IV. — Le Relèvement des Autorités cadettes
Investi de pouvoirs aussi étendus et les augmentant sans cesse, l'intendant n’a pas assez de ses secrétaires et de ses subdélégués ; il fait appel aux autorités cadettes qui s’effaçaient dans l’isolement
et qui reprennent vie, du jour où le commissaire départi les rattache à l’intendance. La Chambre de commerce, les Corps de ville, les Présidiaux, l'Amirauté, les Ingénieurs, les Trésoriers de France sont tout désignés pour s'entendre avec Tourny. Il se défie des Cours souveraines; les autorités cadettes en sont jalouses, Certaines Jurades très puissantes auraient tendance à braver l’intendant, comme à tenir les petites Communautés dans l'ombre; ces petites Communautés deviendront les alliées de l'intendant quand il voudra.
Les autorités cadettes rendront au commissaire départi de signalés services. Les présidiaux lui fourniront les juges pour son tribunal; ils jugeront suivant ses vues dans les causes toujours importantes que lui renverra le Conseil. Les trésoriers de France l’aideront de toutes leurs lumières et de tout leur dévouement, pour faire fonctionner les commissions du Terrier en dehors des Cours souveraines. La Chambre de commerce règlera avec lui toute l’activité économique. Les ingénieurs et les Corps de ville suivront docilement son impulsion; pour les entreprises de travaux, lintendant se constitue avec leur concours des conseils improvisés, dont il est le président né, et il les fait agir comme s'ils composaient, à eux tous, une administration unique, celle du commissaire départi. Cholet, le trésorier de Ja ville’ de Bordeaux, écrivait un jour à Tourny : « Vous m'avez fait l'honneur de me dire plusieurs fois que je n'étais qu’un homme de bois qu'on faisait agir avec une clef...1» Cette simple boutade exprimait, en y ajoutant une part d’exagération, une vérité d'ordre tout à fait général.
Aussi bien, les autorités qui acceptent de se mettre au service de l’intendant peuvent en espérer les plus grands avantages, Tourny leur fait la part plus belle en face des premiers pouvoirs ; elles développent leur activité, ce qui esb pour elles une occasion de multiplier leurs épices: et l’intendant ne peut tellement étendre son rôle qu'il ne leur reste une part d'influence dans l'administration où elles travaillent avec lui. &
Si Tourny est de ceux qui n’admettent. pas de répliqué dans l'exécution, une fois la décision prise, il laisse des initiatives à ses
1. A, D. Gir,, C 1069, 29 mars 1754, lettre de Cholet, trésorier de la ville de Bordeaux. ù
collaborateurs, il leur confie le soin de tenir compte des circonstances et, avant de se décider, il consulte volontiers ceux qu’il estime compétents dans chaque cas particulier. |
En dehors de ses juges du présidial, de ses négociants de la Chambre de commerce, de ses ingénieurs, de ses Corps de ville, il lui arrive de pousser le souci de l’information jusqu’à s'adresser au public lui-même.