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VI. — La Chambre dans l’Affaire des Neutres

Elle est à la tête du Commerce, et elle s’y tient d'elle-même dans les dernières années de l’intendance de Tourny.

En 1756, les députés du Commerce avaient proposé au garde

des sceaux d'autoriser aux colonies le commerce des neutres, sous certaines conditions. La Chambre bordelaise vit le danger et le dénonça. Elle établit un mémoire solide et bien ordonné. Au lieu de s'attarder à discuter, dans cette affaire, la question de principe, elle retint la question de fait. I fallait empêcher que les négociants de France fussent ruinés par la concurrence des neutres ; le seul moyen était de conserver aux maisons françaises le droit exclusif de commerce avec les colonies. La Chambre se dévoua,

1. Il écrit notamment à Montau, pour lui conseiller de faire quelques concessions au Commerce, 10 novembre 1754,A: D. ,Gin Cr 238

?. Le fait est rapporté par Montau, dans une lettre qu’il adresse à Tourny, le 18 novembre 1754, A. D., Gir., C 2381.

3. A. D., Gir., C 4263, 23 novembre 1754, lettre des directeurs du Commerce au contrôleur général.

4. A la suite de nouvelles maladresses de Montau qui achevèrent de le perdre dans Pesprit des commerçants, Tourny renonea à le défendre. Voir, à ce sujet, notre étude sur la Chambre de commerce, Chap. 1V, p. 71 sqq.

avec son président lui-même, pour la. défense des intérêts de tous, pour le bien publie, comme disait Tourny.

Non contente de s'adresser aux autorités locales, pour implorer leur protection, elle écrivit crânement une lettre circulaire aux Chambres de La Rochelle, de Nantes, de St-Malo, de Rouen, de Marseille, de Bayonne, et elle décida de convoquer une assemblée générale du Commerce, que l’intendant présiderait. Le jour de l’assemblée, une grave décision fut prise en fin de séance : il fut entendu que deux députés extraordinaires seraient envoyés à Paris, par la Chambre bordelaise, avec l’autorisation de M. de Tourny !. |

Si grande fut l'impression causée par l'attitude des directeurs de Bordeaux que les gazettes étrangères n’omirent pas d’en faire mention, que d’Argenson la consigna dans ses mémoires, et que. le Parlement prit peur et dénonça l’entreprise de la Chambre, comme une menace grave pour l’ordre public? Quant à l’intendant, il était d'autant plus satisfait qu’il reconnaissait là sa manière. À son école, le Commerce était devenu maître.

1. Voir, pour la suite de l'affaire, les procès-verbaux de délibérations des 20, 22, 23-et 24 mars 1756, A. D, Gir., C 4255.

2. Nous retrouverons ultérieurement cette affaire dont le Parlement s’empara.

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