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Voici, par exemple, l’une de ces graves affaires qui risquaient de troubler la paix des villes. Il s'agit, dans l'espèce, du timbre de l'horloge de l'hôtel de ville de Libourne. Ce timbre devait être fondu, avec les noms de tous les maire, Jurats, procureur-syndic, trésorier, secrétaire alors en exercice. Le fondeur commet le crime d'emettre un nom. Ce n'était qu'un oubli ; mais on entend encore les protestations véhémentes de l'avocat Elie Séraffon, premier Jurat, qui ne voit pas son nom sur le timbre. Le fondeur propose de le graver au burin. Séraffon refuse. L'affaire va jusqu'à l'intendant, en la justice duquel toute la communauté a confiance |.
Tourny en profita pour donner aux magistrats de Libourne la leçon de modestie qu'ils méritaient : «Il y a moins de droits que de vanité, leur écrivait-il, dans l’usage de l'inscription des noms des officiers municipaux en semblable occasion. » Dans l’ordonnance qui était jointe à sa lettre, il s’arrêtait au parti suivant : l'horloge et le timbre seraient mis en place le plus tôt possible ; le nom omis par le fondeur y serait gravé au burin «en caractères lisibles et ineffaçables. » Si Elie Séraffon continuait à protester, il aurait à «se charger en son propre et privé nom de tous les frais d'un nouveau timbre et autres quelconques qu’occasionnerait le changement, ce qu'il sera tenu d'opter irrévocablement dans les 24 heures de la connaissance qu'il aura de la présenteordonnance ?. »
Voilà qui est jugé et bien jugé. D'autres fois, Tourny, moins sûr de son fait, se montre plus circonspect encore. À Damazan, le maire et les consuls sont en désaccord au sujet de sommes perçues sur le prix du bail de la ferme des boucheries. L’intendant, saisi de l'affaire, écrit à celui de ses subdélégués qui a Damazan dans son ressort : « Les contestations, Monsieur, d’entre le Maire et les consuls de Damazan ne sont pas toutes à l'avantage du Maire et je trouve même que les Consuls n’ont que médiocrement tort. Il serait doncàäsouhaiter que vous puissiezles concilier, plutôt que de soumettreces :ontestationsàäune décision rigoureuse. Je vous envoie les requêtes respectives des uns et des autres. Pour en débrouiller le contenu, il me paraît nécessaire que vous fassiez un extrait à mi-marge
1. A. C., Libourne, BB 26, ?7 juin 1750, délibération de jurade. 2. A. C£{ Libourne, BB 26, 30 juin 1750, réponse de Tourny consignée dans la
délibération de jurade.
de tous les objets de demande du maire, un autre pareil extrait des réponses des consuls, et que d'après l'examen des uns et des autres vous meélliez votre avis à la marge de chaque article. ! »
Quand les litiges se compliquent, et que les parties en cause se refusent obstinément à la concilialion, l’intendant la leur impose en leur refusant l'autorisation de plaider, de par le contrôle qu'il exerce sur leurs finances. Les communes y perdent leur indépendance, mais elles s'assurent en échange le concours du commissaire départi. Ce concours leur est précieux, quand elles sont aux prises avec des partenaires redoutables, tels que les seigneurs engagistes, les Cours souveraines ou les commandants de troupes. Cette alliance fait gagner aux communes « la Paix de l’intendant. »
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