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IV. — La Collaboration pour le bien du Commerce

Le marquis eut le grand mérite de ne pas s'arrêter, comme Boucher son prédécesseur, aux mystifications et aux rancunes :de ne pas vouloir exercer de représailles ; de tenir à collaborer quand même: de s'élever au-dessus des considérations particulières, à la hauteur des buts généraux à atteindre, le bien du commerce avec le bien public.

L'intendant et la Chambre entretiennent parfois les rapports les plus familiers. Voici qu'un jour, pour lui rendre hommage, les directeurs prient Tourny à diner. Deux d’entre eux, en habit noir, se tiennent sous les arceaux de la Bourse, pour recevoir leur président à la descente de son carrosse, Pendant le repas, l’intendant siège dans un fauteuil au milieu du haut de la table, «ledit

1. A: D., Gir., CG 4315, 15 mai 1753, lettre de Tourny aux directeurs du Commerce 2. Voir, à ce sujet, a lettre que les juge et consuls adressent à Tourny, le 2 août 1755, A. D. Gir., 7 B, n° 5. ;

fauteuil ayant son dos vers la cheminée »; le fermier général. Helvétius, prend place à sa gauche, le juge est à sa droite, Le café est servi sur le bureau de la Chambre. A la tête du bureau, un fauteuil a été encore réservé à Tourny. Rompant pour cette fois avec les règles de l'étiquette, le marquis choisit une chaise. On fait cercle, et l’on cause un peu de tout, Soudain, l’intendant interpelle Dirouard, un directeur : € N’a-t-il rien à communiquer au fermier général Helvétius » qui est de la fête? Dirouard ne se souvient de rien ; il n’a pas l'esprit d'à propos. Tourny répond pour lui. I] profite de la présence du fermier général pour lui communiquer un mémoire de la Chambre. Pour sa part, ille trouve « juste et solide ». Et il se retire sur ces mots qui ménagent un accord entre le fisc et le commerce f,

La collaboration des directeurs et de l’intendant se développe ainsi dans les meilleures conditions. Tourny témoigne du plus grand attachement pour la Chambre, et la Chambre ne veut pas être en reste de prévenances. Elle ne manque pas de faire à l’intendant les visites accoutumées, elle l’assure de sa gratitude jusqu’à le prier d'accepter en témoignage de reconnaissance une bourse de jetons ?. Tourny exerce sa présidence de la façon la plus efficace en mettant la Chambre à son école, en dégageant sa personnalité, en se faisant son éducateur.

Est-il informé d’une nouvelle qui peut l’intéresser? I1 la communique, que ce soit une permission de plus accordée au commerce, ou un mémoire établi par un adversaire qui veut en réserver la surprise aux directeurs. Une question se pose-t-elle ? Il la fait connaître, et il déclare que, «dans toutes les occasions, il continuerait à prévenir la Chambre de tout ce qui pourrait intéresser le commerce 3 ». “Reconnaissant le prix de pareils services, la Chambre remercie Tourny «de l'honneur qu'il lui fait 4, » et elle s'applique d'autant plus à répondre à ses questionnaires. Quand ils partagent le même avis,

PAAID GT. C 4255, 20 septembre 1747, procès-verbal de délibération de la Chambre. ‘

2. Voir, à ce sujet, la délibération du 20 mars 1750, A. D., Gir., C 4255. Tourny accepte volontiers la bourse. | de

3. Propos de l’intendant consigné dans le procès-verbal de délibération du 6 juin

1748, À. D, Gir., C 4255. | 4, Voir, à ce sujet, la délibération du 12 février 1756, A. D., Gir., C 4255.

l'intendant paraît content, et se dit bien aise de cette concordance de vues 1.

A leur tour, les directeurs se confient à leur président. Is lui demandent s’ils peuvent écrire à Maurepas pour lui témoigner la peine qu'ils ont de sa retraite ?. Quand la question peut être de conséquence, et que l'affaire mérite plus qu’un avis, l’intendant réclame un «pebit » mémoire sur lequel il staluera lui-même où qu'il enverra au ministre, si besoin est. Sachant les lenteurs de la Chambre, 11 l'invite à s’exécuter proraptement3. Elle n’est jamais à Fa fin de sa tâche; alors c’est tant pis pour elle, on se passe de son avis; encore, le plus souvent, Tourny a-t-it la bonté de l’attendre 4. D’autres fois, elle exagère en parlant du mouvement du commerce, de la pros périté du pays. Est-il possible qu’elle exagère? En bonne fille de Gascogne, elle a le don du mensonge joyeux. On aurait tort de l'en reprendre, et Tourny, tout le premier, s'en amuse : si la province est si riche, comme le dit la Chambre, on augmentera les impôts 5. Il arrive que les torts de la Compagnie soient plus graves: elle se contredit; en donnant son avis elle se passe de le motiver: elle envoie vers Tourny qui lui remet la question en mémoire. Elle s'étonne, elle députe; Tourny lui fait la morale et lui communique ses réflexions 6. Décidément, cette Chambre est étrange; au lieu de faire ses observations quand la question se traite, elle les présente quand une solution est déjà adoptée. Tourny la prie de ne pas l'obliger sans cesse à recommencer l'ouvrage 7

Quand elle à raison, c’est lui qui cèdeS; quand il éraint de l'avoir blessée, il reconnait son tort ?. Il ne la voit point avec défiance

1. A. D. Gir., C 4255, 9 juillet 1750, procès-verbal de délibération.

2. A. D., Gir. CG 4255, 8 mars 1749, procès-verbal de délibération.

3. Voir, à ce propos, le RP de délibération de la Chambre, à la date du 11 février 1751, A. D., Gir., G 4955:

4. Voir les lettres ro par Tourny aux directeurs du Commerce, A D., Gir., C 4314, 14 janvier 1752, et A. D., Gir., C 4315, 2 décembre 1753.

5. La lettre adressée par Fr aux dfrébtéurs à la date du 9 juin 1753, en dit long à ce sujet, A., D. Gin, C 4315.

CRASD AGIT, C 4255, 13, 20 et 27 avril 1752, procès-verbaux de délibérations de la Chambre, où sont consignés les avis de l’intendant.

7. A. D, Gir., C 4317, 17 janvier 1755, lettre de Tourny aux directeurs du Commerce.

8. RE au lideraih même de son arrivée, A. D., Gir., € 4254, 7 novembre 1743, procès-verbal de délibération. ;

9. A. D., Gir., C 4255, 10 janvier 1754, procès-verbal de délibération,

étendre sa compétence aussi loin qu’elle peut aller ; il lui demande seulement de prendre des précautions, de l'informer des moyens employés et des résultats obtenus1. Libre à elle de faire toute espèce d’assemblées, de s'unir avec les autres Chambres, de faire sans cesse appel aux commerçants de la ville, de réunir comme des États généraux du Commerce au petit pied, La Chambre est là dans son rôle, et l’intendant se garde bien de la rebuter.

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