quelques pécheurs de profession qui se trouvaient là; ces misérables, composés de la lie des nations espagnole et portugaise étaient, comme on le sut plus tard, d'intelligence avec les Anglais, et les guidèrent jusqu'au lieu où se trouvait notre détachement, qui, attaqué àl'improviste, fut fait prisonnier,* de sorte que les Anglais arrivèrent sur la rive gauche du Mississipi avant qu'on sût qu'ils eussent effectué leur descente. Aussitôt le canon d'alarme se fait entendre; et le général Jackson, avec cette présence d'esprit qui ne l'abandonnait jamais, prend sans hésiter le seul parti convenable : il se met en marche à la tête d'une poignée d'hommes avant que l'ennemi soit préparé au combat. Notre petite armée sortit de l.a Nouvelle- Orléans vers les six heures du soir, et elle fit une telle diligence qu'avant sept heures elle était sur le champ de bataille. Malgré toutes les difficultés d'un terrain inégal, coupé par un nombre infini de bas-fonds et de clôtures, nos braves coururent à l'ennemi avec une intrépidité annonçant qu'ils étaient décidés à vaincre ou à périr. Leur feu fut vif et bien nourri, et comme il était soutenu par celui de deux pièces de campagnes et de l'artillerie à bord d'une
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goélette qui secondait nos mouvemens, il fit bientôt taire celui de Tennemi, qui se replia du coté des bois. Les Américains eurent vingt-quatre honnnes tués et cent quinze blessés : parmi les premiers se trouva le colonel Lauderdale , brave militaire qui fut généralement regretté. La perte des Anglais fut de quatre cents hommes tués , blessés ou faits prisonniers.
11 est fort heureux pour nous que cette première action, qui décida peut-être du sort de la Louisiane, ait eu lieu pendant la nuit. A la vérité, la lune était sur l'horizon : elle nous fut même très utile ; mais la lumière qui en provenait était trop faible pour que fennemi pût voir à quel petit nombre d'hommes il avait affaire. 11 crut, au contraire, qu'il avait à combattre une armée nombreuse, ce qui nous fut affirmé depuis par les prisonniers. 11 est certain que les Anglais n'étaient pas ce jour-là dans l'intention de nous attaquer, parce qu'ils n'avaient pas encore débarqué une seule pièce de canon , et ils n'eurent à nous opposer qu'un feu de mousqueterie. Mais si, au lieu de venir bivouaquer en plein jour à proximité du fleuve, comme si leur tache la plus difficile était déjà remplie, ils se fussent tenus cachés dans les bois , et qu'ils eussent profité des ombres de la nuit pour marcher sur la Nouvelle-Orléans , la ville se trouvait prise au dépoiirvu, et c'en était fait de la Louisiane; car au moment où l'alarme fut donnée, nos divers corps de troupes étaient stationnés à quelque distance de la Nouvelle-Orléans et répartis sur plusieurs points , et cette ville n'était gardée que par la compagnie des pompiers et des vétérans. A quoi tient souvent le sort des peuples !
L'ennemi reçut un renfort pendant la nuit, et s'il nous eût attaqués le lendemain , il est fort douteux que la chance eût été en notre faveur : voilà ce qui était le plus à redouter, puisque nous n'étions pas encore en mesure
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de lui opposer nos moyens de résistance; mais il ne fît pour le moment aucune démonstration hostile , et il employa plusieurs jours à effectuer en totalité le débarquement de son armée, de son artillerie, de ses munitions, et à établir plusieurs batteries. De notre côté, nous profitâmes de ce délai pour prendre position et pour former une ligne de retranchement qui se prolongeait depuis la cyprière jusqu'au fleuve. Cette ligne était hérissée, de distance en distance, d'une artillerie formidable; il y avait en avant un large fossé plein d'eau , appelé le canal Rodriguez^ et notre général, ainsi préparé à recevoir l'ennemi, se tint sur la défensive. Des renforts nous étaient annoncés et arrivèrent successivement au camp, et pendant onze à douze jours il y eut des affaires d'avant-postes , des escarmouches et des canonnades presque continuelles de part et d'autre : les Anglais nous lancèrent aussi une grande quantité de javelots à la Congrève, qui blessèrent quelques uns de nos braves, mais ne tuèrent personne. Le feu d'un bâtiment d'état qui nous protégeait, et surtout celui d'une de nos batteries placée sur la rive droite du Mississipi , et qui prenait l'ennemi en flanc, nous furent du plus grand secours, en détruisant ses travaux, en démontant plusieurs de ses canons et en lui tuant beaucoup de monde.
Enfin la grande affaire, l'affaire décisive, eut lieu le 8 janvier i8i5, époque à jamais mémorable dans les fastes de l'Amérique. Dès la pointe du jour, et à la faveur d'un épais brouillard, le général Packenham , commandant en chef de l'armée anglaise, fit passer le colonel Thornton et des forces considérables sur la rive droite du Mississipi pour attaquer les ouvrages défendus par le général Morgan; et lui-même, avec le reste de ses troupes , s'avança sur la rive gauche du fleuve contre les retranchemens de Jackson. Celte partie de l'armée anglaise, forte
de 12,000 hommes, avait été formée en trois divisions, sous les ordres respectifs des majors -généraux Gibbs, Keane et Lambert : ce dernier commandait le corps de réserve.
Les Anglais marchèrent en colonnes serrées dans la plaine en avant des retrancbemens américains : chaque soldat portait , outre ses armes , des fascines et des échelles. Tl régna un silence solennel jusqu'au moment où l'armée ennemie se trouva à portée du canon : à ce silence succède la plus épouvantable canonnade. Les Anglais continuent cependant d'avancer en assez bon ordre, serrant leurs rangs à mesure que les boulets et la mitraille les éclaircissent j ensuite la mousqueterie se joignant à l'artillerie fait un dégât si terrible, que le plus grand désordre se met dans leurs colonnes. Jamais feu ne fut plus nourri et plus meurtrier que celui des Américains ; les hommes placés en seconde et troisième ligne chargeaient les fusils et les passaient à ceux qui se trouvaient au premier rang.
Les officiers anglais eurent la plus grande peine à rallier leurs troupes qui fuyaient dans toutes les directions , et le général en chef sir Edward Packenham est tué en cherchant à les ramener au combat. Les généraux Gibbs et Keane parviennent cependant à réunir un assez grand nombre d'hommes et à les faire avancer de nouveau j mais cette seconde tentative leur devient encore plus funeste que la première, et il leur est impossible de soutenir le feu continu des Américains : tous ceux qui le purent cherchèrent leur salut dans la fuite, et quelques pelotons seulement parvinrent jusqu'au bord du fossé, où périrent tous les hommes qui les composaient. Les officiers veulent encore essayer de ranimer le courage de leurs soldats , mais tous leurs efforts sont vains ; et peu après les généraux Gibbs et Keane sont emportés du
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champ de bataille , le premier mortellement et le second grièvement blessé.
Ceux des habitans de la Nouvelle- Orléans que leur âge, leur sexe, leurs infirmités ou leurs emplois retenaient en cette ville, entendaient le bruit effrayant du canon et de la fusillade aussi distinctement que s'ils eussent été sur le champ de bataille. Des mères , des épouses éplorées tremblaient pour la vie de leurs fils et de leurs maris, d'autres pour des amis, des parens , des frères ; mais cet état d'incertitude , d'anxiété , d'angoisses , ne fut pas de longue durée , et ne tarda pas à faire place à la joie la plus vive. Bientôt ils furent informés que nos lignes n'avaient pas été forcées, que l'armée anglaise était en pleine déroute , et que nos canons continuaient à balayer tout ce qui se trouvait à leur portée. Une circonstance digne de remarque peint la fermeté du caractère des dames de la Nouvelle-Orléans , fermeté qui se concilie fort bien avec la sensibilité du cœur, ce précieux apanage du beau sexe ; pas une ne songea un instant à s'éloigner de la ville lorsque l'ennemi en était si voisin, et que le sort des armes pouvait l'en rendre maître d'un jour à l'autre. On leur en avait donné le conseil , mais ce conseil fut constamment rejeté; et cependant la perte d'une bataille, d'une seule bataille, nous aurait enlevé tout moyen de défense , et la soldatesque ennemie serait entrée immédiatement en ville comme dans une place prise d'assaut!
Heureusement l'ennemi fut vaincu, et jamais, peutêtre, vu le peu de durée de l'action et le nombre des combattans, il n'y eut une perte aussi énorme : plus de 2,000 morts, sans compter ceux que des blessures graves avaient empêché de se sauver, jonchaient la plaine. Le général Lambert, seul des généraux anglais qui fût encore en état de commander, voyant l'impossibilité de
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rallier ses soldats, se relira en toute hâte vers la position qu'il avait quittée le matin. Dans ce combat si désastreux pour l'ennemi, les Américains, grace aux parapets qui les couvraient, n'eurent que 7 hommes tués et 6 blessés.
Tandis que ces choses se passaient à la gauche du fleuve, le colonel Thornton avait débarqué sur l'autre rive, et avait immédiatement attaqué les retranchemens du général Morgan. Les troupes qui se trouvaient à la droite de la ligne américaine croyant que l'ennemi les avait tournées, abandonnèrent leur position; de sorte que celles de gauche eurent à soutenir à elles seules le choc des Anglais. Ce combat trop inégal ne pouvait durer long-temps; et le général Morgan voyant que tous ses efforts seraient vains pour défendre ses batteries en fit enclouerles canons, et donna le signal de laretraite. Le colonel Thornton avait été dangereusement blessé; et le colonel Gobbins, qui lui succéda dans le commandement, ne jouit pas long-temps de l'avantage qu'il avait remporté ; car, aussitôt après la défaite de ses compatriotes sur l'autre rive, il reçut Tordre de repasser le fleuve et de venir se réunir au général Lambert. Ce dernier, après avoir un peu rétabli l'ordre dans son camp, eut une conférence avec l'amiral Cochrane, dans laquelle ils reconnurent tous deux que le but de l'expédition était manqué, et que le seul parti qui restait était de rembarquer les débris de l'armée aussi promptement que possible. On s'occupa de suite de cet objet , qui demanda du temps ; et , dans la nuit du 17 au 18 janvier, les Anglais abandonnèrent leua- camp , laissant derrière eux quelques blessés et quatorze pièces d'artillerie. La nature du terrain ne permit pas de les poursuivre; cependant cinq chaloupes, commandées par le trésorier Shields, parvinrent à s'emparer de plusieurs embarcations chargées de soldats.
L'amiral Cochrane avait, le 9 janvier, fait remonter lo
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Mississipi par plusieurs corvettes et galiotes à bombes pour aller attaquer le fort Saint-Philippe de Plaquemiiie , construit peu loin de l'embouchure du fleuve. Cette expédition n'eut aucun succès ; et après un bombardement de plusieurs heures, auquel le major Overton qui commandait au fort riposta chaudement , les vaisseaux anglais très endommagés dans leurs grémens et leurs mâtures furent forcés de quitter la partie et de redescendre le fleuve.
Ainsi s'est vérifiée la prédiction d'un journaliste de la Nouvelle-Orléans, qui, plusieurs mois avant l'invasion, avait dit en plaisantant : John Bull fumera , mais sans notre tabac; il ne fera pas de punch avec notre rhum et notre sucre, et il n'alimentera pas ses fabriques avec notre coton , à moins qu'il ne l'achète. Ainsi ce formidable armement , préparé à grands frais par l'Angleterre , vint échouer devant la bravoure et la persévérance d'une petite armée composée de milices levées à la hâte, et commandée par un général dont la carrière militaire , quoique ( rès brillante , ne datait que de deux ans. On estime que cette malencontreuse expédition a coûté aux Anglais plus de cinq mille hommes.
A l'exemple de notre général en chef , les officiers et soldats qu'il commandait se sont montrés dignes de la belle et noble cause qu'ils avaient à défendre , et dont le souvenir ne s'effacera jamais. Ne pouvant les nommer tous , nous nous bornerons à citer les généraux Coffee, Carrol , Adair et Villeré ; le colonel Livingston , aide-de-camp du général en chef; les majors Planché et Daquin, les capitaines Roche, Sainte-Gème, Joshua Lewis, Beale, Ghauveau et Vignié. Le commodore Patterson et le général Labatut méritent également une mention honorable; le premier, pour avoir puissamment secondé les mouvemens de notre armée, et le second pour la manière dont il a
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SU maintenir l'ordre dans la ville dont la f^arde lui était confiée.
Avec les débris de son armée , l'ennemi fit une tentative sur la limite qui sépare la Louisiane de la Floride occidentale; déjà il s'était emparé d'un fortin sur une pointe de terre située dans ces parages, et il menaçait le jport de la Mobile , lorsque la paix conclue à Gand fut proclamée ; et d'un bout à l'autre de l'Union les mêmes réjouissances , les mêmes feux de joie célébrèrent le triomphe de nos armes et la cessation des hostilités.
Nous terminerons cet article en transcrivant ici la lettre adressée par le général Jackson au maire de la Nouvelle- Orléans , dès que l'on eut acquis la certitude que l'armée anglaise se disposait à évacuer le sol de la Louisiane. En voici la traduction :
A C honorable Nicolas G mon , maire de la ville de la Nouvelle- Orléans.
Quartiers-générarix, 7* district militaire, «7 janvier i8i5.
« Monsieur,
«Depuis mon arrivée à la Nouvelle -Orléans, je suis pénétré d'admiration pour le zèle et la conformité de sentimens que les citoyens dont vous êtes le digne magistrat ont manifesté d'une manière si éclatante ; et je serais inexcusable si toute autre occupation que celle de pourvoir à leur défense m'eût fait différer jusqu'ici de rendre publiquement hommage à leur caractère et à leurs qualités.
« Je vous prie donc , monsieur, de faire connaître à vos estimables concitoyens l'opinion que je me suis formée de leur patriotisme , de leur amour de l'ordre et de leur attachement aux principes de notre excellente constitution. Le courage qu'ils ont montré au moment du danger, et le
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Stoïcisme avec lequel ils ont repoussé les sinistres pensées que le voisinage de l'ennemi était fait pour inspirer, ne sont pas moins admirables que cette attention touchante avec laquelle ils ont prodigué indistinctement des secours et à nos soldats malades ou blessés, et à ceux des prisonniers de guerre qui se trouvaient dans la même situation. La générosité avec laquelle leurs représentans au conseil de ville ont secouru plusieurs familles de ceux qui combattaient au champ de l'honneur est un acte d'humanité dicté par une sagesse éclairée , et qui a produit les plus heureux effets. Dans aucun pays on a rarement eu autant de motifs de donner des éloges si vrais et si mérités. Tandis qu'une vaillante jeunesse était au champ de bataille et qu'elle arrêtait les progrès de l'ennemi , les hommes d'un âge avancé gardaient la ville et y maintenaient le bon ordre, et les femmes elles-mêmes encourageaient leurs époux et leurs frères à rester au poste du danger où le devoir les appelait. Non contentes d'exercer dans cette circonstance cette puissante influence qui leur est départie par la nature, et qui devient irrésistible lorsqu'elle est accompagnée des graces et des perfections qui distinguent le beau sexe de la Louisiane, elles se sont montrées capables des plus grands efforts , et , guidées par l'humanité et le patriotisme, elles ont travaillé de leurs propres mains aux vêtemens de nos défenseurs, et par ce moyen elles ont mis à l'abri des rigueurs de la saison les hommes qui sont accourus d'un pays lointain pour les garantir des insultes de l'ennemi. Au nom de ces braves, je vous prie, monsieur, de leur offrir le tribut de notre admiration et l'assurance de nos remerciemens les plus sincères. Ne leur laissez pas ignorer que les femmes et les filles de ceux qu'elles ont secourus avec tant de générosité les combleront de bénédictions, et adresseront au ciel les vœux les plus ardens pour leur bonheur. En mon particulier, rien dans cette
importante campagne ne fait éprouver à mon cœur une sensation plus délicieuse que d'avoir été assez heureux pour ramener au milieu d'elles , et presque sans exception , leurs maris, leurs frères et leurs autres parens, qu'elles seules sont dignes de posséder.
« J'éprouve le plus vif plaisir lorsque j'envisage par anticipation le moment fortuné où le départ définitif de l'ennemi vous permettra de reprendre les fonctions ordinaires de votre place , et rendra les citoyens à leurs occupations accoutumées. Ils méritent de jouir des douceurs de la paix après avoir affronté avec tant de bravoure les dangers de la guerre.
« Je serais à juste titre accusé d'insensibilité et d'ingratitude, si je n'étais reconnaissant des témoignages de confiance et d'attachement dont vos concitoyens m'ont honoré. Cette confiance m'a mis à même de réussir sans difficulté dans les mesures que j'ai cru devoir adopter peur leur défense ; et en retour de leur attachem-ent pour ma personne, dont je conserverai le souvenir jusqu'au tombeau, je les prie de recevoir l'assurance que le mien leur est dévolu tout entier.
« Quant à ce qui vous concerne personnellement, monsieur le maire, veuillez accepter mes remerciemens pour le zèle et l'exactitude avec lesquels vous avez , dans cette circonstance difficile , exercé les fonctions de police qui vous sont confiées , et pour la célérité que vous avez déployée en assurant l'effet des diverses réquisitions qu'exigeait le service public.
« Incorporée dans les états de l'Union , la Nouvelle-Orléans est destinée à devenir un jour la ville de commerce la plus florissante qui ait jamais été connue. Sous tout autre gouvernement, la Louisiane ne serait qu'une colonie pauvre et languissante. Puissent vos concitoyens sentir toujours cette grande et importante vérité avec autant de
force qu'ils paraissent en être pénétrés dans ce moment! Puissent-ils toujours continuer à faire les mêmes efforts pour maintenir des liens aussi sacrés; et puissiez-vous, monsieur, vivre assez long-temps pour être témoin de la prospérité , de la richesse et du bonheur qui se trouveront un jour réunis dans ce vaste entrepôt de la partie occid entale des Etats-Unis d'Amérique !
« J'ai l'honneur d'être, etc.
«Andrew JACKSON,
Major-général , commandant.
Un trait de caractère prouve que le héros de la Louisiane ne met point en balance la gloire militaire avec la vie des hommes.
Peu après l'affaire du 8 janvier, les capitaines Roche, Sainte-Gème, et autres officiers supérieurs du bataillon d'Orléans , jugèrent, par les mouvemens de l'armée ennemie , que les Anglais se disposaient à évacuer leur camp. Ils s'empressèrent d'en prévenir le général Jackson , et dans leur noble ardeur lui demandèrent à franchir la ligne à la tête du bataillon , pour fondre à l'improviste sur l'ennemi , persuadés que le succès était infaillible et qu'ils feraient un nombre considérable de prisonniers. — « Combien prendra-t-on d'Anglais? demanda le général, après un moment de réflexion. — Six cents. — Combien en tuera-t-on? — Autant. — Combien perdrons -nous de braves? — Cinquante, tout au plus. — Non, messieurs, j'aime mieux cinquante Américains que douze cents Anglais. L'armée que j'ai l'honneur de commander est composée de citoyens et de pères de famille; et dix mille prisonniers en ma possession ne me consoleraient pas de la perte d'un seul d'entre eux. » Et la proposition n'eut pas de suite.
Ce dialogue vint à la connaissance des dames de la
Nouvelle-Orléans , et l'on pense bien qu'il ne fut pas oublié. Aussi, lorsque notre armée rentra dans les murs de cette ville, ces vertueuses épouses , ces tendres mères, les yeux baignés de larmes , firent éclater, à l'apparition du général , la joie qui les animait et la reconnaissance dont leurs cœurs étaient pénétrés. Un arc de triomphe avait été dressé sur la place publique, et le général , accompagné de son étatmajor, le traversa au bruit des salves d'artiflerie , et aux cris de vi{>e Jackson! uive notre libérateur! mille fois répétés par la foule immense qui remplissait cette même place , les rues adjacentes, les fenêtres et balcons des maisons voisines. Le général dirigea ses pas vers la cathédrale ,* les autorités s'y étaient rendues d'avance , et le clergé l'attendait à l'entrée de l'église: il y fut harangué par M. Dubourg, alors grand-vicaire du diocèse * ; et lorsqu'il eut pris place , un TeDeum solennel fut chanté en actions de grace. Après la cérémonie, des banquets , des danses, des illuminations terminèrent cette heureuse journée.
Par un acte de la législature , il a été décidé que le 8 janvier de chaque année , un Te Deum serait chanté dans l'église cathéd»rale de la Nouvelle-Orléans , en présence des autorités civiles et militaires.
(16) Nouvelle- Angleterre. Dans le temps colonial f on connaissait sous ce nom ce qu'on appelle aujourd'hui les six états septentrionaux , savoir ; Le Maine, New-Hampshire, Vermont , Massachussets , Rhode-Island et Connecticut. On se sert quelquefois encore de la même expression pour désigner collectivement ces six états.
(17) Société incorporée. Indépendamment des chartes d'incorporation municipale dont nous avons parlé, la Lé-
* M. Dubourg est aujourd'hui évèque de Montauban.
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gislature en accorde à des associations particulières, telles que collèges de médecine, sociéte's littéraires, philosophiques ou d'agriculture , chambres de commerce , chambres d'assurances , banques , compagnies pour la construction des canaux, ponts, grandes routes; compagnies de navigation intérieure, etc. etc. C'est un acte qui, sous un nom indicatif, réunit en corps politique un nombre quelconque de personnes , et consacre l'exécution du projet , ou l'institution de la chose qu'elles ont sollicitée.
(i8) Les cinq grands lacs, Yoici , d'après M. de Las- Cases , quelle est leur superficie relative, calculée en lieues carrées: Ontario, 3,3oo; Erie, 4,000 j Michigan, 5,5oo; Huron, 7,000; Supérieur, 1 3,000.
(19) Bataille de Bunker s- Hill. Le 17 juin 1820, les Américains ont célébré, de la manière la plus solennelle, l'anniversaire de ce mémorable événement. Cinquante ans s'étaient écoulés depuis que les Yankees , au début de leur carrière militaire , avaient tenu tête aux bataillons anglais ; et les Bostoniens , ayant voulu élever une colonne de granit pour perpétuer le souvenir des efforts qui ont illu.stré cette journée, improvisèrent cette fête semi-séculaire, pour l'inauguration du monument.
Près de dix mille spectateurs étaient réunis sur la montagne, et M. Webster, citoyen distingué de Boston , placé sur une estrade élevée , prononça un discours qui pouvait être entendu de toute la multitude.
Vhôte de la nation (le général La Fayette) assistait à cette pieuse et touchante cérémonie , entouré de quelques vétérans à cheveux gris qui , cinquante ans auparavant, avaient combattu sur ce même lieu ; et lorsque l'orateur parla des grands services qu'il avait rendus aux Américains, l'émotion des auditeurs prouva au général que leur
compatriote était l'interprète des sentimens de toute l'assemblée.
La cérémonie se termina par un banquet de quatre mille couverts, dans une salle construite à cet effet sur Bunker's-Hill , et qui occupait une surface de quarante mille pieds carrés.
(20) Etat de Vermont. Sous le gouvernement colonial , les habitans de cette contrée n'avaient eu d'autre nom que celui de green-mountains-hoySy enfans de la montagne verte ; mais ne le trouvait pas assez noble pour leurs nouvelles destinées , ils le traduisirent en français , ce qui lit Verd-Mont , et par corruption Vermont.