‹ Tournée a la mode dans les États-UnisChapitre 6 sur 49 · TO U RIVÉE A LA. MODE · texte numérisé non relu

TO U RIVÉE A LA. MODE

ville ont depuis 5o jusqu'à lOo piecls de large : bien pavées, bien entretenues, ornées de beaux et larges trottoirs, elles ^burent dans une direction parallèle, et sont coupées à angles droits. Les maisons , commodément distribuées, sont remarquables par leur élégance et leur propreté. Les édifices publics sont d'un fort bon style, particulièrement la banque de Pensylvanie et celle des Etats-Unis; ce dernier édifice occupe toute la face d'un îlet (^), et on le regarde comme un chef-d'œuvre d'architecture. Tous les jours il part de Philadelphie pour New-York une voiture publique et une malle-poste : le prix des places est de 4 piastres. Des bateaux à vapeur qui correspondent avec les voitures publiques partent chaque jour de cette ville pour Trenton, où se trouve une diligence pour New-Brunswick , qui en est éloigné de 3o milles; et à New-Brunsw^ick on a établi un bateau à vapeur pour New-^ork. Bhtre le point de départ et celui de l'arrivée la distance est de 96 milles : on la parcourt en 1 2 heures ; et en comprenant les frais de toute espèce, la dépense est de 4 piastres 62 cents. Les lieux les plus remarquables sur la Delaware , tant villes que villages , sont Frankfort , Bristol , Burlington , Bordentown et Trenton, L'ex-roi d'Espagne, Joseph Bonaparte, fait sa résidence à Bordentown : sa maison fut incendiée par accident, il y a quelques années, mais elle vient d'être reconstruite avec goût et magnificence. Pour se rendre de cette ville à South-Amboy, on a établi une route commode et bien entretenue.

Trenton , ville très commerçante , l'une des plus

peuplées du New -Jersey, et la capitale de l'état, est baignée par la Delaware , à 3o milles de Philadelphie. On y trouve des bateaux a vapeur, à bord desquels on s'embarque sur cette rivière. En face de Trenton , la Deîawarre est très rapide; on la passe sur un pont récemment construit, encore plus remarquable par sa solidité que par son élégance. Le trajet jusqu'à New- Brunswick se fait par des voitures publiques qui se correspondent; et comme elles sont fort commodes, cette circonstance augmente le plaisir qu'une route bien entretenue et la beauîé du paysage procurent ordinairement au voyageur. Le premier relai est à Princeton , distant de Trenton d'environ 12 milles.

Princeton est une jolie bourgade contenant environ 100 maisons et 600 habitans. On y remarque le collège de Nassau , auquel on a réuni un séminaire pour les étudians en théologie. Ces deux institutions sont confiées à des professeurs aussi respectables qu'éclairés, et l'on y compte, année commune , environ 200 élèves. Les batimens du collège sont en pierre et présentent un fort beau coup d'œil ; et cet établissement, sous la direction du proviseur actuel , continuera , ainsi que les autres institutions littéraires de notre pays, d'obtenir du public le degré de bienveillance et d'encouragement qu'il mérite.

New - Brunswick , au sud - ouest du Raritan , à 1 8 milles de Princeton , est sur le bord de cette rivière , au pied d'une montagne escarpée et dans un bas- fond , ce qui en rend le séjour peu agréable. Sa population

n'excède pas 3,ooo âmes. Queen's-College ( le collège de la Reine) y fut établi en 1770, par 1 église réformée de Hollande; on avait d'abord eu l'intention d'y placer le séminaire pour les ëtudians en théologie. Dans le Irajet de New-Brunswick à New -York, par le bateau à vapeur, la vue embrasse en même temps des terres bien cultivées sur les deux rives du Raritan, une baie spacieuse et la jolie ville de Perth - Amboy. Placée au fond de la baie , et très bien bâtie , Perth- Amboy est le séjour le plus sain et le plus agréable que l'on puisse trouver sur la cole atlantique.

Relais et distance de Philadelphie à New- York.

uiilies. railles.

Frankfort 4 Princeton 12

Holmesbnrgh 6 New-Brunswick 18

Bristol 10 Aiuboy J2

Trenton 10 New-York 24

New-York est située à la pointe de l'île d'York, au confluent des rivières de l'Est et d'Hudson, par les l\o degrés de latitude. Elle fut fondée par les Hollandais, en 161 5, sous le nom de Nouvelle-Amsterdam , et incorporée par le gouvernement anglais en 1696. Sa population est de i25,5oo âmes, et sous ce rapport et pour l'étendue de son commerce , c'est la ville la plus importante des États-Unis. Quant au coup d'œii et à la régularité , New-York ne peut rivaliser avec Philadelphie ; cependant elle a un air de grandeur et de richesse vraiment imposant. Cette masse de population toujours en mouvement, dans les rues et sur les quais, annonce cet esprit porté vers les grandes spéculations

DAWS LES ETATS-UNIS. 'j

commerciales ; tel est effectivement le trait caractéristique de ses habitans. On y voit grand nombre d'édifices publics construits avec un goiit et une magnificence dignes de la splendeur de cette métropole de l'Union américaine. La distance de New-York à Albany est de 147 milles, et les communications entre ces deux villes sont alternativement établies par des voitures publiques qui se correspondent et font ce service pendant l'iiiver, et par des bateaux à vapeur lorsque la navigation sur l'Hudson n'est pas interrompue par les glaces. Parmi ces bateaux, on s'accorde à donner la préférence au Richmond et au Chancelier-Lwingston.

Le Chancelier et le Bichmond parient pour Albany les mardis , jeudis et samedis , à quatre bcures du soir, et le Fire-flj (la Moucbe à feu), le vendredi à huit heures du matin.

Pour retourner à New -York, les deux premiers partent d'Albany les mardis, jeudis et samedis, à 10 heures du matin , et le Fire-fly^ le samedi , à la même lieure. Le prix ordinaire du passage est de 6 piastres.

Navigation sur V Hudson.

Un bateau à vapeur sillonnant les eaux de l'Hudson est un spectacle nouveau et intéressant ; mais on doit ajouter que cette navigation offre au voyageur l'aspect de sites et de paysages tellement variés qu'il serait difficile de trouver ailleurs, et dans un voyage d'aussi courte durée , cet ensemble , cette réunion d'objets enchanteurs. Au plaisir que Ton éprouve en voyant la nature dans toute sa beauté et dans toute sa richesse se joint un contraste tellement frappant que ia seène

est aussi pittoresque que ravissante. D'un côté des mornes couronnés d'épaisses forêts, ne laissent apercevoir aucune trace, aucun vestige de culture, et quelques pas plus loin on découvre tout à coup, et comme à l'improviste , de beaux et grands vallons peuplés de laboureurs dont les maisons parsemées çà et là forment un amphitliéâtre cbarmant , tandis que de nombreux troupeaux paissent sur le sommet de mille collines environnantes. Dans le lointain on aperçoit confusément des clochers et des groupes de maisons, et devant soi l'on a pour perspective le tableau sans cesse renouvelé de forêts , de terres cultivées , de villes et de villages. En contemplant ainsi les œuvres infinies du Créateur, le cœur de l'homme s'enivre des plus douces , des plus tendres émotions.

A 4o milles environ de New-York on commence à découvrir les hauteurs nommées Highlands ou Fishkill ; elles méritent une mention particulière , non seulement à cause de leur masse et de leur étendue , mais aussi parce que leur nom se trouve associé à quelques uns des événemens les plus importans de la révolution américaine. Cette chaîne de montagnes a i6 milles environ de profondeur et occupe sur les deux rives de l'Hudson un espace de 20 milles. On estime que la plus haute d'entre elles n'a pas moins de i565 pieds. Le docteur Mitchell est d'opinion que dans l'origine des temps cette épaisse et solide barrière a formé obstacle au cours des eaux et a donné naissance à un lac assez élevé pour couvrir toute la surface comprise entre Quaker -Hill et les montagnes appelées Laconick à Test, les hauteurs de Schawangunk et de

Catskill à l'ouest, et entre les petites chutes du Mohawk et les chutes d'Hadley sur THudson ; mais que par l'effet d'une convulsion de la nature cette chaîne de montagnes ayant été rompue, les eaux se sont précipitées avec violence dans ce qu'on appelle maintenant la baie de New-York. A l'endroit oii commencent ces montagnes, du coté sud, on voit l'emplacement d'un vieux fort sur la pointe de Verplank, en face duquel se trouvait celui de Stoney- Point, qui fut pris sur le général Wayne en i 778, et que cet officier parvint à reprendre sur l'ennemi dans le cours de la même année. Plus au nord, et à la distance de 10 milles, on reconnaît la position du fort Montgommery, qui, malgré la belle et vigoureuse défense du général George Clinton, fut forcé de se rendre aux Anglais, en octobre 1777.

West-Point , l'un des postes militaires les plus importans durant la guerre de la révolution (3), est situé sur la rive occidentale de l'Hudson , a proximité des Highlands, dans la partie nord; on y voit actuellement un grand nombre de maisons et une école militaire construite sur un plateau qui fait partie de la rive de l'Hudson et qui a 1 76 pieds de haut. On y monte par un chemin pratiqué sur le coté nord de la pointe. Le fort Putnam était placé sur le sommet d'une masse de rochers contigus de 56o pieds d'élévation. Des ruines et le silence des déserts, voilà ce qu'on trouve aujourd'hui dans les lieux ou jadis exista cette formidable forteresse. Cet amas de décombres tombant en poussière donne cependant encore une idée exacte de ce que fut cette barrière inexpugnable^

barrière que ne purent franchir les enneniis de noire liberté.

L'école militaire que le congrès a fondée à West- Point, fut organisée dans son origine, en 1802, par les soins du général Williams. Dans le choix des élèves la préférence est accordée d'abord aux enfans des officiers qui firent la guerre de la révolution, et ensuite aux enfans des officiers qui ont pris part à la guerre dernière (rSiaà i8i5),et qui sont décédés. Aucun élève n'est admis au dessus de l'âge de quatorze ans, et le nombre des cadets est fixé à 25o. La dépense annuelle de chaque élève est de 336 piastres ( 1680 fr. environ), et il en coûte chaque année au gouvernement général r 5o,ooo piastres pour le soutien de cet établissement. Au nombre des élèves on comptait dernièrement deux enfans appartenant à deux chefs indiens : ils avaient en partage les plus heureuses dispositions, et dans les examens et exercices publics ils ont remporté plusieurs prix. Antérieurement un jeune Indien avait déjà offert le même phénomène; mais à peine eut-il atteint sa dix-septième année qu'il abandonna le temple des muses pour aller gihoyer et par monts et par vaux; goût inné chez ces hommes de la nature.

Le major John André.

La destinée de ce jeune et brave officier est liée au souvenir des événemens de West-Point; c esl là que le perfide Arnold conçut le projet de trahir son pays et d'étouffer sa liberté naissante : il est devenu par cet acte iruame l'objet du mépris et de Texécralion de

rdnlvers, et il est la cause directe de la fin tragique du malheureux André.

Benoît Arnold, né dans Fétat du Connecticut, avait dès le commencement de la guerre montré la bravoure et l'intrépidité d'un soldat réunies à l'activité et aux talens d'un bon officier. Il s'était habilement acquitté de la mission difficile et hardie de pénétrer dans le Canada, en partant de l'état du Maine, pour suivre une route inconnue à travers des déserts , des torrens et des précipices. Les^fatigues et les privations de toute espèce que pendant la durée de celte expédition il partageait avec ses soldats excitèrent en sa faveur la sensibilité et la reconnaissance nationales, A Québec de même que sur le lac Champlain et h Saratoga, il avait su payer de sa personne de la manière la plus éclatante ; et au mois de novembre 1779, lorsqu'il (ut promu au commandement du poste de West-Pomt, il portait d'honorables marques de son dévouement à son pays; je veux parler de ses blessures dans les affaires sanglantes et décisives qui avaient amené la reddition de l'armée de Burgoyne.

Le général Arnold occupait, à l'époque dont il s'agit, la maison de campagne du colonel Béverley- Robinson qui l'avait quittée pour rejoindre l'armée royale à New -York. Cette maison était en face de Wesl-Point, à l'est de l'Hud^n , dans un site agreste et solitaire, nullement fait pour adoucir les aspérités d'un caractère fantasque et difficile à contenter : il n'y trouvait point ces scènes si aimables, si attrayantes de la belle nature, qui parlent au cœur de l'homme et le disposent à des sentimens doux et vertueux. Ce fut

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dans cette Tliébaïde que le général Arnold fit aux Anglais les premières propositions ayant pour objet de leur livrer et le fort de West- Point et les troupes sous ses ordres. Les agens anglais nommés pour suivre cette affaire furent le colonel Béverley-Robinson et le major John André, et ils entretinrent pendant quelque temps une correspondance suivie avec le général américain, en profitant pour cela de leur station à bord de la corvette le Vautour, mouillée dans la baie d'Haverstraw, lo milles environ au dessous des pointes Stoney et Verplank.

Le major André, à peine âgé de vingt-neuf ans, distingué par l'amabilité de son caractère et ses qualités éminentes , soit comme citoyen , soit comme soldat , possédait toute la confiance de ses chefs et jouissait du titre flatteur de favori de l'armée britannique. Il s'était nourri de la lecture des auteurs classiques; et, amateur éclairé des beaux-arts, il avait un goût particulier pour la musique, la peinture et la poésie. Dans sa première jeunesse il était devenu éperdument amoureux d'une très jolie personne nommée Délia : il lui consacrait tous les momens dont il pouvait disposer dans la maison de commerce où il travaillait, lorsque la fatale nouvelle du mariage de sa maîtresse , avec un rival plus heureux, lo jeta confofidii, désespéré, dans le tumulte des camps. L'auteur de sa biographie fait les réflexions suivantes :

c( Il y a quelque cbose de singulièrement remarquable dans le caractère d'i^ndré et dans les vicissitudes de sa vie. Doué d'un excellent jugement, que l'élude et les voyages avaient encore perfectionné , il

possédait en outre les graces de l'esprit, l'élégance des manières et tous les avantages du physique le plus agréable. Il était savant sans ostentation , s'exprimait avec facilité et avait le ton poli et persuasif; ses sentimens délicats, généreux, inspiraient pour lui la plus vive estime, et la douceur de son caractère lui conciliait l'affection de tout le monde.

ce Par la réunion de ces belles qualités, il parvient à obtenir de son général une confiance sans bornes et il s'élève rapidement dans les rangs de l'armée; mais dans l'âge des illusions, au milieu de sa noble carrière, son imagination s'enflamme : séduit par l'appât des plus brillantes récompenses, il concourt à l'exécution du projet le plus avantageux qu'on pût concevoir dans l'intérêt de sa patrie, et tout à coup précipité du faîte des prospérités, il voit tous les rêves de son ambition dissipés et sa perte inévitable. »

Dans le cours du mois de septembre 1 780 , la funeste entrevue entre Arnold et André eut lieu sur le déclin du jour, et il est plus facile d'imaginer que de décrire les diverses émotions qui agitaient le cœur de ces deux hommes. André avait en perspective honneur, gloire et profit; il voyait une guerre dispendieuse terminée par son intervention, les intérêts de son prince garantis par le succès de son entreprise, et lui-même porté par l'estime et la reconnaissance de ses compatriotes sur les ailes de la renommée. Arnold n'avait point de pareils motifs à faire valoir : la sordide avarice, la soif de l'or, avaient étouffé ses nobles qualités; son pays était la victime désignée de cet infernal projet médité de sang-froid ; ses libertés de-

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vaient être sacrifiées à son infâme trahison, et il ne pouvait envisager d'autre récompense de ia part de ses concitoyens que la haine et le mépris.

Sous prétexte d'une correspondance avec le générai anglais, au sujet du traité de paix projeté , Arnold était parvenu à enrôler à son service un citoyen aussi intelligent que respectable, nommé Smith. Sous la direction de celui-ci il fit expédier une chaloupe à bord de la corvette le Vautour^ qui était toujours mouillée dans la haie d'Haverstraw , à 12 milles environ de distance, pour y prendre l'agent anglais et le conduire à l'endroit désigné pour la conférence. En examinant les papiers on vit qu'un sauf-conduit avait été adressé au colonel Beverley- Ptobinson , et qu'un second avait été laissé en blanc pour servir à tout autre officier qui povuTait être choisi pour cette importante mission. Le troisième portait le nom de John Anderson , sous lequel André consentait à être conduit et à débarquer sur ce rivage d'oii il ne devait plus revenir.

L'entrevue se passa au pied d'un morne nonime Long -Clove, à l'ouest de l'Hudson. Le général Arnold s'y était rendu d'avance, et au moment de l'arrivée d'André on le trouva seul au fond d'un taillis (ie sapins, où devait se tenir leur conférence. Après un colloque qui se prolongea jusqu'à la nuit on s'aperçut qu'il serait impossible au major André de s'en retourner sans être découvert par les sentinelles des forts voisins, Stoney et Verplank. Il fut, en conséquence, conduit dans la maison de Smith, le même qui l'avait débarqué et qui ensuite l'accompagna sur le chemin de New-York. Dans cette maison il troqua

son uniforme pour un habit bourgeois; et muni d'un sauf- conduit du général Arnold, il se mit en route avec Smith pour se rendre à White Plains. Il passa la première nuit chez M. Mac -Coy, à 8 milles environ du lieu de son départ. Le jour suivant, lui et son compagnon de voyage marchèrent sans s'arrêter jusqu'à Pine's - Bridge ( le pont des Pins), sur la rivière de Proton, branche de l'Hudson qui coule à l'ouest. Ayant obtenu les renseignemens nécessaires quant à la route qu'il devait suivre, André prit le lendemain matin congé de son guide et partit. Il n'avait pas fait plus de 6 milles de chemin lorsqu'il fut rencontré par trois miliciens , John Paulding , David Wilhams et Isaac Vanvert qui, avec d'autres, avaient été envoyés à la découverte entre les avantpostes des deux armées. Ces hommes arrêtèrent le major André près de Tarry -Town, en se jetant à la bride de son cheval. Au lieu d'exhiber immédiatement son sauf-conduit, André leur demande d'oii ils sont ? De là bas , répondent-ils , voulant dire de New- York, ou se trouvait alors l'armée anglaise. Le jeune homme trop franc pour soupçonner un piège réplique aussitôt : « Et moi aussi j'en suis , » et se faisant connaître pour officier anglais il leur dit qu'il ne peut s'amuser plus long-temps parce qu'il est très pressé ; mais voyant qu'il est leur prisonnier, il offre une montre de prix si on veut le relâcher. Cette offre ne fait qu'augmenter les soupçons; alors ces hommes le saisissent et l'entraînent derrière des buissons; ils le fouillent, et trouvent dans ses bottes plusieurs papiers écrits de la main même d'Arnold , contenant les ren-

seignemens les plus précis sur les munitions et la garnison de West-Point , et la manière la plus sûre de diriger une attaque contre cette forteresse.

Des dépêches furent immédiatement expédiées au général Washington , avec une lettre du major André par laquelle celui-ci informait de sa détention le général Arnold. Par un malentendu, Arnold eut connaissance de cet événement avant Washington. Soudain il s'empare du cheval du courrier et franchit, au risque de sa vie, le précipice qui le séparait de la rivière, y trouve des chaloupes qu'on tenait toujours prêtes pour se rendre à West-Point , et pour en revenir, se jette dans la première qu'il rencontre et fait signe au rameur de le conduire à bord de la corvette. Cependant Washington avait reçu les lettres qui lui étaient adressées ; et à peine Arnold achevait de doubler la pointe de Stoney et celle de Verplank que le colonel Hamilton arriva dans ce dernier poste avec ordre de l'arrêter; mais il était trop tard.

André avait été pris le ^3 septembre, et le 29 une cour martiale, nommée par Washington, décida que le major John André, adjudant-général de l'armée anglaise, était un espion et devait être traité comme tel, et que , conformément aux lois de la guerre et au droit des gens, il subirait la peine de mort.

L'ennemi protesta contre cet arrêt, sur le motif qu'André avait été admis dans le camp américain comme parlementaire, d'après les instances réitérées d'Arnold , officier commandant du district , à qui il avait eu le droit de demander un passeport tant pour aller que pour revenir. Les Américains déclarèrent

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qu'ils regarderaient la sentence comme non avenue pourvu qu'Arnold leur fût livré (4); mais le général anglais n'ayant pas voulu y consentir, André fut exécuté le 1 octobre 1780, à Tappan, ou Orangetown, et il y fut inhumé.

Ainsi, dans le court espace de neuf jours écoulés entre son arrestation et son exécution, ce malheureux jeune homme est frappé de la foudre et précipité dans l'abîme. A la fleur de l'âge, au moment oii il se croit le plus cher favori de la fortune, la tombe s'entr'ouvre et l'engloutit! Il possédait de belles et rares qualités, et il emporta l'estime et les regrets de tous ceux qui l'avaient connu.

Un sentiment d'intérêt pour sa mémoire engagea quelque temps après le gouvernement britannique à faire transporter, aux frais de l'état, ses restes en Angleterre : ils ont été déposés dans le caveau réservé pour la sépulture de la famille du prince régent, aujourd'hui George lY. On avait eu la précaution de planter sur sa fosse un cyprès pour reconnaître le lieu où ses cendres reposaient. Lorsqu'on fît les fouilles nécessaires pour son exhumation on s'aperçut que les racines de cet arbre s'étaient entrelacées autour des os du crane de cet infortuné. On assure que ce cyprès a été pareillement transporté en Angleterre et qu'il est aujourd'hui dans le jardin particulier du roi (5).

Neweurgh est une petite ville sur le penchant d'une colline a l'ouest de FHudson , 9 milles nord de West- Point et 1 00 milles sud d'Albany. Elle contient environ 5oo maisons, et une population de 3ooo âmes.

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Par sa position elle est devenue le centre de relations commerciales fort étendues avec la contrée qui Favoisine à l'ouest, et avec la ville de IMew-York, par le moyen de la rivière Hudson ; pendant la guerre de la révolution elle fut quelque temps le quartier-général de Tarmée américaine. De Newburgh on aperçoit distincrement Beacon-IIill , sur l'autre rive du fleuve, et les pointes élevées des montagnes de Fislikill, sur lesquelles on se rend en parties de plaisir dans la belle saison, pour jouir d'un horizon immense : de là on découvre une portion du territoire de cinq états de l'Union américaine. Cette chaîne de montagnes finit par se confondre avec les Apaiaches, autre chaîne du même genre dans le nord -est; mais du côté sud, l'œil ne peut en apercevoir le terme. A une distance plus rapprochée on voit la position de West - Point , entourée de mornes dont le pied semble reposer sur le lit même de llludson , tandis que leurs têtes rocheuses se perdent dans les nues.

PoLGHKEEPSiE , à i8 miUcs nord de Newburgh , est situé à un mille de l'Hudson, sur la grande route d' Albany à New-York, et il a été incorporé en 1801. Ce bourg, à peu près de la même étendue que Newburgh, est dans une position charmante, et fait un commerce considérable. Il a la forme d'une crois, les deux principales rues se coupant dans leur centre à angles droits. On y voit un chemin taillé dans le roc, se prolongeant depuis Poughkeepsie jusqu'à l'Hudson, oil est on petii port de cabotage.

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Catskill tire son nom d'une grande crique qui le traverse, et va verser ses eaux dans THudson. Ce village est sur le bord occidental de ce fleuve, à 33 milles d'Albany; il conlient environ 200 maisons et 1000 habitans. Ceux-ci ont su tirer parti de leur position sur la crique, et déjà on voit un grand nomlxe de moulins et de fabriques qui donnent à Catskill un air de vie et d'aisance; c'est d'un bon augure pour son accroissement et sa prospérité future.

Athîînes se trouve à 5 milles au dessus de Catskill. Ce village est incorporé et contient environ 1000 liabltans. Placé en amphithéâtre sur le penchant d'un joli coteau qui prend naissance au bord de la rivière, et s'élève graduellement, il offre une perspective fort agréable. Le voisinage de la ville d'Hudson, qui se trouve précisément en face d'Athènes, sera probablement toujours un obstacle à ce que cette petite bourgade prenne jamais un grand accroissenient sous le rapport du commerce; mais sa position lui assure des avantages d'un autre genre. Athènes offre à sa proximité des sites tellement variés sur les bords du fleuve, qu'il s'y trouve déjà grand nombre de maisons de plaisance habitées par de riches propriétaires.

Hudson est sur le bord oriental du fleuve qui porte le miéme nom, à 3o milles sud d'Albany. Le plateau sur lequel elle est située s'élève presque perpendicu* lairement à la rivière, par bancs de 5o à 60 pieds de hauteur, et il se termine à l'est au pied de montagnes escarpées, d'oii l'on domine la ville et ses environs. On y jouit aussi de la vue du fl.euve et d'un paysage

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qui se prolonge l'espace de plusieurs milles. Sa population est de 4,5oo âmes, et chaque jour elle voit accroître ses richesses, son commerce, et le nombre de ses liabitans. La crique de Clavérack à Test, et celle de Kinderhook au nord, sont une ressource précieuse pour les moulins et les fabriques; aussi Hudson en est abondamment pourvu, et occupe le troisième rang parmi les cités manufacturières de Tétat. Sur l'autre rive, à proximité d'Athènes et de Catsklll, la vue se porte sur des maisons de campagne, des fermes et des terres cultivées; c'est une vaste plaine qui a pour bornes les montagnes escarpées de Catsberg ou Catskill; ces montagnes, par leur forme, rappellent l'idée de ces tours ou forteresses antiques, et leur sommet se perd dans les nues. Celle qu'on appelle le Round- Top ^ et qui est la plus élevée, a 3,io5 pieds, et le High-Peak 3,019 pieds au dessus du niveau du fleuve. La navigation sur l'Hudson, par le bateau à vapeur, se prolonge jusqu'à 3o milles au-delà d'Albany, mais elle n'ajoute rien au tableau que nous venons de tracer; on y voit la nature dans toute sa simplicité, sans que l'art ait fait aucun effort pour l'embellir.

Distance de Neiv- York à Albany.

uiilles. milles.

Kingsbridge xa Ponglikeepsie . 14

Philipsburgh 4 Rliinebeck i6

Ïarry-Town n Liviugston's Manor 20

Croton 8 Catskill 4

Verplauk's Poiut 5 Hudson 5

Peekskill-Landing 4 Kinderhook 1 3

Fort Moutgommery 6 Baltimore 3

West-Point 3 Albany to

Wewburgh 9

DAINS LES ETATS-UNIS. Tq

ALBANY. On ne peut mettre cette ville en parallèle îivec New- York, soit pour le commerce et la population, soit pour la richesse et la beauté; c'est cependant aujourdliui la capitale d^ l'état. Baignée par THudson, elle est à 147 milles nord de New- York, «t à 10 milles environ au sud de Waterford, où se termine la navigation sur ce fleuve. Le site d'Albany s'élève graduellement jusqu'à i53 pieds, à partir de la rivière. A la distance d'un demi -mille on en juge favorablement; mais cette première impression s'affaiblit quand on la voit de près. Les rues sont généralement étroites et tortueuses; et malgré l'élégance avec laquelle on y bâtit actuellement, l'étranger est trop souvent ramené à l'idée des premiers temps de cette ville, par l'aspect désagréable d'un grand nombre de vieilles maisons détériorées , qui datent de sa fondation. Le Capitole, oii siège la législature et où l'on a placé les bureaux des officiers publics, se trouve à l'entrée de State-Street (rue de l'État), sur une eminence de 1 3o pieds au dessus du niveau du fleuve; il est construit en pierres de taille; sa hauteur est de 5o pieds sur ii5 pieds de long, et 90 de profondeur. On assure qu'il n'a pas coûté plus de ii5o piastres. La concession primitive de l'ancien fîef de Eeiisselaër comprenait un district entier sur les deux rives de FHudson; sa superficie était de 24 milles sur l\i , de l'est à l'ouest. C'est aujourd'hui la propriété de l'honorable Stephen Van- Rensselaër, dont la maison est à peu près au centre de ce vaste domaine, à l'extrémité nord de la vilie; et cette maison, par sa magnificence et ses dépen-

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dances considerables, fait assez connaître Timmense fortune du propriétaire.

Le Muséum d'Aibany est curieux et intéressant. On l'a placé au troisième étage de l'ancien Hotel -de-Ville^ dans une salle assez vaste pour contenir les nombreuses productions de la nature et des arts qui le composent. Cependant le local aurait pu être mieux clioisi ; mais pour le nombre, la variété et la classification des articles, cette collection égale, si même elle ne surpasse, toutes celles du même genre qui existent dans les Etats- Unis.

Le mouvement, l'activité qui se déploient dans cette cité indiquent, suffisamment à quel point le commerce y fieurit; sa population est d'environ 12,000 âmes, et sous ces deux rapports, signe évident de la prospérité publique, elle ne le cède à aucune autre du même état, excepté New-York.

D'Aibany il s'expédie régulièrement des voitures publiques pour Montréal en Canada, pour Salem et Wbite-Hall; pour Niagara, dans l'état de New-York ; Burlington, Middlcbourg , Rutland, Bennington, Bratteborougli et Windsor, dans Fétat de Vermont; Walpole, Keene et Ilanover, dans l'état de New-Iïampsbire, et pour Boston, dans l'état du Massacbussets.

Dans la belle saison il existe un pareil moyen de. communication entre Albany et Sandy-ïïill, parla roule de Trov, Lansingburgb, Waterford , Baîîston et Saratoaa. Les voitures sont très commodes et les clievaux excellens. L'arrivée à Albany et le départ de cette ville ont lieu tous les jours, excepté les dimancbes. Le prix des places pour Ballston est de deux piastres

par chaque personne, et pour Saratoga de deux piastres et demie.

Troy est à six milles d' Albany, en remontant le fleuve. A l'est se trouve une chaîne de montagnes escarpées qui bornent la plaine dans laquelle cette ville est située, et qui s'étendent jusqu'à i'Hudson. Pour la beauté du site et du paysage environnant on ne croit pas exagérer en affirmant qu'aucun lieu habité sur I'Hudson ne l'emporte sur la ville de Troy. Les rues courant nord et sud se rejoignent l'une à l'autre à l'extrémité nord, et sont coupées à angles droits par celles qui courent dans la direction de l'est à l'ouest. Les maisons sont généralement en bols, et ombragées par de beaux arbres plantés le long des rues; celles-ci sont maintenues dans le meilleur état par des remblais de sable et de gravier, à défaut de pavé. La population de Troy est d'environ 7,000 âmes. 11 y a trois églises ou temples pour les différentes sectes ou communions religieuses, un palais de justice et une prison. Un grand édifice en briques, à trois étages, a été dernièrement construit aux frais de la corporation municipale, pour en faire une école de jeunes demoiselles. Cette maison est tenue par plusieurs dames qui, par leur zèle et leurs talens, ont donné à cet établissement une supériorité incontestable sur tous ceux du même genre dans l'état de New-York. Année commune, 60 à 80 jeunes personnes y reçoivent leur éducation; les amis des lettres viennent aussi de doter un lycée, et cette institution fait concevoir des espérances qui se réaliseront par la suite.

Lansingburgh , à 3 milles de la précédente, ne consiste guère qu'en une seule rue courant parallèlement au fleuve. Derrière cette bourgade s'élève une montagne escarpée , au sammet de laquelle on trouve le fameux rocher du Diamant, qui de temps à autre jette le plus vif éclat par la réverbération des rayons du soleil. Le coup d'œil de Lansingburgh n'annonce pas un grand état de prospérité; la plupart des maisons, généralement mal entretenues, tombent en ruines. Cette bourgade contient cependant deux églises, une banque et une école : sa population n'excède pas 3,ooo âmes. A l'extrémité nord se trouve un pont très beau et solidement construit sur l'Hudson; ce pont aboutit au village de Waterford, dont nous allons parler.

Waterford a été récemment incorporé, et par sa position favorable au commerce, il est regardé comme chef-lieu du comté de Saratoga. Au confluent du Mohawk avec l'Hudson , il tire grand avantage de cette position par un commerce de cabotage fait au moyen de petites embarcations qui, en très grand nombre et dans presque toutes les saisons de Tannée, fréquentent ces parages; il contient une population de i,5oo habitans. Ses relations commerciales sont déjà très avantageuses; mais elles prendront un grand essor, lorsque la navigation sera établie sur le canal du Nord (6) qui doit aboutir à Waterford. A un mille environ, dans la direction sud-ouest, se trouve le fameux cohoz du Mohawk.

DAX3 LES ETATS-UNIS. ai

Cohoz OU chute du Mohawk.

Cette cataracte du Moiiawk est à 3 milles de son confluent avec THudson; elle a gSo pieds de largeur et 5o de hauteur perpendiculaire; et si on la mesurait à partir du point où commence le plan incliné qui la domine, elle n'aurait pas moins de 70 pieds d'élévation. Pour jouir du spectacle imposant qu'elle présente et des sites pittoresques qui l'environnent, il faut se placer sur le pont construit à un mille plus bas. La chaîne de rochers à pic qui resserrent le lit du Mohawk, le bruit de la cataracte répété au loin par des échos sans nombre, ces floîs écumans qui se précipitent avec fr<icas dans un goufrc entr'ouvert sous les pieds du spectateur, le contraste frappant de cette scène animée et bruyante avec la solitude des lieux d'alentour, tout imprime à ce tableau un caractère de grandeur et de majesté. Une ancienne tradition porte qu'un chef de la nation Mohawk , voulant traverser la rivière en canot, s'embarqua si près des rapides qu'il ne put lutter contre la force du courant; voyant que tous ses efforts sont vains, que sa perte est certaine, il prend son parti en brave; et avec le stoïcisme et le sang-froid d'un véritable Indien, il fait voguer son canot dans la direction du courant, s'assied près du gouvernail, et avec sa pagaye d'une main et sa bouteille de l'autre , il est entraîné dans l'abyme et disparaît à jamais.

LÎLK DE Van-Schaick, 0 proximité de Waterford,

est une terre d'alluvion formée par les dépots successifs du Mohawk. Ce lieu fut le quartier- général de Farmée américaine en l'y -y y, et au mois de septembre de la même année elle quitta ce poste et marcha contre le général Burgoyne, alors campé à Beymus- Heights. Il est peu de contrées au monde qui puissent l'emporter sur les plaines de Saratoga : l'étranger y trouve tout a la fois des souvenirs du plus haut intérêt et tous les agrémcns de la vie. D'un côté Hébé lui fournit les moyens de conserver ou de rétablir sa santé, et lui promet les plus précieux avantages que le ciel dans sa bonté ait daigné départir aux mortels; Mars, d'un autre côté, fait entendre sa voix, et lui montre ces champs de bataille oi^i la valeur guerrière fut couronnée des lauriers de la victoire. Tant que les éyénemens liés à l'histoire de l'indépendance américaine exciteront la curiosité ou l'intérêt , tant que le soin de veiller à sa santé et le désir de se procurer des distractions ou des amusemens seront le partage des humains, Saratoga continuera d'être le séjour du convalescent, de l'homme du monde, du patriote et du philosophe.

En partant d'Albany pour se rendre à Ballston- Spa, on fait i8 milles de chemin sur les rives de l'Hudson, et cette partie de la route est belle; mais après avoir quitté Borough, qui est à 8 milles de Waterford , le chemin devient inégal, raboteux, et dans la saison des chaleurs le voyageur y souffre beaucoup de la poussière. Le paysage est peu varié, attendu le grand nombre d'épaisses forêts de pins qui couvrent cette contrée.

DANS Li:S ETATS-UNIS. aO

Relais et distance d' Albany à Ballston-Spa.

milles. milles.

Troy 6 Borough 8

Lansingburgh 3 Taylor's 7

Waterford i Ballston-Spa 5

Ballston - Spa , joli village attenant a la ville de Milton , dans le comté de Saratoga , est dans une val" lée, au fond de laquelle coule un€ branche du Kayadérosséras, ^ont les eaux se réunissent à celles de l'autre branche, à lextrémité orientale. Les limites de Ballston-Spa sont tracées par la nature. Au nord et hi Touest, ce sont des montagnes de sable, et au sud et à l'est, une crête de terre dont la déclivité a lieu du coté du village, autour duquel elle forme un demi -cercle. Le Rayadérosséras , dont les eaux sont assez abondantes pour faire tourner un moulin , coule vers l'extrémité nord-est. Le pécheur, dans une barque légère, vogue sur ses eaux et rempht ses filets, tandis que le promeneur foule le tapis vert de ses rives. Ce village a été incorporé en 1807; et ses magistrats municipaux, au nombre de trois, sont élus tous les ans. Il contient 112 maisons et 61 4 habitans. On y a placé la cour de justice, dont le ressort s'étend sur tout le comté; et Ton y trouve deux églises, l'une épiscopale et l'autre anabaptiste, une école, une imprimerie, une bibliothèque et un cabinet de lecture. Sa réputation est due à la découverte d'une source d'eau minérale très abondante qui coule à Ballston et à Saratoga, à proximité de l'auberge tenue par M. Aldridge; on en fit d'abord une espèce de fontaine,

(Il i'entoiirant d'un simple tonneau enfoncé en terre jusqu'au niveau du sol, et sans aucune défense contre les incursions des bestiaux qui venaient souvent s'y désaltérer; ensuite, grace à la munificence des citoyens, on la convertit en un beau bassin pavé et entouré de marbre avec une balustrade en fer. Le marbre et le pavé ont disparu , mais la balustrade est restée; e^de est tout à la fois un objet d'ornement et de protection pour la fontaine. Cette source coule probablement toujours à partir du point où "elle fut découverte, mais quelques pieds au dessous du sol qui l'environne, parce que ce sol a été exhaussé par des remblais successifs, afin d'améliorer et de maintenir en bon élat la route sur laquelle se trouve cette fontaine.

Low's Springs est à Textrémité orientale du village, sur la propriété de M. Low , d'oii cette source tire son nom, et à la générosité duquel les babitans du village ont de grandes obligations. Sur cette fontaine on a construit des bains vastes et commodes, et l'on a rendu tributaires de ces bains non seulement les eaux de cette même fontaine, mais aussi celles qui proviennent de plusieurs sources voisines.

Washington - Fountain , ou la Fontaine de TVashingtoji, située entre les deux sources dont il vient d'être parlé, coule au centre du village, et après avoir parcouru un espace de 5o toises, se jette dans le Rayadérosséras. Elle fut découverte dans Téîé de 1817, et on l'a renfermée dans un beau bassin de

DANS LES ETATS-UIs'IS. 27

pierre enfoncé dans la terre jusqu'à io pieds de profondeur, auquel on a adaplé un tuyau de 5 pieds de long. Le diamètre du bassin n'a pas moins de 28 pieds, mais il est toujours à pleins bords, et les eaux limpides qui le remplissent s'échappent de leur prison sous la forme d'un joli jet d'eau. Ainsi la fontaine de Washington a un double avantage ; elle plaît à l'œil du voyageur, surtout lorsqu'il la voit pour la première fois, et elle flatte son palais lors(jn'il en savoure les eaux salutaires.

L'analyse chimique de ces eaux a donne pour résultat du muriate et du carbonate de soude, du carbonate de chaux, du carbonate de magnésie et du carbonate de fer : ces mêmes ingrédiens se trouvent en plus ou moins grande quantité dans toutes les eaux minérales de cette contrée, tant à Ballston qu'à Saratoga.

Les principales auberges ou pensions bourgeoises sont celles de Sans-Souci, d'Aldridge et de Corey. L'établissement de Sans-Souci, avec ses dépendances, occupe une superficie de plusieurs acres dans la partie orientale du village. Le plan adopté et suivi dans la construction et la distribution de cette maison, ainsi que les travaux d'utilité et d'embellissement qui la décorent, font le plus grand honneur au bon goût de son opulent propriétaire. L'édifice est en bois et a trois étages; sa façade est de 169 pieds, et chacune des ailes a i53 pieds de long; il y a de quoi loger r3o personnes. Il est entouré d'une superbe cour ornée d'arbres et d'arbustes de plusieurs espèces, et avec les galeries et les vastes salles qui s y trouvent c'est un

^8 TOUKJVÉE A LA MODE

séjour délicieux pendant les fortes chaleurs de l'été.

L'auberge d'Aldridge, ornée d'un grand jardin, à l'extrémité ouest du village, et celle de Corey, à l'extrémité sud, méritent d'être citées avec éloge. Leur position, au milieu de belles et riantes campagnes, sera toujours pour elles un droit acquis à la préférence d'un grand nombre de voyageurs pendant leur court séjour aux eaux. Outre ces auberges il y a plusieurs maisons oii l'on peut avoir logement et pension à divers prix établis par semaine.

Sans-Souci, lo piastres; Aldridge, 8 piastres; Corey, 8 piastres; Clark, 5 piastres; Yillage-Hotel, 5 piastres, madame Mac-JMaster, 5 piastres.

La malle-poste, venant des contrées sud et est, arrive a Ballston-Spa les lundis, mercredis, vendredis et samedis, et des contrées ouest le jeudi de chaque semaine; elle part les dimanches, mardis, jeudis et vendredis. Outre le bureau de poste de Ballston-^Spa il en existe un dans la ville de Ballston, distante de trois milles, mais les lettres éprouvent des retards ou ne parviennent point à leur destination lorsque les correspondans négligent de désigner positivement celui des deux endroits pour lequel leurs lettres sont destinées.

On est admis à toute heure de la journée dans la bibliothèque et le cabinet de lecture moyennant une très modique rétribution. On peut y lire toutes les gazettes des Etats-Unis. La bibliothèque contient quelques recueils périodiques; elle est composée d'un petit nombre de volumes, cependant on trouve moyen d'y faire un bon choix d'ouvrages, tant pour Futilité que pour l'agrément.

D.VNS LES ÉTATS UNIS. «iQ

A six îuilies de Ballston-Spa, en se dingeant vers ^e sud, on voit le lac de Ballston, quelquefois nommé le Grand lac. Dans cette excursion on ne trouve qu'une seule auberge, ou plutôt une ferme qui en tient lieu, à proximité de la rive occidentale du lac. M. Macdonald, à qui elle appartient, est Irlandais de naissance, et lorsqu'il arriva pour la première fois en Amérique, en 1763, avec son frère, il forma cet établissement oili il a constamment résidé depuis. Il reçut pendant quelque temps chez lui sir Yvilllam Johnson (7), lorsqu'en 1767 celui-ci vint prendre les eaux de Saratoga; c'était la première fois qu'on en faisait usage de cette manière. Le lac offre une belle nappe d'eau de 5 . milles de long sur un mille de large. De là on découvre autour de soi un paysage très agréable formé par des terres bien cultivées , et par des bois fort attrayans pour le chasseur, tandis que cette plaine liquide, peuplée de nombreux liabitans, ne laisse rien à désirer à l'amateur de la péclie.

Saratoga. -SpRirfG, à 7 milles nord -est de Ballston-Spa, et à 24 milles de Waterford, est sur un petit monticule , au centre d'une plaine fertile. On y jouit, sinon de la beauté du coup d'œil, au moins de l'avantage d'un air salubre qui contribue pour beaucoup au rétablissement de la santé de ceux qui viennent prendre les eaux. Celles-ci, dont on vante à juste titre les propriétés curatives, se trouvent sur le revers d'un coteau contigu au village, du coté est, et elles correspondent, par des conduits souterrains, à cette multiplicité de sources dont les principales sont:

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