D’Argenson, Mémoires, t. V1, p. 388, 21 janvier
3. Voir à ce propos les lettres de Machault aux jurats de Bordeaux, datées du 21 ocLobre 1751 et du 1er avril 1752, et transcrites dans les registres de Jurade, A. C., Bordeaux.
4. Aux environs de 1750, la doctrine de la liberté du commerce des grains est généralement admise. Elle devient un thème de développement pour le Journal économique, mai 1754, septembre, octobre et novembre 1755, B. M., Bordeaux. Parmi les promoteurs de la liberté, on peut compter à côté de Gournay le marquis de Mirabeau, l'ami des hommes. Voir, à ee sujet, le livre de Schelle intitulé L'Économie politique et les Économistes, p. 113. Voir aussi la savante étude de G: Afanassiev, Le Commerce
des céréales en France au XVIH° siècle; Paris, 1894.
naturel des échanges. « J'avoue, Messieurs, a-t-il écrit, qu’il est bien plus court, bien moins embarrassant, soit pour le magistrat politique, soit pour le commissaire du roi, que l’approvisionnement d’une grande ville se fasse seul par le mouvement que l'intérêt, ce mobile de tous les hommes, donne à différents négociants en faveur de la chose publique; mais cela n’est bon à tous égards que dans le cours ordinaire des choses, Quand elles sortent de leur état naturel, il faut y chercher du remède et user d’expédient1, »
L'intendant avait pris sur le vif nombre d'observations, dont certaines vont à l'appui du «Laisser faire, laisser passer », et dont. les autres vont à l'encontre. Pour savoir à quel parti s’arrêter, on doit tenir compte des lieux et des circonstances: il faut soigneusement les distinguer.
Le cours naturel des échanges est bon à suivre en ce sens que, normalement, le produit s'écoule du centre producteur vers le centre de consommation, où la production est moindre, et où le produit se trouve attiré par la hausse, qui est la conséquence immédiate «du resserrement ». Si la circulation est empêchée, le produit est à la baisse dans le centre de production, en particulier dans les années d’abondance. Tourny constate que le cas s’est rencontré pour la Guienne, notamment en 17552. Dans les années disetteuses, un courant naturel amène aux centres de consommation les grains des campagnes voisines. « Le grain qui est à portée, dit l'intendant, arrive par le mouvement que lPintérêt lui donne Sans que l'autorité s’en mêle 3,»
Malheureusement , les marchands ne savent pas toujours s’acquitter de leur tâche. Tels « négligent d'aller s’approvisionner
Arai Cure € 1372, 31 octobre 1746, lettre de Tourny au contrôleur général.
2. Voir, à ce sujet, sa lettre du 17 janvier 1755, adressée aux directeurs du Commerce de Bordeaux. Dans cette même lettre l'intendant, hésitant sur le parti à prendre pour enrayer la baisse, fait appel, en ces mots, aux lumières des négociants : « Quoique j'aie, Messieurs, leur dit-il, examiné et approfondi de mon mieux les circonstances où nous sommes sur celle matière, je voudrais joindre à mes connaissances celles que vous pouvez me donner. Je vous prie, en conséquence, d’assembler avec vous 12 ou 15 des négociants qui sont dans l'habitude de faire le commerce des grains le plus grandement el avec le plus d'intelligence, pour, ce que dessus mis sur le tapis et discuté amplement, me mander ce que l'avis commun aura Cru le mieux faire. »
3. A. D., Gir., C 1372, 15 novembre 1746, lettre de Tourny au contrôleur général.
aux marchés!» Les grains sont parfois détournés de leur destination. Le courant des échanges les entraîne loin des centres de production qui sont les premiers à pâtir. Qu'’arrive-t-il alors? Les paysans affamés vont-ils laisser partir le blé sauveur que leurs voisins produisent? Vont-ils « laisser passer » ? Et l'autorité va-telle « laisser faire »? Contre le peuple soulevé, le Pouvoir est obligé d'intervenir; ne vaut-il pas mieux qu'il prévienne tous ces inconvénients, en dosant méthodiquement la liberté au Commerce, en se donnant l’a de le protéger, comme le demandent les négociants? En tout état de cause, pour maintenir un régime de liberté, l'emploi raisonné de lPautorité est nécessaire et indispen-
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