V. — La Participation du Public à l’ Administration
L'intendant de Bordeaux saisit toutes les occasions d'aller au peuple. La tradition rapporte qu'il aimait converser avec Îles ouvriers, quand il les trouvait au travail dans ses chantiers des routes et des villes. Il paraissait, à chaque fois, dans les réjouissances publiques. Il monta à cheval, pour aller annoncer à tous ses Bordelais la bonne nouvelle de la paix; et il s'arrêta pour mêler ses prières à celles des fidèles, quand il arriva à Castillon au milieu d’une solennité.
Il ne redoute pas les assemblées qui sont la terreur du Parlement: il les tolère et même il les encourage, parce que l'opinion y trouve une occasion de s'exprimer, et parce que Îles autorités ont besoin de connaître l’opinion. Plus les assemblées sont nombreuses, plus sont instructives les indications qu'on recueille dans leurs débats.
Non seulement Tourny accepte de présider de grandes assemblées, mais il réunit parfois dans son cabinet des négociants, des pilotes, les représentants des Corporations ou des Communautés ?, et il ne craint pas de prendre leur avis. Il recherche les compétences.
Il voudrait persuader à ses administrés qu'eux et lui travaillent ensemble dans le même but de bien général. Dans l’œuvre à produire, une part revient à chacun; de la tâche à assurer, chacun doit prendre une partie. Une distinction s'impose entre ceux qui collaborent au bien public, ceux qui sont utiles, et ceux qui sont
1. Tourny en rend compte lui-même à Machault, dans une lebtre du 4 août 1751, A. D., Gir., G 1635.
nuisibles, qui font obstacle au bien publie ou qui refusent de S'y appliquer, Le bul que Tourny se propose est d’enrôler, d'amener à ses vues tant le peuple que les autorités locales et le Pouvoir central, d'éclairer et d'éduquer ceux dont la bonne volonté est grande, mais qui ont besoin de savoir, de les faire tous agir, de les associer à la même œuvre, à laquelle il faut croire et à laquelle faut travailler, Le bien publie ne peut être atteint que par la cohésion nationale, où tous les efforts sont solidaires, comme tous les intérôts,
Louis XIV, voulant définir ce besoin de cohésion nationale, écrivait certain jour: «Chaque profession en son particulier contribue à sa manière au soutien de la monarchie: et chacune d'elles a ses fonctions, dont les autres auraient sans doute bien de la peine à se passer... C'est pourquoi, bien loin de mépriser aucune de ces conditions, ou d'en élever une au détriment des autres, nous devons prendre soin de les porter toutes, s’il se peut, à la perfec- Lion qui leur est convenable t, » Tourny aurait pu reprendre ces lignes, mais elles lui auraient été inspirées par une pensée bien différente au fond, Louis XIV préconisait l’effort commun, en faveur du Service du roi, pour soutenir la monarchie. Après 1748, l’intendant de Bordeaux préconisait la cohésion, en faveur du Service du Public, pour réaliser le bien de tous.
l. Luvisse, Histoire de France, L. Vus f, p, 321.