Commerce et Industrie
Au temps de Tourny, et dans la généralité de Bordeaux, l’Industrie était à l’égard du Commerce dans la dépendance la plus étroite; elle semblait avoir sa raison d’être dans les services qu'elle pouvait rendre aux négociants. |
Tandis que la Chambre de commerce n’osait se montrer dans telle matière de commerce particulièrement délicate, comme les grains ou les vins, elle était la première à prendre la parole, quand il s'agissait d'autoriser une industrie nouvelle ou de la prohiber. Son rôle de comité consultatif s’étendait ainsi au moins au-
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LE DÉVELOPPEMENT INDUSTRIFI 399
tant à l’industrie qu’au négoce. Le nom qu'on lui avait donné ne répondait donc pas à ses lonctions!, ou plutôt il montrait précisément l'intention du Pouvoir central de voir toujours le commerce dans l’industrie, le jeu des échanges dans la production. À Bordeaux l’industrie n’intéressait, par elle-même, ni le public, ni les autorités. À ce compte, l'effort tenté par Tourny pour décorer sa province devait tendre à favoriser le commerce au maximun, en se servant subsidiairement de l’industrie locale, de la production sur place, moins cependant que de Pexportation, de l'importation et du transit.
Tourny qui venait de faire triompher, en Limousin, les manufactures royales, en les dotant chacune de privilèges exclusifs, en se consacrant à leur développement comme à une œuvre particulière, se laissa convertir, quand il fut en Guienne, aux théories du Commerce qui ne voyait qu'une auxiliaire, qu'une servante dans l’Industrie ?.
À Bordeaux, l'Industrie pouvait être utile au Commerce, en fabriquant certains produits indispensables, que lPimportation ne pouvait fournir ni assez vite, ni en assez grande quantité. Parmi . ces produits, les bouteilles étaient au premier plan. Aussila Chambre de commerce se montra-t-elle favorabie à l'établissement de verreries, et l’intendant la suivit pour répondre au vœu, général qui se rencontrait alors dans tous les mémoires. :
Le négoce demandait une industrie à sa mode, dégagée de tout privilège exclusif ; il comptait sur la concurrence entre les fabricants pour obtenir les produits fabriqués au meilleur compte possible, et il tendait par là à introduire dans l’industrie un régime de liberté. La Chambre écrivait : « Tout privilège exclusif ne peut. être que très préjudiciable au commerce, » EE la Jurade répon-
1. Nous croyons savoir que, de nos jours encore, les Chambres de commerce se sentent gênées par le nom qu’elles portent. Dans un moment de grand essor industriel, elles voudraient pouvoir s'appeler, pour intervenir utilement dans le mouvement économique, Chambres de commerce et d'industrie.
2. On lit dans un mémoire du temps : « L'on doit être très attentif dans une ville maritime à procurer tous les établissements qui tendent à favoriser le Commerce ». A. D., Gir., C 4254, 30 avril 1744, requête d’Isaac Naudin.
3. A. D., Gir., C 4256, 10 octobre 1757, délibération de la Chambre de commerce. . Cf. Montesquieu, Esprit des Lois, livre xx, Chap. x: «On fera encore mieux de ne point gêner par des privilèges exclusifs la liberté du commerce, »
dait par une affirmation du même goût: « Les privilèges exclusifs ne peuvent, en général, être regardés que comme onéreux au publie, réduisant à plusieurs particuliers ou à un seul ce qui, selon le droit commun, doit être laissé libre à tous les autres. » Dans ces conditions, l’intendant aurait eu mauvaise grâce à soutenir, envers et contre tous, les privilèges exclusifs dans la grande industrie. |
Il fut amené à les condamner par le culte même qu'il avait voué au commerce, eb aussi par la tendance nouvelle, très libérale, qui se manifestait au Conseil ?. Il comprit que«l’émulation » de l’industrie était de nature à favoriser le commerce, et même, quand il sa demander, exceptionnellement, le maintien d’un privilège exclusif, il s’y porta avec une circonspection singulière. « Laissant, disait-il, aux raisons générales qui parlent pour la liberté du commerce contre les privilèges exclusifs et surtout contre leur renouvellement toute la force qu’elles doivent avoir, je n’en serai pas moins d'avis...» Il luien coûtait d’avoir à choisir entre le « perfec- tionnement » d’une manufacture utile au bien public et l’établissement d’une concurrence bien entendue, d’où le public devait aussi retirer le plus grand avantage, en trouvant à se pourvoir à meilleur marché.
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