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qu*à une petite distance, et la contrée offre une réunion de sites et de paysages charinans par la vue du lac et de ses environs.
« L'hydrogène sulfuré se rencontre aussi dans les eaux d'une petite source acidulo-saline, dans la ville de Milton, à -2 milles ouest de Saratoga -Spring ; mais il est presque nul dans les eaux provenant d'urje des fontaines de Ballston-Spa.
ce Les principes acidulo- salins et calibés caraclérisent les eaux de Saratoga - Spring et celles de Ballston-Spa; ils se rencontrent aux extrémités méridionales de leur formation secondaire et dans le voisinage immédiat de la transition. On voit grand nombre de sources de ce genre répandues çà et là sur une superficie de plusieurs milles; toutes ces sources tirent probablement leur origine d'un seul et même laboratoire, vu que les propriétés des divers principes qu'elles tiennent en dissolution sont les mêmes et ne diffèrent que sous le rapport de la quantité.
(c Celles dont la réputation Temporte sur les autres à Saratoga- Spring sont le Congrès, Colombien, Hamilton, Flat-Rock, High-Rock et le Président. Celles de Ballston-Spa, dans le même cas, sont Old-Spring, Washington et Low. Parmi toutes, ces eaux, celles du Congrès occupent, sans contredit, le premier rang par la quantité de principes acidulo- salins qu'elles contiennent. D'après l'analyse que j'en ai faite il y a plusieurs années, et qui se trouve pleinement confirmée par des expériences subséquentes, un gallon, ou q.3i pouces cubes de cette eau, contient 676 grains de substances en état de dissolution parfaite, dont un peu
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plus des deux tiers est du muriate de soude ou s^l commun; un peu plus du quart est du carbonate de chaux, et le surplus consiste en carbonate de soude, carbonate de magnésie , et carbonate de fer. Mais ce qui distingue et caractérise d'une manière toute particulière cette même eau minérale, c'est qu'au moment où on la puise elle contient en gaz acide carbonique moitié en sus de son propre volume, quantité jusqu'ici sans exemple dans aucune des eaux minérales fournies par la nature.
« La colombienne est une eau acidulo-calibée ; un gallon de cette eau contient 354 gî'ains de substances dont les deux tiers à peu près se composent de muriate de soude, un tiers environ de carbonate de chaux, sept grains et demi de carbonate de soude et de magnésie. Elle contient quelquefois une quantité de gaz acide carbonique excédant son propre volume.
(c L'eau du Fîat-Rock (Rocher-Plat) est pareillement iicidulo-calibée; elle contient la même quantité de fer que la colombienne, mais moins de principes salins; en revanche, elle offre plus de propriétés gazeuses.
ce Les eaux d'Hamilton, de High-Rock (Grand-Rocher), et du Président, sont d'une nature saline; les substances qu'elles tiennent en dissolution étant composées de muriate de soude dans la proportion de la moitié aux deux tiers, et de carbonate de chaux dans la proportion d'un tiers environ. Elles contiennent aussi du fer, du carbonate de soude, de la magnésie en grande quantité, et du gaz au delà de leur propre volume.
« A Ballston-Spa les eaux minérales sont toutes aci-
(lulo-calibées. La vieille source (Oid-Spring) contient par gallon ^53 grains de substances en dissolution, dont plus de moitié est composée de muriate de soude, un peu moins du tiers est du carbonate de chaux, et le surplus est composé de carbonate de magnésie, de soude , et de sept grains et demi de fer. Ces eaux contiennent aussi une quantité de gaz excédant leur propre volume.
« Les eaux de Washington contiennent par gallon 235 grains de substances; plus de moitié est du muriate de soude, à peu près un quart est du carbonate de chaux; même quantité de fer que dans les eaux de Old-Spring, et environ un treizième de magnésie et de soude. On trouve pareillement à Washington une autre source nommée Low-Tube^ contiguë à la fontaine, et sortant des entrailles de la terre sans doute par la même ouverture que celle-ci. Les eaux de cette source contiennent de i3 à \[\ giains de substances de plus que celles de la fontaine; cet excédant se compose de muriate de soude. Ces deux sources sont saturées avec excès d'acide aérien, et il s'en échappe du gaz ea quantité considérable.
« Low- Spring contient les mêmes principes, mais en moindre quantité.
« A 10 milles environ, à l'est de Congress-Spring, dans la ville de Saratoga , on voit deux ou trois autres fontaines fournissant des eaux de même espèce que celles dont il vient d'être parlé. On les appelle les eaux des Quakers (Quaker-Spring); elles contiennent de la chaux, de la magnésie et du fer tenus en dissolution par l'acide carbonique, et en outre une grande quan-
tité de sel commun et de soude; mais leurs qualités, comme eaux minérales, sont trop faibles pour s'y arrêter.
« Le sulfate de chaux se rencontre dans les eaux d'une source située sur des terres appartenant à M. Eari Simpson, du bourg de Galway, et l'on trouve le même principe dans plusieurs fontaines publiques qui longent des carrières de pierres à chaux.
« La température des eaux dans toutes ces sources et fontaines est à peu près la même; on peut l'évaluer depuis 4B jusqu'à 52 degrés du thermomètre de Farenheit (7°, r à 8^,9 du thermomètre de Reaumur), elles n'éprouvent aucun effet sensible des variations de l'almosphère, et les changemens de saison n'ont point d'influence marquée sur la quantité d'eau que ces sources produisent.
(c Ces eaux sont d'une limpidité parfaite, et au moment oil on les puise, elles pétillent avec la même force que le meilleur champagne. Les eaux salines, et surtout celles de Congress-Spring , souffrent très bien la bouteille, et c'est par ce moyen qu'on est parvenu à en faire des envois considérables dans toutes les parties du monde. A la vérité elles perdent par là une grande partie de leurs propriétés gazeuses, ce qui les rend beaucoup plus insipides au goût que quand on les boit sortant de la fontaine. Les eaux calibées sont pareillement mises en bouteilles et transportées jusque dans les contrées les plus éloignées; mais la plus légère perte de leur qualité gazeuse entraîne immédiatement la précipitation des parties ferrugineuses, et il en résulte que ces eaux , mises en bouteilles depuis quelque
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temps, deviennent troubles, et finissent par être dépouillées de leurs parties ferrugineuses : celles-ci s'en séparent entièrement, et s'attachent aux parois du vase.
«Lorsqu'on en fait usage comme boisson, elles sont cathartiques, diurétiques et toniques. Qn les emploie dans un grand nombre d'affections, mais elles sont d'une efficacité reconnue dans les m.aladies suivantes :
« La jaunisse et autres affections bilieuses, la dispepsie, la constipation liabilueîle, les affections hypocondriaques, rappétit dépravé, les calculs et coliques néphrétiques, les ulcères de mauvais caractère, les éruptions cutanées, les rhumatismes chroniques, la goutte et riiydropisie dans certains cas, les écrouelles, la paralysie, le scorbut, les tdceres scorbutiques invétérés, les fleurs blanches et les pales couleurs.
«Dans la phthisie, et généralement dans toutes les autres affections de ce genre, dérivant d'une maladie qui originairement a attaqué les poumons, il faut bien se garder de faire usage de ces eaux, elles irriteraient le mal et augmenteraient son intensité.
« Ce serait une chose curieuse et satisfaisante que de parvenir à expliquer les causes qui ont concouru à la formation de ces eaux minérales d'une espèce toutàrfait merveilleuse; mais aucune recherche n'a encore dévoilé ce mystère de la nature. On peut cependant, et sans de grands efforts , se rendre raison pourquoi le sel commun se trouve en si grande quantité dans leurs principes constituans; c'est que toutes les eaux salines de l'Europe , aussi bien que celles d'Amérique, se rencontrent dans une position géolo-
dal^s lf.s ktaïs-ljxîs. 39
gique parfaitement correspondante aux principes dont elles sont imprégnées *. Mais quant à cette quantité d'acide carbonique dont jusqu'ici il n'y avait point eu d'exemple . acide formant le milieu dans lequel les autres principes sont tenus en dissolution , j'avoue que ia cause productrice de ce phénomène est encore, et je pense qu'elle restera toujours, dans les termes d'une simple théorie.
« La température douce et régulière de ces eaux minérales semble éloigner l'idée que ce gaz soit l'effet d'un feu souterrain, comme plusieurs personnes l'ont imaginé; l'absence de tout acide minéral, excepté l'acide muriatique combiné avec la soude, prouve jusqu'à l'évidence qu'on ne peut raisonnablement en attribuer l'effet à une telle combinaison. C'est un problème dont la solution est impossible. »
Les auberges et pensions bourgeoises de première classe sont l'hôtel du Congrès et l'hôtel de l'Union, à l'extrémité sud du village; le Pavillon et Thôlel de Colombie, au nord. On y trouve aussi d'autres maisons du même genre, ou l'on peut prendre pension à moins de frais. Parmi celles-ci on citera celle du docteur Porter et celle de M. Lawton, toutes deux à proximité des bains.
* Que non loin de ces fontaines on puisse obtenir de l'eau salée dans toute sa pureté, c'est une assertion que personne ne sera tenté de révoquer en doute, et si l'objet en lui-même paraît d'assez grande importance pour en faire l'essai, il est très probable que ce résultai aura lieu, et que la fabrication du sel commun formera un chapitre de plus dans l'histoire de notre économie politique. On m'a cerlilié qu'il n'en coûterait pas trois mille piastres pour s'assurer du fait par des expériences convenables. {No:c du dcacar John Steel.)
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L'hôtel du Congrès est à quelques toises seulement (le la fontaine du même nom , avec une jolie promenade ornée d'arbres plantés par le propriétaire actuel pour l'agrément de ses hôtes. L'emplacement en face de riiôlel est occupé par trois corps de logis avec galeries tournantes et balustrades garnies d'une grande quantité de fleurs -et d'arbustes; l'hôtel a 196 pieds et tlemi de long; il est à deux étages, surmontés d'une attique, indépendamment de deux ailes qui ont une profondeur de Go pieds. Sur le devant est une galerie couverte qui se prolonge sur toute la façade de l'édifice; elle a 10 pieds de largeur, et elle est surmontée d'un pavillon en forme de dais, aussi élevé que la maison, et soutenu par 17 colonnes. Une autre galerie, du côté opposé, s'ouvre sur un beau jardin qui dépend de l'établissement, ainsi qu'un petit bosquet de sapins où l'on jouit d'un air parfumé et d'un ombrage frais. C'est le dIus vaste établissement du village, et on peut au besoin y loger 200 personnes.
Le Pavillon, presque aussi vaste que l'hôtel du Congrès, fait partie du village, et occupe une belle position en face des bains de Flat-Piock. L'édifice, construit en bois, a i33 pieds de long; il est accompagné d'une aile placée au point central de la maison, et qui a 80 pieds d'étendue, le tout à deux étages avec entresol et attiques. En face, et sur toute la longueur ,de la maison, règne un beau portique soutenu par des colonnes d'une légèreté surprenante; de sorte que cet hôtel , par son élégance et la régularité de ses proportions, est l'un des plus beaux modèles d'archileclure que l'on puisse voir dans celte contrée. Les salles du
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Pavillon sont moins vastes que celles de Sans -Souci et de l'hôtel du Congrès, mais elles sont disposées de manière qu'en enlevant les portes intérieures qui les séparent, toutes ces pièces n'en font plus qu'une seule, avantage inappréciable pour les réunions nombreuses, le* jeux et les danses. Comme dépendances se trouvent un grand jardin et une belle salle de billard. Il y a aussi une salle de billard à Fhotel du Congrès. On peut aisément loger iio personnes au Pavillon, et très souvent il en contient un plus grand nombre. Depuis le décès de M. Lewis, qui en était propriétaire, cet établissement^ est tenu par sa veuve; la réputation de cette maison n'a point souffert de ce changement, cette dame a su la soutenir à la même hauteur; elle y trouve parfaitement son compte, mais ses botes sont satisfaits; c'est agir à merveille.
L'hôtel Colombien a été singulièrement amélioré depuis quelques années; un beau jardin qui en dépend contribue pour beaucoup à l'agrément de sa situation. La réputation méritée dont jouit cet établissement, et le voisinage d'une des principales fontaines, sont deux motifs qui engageront toujours un grand nombre d'amateurs à y prendre logement.
L'hôtel de l'Union est une des plus anciennes et des meilleures auberges de cette contrée; il est situé en face de l'hôtel du Congrès. Dans ce moment-ci la maison a besoin de quelques réparations, mais on assure qu'elles s'exécuteront immédiatement, ainsi que des augmentations et améliorations majeures *.
* L'hôtel de l'Union vient d'être amélioré, d'abord par des augmentations considérables faiJes à la maison principale, et ensuite pair
L' hotel est très achalandé et mérite de l'être; il est tenu par M. Putnam, fils du fondateur de cet établissement.
Dans les maisons ci -dessous mentionnées, le prix de la pension est fixé par semaine.
Hotel du Congrès, lo piastres; Pavillon, lo piastres; hotel de l'Union, 7 piastres; hôtel Colombien, 7 piastres; docteur Porter, 5 piastres; Lawton, 5 piastres; Doney, 4 piastres; Wheeler, 4 piastres; Sadler, 1 piastres 62 cents.
On trouve à Congress -Spring une imprimerie et une librairie auxquelles on a réuni un cabinet de lecture et une bibliothèque, sous la direction du même propriétaire. Le cabinet de lecture et la bibliothèque occupent le même corps de logis, mais dans des salles distinctes. Celle ou se tient le cabinet de lecture est vaste et bien éclairée; elle est ornée de plusieurs plans et cartes géographiques, et quatre fois par semaine on y reçoit environ une centaine de journaux de tous les points des Etats-Unis et du Canada, sans compter d'autres ouvrages périodiques. La salle voisine contient la bibliothèque, composée d'environ i,5oo volumes bien choisis, et cette collection s'augmente par les ouvrages nouveaux que l'on se procure, à mesure qu'ils paraissent.
C'est un asile contre le bruit et le tapage ayant
l'addition d'une aiie ayant soixante pieds de long. Il a maintenant une façade de cent vingt pieds et trois étages, et il est orné de dix colonnes, qui ont presque la même hauteur que l'édifice, et soutiennent le faîtage d'une vaste galerie. Il rivalise, sous tous les rapports, avec les établissemens voisins, du mcme genre, les plus achalandés. (^'o:e de P Éditeur.)
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droit de bourgeoisie dans les auberges; aussi ce cabinet est-il assidûment fréquenté par toutes les personnes de distinction. La rétribution qu'on y perçoit paraîtra 1res modique , si l'on considère la grande utilité de cet établissement et les frais qu'il entraîne*.
Les malles-postes des contrées est et sud arrivent a Saratoga-Spring les lundis, mercredis et vendredis, à huit heures du matin, et les samedis, à six heures du soir. Elles partent pour la même direction les dimanches, mardis, jeudis et vendredis, à sept heures du matin. Les malles-postes des contrées nord et ouest arrivent et partent le jeudi, à neuf heures du matin.
Durant leur séjour à Ballston et à Saratoga, les baigneurs ne manquent pas de sujets de distraction et d'amusemens. Ceux qui n'aiment ni le billard ni les jeux de cartes peuvent, à toutes les heures de la journée, profiter des ressources que leur offre le cabinet de lecture, ou bien faire des excursions dans le voisinage, où la nature est si belle et si variée. Les amusemens de la journée se terminent ordinai-
* Les encouragemens que le propriétaire de cet établissement a reçus des amis des lettres, des arts et des sciences, l'ont déterminé à y joindre un cabinet de minéralogie, placé au second étage, et aussi vaste que le cabinet de lecture. Cette salle contient un échantillon de tous les minéraux découverts dans cette contrée, un grand nombre de ceux des autres parties de l'Union, et quelques uns d'Europe. En outre, il s'est procuré un assortiment d'excellens ouvrages, tels que les classiques anglais, l'Encyclopédie d'Edimbourg, Nile's Weekly Register, Edinburg-Review, et le Journal des Arts el des Sciences de Sillimon. Quant au cabinet de minéralogie, le propriétaire se fait un vrai plaisir d'annoncer que le docteur J. H. Steel, de Congress-Spi^ing, a bien voulu, ainsi que d'autres 5)ersonnes, contribuer à augmenter celte collection. (Noie de l' Editeur,)
x-ement par la promenade ou la danse. Les salles de riiotel du Congrès , de Sans-Souci et du Pavillon peuvent respectivement contenir i5o à 200 personnes au moins; elles ont 80 à 90 pieds de long. La gaieté se trouve ordinairement aux eaux de compagnie avec les charmes du beau sexe; elle préside toujours aux fêtes et aux réunions, c'est dire qu'elle en augmente l'attrait et les plaisirs.
A 2 milles environ à Test de Saratoga-Spring, on voit un petit étang sur la propriété de M. Barhyîe ; on s'y rend fréquemment en partie de plaisir, pour se procurer l'agrément de la pêche et pour prendre sa part d'un bon dîner de truites qui abondent dans cet étang; mais le propriétaire exige qu'elles soient mangées sur les lieux, et ne consentirait pas pour tout au monde qu'il en fût emporté une seule hors de chez lui.
Le lac Saratoga , situé à l'est et à 3 milles des bains de Congress -Spring, a 9 milles de long sur 3 de large. On y trouve une bonne auberge, celle de Rdey, sur la rive occidentale, à 6 milles environ de Saratoga - Spring , et à la même distance de Ballston-Spa. On s'y rend en foule de ces deux villages, pour respirer un air frais et jouir de l'avantage du coup d'œil pendant les mois de juillet et août. Des bateaux garnis de leurs voiles et de leurs rames, avec tous les ustensiles nécessaires a la pêche, sont préparés d'avance et mis à la disposition des amateurs de ce genre de divertissement qui, du reste, est fort en vogue. Les bords du lac, dans sa partie ouest,
sont praticables seulement en certains endroits, à cause des terres marécageuses qui les environnent. Ces terres furent submergées, il y a quelque temps, par une crue du lac si considérable, que ses eaux s'élevèrent jusqu'à 8 ou lo pieds. Les vieillards du pays attribuent cet événement à la funeste influence d'une éclipse totale arrivée en 1806. Toutefois je ne partage point leur opinion, et l'on peut, suivant moi, attribuer ce débordement extraordinaire aux défricbemens et autres travaux successivement effectués par les riverains pour augmenter leurs cultures , en sorte que l'eau se trouvant enfin trop resserrée dans son lit, a fait effort pour reconquérir ce qu'on lui avait pris. Sur la rive orientale le terrain est plus élevé, et offre l'aspect de plusieurs fermes bien cultivées, qui passent pour être les meilleures du pays. Non seulement le lac fournit du poisson de toute espèce et d'excellente qualité, mais il est couvert, ainsi que les marais voisins, de canards sauvages et autres oiseaux aquatiques dont le cbasseur peut faire ample provision. Il reçoit les eaux de la crique du Rayadérosséras ; cette crique, dont nous avons déjà parlé, prend sa source à 20 milles environ au nord-ouest, et après s'être grossie dans sa course par le tribut des ondes de plusieurs ruisseaux, ou autres courans d'eau, elle se jette dans ce grand réservoir. La crique du Poisson (Fisb- Creek) est pour le lac un espèce de canal par oil ses eaux s'écoulent dans l'Hudson, à 6 milles environ dans l'est; cette crique se perd dans l'Hudson à Scbuylersville.
ScHUYLERSViLLE cst lin liameau dépendant de la ville de Saratoga, et contenant environ 4^ maisons. Il a un bureau de poste, et on y voit, sur la crique du Poisson ( Fish-CreelO, nombre de moulins et autres usines construites par M. Philippe Schuyler. Ce hameau est doublement remarquable et comme ancienne résidence de feu le général Schuyler, et parce que l'armée anglaise, commandée par le général Burgoyne, y mit bas les armes et se rendit aux Américains en octobre 1777. Sur la place même oii est arrivé ce mémorable événement on voit encore les ruines d'un petit retranchement appelé le fort Hardy. En faisant les fouilles du canal du nord, on a trouvé dernièrement le crâne d'un homme et autres ossemens, à proxhuité de ce fort. Le champ de bataille ou se décida le sort de l'armée anglaise est à 8 milles plus loin, en descendant vers la rivière, dans un lieu appelé Bémus' Heights.
Bataille de Saratoga.
Bemus' Heights n'offre par lui-même rien de remarquable, mais il sera toujours du plus haut intérêt, puisque son nom se rattache à des événemens qui ont singuhèrement contribué à l'indépendance américaine.
Les deux batailles qui ont précédé la reddition de l'armée anglaise furent livrées, l'une le 19 septembre 1777, et l'autre le 7 octobre suivant. Les mouvemen et la position des deux armées , avant le 19 septembre ont été décrits en ces termes par le général Wilkinson , témoin oculaire :
aLegéiiëral Burgoyne traversa le fleuve Hudson les i3 et i4 septem'bre, et se porta en avant avec les plus grandes précautions pour se rendre de Saragota à Davocole, où il fît halte, afin de réparer les ponts qui avaient été rompus. La journée du i6 fut employée à ce travail et à reconnaître le pays; le l'y il avança d'un mille ou deux, et le i8 il continua sa marche. Alors le général Arnold fut envoyé par le général Gates, commandant en chef de l'armée américaine, avec un détachement de i,5oo hommes pour le harceler; mais, après une légère escarmouche, il revint au camp sans aucune perte, s'étant borné à ramasser quelques traîneurs. Cependant l'ennemi continua d'avancer et campa sur deux lignes à 2 milles environ du général Gates, sa gauche appuyée sur le fleuve, et sa droite se prolongeant en équerre, sur un terrain bas, l'espace de 3oo toises environ , jusqu'au pied d'une chaîne de montagnes escarpées occupées par sa réserve. En avant se trouvait une espèce d'étang ou vivier formé par un ruisseau qui sort d'une grande ravine encaissée par des hauteurs, celles-ci courant presque parallèlement à la rivière jusqu'à un demi-mille du camp des Américains.
« La droite du général Gates occupait le sommet de la montagne près du fleuve; l'intervalle était défendu par une forte redoute. Son camp, en forme de segment d'un grand cercle, la partie convexe du coté de l'ennemi, s'étendait obliquement vers son arrière-garde, c'est-à-dire l'espace d'environ trois quarts de mille, jusqu'à un petit monticule occupé par sa gauche. Son front était couvert depuis la droite jusqu'à la gauche du
centre par une ravine profonde bien boisée , et courant parallèlement à sa ligne. Depuis ce point jusqu'au monticule, à son extreme gauche, le terrain était plat; de distance à autre on y avait fait des abatis; quelques uns des arbres étaient par terre, tandis que d'autres étaient seulement dépouillés de leur ëcorce. Au delà, c'est-à-dire entre son flanc gauche et la droite de l'ennemi, il y avait quelques petits champs de terre assez mal cultivés et obstrués par des troncs d'arbres, le tout borné à l'ouest par des hauteurs escarpées. Les extrémités du camp étaient défendues par de fortes batteries, et l'intervalle garni d'une palissade formée de pieux et de troncs d'arbres, avec une batterie au centre; on n'avait pas encore eu le temps d'ouvrir les tranchées. La droite pouvait élre regardée comme inexpuc^nable, et la gauche comme étant de difficile accès. Tels étaient les moyens de défense que présentait notre camp vers le 4 octobre.
(c Entre les deux armées le terrain était fort inégal; du côté du fleuve une plaine basse et cultivée , de Tautre coté des terres élevées couvertes des forêts que la nature y a placées, à l'exception de trois ou quatre petites fermes récemment défrichées, mais inhabitées à l'époque dont nous parlons, et séparées les unes des autres par des bouquets de bois se prolongeant sur les flancs des deux armées du côté opposé à la rivière. L'une de ces fermes appartenait a un nommé Freeman. Indépendamment des ravines en face des deux camps, il y en avait une troisième à peu près à moitié chemin et à angle droit avec la rivière. Les forêts intermédiaires empêchaient absolument l'ennemi de voir en face la
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jyôsltion des Américains , et ceux-ci ne pouvaient apercevoir que la gauche de l'année anglaise placée à proximité du fleuve. »
Dans la matinée du 19, le colonel Colburn qui, la veille, avait été envoyé avec son détachement pour observer les mouvemens de l'ennemi , rapporta que l'armée anglaise se mettait en marche pour gagner les hauteurs, en se dirigeant sur la gauche de l'armée américaine. Sur cet avis le général Gates expédia le colonel Morgan avec ses tirailleurs, et lui ordonna de retarder la marche de l'ennemi et de le harasser autant que possible. Vers midi le bruit de la fusillade annonça que le corps de Morgan en était venu aux mains. A trois heures l'action fut générale , et continua avec acharnement jusqu'à la nuit, qui mit fin à la lutte. On comptait 3, 000 combattans américains et 3,5oo anglais.
«Cette bataille, dit le général Wilkinson, fut absolument l'effet du hasard. De part et d'autre les génémux ne méditaient aucune attaque ce jour-là, et sans le rapport du lieutenant-colonel Colburn l'engagement n'aurait pas eu lieu; le mouvement du général Burgoyne n'ayant pour d^jet que de prendre position sur les hauteurs en face de la grande ravine, de placer ses divers corps de troupes sur les points qu'ils doivent respectivement occuper dans la ligne, d'embrasser le front de notre armée, et de couvrir ses transports, bagages et munitions par l'arrière-garde de sa gauche. Quant à nous, les travaux pour mettre notre camp sur un pied de défense respectable étant encore imparfaits, et des renforts nous arrivant chaque jour, il eût été imprudent au général Gates de courir les chances d'un
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combat. Et, chose étonnante! l'ennemi resta sur la défensive, se tint obstinément sur le terrain oi^i il se trouvait au commencement de l'action, et n'effectua pas la plus légère manœuvre pendant toute la durée de la bataille, la plus longue, la plus chaude et la plus opiniâtre qui ait jamais été livrée en Amérique. Le général Gates pensait que l'ennemi venait l'attaquer, et les apparences étaient de nature à faire naître une idée semblable dans l'esprit du général Burgoyne. Un épais taillis entre les deux armées les empêchait de connaître leur position et d'apercevoir leurs mouvemens respectifs; leurs chefs devaient donc prendre les plus grandes précautions, et assurer avec soin la défense des points vulnérables. En conséquence , les grenadiers et les chasseurs formant l'élite de l'armée anglaise, au nombre de i,5oo hommes, occupèrent une eminence afin de couvrir la droite, et se tinrent sous les armes, immobiles spectateurs d'une lutte acharnée qui dura jusqu'au coucher du soleil. De son côté le général Gates fut obligé de tenir son aile droite l'arme au bras pour empêcher l'ennemi de le prendre en flanc par la plaine qui longeait la rivi^e. Si l'un des généraux eût su à quoi s'en tenir sur les dispositions de son adversaire, on eut attaqué avec succès, soit notre gauche, soit la droite de l'ennemi. Mais c'est une lâcheté, c'est une injustice de faire dépendre de l'événement le mérite d'une manœuvre militaire, et cependant tous les jours nous entendons raisonner ainsi. Cela explique pourquoi les Ptomains avaient élevé des temples à la Fortune; mais, à lepoque ou nous vivons, des motifs blâmables pourraient détourner bien des
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gens de rendre hommage au génie et à la sagesse dans les temples qui leur seraient consacrés.
ce Le théâtre du combat était tel que bien que les assaillans eussent changé de position au moins douze fois dans le cours de la journée, cependant la lutte se termina sur le point même oîi elle avait commencé. Il est facile d'en rendre raison en peu de mots : la ligne anglaise était postée sur une colline dans une clairière de pins; en avant se trouvait la ferme de Freeman, terrain oblong qui allait de son centre à sa droite, puis au delà, et dans la même direction, venait un morne qui s'élevait graduellement depuis la ferme, et qui était couvert d'un bois touffu. On se battit donc dans la clairière, entre le bois et l'éminence cKîcupée par l'ennemi; le feu de nos tirailleurs postas dans ce bois était trop meurtrier pour que l'ennemi pût l'essuyer sans rompre sa ligne; et quand il plia, nos gens quittèrent l'embuscade, se précipitèrent comme un torrent, et le poursuivirent jusque sur les hauteurs. Mais, après ce pas rétrograde, l'ennemi voyant ses flancs protégés se rallia, nous chargea à son tour, et nous repoussa jusque dans le bois; là un feu terrible recommença et le contraignit de faire retraite. Ces fluctuations, semblables aux flots d'une mer courroucée, ces alternatives de revers et de succès, se prolongèrent pendant quatre heures sans la moindre interruption. Chaque fois que nous chargions l'ennemi, son artillerie tombait entre nos mains , mais nous ne pouvions en faire usage faute de mèches et de cornes d'amorce, et l'extrême rapidité des manœuvres ne nous laissait pas le temps de nous en
procurer. Nous ne pouvions pas non plus emmener ces pièces, parce que l'épaisseur du taillis nous en empêchait. La brigade d'artillerie souffrit beaucoup dans cette affaire; elle perdit son capitaine, et sur quarantehuit hommes qui la composaient, trente-six furent tués ou blessés. C'était véritablement un combat de géans ; en voyant la mort de si près, on s'était familiarisé avec elle^ on ne la redoutait plus. Les avantages furent balancés; de part et d'autre on ne songeait point à la retraite, et la nuit seule put mettre fin au combat. L'armée anglaise garda sa position à proximité du champ de bataille; et nos troupes, lorsqu'enfîn les ténèbres de la nuit ne leur permirent plus de distinguer les objets, regagnèrent leur camp. j>
Dans l'intervalle du 19 septembre au 7 octobre, les deux armées s'occupèrent de fortifier leurs positions respectives. Le général Burgoyne avait le projet d'effectuer une attaque du 20 au 2 i septembre, et, s'il l'eût tentée, tout porte a croire qu'elle eût tourné à son avantage, les travaux du camp américain n'étant pas encore terminés, et les troupes n'ayant fait aucun des préparatifs nécessaires pour recevoir chaudement l'ennemi. Quelque incident fit différer l'attaque et laissa au général Gates le temps de compléter ses travaux et de renforcer son armée par des corps de miliciens qui, chaque jour, arrivaient en foule. Persuadé qu'en temporisant l'armée américaine avait tout à gagner, tandis que l'ennemi ne pouvait qu'y perdre, le général Gates se borna, jusqu'à nouvel ordre, à observer les mouvemens des Anglais, sans sortir de ses retranchemens. Il y resta jusqu'au 7 octobre , jour solennel qui éclaira ce brillant
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fait d'armes où le sort de ranriée de Birrgoviie fut décidé, et le triomphe de la liberté américaine assuré. Ecoutons là-dessus le général Wilkinson.
« Dans Faprès-midi du -y octobre, la générale est battue par l'avant-garde du centre; bientôt elle se fait entendre sur toute la ligne, et les troupes regagnent leurs postes en toute hâte. J'étais alors au quartier, et, avec le consentement du général en chef, je montai h cheval pour connaître la cause de ce mouvement; mais en arrivant au poste qui avait donné l'alarme je ne pus obtenir aucun renseignement positif; on me dit seulement que quelqu'un avait rapporté que l'ennemi marchait sur la gauche de notre armée. Je me portai en avant, et étant monté sur un petit tertre en face du poste de l'avant -garde, et distant d'un demi-mille environ de la ligne de notre camp, j'aperçus, à 3o ou 35 toises du lieu où j'étais, plusieurs colonnes pénétrant dans un champ de maïs qui n'était séparé de moi que par un petit ruisseau. En un mot, je m'en trouvai si près que, même sans le secours de ma lunette, j'aurais pu distinguer tous leui^ mouvemens. Après être entrés dans le champ , les soldats se déployèrent , se formèrent en ligne, et s'assirent sur deux rangs, tenant leurs armes entre les jambes. Des fourrageurs se mirent alors en devoir de couper le maïs, et bientôt après j'aperçus plusieurs officiers qui, montés sur le toit d'une cabane, cherchaient, à l'aide de leurs lunettes, à reconnaître la gauche de notre armée , dont la vue était interceptée par les bois environnans.
« Après les avoir ainsi observés pendant douze ou quinze miiiules, fermement persuadé <pi'ils ne mcdi-
taient aucune attaque, je revins sur mes pas, et fis mon Eapport au général, qui me demanda quelles pouvaient être les intentions de l'ennemi. — Il est occupé à fourrager et h reconnaître votre gauche, et je pense, général, qu'il vous laisse l'initiative du combat. — Quelle est la nature du terrain? et quelle est votre opinion? — Son front est à découvert et son flanc appuyé sur des bois à l'abri desquels on peut l'attaquer; sa droite s'ap~ puie sur un morne. Quant à moi, je voudrais le voir de près. — Bien! bien! En ce cas ordonnez de ma part à Morgan de commencer le bal. — J'allai trouver ce colonel, dont le régiment était placé en avant du centre de Tarmée, et lui communiquai les ordres du général en chef; il connaissait le terrain et fut à la découverte. L'ennemi avait pris position sur une terre fraîchement labourée; ses grenadiers, avec plusieurs pièces de campagne à leur gauche, étaient appuyés sur un bois et sur une petite ravine formée parle ruisseau dont on a parlé; son infanterie légère^ sur la droite, s'appuyait sur une haie ou barrière au pied d'un morne couvert de bois, et son centre était formé de bataillons anglais et allemands. Le colonel Morgan , avec sa sagacité ordinaire, demanda l'autorisation de prendre avec son régiment une voie détournée, c'est-à-dire de se diriger d'abord vers notre gauche; et ensuite, sous le couvert des bois, de gagner les hauteurs sur la droite de l'ennemi, ajoutant que rendu là il attaquerait à l'instant où notre feu commencerait sur l'aile gauche des Anglais. Ce plan, le meilleur qui pût être suivi, contribua essentiellement à la victoire prompte et décisive q^ue nous remportâmes*^.
« Cette proposition ayant reçu l'assentiment du général en chef, il fut convenu qu'on laisserait au colonel le temps nécessaire pour faire le circuit projeté et prendre position sur la droite de l'ennemi, avant ({ue notre attaque fût entreprise sur sa gauche. La brigade de Poori composée des troupes du New-Hampshire et de New-York, reçut ordre d'agir, et commença l'attaque au moment convenu, en prenant en flanc et en front les grenadiers anglais. A ce signal, et dans cet instant critique, Morgan se précipite des hauteurs et attaque en front et en flanc la droite de Tennemi. Sur ces entrefaites l'infanterie légère ayant essayé de changer sa position. Dearborn profite de ce mouvement, se porte rapidement en avant et lui fait essuyer son premier feu, après quoi, fniîchissant la haie, il la charge à grands cris et la fait plier. Cependant, à la voix de son chef, le comte de Balcarras, officier d'une rare intrépidité, elle se rallie immédiatement et se reforme derrière une haie, non loin du poste qu'elle venait d'abandonner. Mais, attaquée de nouveau avec autant de vigueur que d'audace, par une force supérieure, la résistance devient inutile, et toute la ligne, commandée par Burgoyne en personne, fait volte-face, et regagne le camp avec précipitation et en désordre, laissant sur le champ de bataille deux pièces de douze et six pièces de six, et plus de Zjoo hommes tués, blessés ou prisonniers. De ce nombre était l'élite de ses officiers : le brigadier-général Frazer; lé major Ackland , commandant les grenadiers; sir Francis Clark, son premier aide-de-camp ; le major Williams , commandant lartillerie; le capitaine Money, adjoint du quar-
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tier- maître- général , et plusieurs autres. Après avoir transmis au général Poor l'ordre qui lui désignait I^e point sur lequel il* devait diriger son attaque, j'avais été immédiatement envoyé à l'arrière-garde pour faire avancer la lo^ brigade demilice de l'étal de New-York, forte de 3,ooo hommes, et commandée par le colonel Broëck. Cette mission remplie, je regagnai le champ de bataille au moment même ou l'ennemi prenait la fuite, cinquante-deux minutes après que le premier coup de fusil eut été tiré. Le terrain qui avait été oc^ cupé par les grenadiers anglais présentait une scène d'horreur. Dans un espace de 6 à 'j toises carrées gisaient dix-huit grenadiers dans les angoisses de la mort, et trois officiers, dont deux étaient blessés mortellement, couverts de sang, presque sans voix , et appuyés sur des troncs d'arbres. Quel s])ectacle pour celui qui est naturellement porté à aimer ses semblables, et quelles émotions violentes éprouve le cœur de l'homme sensible à l'aspect de ces scènes de mort et de carnage! J'y trouvai le brave colonel Cilley à cheval sur une pièce de douze en bronze dont il s'était emparé pendant l'action , et tout fier de cette capture. J'y vis aussi un chirurgien de notre armée, fort habile dans sa profession, occupé à panser un des officiers blessés, et qui, dans le paroxisme d'une rage patriotique, élevant vers moi ses mains teintes de «sang, s'écria : a Wilkinson! j'ai enfin trempé mes mains dans le sang des Anglais! » Je lui fis une sévère réprimande sur sa brutalité, et continuant avec ma troupe à poursuivre l'épée aux reins l'ennemi qui fuyait de toutes parts, marchant sur le corps des morts et des blesses, j'en-
tendis quelqu'un criant à haute voix : « Prolégez-moi, Monsieur, contre ce jeune garçon, v Ayant tourné les yeux du coté d'où partait cette exclamation, je \'ls fuir à toutes jambes un polisson de i3 à i4 ans qui, l'instant d'auparavant, était en train de dépouiller un malheureux officier blessé, étendu par terre à l'angle d'une haie. M'étant informé quel était son grade : « J'avais l'honneur, me répondit-il , de commander les grenadiers. » Je le reconnus aussitôt pour être le major Ackland, que le capitaine Sbrimpton , officier au même régiment , avait porté sur ses épaules à travers une grêle de balles et au péril de sa propre vie, depuis le champ de bataille jusqu'à l'endroit où je le trouvais gisant. Je descends de cheval et lui prenant la main : J'espère, lui dis-je, que vous n'êtes pas blessé dangereusement. — Pas dangereusement , réplique ce brave et charmant officier, mais bien cruellement, j'ai reçu un coup de feu aux Jeux jambes. Aurlez-vous la bonté. Monsieur, de me faire transporter jusque dans votre camp? — Je fis mettre pied à terre à mon domestique, et disposant de son cheval en faveur du major, nous l'aidâmes de notre mieux h se mettre en selle, et j'ordonnai de le conduire au quartier-général. Ensuite je m'acheminai promptement vers le lieu où la lutte venait de se renouveler; nos gens dirigeaient leur attaque principale sur le flanc droit de l'armée anglaise, et étendaient leurs rangs jusqu'à sa gauche, à travers un bas-fonds couvert de bois, à 20 toises du retranchement occupé par l'infanterie légère. Le bruit du canon et de la mousqueterie avait quelque chose de sublime dans cette conjoncture toute nou-
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velie; car, tandis que les troupes réglées et aguerries cîe l'ennemi étaient à couvert derrière leurs retrancheinens, les nôtres, composées de milices levées a la hâte, étaient en rase campagne, exposées au feu, ou fort imparfaitement abritées par des troncs d'arbres et des bas-fonds. Le flanc droit de l'ennemi, formé par les regimens allemands de Bremen, était défendu par un parapet de pièces de bois posées horizontalement les unes sur les autres, entre des pieux perpendiculaires garnis d'arcs-boutans enfoncés dans la terre. Ce rempart se prolongeait d'environ 126 toises sur un terrain découvert, et sur sa droite il y avait une batterie de deux pièces de canon. L'intervalle entre la gauche des Anglais et leur infanterie légère était défendu par les regimens provinciaux , occupant deux baraques construites avec des troncs d'arbres. Les Allemands campaient immédiatement en arrière du parapet, et le terrain en avant venait en pente très douce l'espace d'environ 60 toises , après quoi il s'enfonçait tout à coup. Nos troupes , rangées en bataille dans cet enfoncement, et couvrant les hauteurs du rempart, étaient vigoureusement aux prises avec les Allemands. Au soleil couchant j'aperçus le général Learned qui se dirigeait sur l'ennemi avec sa brigade, ayant en tête le régiment du colonel Jackson, du moins à ce qu'il me semblait; ce qui m'empêchait d'en être certain, c'est qu'à mesure que j'avançais vers le général, près duquel je me rendais, je voyais distinctement à coté de lui le lieutenant-colonel Brooks qui, ce jour-là, commandait ce même régiment. Quand j'eus salué ce brave et vieux militaire, il me demanda oii il pourrait se placer le
DANS LES ÉTATS-UNIS. Sq
plus avantageusement. J'avais attentivement examiné le terrain entre la gauche des Allemands et Tinfanterie légère, c'est-à-dire celui qui était occupé par les regimens provinciaux, et j'avais remarqué que dans cette partie le feu mollissait. D'après cela je conseillai au général Learned d'appuyer à droite, et de diriger son attaque sur ce point , ce qu'il fit sur-le-champ avec la plus grande intrépidité. Les provinciaux plièrent et ahandonnèrent le poste; par ce moyen le flanc des Allemands restait à découvert : assaillis avec impétuosité ils sont culbutés en cinq minutes, laissant sur le champ de bataille, au nombre des morts, leur brave com» mandant le lieutenant-colonel Breyman. Après la déroute des Allemands, le camp des Anglais restait ouvert; mais les ténèbres de la nuit, l'épuisement de nos gens accablés de fatigue, et le désordre inévitable parmi des troupes qui ne sont point pliées au joug d'une sévère discipline, ne nous permirent pas de profiter de tous nos avantages, et pendant la nuit le général Burgoyne leva son camp et revint occuper sa première position, qu'il avait fait fortifier, et qui se trouvait derrière la grande ravine. »
Dans la matinée du 8 l'armée américaine s'empara du camp des Anglais, évacué dès la veille. I/ennemi continua sa retraite jusqu'à ce qu'il eût gagné les hauteurs au delà de Fish-Creek, oii il campa le lo. Voyant que toute retraite ultérieure lui était coupée par un corps de troupes qui avait pris position sur ses derrières, et qu'il ne pouvait faire un pas en avant sans rencontrer des forces supérieures , le général Burgoyne accepta les termes de la capitulation proposée par le
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général Gates, et se rendit avec son année aux troupes, américaines le 17 octobre 1777. Ainsi qu'on l'a déjà remarqué, ce fut au fort Hardy que les Anglais mirent bas les armes, et il leur fut accordé d'en sortir avec les honneurs de la guerre. Cet heureux événement fut suivi de nombreux et brillans succès., et finalement amena la reddition du lord Cornwallis, ce qui termina glorieusement la lutte de l'indépendance, après une période de 8 ans, depuis les premières hostilités (8).
Le terrain où s'effectua la reddition de Burgoyne et de son armée fait partie d'un vallon , a proximité de Taubergc de Cleveland , d'où on l'aperçoit parfaitement. Cette auberge est située près du péage de Schuylersville. Sur ce terrain sont encore les vestiges d'un camp retranché. A l'extrémité sud du vallon on a tout récemment fouillé im bassin de communication avec le canal du nord.
A demi-mille environ du bassin, on trouve la maison de Philippe Schuyler qui , avec d'autres bâtisses , fut brûlée par les Anglais lorsque leur armée était en pleine déroute après l'affaire du 7 octobre.
En suivant la direction du chemin au bas du péage de Schuylersville, le voyageur peut voir les différentes positions qu'occupèrent les deux armées , et les ruines des redoutes et retranchemens que l'on distingue encore sans peine. A 6 milles environ au dessous de Schuylersville, près de la fameuse ferme de Freeman , dont le général Wilkinson fait mention dans ses Mémoires, il y a une petite maison autrefois appelée la maison de l'épée (sword's bouse); c'est actuellemeiil une taverne tenue par un nommé Smith. A l'époque.'
êc la bataille, elle était à environ 5o toises de la rivière au pied de la montagne ; elle fut ensuite transportée sur le bord de la route, à l'endroit où on la voit maintenant. Durant la guerre c'était le quartier-général et Thopital de l'armée anglaise. Le général Frazer ayant été blessé dans la bataille du 7 octobre ï 777 fut transporté dans cette maison , 011 il expira le lendemain. La chambre qu'il occupait sert aujourd'hui dé salle d'audience ; le plancher n'en a point été changé . quoique depuis ce grand événement un quart de siècle se soit écoulé. Sa dépouille mortelle fut déposée, suivant ses désirs, sur le sommet d'une montagne, à 4o toises environ de distance. Le gouvernement anglais chargea, il y a quelques années , un agent de reconnaître le lieu où cet officier est inhumé, en l'autorisant à élever un monument à sa mémoire; mais le fripon s'appropria l'argent qui lui avait été remis dans cette pieuse intention , et disparut sans s'être occupé de l'objet de sa mission, donnant pour prétexte que malgré toutes ses recherches il n'avait pu rien découvrir ; en sorte qu'il n'existe aucun monument, pas même une pierre, pour indiquer la place où reposent les cendres de ce vaillant guerrier.
La baronne de Reidsell (9), qui, avec ses deux enfans, logeait dans la maison où le général rendit le dernier soupir, a donné des détails sur ses derniers momens. En voici un extrait :
« Nous devions passer par de rudes épreuves , et l'origine de nos malheurs date du 7 octobre. Ce jourlà , étant à déjeuner avec mon mari , je soupçonnai qu'on projetait quelque chose de sérieux. Je devais
avoir. a dîner les généraux Burgoyne, Phillips et Frazer. Je vis un grand mouvement dans l'armée ; mon mari me dit qu'il s'agissait seulement d'aller reconnaître la position de l'ennemi, ce qui me rassura un peu. En me promenant autour de la maison je rencontrai plusieurs Indiens dans leur accoutrement guerrier et armés de fusils ; leur ayant demandé oii ils allaient, ils se mirent à crier : Guerre! guerre l voulant dire qu'ils marchaient au comhat. J'en ressentis une vive émotion , et à peine étais-je rentrée au logis que le hruit du canon et de la mousqueterie se fît entendre; il allait toujours croissant, et à la fin il devint terrlhle. Vers les quatre heures de l'après-midi , au lieu des convives que j'attendais, je vis arriver le général Frazer, porté sur une litière et mortellement hlessé. Le couvert était déjà mis , mais il fut enlevé à l'instant et remplacé par un lit pour le général. Je m'étais assise toute tremblante dans un coin de la salle ; le bruit s'approchait de nous et l'alarme augmentait : il me vint en idée que d'un moment à l'autre on pourrait m'apporter mon mari blessé à mort ; cette idée fut affreuse et me fît éprouver un serrement de cœur inexprimable. « Dites-moi si ma blessure est mortelle , ne me flattez pas ; » telles étaient les paroles que le général adressait à son chirurgien. Il avait reçu une balle au travers du corps, et malheureusement pour lui il avait déjeuné copieusement , en sorte que l'estomac se, trouvant extrêmement tendu, la balle, au dire du chirurgien , avait percé ce viscère. Je l'entendis plusieurs fois s'écrier en gémissant : O fatale ambition ! Panure général Bnrgorne ! O ma pauvre
fcinmel On lui demanda ce qu'il souhaitait qu'on fît pour lui ; a Si le général Burgoyne , répondit-il, veut Itî permettre, je désirerais être enterré sur le sommet de la montagne, dans la redoute qu'on y a bâtie. )> Je ne savais dans quel coin me réfugier ; toutes les chambres étaient pleines de blessés. Vers le soir je vis arriver mon mari; alors j'oubliai tous mes chagrins , et je remerciai le ciel de me l'avoir conservé. Nous prîmes à la hâte un léger repas derrière la maison , lui , son aide-de-camp et moi. On m'avait dit que nous avions battu l'ennemi; mais les visages décomposés qui m'environnaient me prouvèrent le contraire, et, avant de s'en retourner, mon mari m'ayant pris, en particulier me dit que les affaires allaient au plus mal et que j'eusse à m'occuper des préparatifs de mon départ, sans mettre personne dans la confidence. Je donnai pour prétexte que je voulais me rendre le lendemain dans mon nouveau logement, et mes paquets furent bientôt faits.
c< Lady Ackland avait une tente près de nous ; elle y couchait ordinairement et passait le reste du temps au camp. Tout à coup un homme vient lui dire que son mari est prisonnier et dangereusement blessé. Cette nouvelle pensa la faire évanouir ; nous la rassurâmes en lui affirmant que sa blessure était légère, et en même temps nous l'engageâmes à solliciter la permission de l'aller voir , ce qu'elle obtiendrait cans difficulté , et qu'alors elle pourrait lui donner ses soins; c'était une excellente femme, tendrement attachée à son époux. Je passai une partie de la nuit à la cahner, et je revins ensuite trouver mes en fan s ,
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que j'avais mis au lit. Je ne pouvais ailer me coucher^ parce que le général Frazer et tous les autres officiers blessés occupaient ma chambre; mais j'appréhendais bien vivement que mes enfans ne vinssent à se réveiller, et que par leurs cris ils ne troublassent les derniers momens de l'infortuné général, qui souvent m'adressait la parole pour me prier de l'excuser du dérangement qiiilnioccasionait. Yers les trois heures du matin on me dit qu'il n'avait plus que peu d'instans à vivre; alors j'habillai mes enfans à la hâte et je descendis au salon avec eux. A huit heures du matin, il rendit le dernier soupir; après quoi on le sortit du lit, et on l'enveloppa d'un linceul : nous rentrâmes dans la chambre, et pendant toute la journée nous eûmes sous les yeux cet affligeant .spectacle. Ce qui redoublait encore nos chagrins, c'est qu'on amenait à chaque instant des officiers blessés que je connaissais particulièrement. La canonnade recommença ; quelqu'un proposa de faire retraite, mais personne ne parut partager cet avis. Vers les quatre heures du soir je vis les flammes consumer la maison qu'on venait de bâtir pour m.oi , et l'ennemi était alors près de nous. Sur ces entrefaites on nous informa que le général Burgoyne avait accordé la dernière demande du général Frazer; bien qu'en y accédant il dût en résulter un retard dans les mouvemens de l'armée, ce qui rend.ait sa situation encore plus critique. A six heures le corps du défunt fut transporté sur la montagne; tous les ofticiers généraux s'y étaient rendus pour assister a ses funérailles : le chapelain , M. Brudeneil , officia, et les fonctions de son ministère étaient d'au-
tant plus solennelles et imposantes que cette. lugubre cérémonie se faisait sous le feu et le fracas de l'artillerie ennemie. Les boulets sifflaient autour de moi ; mais j'avais les yeux fixés sur la montagne où mon mari se trouvait au milieu du feu de l'ennemi , et j'oubliais le danger qui m'était personnel.
« Le général Gates a dit , depuis , que s'il eût su que cette réunion sur la montagne avait lieu pour des funérailles, il aurait défendu qu'on tirât dans cette direction. »
A un demi-mille environ de la taverne de Smith, et à proximité de la rivière, on remarque le domaine du major Ezra Buell : cet officier servait dans l'armée du général Gates, et depuis il a toujours continué de résider dans ce lieu mémorable. Malgré son âge avancé, sa mémoire est encore très bonne, et tous les ans il accoippagne les étrangers dans leurs excursions sur le champ de bataille, leur indiquant les divers points oii se sont passés les principaux événemens.
Sandy-Hill se trouve un peu à l'est de la route de Saratoga-Springs au lac George; mais le voyageur ne regrettera pas de s'être détourné de quelques milles pour visiter cet intéressant village , près de l'Hudson , immédiatement au dessus de Baker's-Fall , à i8 milles environ de Saratoga-Springs. Sur la rivière est un pont de bois aboutissant à un chemin pénible qui conduit jusqu'au sommet de la colline où le village est situé. La direction des rues lui donne une forme triangulaire ; au centre est une place publique entourée de jolies maisons et de beaux magasins. Il en contient plus de
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Qo et renferme environ /joo habitans : les cours de justice du comté-se tiennent alternativement à Sandy- Hill et à Salem.
Glen's - Falls , village de même dimension à peu près que le précédent, est à 3 milles plus loin. Il tire son nom des chutes de l'Hudson ; les eaux de ce fleuve ne forment qu'une nappe jusqu'au bord du précipice; mais bientôt divisées par les rochers en plusieurs colonnes, dont les principales sont au nombre de quatre, elles forment une cascade d'environ 4o pieds. A quelques toises au dessous on voit dans le roc une grotte profonde se prolongeant d'une colonne à l'autre. Sur ses murs sont écrits les noms d'une quantité considérable de personnes qui , en venant visiter ces lieux , ont cru devoir se conformer à l'usage établi. Non loin se trouvent un pont oii l'on perçoit un droit de péage, et plusieurs moulins et autres usines, auxquels l'Hudson procure des débouchés considérables. A 9 milles environ de Glen's-Falls , plus au nord, et après avoir parcouru un chemin difficile , on arrive au lac George.
Lac George.
Ce beau bassin, le rendez-vous h la mode de tous les environs , est à une petite journée de Ballston et Saratoga. Quand on prend les eaux, on ne peut, suivant l'usage, se dispenser d'aller voir le lac George. A la vérité, il n'est peut-être aucun point du globe plus fait pour exciter la curiosité. A l'intérêt qui se rattache aux événemens dont ce lieu fut témoin se joint l'attrait de scènes romantiques et admirables. Le pre-
mier objet qui frappe les regards est le charmant petit village de Caldwell, en tête de ce grand réservoir, d'où l'on domine, l'espace de plusieurs milles, tout le paysage d'alentour. Les maisons sont remarquables par leur air de propreté; et la population est d'environ 600 âmes. On y trouve une grande et belle auberge fournie de tout ce qui est nécessaire , un bureau de poste, une imprimerie, une église et un palais de justice. Dans cet endroit le lac a un mille de large ; mais en général il varie depuis trois quarts de mille jusqu'à 4 milles. Sa longueur est de 36 milles ( ii lieues). A. la hauteur de Ticondéroga il communique au lac Champlain par un goulet ayant 2 milles de long et une pente de 1 00 pieds.
Le lac George est très profond, mais ses eaux sont tellement limpides, qu'on aperçoit presque partout, et très distinctement, leur lit de gravier. Il abonde en poisson de toute espèce, et c'est un attrait de plus pour les amateurs de la pêche : on y prend une quantité considérable de truites saumonées, de dix à vingt livres pesant. Il est parsemé d'un grand nombre de petites îles , dont les principales sont l'ile du Diamant , qui autrefois était fortifiée, et Tea-Island (l'île du Thé), sur laquelle on a bâti une maison oîi l'on se réunit en parties de plaisir dans la belle saison. De l'extrémité supérieure du lac on aperçoit ces deux îles ; quant au nombre total, il y en a, dit-on, autant que de jours dans l'an.
Les bords en sont généralement montueux , et sauf quelques petits vallons bien cultivés et très fertiles, le terrain s'élève en pente douce l'espace de quelques
toises, et devient ensuite très escarpé; il a depuis doo jusqu'à i,ooo pieds de haut. C'est à son extrémité sud , près de l'ancien fort George, aujourd'hui en ruines, que l'on jouit de la plus belle vue. On y découvre d'un coup d'œil le village de Caldwell et cet archipel d'îles innombrables s'élevant au milieu de cette nappe d'eau si belle et si calme, et formant un contraste frappant avec ces hautes montagnes nues, pelées, qui en occupent parallèlement les deux rives sur près de i4inilles d'étendue.
Près de la rive sud on aperçoit les ruines d'un vieux fort appelé William Henry , c'est-à-dire quelques vestiges des murs et des ouvrages avances. Avant que ce fort fût construit , son emplacement était occupe par l'armée anglaise sous les ordres de sir William Johnson qui méditait une attaque contre Crown - Point. Sir William n'avait encore fait aucun mouvement lorsque le baron Dieskau, à la tête de l'armée française, se mit en marche de Ticondéroga sur le fort Edouard ; mais ayant ensuite changé d'avis, il se dirigeait vers l'extrémité supérieure du lac, quand il tomba à l'improviste au milieu d'un détachement anglais que sir William envoyait au secours du fort Edouard. On se battit de part et d'autre en désespérés, les Anglais furent vaincus et forcés de prendre la fuite; l'armée française les poursuivit jusque dans leurs retranchemens et essaya d'emporter leur camp de vive force ; mais elle fut repoussée avec une perte considérable. Le baron fut encore plus malheureux dans sa retraite, car dans une troisième affaire avec un parti anglais qui avait été dépêché du fort Edouard pour porter du secours à sir William Johnson ,
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il fut entièrement défait. Ces trois cojnbats se livrèrent le même jour, 6 septembre 17^5, à proximité de Bloodj-Pond [VÉVdii^-du-San^) , dans lequel on jeta les cadavres de ceux qui avaient péri sur le champ de bataille. En 1757, le fort William Henry avait une garnison de 3, 000 hommes, sous le commandement du colonel Munroe. Le marquis de Montcalm, après avoir tenté trois fois, mais en vain, de s'en emparer, porta la force de son armée jusqu'à 10,000 hommes et somma le colonel Munroe de rendre la place. Sur le refus de cet officier, Montcalm donna Tassant et obligea les Anglais de capituler. Les termes de la capitulation étaient honorables pour les assiégés ; mais ils furent indignement violés par les sauvages qui avaient suivi l'armée française ; ces barbares massacrèrent sans, pitié la garnison, sauf quelques hommes qui parvinrent à s'échapper et a gagner le fort Edouard. Quant au fort Henry il fut rasé jusqu'aux fondemens par ordre de Montcalm , et depuis il n'a pas été rétabli. C'est au pied de remplacement qu'il occupait que s'effectua, en 1708, l'embarquement du général Abercombrie et de son armée forte de 1 5, 000 hommes , pour descendre le lac et attaquer Ticondéroga.
A 1^0 toises du coté sud, et sur un plateau très élevé, on trouve les vestiges du fort George. Il ne rappelle par lui-même aucun événement important, mais il mérite de partager l'intérêt général qu'inspire l'histoire du lac George, et l'étranger n'hésitera pas d'en visiter les ruines. Les murailles avaient été primitivement construites en pierre ; et la portion res» peclée par le temps a 20 pieds de haut. Le général
Burgoyne avait fait de ce fort le dépôt des approvisionnemens de son armée pendant la guerre de la révolution.
Le bateau à vapeur établi sur ce lac pour aller de Caldwell à Ticondéroga fut dernièrement la proie des flammes. On espère qu'un autre ne tardera pas a le remplacer, ce qui facilitera les communications avec le Canada, et rendra probablement le lac George et ses scènes admirables une source féconde d'agrémens pour le voyageur partant de là pour se rendre a Québec, ou venant de cette ville en suivant la même direction.
Le voyageur, après avoir visité le lac, retourne aux eaux , d'où il peut faire route pour Schéuectady tous les jours de la semaine, excepté le dimancbe, en profitant des voitures publiques qui vont d'Albany à INiagara.
Schenectady est une ville sur le Moliawk, belle et grande rivière qui la borne au nord. En \6cyo elle fut brûlée par les Indiens, et en 1819 elle devint encore la proie des flammes; depuis ce dernier accident elle a été rebâtie avec goût et élégance. Le collège de l'Union est sur une liauteur qui domine la ville et le Mohawk, l'espace de plusieurs milles : il est actuellement composé de deux corps de logis en briques; mais d'après le plan adopté, il aura par la suite une chapelle et d'autres édifices placés en arrière et sur les côtés de ceux qui existent. Deux cents élèves y reçoivent annuellement leur éducation , et le prix de la pension est de cent trente piastres. Sous le rapport du nombre des écoliers et des bonnes études, le collège de l'Union
rivalisera bientôt avec les plus florissantes institutions de ce genre dans notre pays. Un beau pont a été construit sur le Mobawk, à l'extrëmitë ouest de la ville : il a 997 pieds de long, et la diligence d'Utique y passe pour se rendre à sa destination.
Depuis Schenectady jusqu'à Utique , la majeure partie de la route borde la rive du Moliawk : cette route est généralement très praticable , qpoiqué montueuse et étranglée par d'étroits défilés. Au surplus si Ton y est un peu cahoté , on se dédommage de la fatigue par l'aspect des maisons de plaisance, des riches cultures, des scènes variées que présente la vallée dans toute son étendue. On y trouve plusieurs petits villages où les diligences s'arrêtent le temps nécessaire pour le service des bureaux de poste : on citera Amsterdam , Caughnawaga, Palatin, Manheim, Little-Falls, Herkimer et Schuyler.
Little-Falls tire son nom des chutes situées dans son voisinage : celles-ci sont beaucoup moins considérables que le fameux Cohoz, et pour cette raison elles ont été appelées les petites chutes (Littie-Falls) du Mohawk. La chaîne des rochers du Catsberg, en se prolongeant au travers de la rivière, présente aux eaux une surface fort inégale, et celles-ci, gênées dans leur cours , se précipitent avec violence entre les pointes de ces roches escarpées. En tournant au sud-est le lit de la rivière est encaissé par le sommet sourcilleux de montagnes à pic qui le dérobent aux yeux et cachent également la vue de la cataracte. Le voyageur est averti qu'il approche des chutes par le
bruit des eaux et par un nuage d'écume jaillissante. Peu après la route tourne brusquement à gauche et offre l'aspect de la cataracte tombant avec fracas sur une masse de rochers d'environ 4o toises. Au pied de la chute, et à la distance d'un demi mille, se trouve le village contenant 5oo liabitans. Un groupe de maisons en amphithéâtre entre le bord du Mohawk et le sommet pelé, raboteux, des hauteurs voisines; les eaux qui suivent mollement leur cours paisible et naturel, et qui , se brisant contre les rochers , entrent subitement en fureur, se précipitent dans le gouffre et font jaillir leur écume jusqu'au ciel; plus loin, la vallée sur les deux rives, ornée de champs fertiles et bien cultivés, de vergers, de prairies et de jolies maisons de campagne; tout se réunit pour offrir aux yeux une scène animée et pittoresque, digne de la célébrité dont elle jouit.
Le Mohawk , en facilitant le transport des denrées et objets de fabrique , est un débouché fort avantageux pour le village de Little-Falls. Le canal où l'on s'embarque pour faire le tour des chutes, contient huit péages qui, en i 817, ont produit une recette de 1 :2,ooo piastres. Lorsque le canal de l'ouest sera terminé , l'heureux village en retirera un profit considérable.
Après avoir quitté Little -Falls, la route suit le bord de Feau, et l'on y jouit de la vue d'une riche vallée formée par les dépôts successifs de la rivière, et connue sous le nom d'Herkimer et German - Flats. Cette contrée, jadis le théâtre des plus sanglans exploits, présente aujourd'hui l'aspect d'une culture aussi belle que profitable. Durant la guerre entre la France et
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l'Angleterre, et celle de notre révolution, elle fut ravagée par les armées européennes et par les incursions des sauvages. Les Français s'étant rendus maîtres d'Oswégo en 17^6, elle tomba en leur pouvoir; mais leurs établissemens furent détruits de fond en comble, dans le cours de l'année suivante. Au centre de cette vaste plaine est situé le village d'Herkimer.
Herkimer et Little - Falls font partie du même Township^ ou corporation municipale, sous le nom collectif d'Herkimer ; c'est une réunion de bameaux ou bourgades qui longent les rives du Mobawk , l'espace d'environ i5 milles. La Crique du Canada occidental se jette dans cette rivière, à un mille environ à l'est, et Ton a construit un très beau pont près de son embouchure. Le village d'Herkimer a deux rues parallèles contenant environ 100 maisons et 800 liabitans. On y trouve l'abondance et la prospérité.
Entre Herkimer et Utique est le hameau de Schuyler, à 6 milles environ du premier et à 8 milles de l'autre. Au delà d'Herkimer le pays est uni et fertile, quoique l'agriculture n'y soit pas encore très avancée.
Relais et distance cV Albany à Utique.
milles. milles.
Schenectady. i6 Litlle-Falls lo
Amsterdam. .% i5 Herkimer 7
Canghuawagua 8 Schuyler ()
Palatin i5 Utique 8
Manheim. . . . .^ 10
Utique, bourg florissant sur la rive méridionale du Mohawk , occupe l'ancien emplacement du fort Schuy»
1er, à 96 milles d' Albany et i3 du fort Stanwix , sur les ruines duquel s'élève non pas la fameuse ville de Rome, mais seulement un modeste village qui porte le même nom. Utique a élé incorporé en j 798, et compte a peine 3o ans d'existence; cependant il a des prétentions à devenir le chef-lieu de l'élat de New-York dont il fait partie. Par sa position , ce bourg est le centre de toutes les communications par terre et par eau, entre la ville d'Albanv et la fertile contrée du nord et de l'ouest. Son commerce s'accroît rapidement, et déjà sa population est d'environ 4,ooo âmes : il possède deux banques et une quantité de fabriques et de manufactures. La cour de justice pour le comté d'Onéïda y est établie; et par un acte récent de la législature, la cour suprême de l'état tient à Utique sa session du mois d'octobre, privilège dont jouissait auparavant la ville de New-York. La plupart des maisons sont en briques et construites avec autant de goût que d'élégance. Les voitures publiques s'y rendent de tous les points de l'état, et il n'est pas rare d'en voir arriver jusqu'à 10 et 12 dans un jour, au grand hôtel d'Utique.
Le canal de l'ouest doit traverser ce bourg, et ne contribuera pas peu à favoriser son accroissement et sa prospérité : les fouilles sont déjà très avancées sur toute l'étendue qu'il doit parcourir. Bientôt seront terminés les travaux d'un autre canal qui aqga un cours de 160 milles, entre Little -Falls et Rochester; il est déjà navigable sur une étendue de 100 milles, c'est-àdire depuis Utique jusqu'au bassin de Weed. Vous trouvez sur ce canal des paquebots qui ne laissent rien à désirer pour la nourriture, la commodité et l'a-
grëment : ils sont tirés par deux chevaux , et font 4 milles à l'heure. Le prix du passage, nourriture comprise , est de 4 cents ( 20 centimes) par mille. Un paquebot part d'Utique les lundis, mardis, jeudis et samedis, à 8 heures du matin , et arrive au bassin de Weed le lendemain à la même heure; pour se rendre à Canandaigua, on peut prendre une chaise de poste qui arrive à cette destination dans l'après-midi.
Quant à ceux qui, pour faire la même route, ne s'effraient pas des inconvéniens et des fatigues de la voiture publique, ils en seront amplement dédommagés par la variété du paysage, tandis que le canal n'a rien de récréatif. Une diligence part d'Utique pour Niagara tous les jours à 3 heures du matin ; le prix ordinaire des places est de 4 cents par mille. Chemin faisant, on voit plusieurs jolis villages ; aucun de ceux qui conduisent à Auburn n'a rien de remarquable.
Auburn est à 170 milles d' Albany, sur le goulet du canal Owasco : il contient un grand nombre de moulins et autres usines pour lesquels sa position est très favorable. On y compte environ sSo maisons et un millier d'habitans. Parmi les édifices publics on remarque la cour de justice et la maison de correction réunies dans le même corps de logis, et une prison pour les criminels , bâtie aux frais de l'élat. On a fondé depuis peu à Auburn un séminaire pour les étudians en théologie : cet établissement, sous la direction des presbytériens, est le seul de ce genre dans l'état de New-York. La position de ce village offre tout ce qui peut en rendre le séjour agréable pour le com-
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merçant et pour l'ami de la belle nature. Un nouveau canal passe à 7 milles au nord, aura-t-il pour les hahitans un résultat avantageux ou non ? c'est au temps seul à en décider.
Au delà d'Auburn le pays est plus otivert et mieux cultivé : à chaque pas votre vue se porte sur de jolis villages et des maisons de campagne très agréables. Les lieux habités sur les différens lacs sont riches, bien bâtis, et dans la situation la plus riante; mais Canandaigua est celui d'entre eux qui mérite la palme.
Can AND AIGU A , sur le lac du même nom , forme un amphithéâtre d'où l'on jouit d'un beau paysage et d'un vaste horizon. La principale rue a 2 milles de long avec une rangée d'arbres de chaque coté, à travers lesquels vous apercevez des maisons peintes avec goût et ornées de persiennes. La place publique est au centre, et là se trouvent le palais de justice et le greffe du comté. Canandaigua est entouré de maisons de campagne élégantes, avec de jolis jardins et des vergers remplis d'arbres fruitiers de toute espèce : ce paysage, joint à la vue du lac se prolongeant dans le sud, forme un ensemble très agréable. Sous le rapport de la beauté et de la variété des sites, du goût et de l'élégance qui ont présidé à la construction des maisons, peu de villages peuvent entrer en parallèle avec lui. Il est à 208 milles d' Albany, à 1 1 1 d'Utique, à 88 de Buffalo, et à 108 des chutes du Niagara.
Les SOURCES BRULANTES ( Buming-Sprîngs) out été récemment découvertes, à q milles environ de Canan-
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daigua , dans le sud-ouest. L'eau pénètre par filtration dans une ravine très profonde, et laisse voir h. sa surface une flamme d'un très vif incarnat. Si l'on en approche des brins de bois, de paille, ou autres matières combustibles le feu y prend à l'instant; elle est au degré de température ordinaire, et n'a ni odeur, ni goût particulier. Dans le voisinage se trouvent plusieurs sources sulfureuses.
On prend ordinairement la voiture publique pour aller de Canandaigua à Buffalo et delà aux chutes du Niagara. Cependant beaucoup de voyageurs donnent la préférence à la route du nord , plus courte et mieux entretenue. Au bout de quelques milles, le chemin longe la rivière de Génessy, et vous conduit à proximité de son embouchure dans le lac Ontario. Cette rivière prend sa source en Pensylvanie, et après un cours d'environ i25 milles, dans la partie ouest de cet état, elle se jette dans l'Ontario , au village de Charlotte. A quelques milles seulement de son embouchure sont trois chutes considérables : la première a environ 96 pieds de haut, la seconde sS, et la troisième 80. Près de la première on trouve le bourg florissant de Rochester.
Rochester, déjà célèbre par ses moulins, ses fabriques et son commerce , prendra sans doute encore un grand accroissement lorsque le canal projeté, auquel on travaille sans relâche, lui fournira une communication directe et facile avec Albany. Rochester con tient plus de 3oo maisons et magasins, et n'a pas moins de 3,000 habitans. La rivière qui le traverse a. q.5 toises
environ de largeur, avec un pont de 5o pieds au dessus du niveau du sol. Le village de Carthage est à deux milles plus bas, près de la troisième chute.
Carthage était favorisé par le voisinage d\m très beau pont qui faisait donner la préférence à la route de la partie ouest de l'état. Ce pont , placé près du bassin des chutes, était formé d'une seule arche ayant aSo pieds d'élévation à partir du fil de l'eau , et 3oo pieds de diamètre. Cette masse énorme fut de courte durée : elle s'écroula sous son propre poids. Depuis lors Carthage est désert.
De Rochester à Léwiston, la route passe sur une levée ou crête produite par une alluvion. Cette crête longe la partie sud du lac Ontario, sur un espace de 80 milles, c'est-à-dire depuis la rivière Génessy jusqu'à celle du Niagara. Le chemin est bombé au centre, et a généralement une largeur qui varie de 2 à 4 toises. En certains endroits il excède de 120 à i3o pieds le niveau du lac, dont il est éloigné de 6 à 10 milles. Cette route, formée par la nature, est parfaitement unie et en bon état sur toute 1 étendue des l\o premiers milles , et bordée presque toujours de terres bien cultivées; mais la majeure partie du chemin restant à fliire pour arriver à Léwiston est détestable; c'est une longue chaussée formée avec de grands arbres placés transversalement au milieu d'épaisses forêts, ou l'on rencontre de loin en loin pour toute diversion les cases ambulantes de quelques défricheurs (^Settlers), semblables à ces anciens patriarches qui émigraient avec leurs familles, certains qu'ils
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sont de trouver dans cette contrée un morceau de terre pour les recevoir et les nourrir (lo).
Léwiston , sur le coté est de la rivière Niagara , est en face de Queenston dans le Canada. La navigation sur le lac Ontario se termine à Léwiston , d'où par un portage on se rend au fort Schlosser, à la distance d'environ 8 milles. Tout fdt présumer qu'autrefois les chutes versaient le torrent de leurs eaux sur l'emplacement même où est aujourd'hui Léwiston, mais que le volume des rochers ayant considérahlement diminué avec le temps par Taction continuelle des eaux, cellesci ont rétrogradé jusqu'au point où elles sont maintenant, c'est-à-dire à la distance de 8 milles. Avant d'arriver à Niagara, l'immense caverne appelée le Trou du Diable (the Devil's Hole), attire l'attention des curieux. Les eaux éprouvent un tournoiement continuel au fond de cette cavité, dont la circonférence est d'environ 1,200 pieds. Dans ces parages les bords escarpés de la rivière peuvent avoir 3oo pieds.
Relais et distance d'Utique à Niagara.
milles. milles
New-Hartford 4 Geneva 6
West-Moreland 7 Seneca 7
Vernon 6 Gorham 5
Sullivan 9 Canandaigaa 4
Manlius. 12 Bloomfield 12
Derne. 3 Lima 5
Onondaga 7 Avon 5
Auburn 24 Rochester 4
Cayuga 9 Léwiston 82
Junius 8 Niagara Falls 8
8o TOURNÉE A LA MODE
Chute du Niagara.
Cette cataracte réunit les eaux du lac Erie et autres lacs supérieurs, avec celles du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent; elle est sur la rivière de même nom qui a 35 milles de long , et depuis un demi -mille jusqu'à 6 ou y de largeur. Au dessus des chutes , la hauteur de ses rives varie depuis 4 jusqu'à lôo pieds. Immédiatement au dessous, le gouffre n'a pas moins de 3oo pieds ; mais depuis ce point jusqu'au lac Ontario, le lit de la rivière s'élève graduellement, et n'a pas au delà de 2 5 à 3o pieds de profondeur. Le Niagara est parsemé d'un grand nombre d'îles, dont la plus considérable , connue sous le nom de grande île, fut cédée à l'état de New- York, en i8i5 , par les Indiens de la nation séiiécale. Pour prix de celte cession, l'état donna 1,000 piastres comptant, et s'obligea à faire une rente perpétuelle de 5oo piastres par an. Cette île a 11 milles de long sur une largeur qui varie de 2 à 7 lieues. Des agriculteurs, formant environ i5o familles tirées du Canada et de Tétat de New -York, sont venus la mettre en état de culture; de grands travaux ont été faits jusqu'à ce jour et continuent de s'exécuter avec succès.
Les chutes se trouvent au dessous de la grande île , à 20 milles environ du lac Erlé et i[\ du lac Ontario. A la hauteur de la crique de Chippeway, la rivière a près de 1 milles de largeur, et le courant en est extrêmement rapide. De ce point jusqu'aux chutes, elle se rétrécit de moitié; la pente des rapides est évaluée à 58 pieds. Le courant de la rivière au dessus des chutes se porte presque entièrement à l'ouest, et au dessous il
tourne brusquement au nord - est et coule dans cette direction l'espace d'environ un mille et demi , après quoi il tourne au nord jusqu'au lac Ontario. La cataracte s'épanche sur une crête de rochers en forme de croissant, laquelle se prolonge et embrasse un espace considérable au dessus du niveau de la rivière. La nappe d'eau est divisée en deux immenses colonnes par l'île de la Chèvre. Une autre île, ayant un diamètre d'environ lo toises, donne naissance à une moyenne nappe d'eau de 4 à 5 toises de large, à l'est de l'île de la Chèvre.
La grande chute, ou \e fer à cheval^ du coté du Canada , a 600 pieds de large ; elle se précipite dans la rivière en décrivant une ligne courbe d'environ j 5o pieds, et sa projection est de 5o pieds, à partir de sa base. La petite chute, du coté des Etats-Unis, a 3oo pieds environ, et tombe perpendiculairement de 164 pieds. L'élévation totale de la cataracte, y compris celle des rapides placés au dessus, est de 208 pieds.
Par le moyen d'un escalier solide et commode on peut descendre jusqu'au pied de la cataracte : un beau pont conduit à l'île de la Chèvre, qui est, suivant moi, l'endroit le plus convenable pour jouir tout à la fois de la vue des rapides , des chutes et des sites environnans. La vue prise du rocher de la Table , du côté du Canada, paraît avoir la préférence; mais cette question doit être décidée par le goût particulier de chaque spectateur. Je me contenterai d'observer que le rocher de la Table, par son plan incliné, décrit un angle saillant d'environ 5o pieds du coté de la cataracte et jusqu'à l'île de la Chèvre. Le sentier pour parvenir au sommet de ce
Si TOURNÉE A LA MODK
rocher fut dernièrement obstrué par un énorme bloc de pierre d'environ 20 pieds de long sur une largeur depuis I pied jusqu'à 4^ lequel s'était détaché de la masse de rochers au bord du précipice. Quelque temps après on est parvenu à dégager le chemin , et on a pratiqué un escalier pour rendre moins difficile l'accès du fameux rocher.
II est au dessus de nos forces de retracer les profondes émotions que fait éprouver au cœur de l'homme l'aspect de cette merveille de la nature ; laissons ce soin à de plus habiles peintres, et bornons -nous à donner une idée imparfaite de ce phénomène. « D'un seul coup d'œil vous voyez les rives escarpées et les forêts immenses qui environnent cette scène majestueuse, la force irrésistible de ces flots, de ces tourbillons, de ces nuages d'écume et la rapidité de leurs mouvemens, l'éclat et la variéîé magique des couleurs, le volume, la vélocité de ces vagues en furie, les masses de vapeur qui s'élèvent à perte de vue et se condensent dans les airs ; tel est l'ensemble de ce vaste tableau. Et le bruit, le mugissement de ces montagnes d'eau qui tombent et se brisent, vous agite, vous trouble, vous frappe de terreur, avant que Tame puisse s'élever à la hauteur des idées qu'inspire ce grand, ce magnifique, ce sublime spectacle. »
Le Niagara forme la limite entre le Canada et les États-Unis : il devait être et il a été , à diverses reprises, le théâtre de plusieurs exploits guerriers, lorsque l'honneur national commandait d'en appeler aux armes. Dès l'année 1679 un poste militaire fut établi
au fort Niagara. En 17^5 une forteresse régulière fut construite par 'les Français; prise ensuite par les Anglais elle appartient aux Etats - Unis depuis l'année 1796. Cette partie de la frontière a été témoin de plusieurs événemens importans lors de la dernière guerre. La bataille de Queenston , où le général anglais Brock fut blessé à mort, eut lieu le 12 octobre 1812, et l'incendie des villages de Newark, Buffalo et Black- Rock, en décembre 18 r 3.
La bataille de Cliippeway, livrée le 5 juillet i8i4 , a été décrite par un témoin oculaire , comme l'un des spectacles les plus imposans. « Le ciel était clair et serein, et l'armée occupait une position telle qu'on eût pu la cboisir pour une parade ou pour un tournois : les troupes de part et d'autre n'étaient pas très nombreuses, mais leur tenue était admirable ; les officiersgénéraux à la tête de leurs colonnes; l'éclat dont brillaient les armes aux rayons du soleil . la précision et la variété desmouvemens; tout était de nature à reporter les idées vers ces pompeuses descriptions des historiens et des poètes de l'antiquité, à nous transporter dans les champs du Latium ou dans les plaines d'Ilion; en un mot, à rappeler ces souvenirs qui remplissent l'imagination de toutes les scènes d'héroïsme personnel et de valeur chevaleresque. »
Le 3i juillet, le général Scott s'était avancé sur Cliippeway, et soutenu par la division d'artillerie du capitaine Tov^son, il avait balayé le pont en chassant les avant -postes ennemis. Dans l'après-midi, le général Ripley , avec le parc d'artillerie sous le commandement du major Hindman, vint occuper une
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partie du camp du général Scott. L'esquisse ci-dessous indique l'ordre du campement.
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