‹ TournyChapitre 196 sur 494 · Montesquieu, Correspondance, Gébelin, t. 11, P · texte numérisé non relu

Montesquieu, Correspondance, Gébelin, t. 11, P

Ainsi lintendant finit par disposer du Pouvoir central, plus que ce Pouvoir central ne dispose de l’intendant lui-même.

Comme nous l’avons vu dans la lutte contre la famine, le commissaire du Conseil se fait quelquefois prier pour suivre à la lettre les instructions qu’on lui donne. Il discute avec le ministre, il lui remontre qu'il est sur les lieux et qu’il a l’expérience de sa province, tandis que le ministre en est loin, de toute façon. L’obéissance de l’intendant,au lieu d’être passive et aveugle, semble toujours raisonnée et quelquefois conditionnelle. Quel que soit son désir d'appliquer son remède d'État à la famine survenue en 1748, Machault recule devant les initiatives locales préconisées par Tourny, et après avoir beaucoup maugréé, il se range finalement à son avis, pour avoir raison de la crise suivante.

Tandis que le Pouvoir central se partage entre des Conseils, des bureaux et des ministres, qui intriguent les uns contre les autres et qui ne sont que quelquefois d'accord dans quelques cas, l’intendant est le maître de ses subdélégués, et s’il ne veut pas compter avec les autorités locales, il peut s'élever au-dessus d'elles. Par lui, l'administration est unifiée.

A l’époque de Tourny, la Royauté venait encore d'augmenter la puissance des Commissaires départis, en s’en remettant à eux pour la tutelle des Communautés, pour le contrôle des finances “communales, pour le contrôle de la perception de la taille, pour l'établissement des impôts extraordinaires, pour ladministration de l’armée. Elle espérait étendre ainsi partout la main-mise de l'État. Cependant, comme sans les intendants, cette centralisation était inopérante, c’est aux intendants qu’elle profitait finalement; quand ils étendaient d'eux-mêmes leur compétence sur l’organisation du commerce, sur le contrôle des pépinières, sur le contrôle des grands travaux, Tourny et ses pareils tendaient à rendre leur pouvoir absolu et leur compétence universelle.

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