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III. — Les Assurances maritimes

En matière d'assurances maritimes, les négociants bordelais avaient des notions au moins singulières. La plupart des assureurs étaient pauvres, ou, comme l’on disait, «des gens sans facultés.» Le métier était bon pour eux, en temps de paix. En temps de guerre, il ne suffisait pas à les faire vivre, et il ruinait encore les négociants qui se confiaient à eux !. Aussi voyait-on des armateurs bordelais aller s'assurer en Angleterre, bien que les Anglais fussent nos ennemis. Le résultat ne pouvait qu'être plus déplorable encore. Comme les armateurs étaient tenus de déclarer le port d'attache et de partance de leurs navires, la qualité et la quantité des marchandises (ransportées, le nombre des canons et de l'équipage, le jour du départ et la destination, les assureurs anglais n'avaient qu'à prendre la peine d’aposter leurs corsaires, pour avoir sûrement ou une prime, ou le vaisseau et la cargaison ?. L'intendant pensait donc avec raison que Bordeaux devait se doter, pour le temps de guerre, d'une grande compagnie d'assurances, à l'exemple de certains autres ports français. |

De concert avec la Chambre de commerce, l'intendant s’occupa, dès 1744, de mettre son projet au point. Il s’en ouvrit à M. de Roslan, à Maurepas *, et il Lâcha de s'assurer le concours de 50 négociants qui deviendraient membres de la Compagnie {. Tout alla bien d'abord. Le ministre Maurepas se montrait favorable ? ; le Bureau du Commerce l'était aussi. On pouvait espérer une

1. C'est le témoignage même de Tourny attesté par Brives-Cazes, Épisodes du régime prohibilif en Guienne 3° série, 42° année, 1880, p. 267.

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3. Maurepas fait allusion au projet de Tourny dans une lettre du 15 avril 1744, A. D., Gir., C 1639. — Cf. Malvezin, Histoire du Commerce de Bordeaux, t.1IT, p.44.

4 Brives-Cazes, Épisodes du régime prohibitif en Guienne, dans les Acles de l'Académie de Bordeaux, 3° série, 42° année, 1880, p. 267.

5. La preuve en est faite par la lettre déjà citée du 15 avril 1744, A. D., Gir., C 1639.

6. L'approbation du Bureau est consignée «ans le procès-verbal de la séance du 30 avril 1744, A. N., Ft? 91.

subvention de l'État. Cependant le projet ne put aboutir à cause des désastres marilimes qui marquèrent l'automne de 1744, et qui firent appréhender aux 50 négociants pressentis de trop grands risques à courir |.

L'entreprise n'était d’ailleurs que suspendue. Tourny reprit l’idée et la fit triompher quatre ans plus tard. II constituait, le 16 avril 1748, $a Compagnie d'assurances, sans aucune subvention de l'État ?.

Il méritait ainsi que, pour lui faire honneur, les plus grands négociants de Bordeaux donnassent à un de leurs corsaires le nom de « La marquise de Tourny *»; dans le même lemps où Maurepas le remerciait et le félicitait des marques de son zèle pour le bien général et en particulier pour la Marine {: et tandis que le contrôleur général ralifiait toutes ses entreprises, el lui écrivait : «Je ne puis qu'applaudir à vos arrangements qui me paraissenttous très bons 5. » |

En temps de paix, Bordeaux vivait de son commerce. En temps de guerre, bien que ses navires fussent assurés de la protection la plus efficace, le grand port devait pouvoir compter sur les ressources de l’arrière-pays, afin de parer à toute évenlualité. Cet arrière-pays devait lui-même pouvoir se suffire. Or nous avons vu que la monoculture y régnait, et que le blé n'y était pas abondant.

Un préjugé, très ancré dans cerlains esprits, tendait à faire croire que le moyen à employer pour encourager la cullure du blé consistait dans l’arrachement des vignes.

Le Pouvoir central avait pris cette idée à son compte. Deux

1. A. D., Gir., CG 3639. IS septembre 1744. | 2. Benzacar, Règles économiques de l'administration d'Aubert de Tourny, p. 57.

3. Il est fait mention plusieurs fois des prises de «la Marquise de Tourny », dans les liasses 6 B 1988 à 1992 de l'Amirauté de Guienne.

4. A. D., Gir., C 3639, %5 février 1745, lettre de Maurepas à Tourny.

5. A. N., G61, 12 avril 1744, lettre du contrôleur général à l'intendant de Bordeaux.

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arrêts du Conseil, l'un du 25 février 725, l'autre du 5 juin 1731

avaient interdit toute nouvelle plantation de vignes |.

Avant même: d’avoir pris possession de son nouveau poste, Tourny fut obsédé de sollicitations mulliples qui se rapportaient à cet objet. On le suppliait, comme «un dieu tutélaire », d'exécuter les arrêts ?. Il les exécuta parce que le Service du roi le lui commandait et que l'intérêt bien entendu de la province ne paraissait pas y être absolument contraire; Montesquieu avait bien protesté contre les arrêts, mais son autorilé n'était que celle d’un philosophe viticulteur, plus intéressé que quiconque aux plantations nouvelles *. Ë

Au cours de ses premières tournées, l'intendant fil prendre note des vignes récemment plantées, pour savoir si les propriétaires élaient détenteurs d’autorisations régulières {. Par la suite, les viticulteurs s'adressèrent à lui-même pour obtenir des permissions. Il ne repoussa pas leurs requêtes, mais il commit des experts pour juger de la qualité des terrains. Si les terrains ne semblaient pas favorables à la culture des céréales, les permissions étaient octroyées ?.

Cependant les viticulteurs se rendent coupables de corruption d'experts. Les enquêtes se font à la légère. On se plaint. Des communautés entières, comme Saint-Macaire, renouvellent leurs attaques contre l'extension des vignobles 6. Le Pouvoir central renchérit : « Faites arracher, écrit impérativement d'Ormesson à Tourny,.. et condamnez... à l'amende prononcée par l'arrêt du Conseil 7. »

1. Benzacar, Règles économiques de l’administralion d'Aubert de Tourny, p. 47 et 151. L'intendant Boucher avait composé sur la question un mémoire qui reflétait une étude de l’abbé Bellet. Cf. Grimm, Correspondance, 15 août 1756, t. 111, p. 267. — Voir aussi Malvezin, Hisloire du commerce de Bordeaux, t. 111, p. 262.

2. On trouve dans les liasses C 1339 et C 1340 des Archives de la Gironde les suppliques que l’on adressait au marquis. Cf. Benzacar, Règles économiques de

l'administration d’Aubert de Tourny, p.34.

3. Les deux opuscules que Montesquieu fit paraitre furent regardés seulemeut comme des jeux d'esprit.

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