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CHAPITRE XVII

La Lutte contre la Famine.

Initiatives locales et Remèdes d’État.

I. Nouvelle Crise et nouveaux Achats. — Il. Les Grains en parti; Bouret. — III. La Compagnie d'approvisionnement. -— IV. La Grande Détresse de la

Guienne. — V. ['Arnvée des Grains et la Paix.

L — Nouvelle Crise et nouveaux Achats.

A peine la crise de 1746-1747 élait-elle surmontée, qu'une autre s'annonçail autrement grave. Les gelées tardives du mois d'avril ravagèrent les blés, les vignes, les pruniers ?. La crise s’annonça au mois de juillet : la récolte «ne dépassait pas les deux cinquièmes

T'La question a étéétudiée par M. Marion dans la Revue historique, 1891, dans un

article intitulé « Une famine en Guyenne ».

2. A. C., Villeneuve-sur-Lot, BB, ? juin 1747, délibération du Corps de ville.

d'une année commune !. » L'’alarme se répandit au mois d'août: la campagne vint chercher du pain à la ville, qui commença à se montrer inquièle. À Bordeaux, « le peuple se plaint, crie et commence à menacer.» L'intendant signale « des espèces de petites émeutes 2.» Il pense à conclure de nouveaux marchés pour les grains.

D'accord avec le premier président, l'intendant fait appel, une fois de plus, à la bonne volonté des négociants. Il les engage à importer des blés de Bretagne, du Poitou et même de l'étranger *. Dans le courant du mois d'août, il se lie avec Beaujon par de

‘nouveaux contrats. Il fait acheler autant qu'il peut, partout où il peut. 2

Il aulorise des emprunts pour l'achat de grains dans les villes de sa généralité où le besoin s'en fait sentir. Libourne pourra ainsi se pourvoir de 1.350 boisseaux de blé, de 400 de seigle, de 550 de fèves que les négociants de Bordeaux Treilhes et Le Chevalier lui fourniront 4. L'’expédition- doit se faire de Vannes; les grains seront vendus à perte, si les prix diminuent, el au prix courant, s'ils augmentent.

Les pouvoirs locaux négocieraient directement avec -les commerçants sans faire appel au Pouvoir central, s'il n'était besoin de pourvoir à la sécurité des transports. Pour ce fait, les villes sont appelées, bien malgré elles, à faire intervenir l’aulorité. Le roi est prié assez souvent de fournir des frégates pour convoyer les baleaux chargés de blé *.

Les ministres profitent de l’occasion pour faire la leçon aux villes et à Tourny lui-même. C'est alors que le Conseil des dépêches revient sur les trop nombreuses plantations de vignes ; l'intendant aurait dû tenir la main davantage à l'exécution des

LA ED Gr GUerai

2. A. D., Gir., C 1373, 22 août 1747, lettre de Tourny au contrôleur général.

3. L'intervention de Tourny nous est connue par la leltre des jurats au contrôleur général, datée du 19 août 1747, A. C., Bordeaux, BB.

4. La Jurade libournaise fixe à l'avance le prix d'achat. A. C., Libourne, BB 24. 21 août 1747, délibération de jurade ; sur la même question, voir la délibération du 6 août précédent, autorisée par une ordonnance de Tourny.

5. Dans leur lettre du 19 août 1747, les jurats bordelais sont les premiers à demander l'intervention de l'État, pour garantir le succès de leurs opérations. Après avoir parlé des mesures prises par les autorités locales, ils ajoutent: « Que PE on altendre de précautions si sages, et si nécessaires, sans l'autorité du roi...?» Le Pouvoir central va les prendre au mot.

Os Le de 1,

: L 2 règlements : il aurait été ainsi amené à faire convenir les proprié-

laires du préjudice qu'ils se causent à eux-mêmes en négligeant de cultiver le blé 1.

Quelques jours après avoir reçu ces observations du Pouvoir central, l’intendant était informé d'une mesure extrêmement grave. L'arrêt du Conseil du 21 août 1747 suspendait la permission de faire sortir des grains des provinces de Brelagne, du Poitou, de l’Aunis et de la Saintonge, quelle que fût la destination qu'ils pussent avoir ?.

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