Cité par Grellet-Dumazeau, op cit., p
2. A. D., Gir., C 2380, mémoire des Fermiers, cité par Brives-Cazes, Épisodes du Système prohibitif en Guienne, p. 36.
3. P. Courteault, Bordeaux au Lo de Tourny. Revue historique de Bordeaux, 1917, p. 138.
4 ADR Cr: C 1620, mémoire des courtiers.
avons des édits, des déclarations, et une infinité d’arrêts en notre faveur, en un mot le roi le veut », un consul lui répliqua : « Le roi le veut et moi je ne le veux pas », mais cela d’un ton qu’à peine un empereur ennemi ne prendrait pas vis-à-vis d’un simple particulier 1,»
À Bordeaux, comme en Angleterre, il faut que le roi règne et ne gouverne point, qu'il protège sans assujettir. Les Bordelais définissaient encore ainsi ,en 1789, les aspirations du commerce QI lui faut une liberté entière, il lui faut une protection continuelle de la part de l'Administration ?, »
Il. — L'Intendant, Protecteur de la Liberté.
Cet état d'esprit était assez grave pour que Tourny s’y arrêtäl longuement. Il reconnut que « le négociant que son intérêt anime sans cesse régarde toujours comme une injustice ce qu’on lui refuse, et comme une chose due ce qu’on lui accorde3.» Il en vint à s'expliquer à lui-même le caractère haut et difficile de beaucoup de négociants bordelais par la présence d’un grand nombre d’Anglais. « On ne saurait vouloir les mettre en règle, sans que la plupart non seulement y résistent, mais s’en offensent. » Une véritable éducation des commerçants serait nécessaire pour modifier leur état d'esprit. L’intendant ne recule pas devant la tâche : «Cet- Le façon de penser, dit-il, doit être détruite, petit à petit; par une
1. A. D., Gir., C 1620, mémoire du sieur Lamothe, courtier royal. Nous avons nousmême abordé la question des courtiers dans notre Histoire des rapporis de la Chambre de commerce de Guienne avec les inlendants, le Parlement et les Jurais, Chap. II, p. 23. — Chap. III, p. 48. — chap. IV, p. 63 et 67.
2. Instruction de la Chambre aux députés aux États généraux, citée par M. Jullian, Hisloire de Bordeaux, p. 527. M. Jullian s'arrête à la contradiction des termes, liberté entière, c’est-à-dire autonomie d'une part, et protection continuelle, c’est-à-dire ingérence et tutelle d'autre part. En fait, cette antinomie manifeste se résout d'elle-même dans l'esprit des Bordelais, plus soucieux des réalités que des principes. Les négociants de Bordeaux s’attendaient du temps de Tourny, tout comme de nos jours encore, à recevoir du pouvoir qui les protège, sous forme d’arrêts ou de lois générales, la garantie de libertés qu'ils ne peuvent pas se donner tout seuls. Montesquieu l’entendait bien ainsi, quand il disait : « Il faut que les lois favorisent tout le commerce que la constitution de ce gouvernement peut donner ». Montesquieu, Esprit des Lois, livre VE chap. IX, — Cf. Melon, Essai politique sur le commerce, 1734.